Tôt le matin, les Gobelins avaient lancé leur assaut juste après le départ du groupe de Kayle.
Cortina se tenait au-dessus des remparts et donnait des ordres à toute la force.
Une fois la situation parvenue à ce point, il ne servait à rien de rester enfermée dans la Guilde. Au contraire, se montrer sur le champ de bataille ne faisait que remonter le moral.
La porte principale était déjà close, et sans bélier, il était impossible de la forcer.
En d'autres termes, les Gobelins ne pouvaient qu'escalader les murs pour pénétrer dans la ville. S'il s'agissait de soldats, ils auraient dressé des échelles, mais les Gobelins n'étaient pas assez intelligents pour en fabriquer.
En revanche, ils possédaient de puissantes griffes capables de déchiqueter des corps. Elles n'étaient pas assez acérées pour rivaliser avec des épées, mais suffisamment solides pour s'enfoncer dans la roche et supporter leur poids.
Voir des Gobelins planter leurs griffes dans les murs et grimper ça et là suffisait à semer la terreur chez les Aventuriers.
« S'ils nous passent, ils semeront le chaos dans la ville ! C'est le moment critique. Tout le monde, battez-vous de toutes vos forces ! »
Cortina galvanisa les Aventuriers par un cri. Ceux-ci entamèrent alors leur contre-attaque. Ils se mirent à arroser les Gobelins depuis les remparts de flèches et de boulets de pierre, tout en déversant sur eux de l'eau bouillante et de l'huile.
La largeur des remparts était limitée, si bien qu'une centaine de Gobelins tout au plus pouvaient y grimper simultanément. Pourtant, plus de trois cents autres attendaient derrière eux, tandis que les Aventuriers en face n'étaient quarante au mieux.
Une telle offensive numérique écrasante n'était pas quelque chose qu'on pût contenir.
Ça alla bien au début, mais avant longtemps, certains secteurs cédèrent sous le nombre et les Gobelins parvinrent à passer.
C'était environ deux heures après le début de la bataille défensive que de tels rapports parvinrent aux oreilles de Cortina.
« Dame Cortina, la position 12 a été percée ! » « Mince, les positions 9 et 10 auraient dû avoir encore de la marge. Faites-leur étendre le périmètre défensif de deux mètres chacun. La 11 doit reculer de quatre mètres et soutenir la 12. La 13 doit également élargir son point à sa position actuelle. Combien ont envahi les zones urbaines ? » « Une vingtaine, environ. »
Le personnel de la Guilde se précipita pour rendre compte de la situation. Vingt Gobelins, un nombre qu'une équipe d'Aventuriers moyenne pourrait exterminer.
Cependant, face à des gens ordinaires, ce nombre était assez puissant pour détruire un petit village.
Maintenant que les gardes des portes et les Aventuriers novices protégeaient la partie sud de la ville, tandis que les chevaliers étaient confinés dans le quartier noble, il n'y avait personne pour assurer la sécurité du nord.
Il y aurait presque pas de victimes parmi les citoyens, mais les dégâts à la ville ne pouvaient être entièrement évités.
« Autant je voudrais les poursuivre, nous n'avons pas le loisir de le faire. Il y a des pièges, donc nous devrions boucher les brèches et continuer à défendre. » « Bien ! » « La position 12... Morrison, c'était son nom ? Qu'en est-il de lui ? » « Il a subi une grave blessure mais sa vie est sauf... Toutefois, il n'y a aucun espoir qu'il revienne sur le champ de bataille. »
Non seulement la ligne défensive était percée, mais l'Aventurier en charge ne pouvait plus revenir au front. Cela dit, le fait qu'il ait réussi à sauver sa vie était déjà un gain.
Songer aux dégâts qui seraient infligés à la ville même en cas de défense réussie plongea les personnes présentes dans le désespoir.
« C'est bon, j'ai encore des cartes à jouer. Vous devez vous concentrer sur la protection de cet endroit. » « D'accord ! »
Entendre que Cortina avait encore des méthodes ranima le moral des Aventuriers alentour. Ils jugèrent que puisque leur stratège ne désespérait pas, ils avaient encore des moyens de surmonter cela.
Les Gobelins qui avaient pénétré dans la ville furent d'abord déconcertés par l'étrange spectacle qui s'offrait à eux. C'était parce que des chars et des caisses en bois bloquaient plusieurs endroits, barrant la voie pour avancer plus loin.
La plupart obstruaient des ruelles étroites, ne laissant d'autre passage que la rue principale. Naturellement, ces obstacles n'étaient que des tas d'objets, leur destruction aurait été aisée. Cela dit, les Gobelins n'avaient plus assez de jugeote pour accomplir une tâche aussi laborieuse.
Ces Gobelins dont l'esprit avait été excité par le Roi Gobelin ne prêtèrent guère attention aux endroits barricadés et se ruèrent sur la grande avenue.
L'une des raisons était que leur augmentation massive avait fait en sorte que la nourriture n'atteignait plus tout le monde. Tourmentés par la faim, ils décidèrent de choisir le chemin le plus facile vers leur nourriture — c'est-à-dire les humains.
Leurs camarades qui auraient dû emprunter d'autres routes les rejoignirent également, et ils avancèrent en un gros groupe.
Et finalement, ils découvrirent leur proie.
Il y avait des murs plus profonds dans la ville, et leur porte était protégée par des soldats portant de belles armures de plaques.
Les soldats avaient une allure clairement différente des Aventuriers qui protégeaient les murailles extérieures. Cependant, les Gobelins n'étaient pas du genre à remarquer une telle différence.
« GUGYAAAAAAAAAAAA ! »
Ils poussèrent des cris de joie et chargèrent vers leur proie.
Lorsqu'il aperçut les Gobelins, les soldats — l'ordre chevaleresque — donnèrent l'alerte.
« Les Gobelins sont là ! Ils sont venus, comme prévu ! » « On devrait au moins faire ce travail de nettoiement correctement ! »
Les chevaliers dressèrent leurs boucliers et pointèrent leurs lances vers l'avant. Pour protéger les citoyens réfugiés dans les parties sud, Cortina avait habilement bloqué les routes et guidé les Gobelins vers la porte du quartier noble que l'ordre chevaleresque défendait.
Elle jugea que des Gobelins enragés n'essaieraient pas de grimper délibérément par-dessus les barricades, et elle les divisa d'abord exprès pour les laisser converger à la fin, afin qu'ils ne soupçonnent pas qu'on les menait.
Les chevaliers regrettaient aussi de ne pas avoir pu protéger les citoyens.
Cependant, pour eux, les ordres de leurs supérieurs étaient absolus. Mais Cortina avait proposé ce plan, et utilisé la force de guerre qu'elle ne pouvait normalement pas avoir.
Les chevaliers incapables de protéger leurs citoyens acceptèrent sa requête avec plus que de la joie.
« Quelques Gobelins parviendront peut-être inévitablement à percer, et ces Gobelins pourraient foncer droit sur les nobles, n'est-ce pas ? Je compterai sur vous si cela arrive. »
Voyant le sourire espiègle de la stratège, les chevaliers acceptèrent avec un sourire en coin.
Ils avaient reçu l'ordre de protéger le quartier noble dès le début, donc cela ne contrevenait pas à leurs ordres.
Quant aux nobles qui avaient donné ces ordres, ils n'étaient pas informés du plan de Cortina.
C'était, en fin de compte, simplement une situation inévitable, après tout.