Une fois l'entraînement terminé, je me rendis au magasin d'armes et saisis une lance. Je comptais l'emporter en faisant semblant de patrouiller pour inspecter la structure du manoir depuis l'extérieur.
Le manoir de Lichtenberg était un bâtiment classique à deux étages. Toutefois, une partie en saillait comme une tour, et c'était le seul endroit qui possédait un troisième étage.
Les puissants avaient tendance à préférer les lieux en hauteur, donc ce type était très probablement du même acabit.
« Si possible, j'aurais voulu inspecter l'intérieur aussi, mais je ne pense pas en avoir la marge. »
Si je le laissais tranquille maintenant, il apprendrait probablement l'échec de son attaque dès demain. Et il déciderait de sa prochaine action le jour même.
Si je ne me débarrassais pas de ce type au plus vite, Michelle n'aurait pas la paix.
Mis à part le premier étage, le second et le troisième n'étaient pas des endroits où Fred, avec son statut de serviteur, pouvait se promener librement sans permission.
Dans ce cas, il valait mieux me déguiser en l'une des servantes qui y travaillaient.
Après avoir déduit la structure depuis l'extérieur et confirmé ma route de fuite, je me glissai à nouveau à l'intérieur. Cette fois, je jetai mon dévolu sur une servante d'apparence jeune et modifiai mon illusion.
La raison pour laquelle j'avais choisi une servante plus jeune, c'était qu'il serait plus facile d'utiliser les larmes pour obtenir gain de cause au moment critique. Quant à la voix… je ferai de mon mieux.
J'avais des souvenirs de m'être fait forcer à me travestir par Cortina par le passé… Non, arrêtons là les réminiscences.
Ainsi, j'adoptai l'apparence d'une servante aux cheveux noirs, dans la seconde moitié de l'adolescence, et revins à l'intérieur du manoir. La lance pourrait servir plus tard, alors je la cache le long de ma route de fuite.
« Clanesse, Clanesse, je te parle ! » « Heu… Ah, c'est à moi que tu parles ? » « Qui d'autre y a-t-il ici ! »
Comme je me dirigeais vers l'escalier, une servante un peu plus âgée m'interpella. Je m'efforçai de rendre ma voix la plus aiguë possible et répondis. Ma voix était désormais celle d'un homme, donc je dus forcer.
Il s'avéra que la propriétaire de cette apparence s'appelait Clanesse. Je m'en souviendrai, juste pour ce soir.
Cependant, son nom ressemblait à celui de Cloud, alors j'étais un peu inquiet là-dessus.
« Hé, ta voix a changé ? Elle a l'air un peu trop grave, tu sais ? » « Euh… est-ce que j'aurais attrapé un rhume ? » « Vraiment ? Tant pis. Il semble qu'il manque des navets pour le dîner du Maître. Tu pourrais aller en acheter pour moi ? »
En disant cela, la servante me tendit le panier à provisions. Mais si je quittais le manoir maintenant, tout tombait à l'eau.
Tandis que je réfléchissais à la façon de m'en sortir, une certaine rumeur me traversa l'esprit. C'était au sujet de la lubricité dont on prêtait à Lichtenberg.
Du coup, j'activai mon mode « dame » et passai en mode féminin.
« Euh… Le Maître m'a fait appeler tout à l'heure… » « Encore ? Il ne peut pas juste se soulager tout seul ? »
La servante mit la main à la taille et dit ça avec colère, puis reprit le panier et s'en alla. Elle devait se dépêcher d'acheter les provisions en grande hâte. Je me sentis coupable de lui faire faire le travail, mais ce serait son dernier emploi ici, alors j'espère qu'elle me pardonnera avec ça.
Ensuite, je me rendis au deuxième étage, et on m'adressa la parole plusieurs fois, mais on me laissa passer dès que je prononçai le nom de Lichtenberg.
Apparemment, des choses similaires s'étaient produites maintes fois jusqu'à présent.
Ainsi, après avoir traversé le deuxième étage, je me dirigeai vers l'escalier menant au troisième, situé vers le centre.
Quand je montai les marches, il y avait une pièce juste devant le couloir, sans autre passage au-delà. Il semblait que cet étage était dédié à cette pièce seule.
Je frappai à la porte pour tester, mais il n'y eut pas de réponse. Trouvant cela étrange, j'ouvris doucement la porte et trouvai Lichtenberg en train de ronfler sur le lit.
Cet homme, qui avait rejeté sa couverture et exposait son ventre bedonnant, était-il vraiment Lichtenberg ? En y repensant, je ne savais pas à quoi il ressemblait.
« Quel insouciant… »
Pourtant, le voir ronfler si fort après avoir mis la main sur les parents de Michelle me fit monter le sang à la tête.
Quand j'étendis un fil depuis mon gantelet, songeant à en finir avec lui sur-le-champ, la porte derrière moi fut frappée avec furie.
Je me plaquai vite contre le mur et changeai d'illusion. En transformant l'illusion de servante en mur, je parvins à ne pas être vu.
« C'est bruyant, qu'est-ce qu'il y a ! » « Maître, tout va bien ! » « Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Entrez. »
Cela semblait être la voix de quelqu'un qu'il connaissait, car Lichtenberg leur dit sans méfiance d'entrer. Immédiatement, un homme à barbe ressemblant à un majordome et le chevalier, Antonio, entrèrent.
« L'un des serviteurs a signalé avoir vu une personne suspecte. Nous sommes venus vérifier votre sécurité. » « Personne suspecte ? » « Oui, selon lui, elle a pris l'apparence d'un jeune serviteur et s'est infiltrée dans le manoir. Elle se dirigeait vers la chambre du Maître, donc son but était probablement… » « Moi, hein. Hmph, encore quelqu'un qui ne connaît pas sa place et qui vient pour ma vie, hein. »
L'homme bedonnant descendit du lit et déclara d'une voix hautaine. C'était bien Lichtenberg, sans aucun doute.
« Comme toujours, je me réfugierai à la villa. Antonio, tu feras office de double face à l'ennemi. » « Oui, comme vous l'ordonnez ! »
Je ne pus m'empêcher de penser que la différence de leurs gabarits était trop grande, mais apparemment, ce n'était pas le cas de leur point de vue.
Le majordome semblait vouloir dire quelque chose, mais il décida de se taire.
Pourtant, on pouvait dire que c'était un mal pour un bien. S'il quittait le manoir, je n'avais même pas besoin de réfléchir à ma retraite. Et je n'avais pas besoin d'attendre la nuit.
« J'ai anticipé cela et déjà préparé un carrosse. Dépêchez-vous de vous habiller, Maître. » « Compris. Allez appeler les servantes pour moi. » « Comme vous l'ordonnez. »
Il s'avéra que cet homme ne pouvait même pas s'habiller tout seul. Je songea à me mêler aux servantes un instant, mais j'y renonçai, car il serait difficile de m'occuper de lui avec tant de monde autour.
Non, enfin, j'aurais pu le faire facilement si je l'avais voulu, mais le meurtre gratuit n'est pas mon passe-temps. Je n'avais pas l'intention de tuer même ceux qui le servaient.
Ainsi, tandis que je restais là à regarder, Lichtenberg s'habilla et quitta la pièce.
S'il quittait la ville, c'était tant mieux à sa manière. Je pourrais m'occuper de lui sans aucune interruption.
Songeant ainsi, j'affichai un rictus sous mon déguisement.