Le Dieu des Bêtes-Insectes… ! Pourquoi un dieu se trouve-t-il dans un endroit aussi sordide, imprégné de maléfices ? Bon, c'est à l'intérieur de moi, ceci dit !
« Je suis venu accorder ma protection à cette fille qui a obtenu la qualification. »
« Qualification ? »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Pour une raison quelconque, Fran aussi renvoie sa question au Dieu des Bêtes-Insectes.
« Hein ? Fran non plus n'a pas encore compris ? »
« Mmh. »
« Comme il s'agissait d'une situation d'urgence, j'ai d'abord interpellé celle-ci. »
« Situation d'urgence ? »
« En effet. Bien que ce ne fût pas mon but initial, si je tombe sur quelqu'un qui risque de violer la logique divine sous mes yeux, je ne peux pas ne pas l'arrêter. »
« Ça parle de moi, non ? »
« Oui. »
Le Dieu des Bêtes-Insectes acquiesce solennellement, puis désigne le fragment de dieu maléfique qui s'est tu, apeuré.
« Cette existence misérable fait aussi partie d'un dieu. Utiliser le pouvoir qui s'en échappe ne pose pas de problème, mais employer le pouvoir de ce gars lui-même sans contrat ni permission, c'est utiliser un dieu. C'est passible de châtiment divin. »
« M-merde ! J'ai eu chaud ! »
Apparemment, tant qu'on se contente d'utiliser le maléfice émis par le fragment de dieu maléfique, ça va, mais puiser directement son pouvoir chez lui, c'est tendu.
Ceci dit, si on obtient la permission du fragment et qu'on lui emprunte sa puissance, c'est bon ? Enfin, on ne peut même pas lui parler, donc ça n'arrivera jamais.
« Me-merci de m'avoir arrêté ! »
« Oui. C'eût été trop pitoyable qu'un qualifié se prenne un châtiment divin d'entrée de jeu. »
« Ce qualificatif, au juste… ? »
« Cette fille a perçu le pouvoir d'un dieu par ses propres forces et a ouvert la première porte. C'est pourquoi elle a gagné le droit de recevoir ma protection. Qu'elle continue ses efforts. »
Le pouvoir d'un dieu ? Une porte ? Protection, comme dans protection de compétence ? Je pige toujours que dalle, moi ! Mais Fran a l'air d'avoir acquiescé.
« Mmh ! C-compris. »
Elle a failli répondre comme d'habitude, là, c'est sûr ! Simplement, Fran ne rechigne pas à employer le langage poli. Au contraire, elle accepte tout naturellement le Dieu des Bêtes-Insectes comme une existence supérieure.
Elle hoche la tête, ravie, aux mots d'encouragement. Le dieu qui a créé les hommes-bêtes est vraiment spécial, après tout.
« Mes affaires sont terminées. Adieu, alors. »
Le Dieu des Bêtes-Insectes se contente de l'annoncer et disparaît sans attendre de réponse. Il ne dégageait pas d'intimidation particulière, mais la simple présence divine à côté de soi suffit à tendre les nerfs.
« Phew… »
« Phew… »
Fran et moi relâchons les épaules en même temps. J'ai songé à demander des détails, mais la silhouette de Fran s'estompe. Notre esprit, emmené par le dieu, doit être en train de regagner nos corps.
Juste avant, Fran ouvre la bouche.
« Maître. Je m'en occupe tout de suite. »
Pas besoin de demander quoi. Ici, « m'en occuper » ne peut signifier qu'une chose : couvrir Izario.
« Compris. »
Grâce à la protection octroyée par le Dieu des Bêtes-Insectes, ou parce qu'elle a ouvert cette fameuse porte, Fran semble avoir saisi quelque chose.
Pour les explications détaillées, ce sera encore plus tard, visiblement.
Au moment où Fran s'efface totalement, ma conscience remonte et les informations extérieures affluent.
Tout paraissait figé. Je ne sais pas depuis quand, mais mon temps s'était mis en surrégime. C'est sûrement l'œuvre du Dieu des Bêtes-Insectes.
Le décor se met à bouger lentement. En même temps, je comprends que Fran s'apprête à passer à l'avant. Son mouvement rivalise clairement avec ceux de Georg et Izario.
Parce que le monde se déplace au ralenti, je vois que la vitesse initiale de Fran approche celle des transcendants.
« Izario ! »
L'instant où je crie cela, le temps reprend pleinement son cours. D'un coup, le champ de vision se noie dans un paysage à grande vitesse, et ma lame s'est déjà enfoncée dans Georg. Un coup qui a parfaitement lu son mouvement.
« Gyaaaah !? »
En synchronisation avec la frappe affûtée de Fran, je libère toute ma puissance. Notre coup combiné tranche aisément la barrière solide et les écailles de Georg. Nos pouvoirs magiques et ceux du Roi Dragonien s'entrechoquent, et des éclats de lumière magique jaillissent comme des étincelles.
Amputé de la jambe droite, Georg perd l'équilibre de manière spectaculaire. Qu'il ne se soit pas effondré m'a surpris, mais il s'arrête en raclant le sol *zuzaza*.
Cependant, Izario ne peut pas attaquer Georg.
« Ooooooh ! »
« Frédéric ! Pourquoi ! »
« Tch ! »
Frédéric, qui devait surveiller Tirana et les autres, s'en prend à Izario. Son visage ne laisse transparaître aucune raison.
Je croyais qu'il était calme, mais il était manipulé, ce con ! C'est l'œuvre du type à la robe ?
Fran expédie Frédéric d'un coup de pied réflexe. Je perçois une touche d'attribut divin dans ce coup. L'estocade d'avant aussi. Fran manie l'attribut divin, ne serait-ce qu'un tout petit peu.
« Fran, tout à l'heure… ! »
Ni la Divinisation de l'Épée ni la Bestialisation Divine n'étaient activées, et pourtant, l'attribut divin par ses propres forces ? Naturellement, la Griffe du Dieu Tonnerre Noir n'a pas déclenché non plus. Un coup de pied ordinaire portait l'attribut divin. C'est ça, « avoir ouvert la porte » ?
Enfin, pas le moment de chipoter. J'immobilise Frédéric par psychokinésie et magie de terre. Mais pendant ce temps, Belmilia et Tirana brisent leurs entraves et se remettent en mouvement.
« La gamine ! Celle-là, je te la laisse ! »
« Mmh ! »
La mêlée menace de dégénérer, mais Izario et Fran ont un coup d'avance. Fran attire Belmilia et les autres par un placement parfait, pendant qu'Izario lance son offensive sur Georg qui tente de se relever.
L'épée divine revêtue d'un éclat rouge transperce aisément la poitrine de Georg et y déverse un flot de flammes.
« Guwaaaaaaaah ! »
Georg griffe l'air en hurlant son dernier souffle, mais le son s'arrête net, comme si sa voix même avait été consumée. Il ne s'échappe de sa gueule que la langue de feu écarlate qui brûle l'intérieur du Roi Dragonien.
Son corps se rétracte en crachant des flammes par tous ses orifices. Il s'effondre en se réduisant en cendres par lambeaux.
Et quelques secondes plus tard.
Il ne reste même pas de cendres, juste une trace noire carbonisée sur le sol.
« Impossible de le capturer vivant, hein… »
« Mmh. »