Une fois la lumière de la téléportation éteinte, le paysage alentour avait changé. La destination se situait près de Maleva. Comme nous n'avions pas utilisé la téléportation de la Guilde, ce n'était pas un point de téléportation officiel.
De vastes prairies s'étendaient devant nous, et une montagne escarpée dominait les alentours depuis l'ouest de la ville. Elle avait un historique d'éruptions, aussi les humains ne s'en approchaient pas. En fait, c'était censé être le sanctuaire du Dieu de la Destruction, Yuuri.
En d'autres termes, c'était le lieu d'origine de mon arrière-grand-mère.
Puisqu'il s'agissait du sanctuaire d'un tel Dieu, en plus du risque d'éruption, presque personne ne voulait s'en approcher malgré sa proximité immédiate avec la ville.
C'était la raison pour laquelle ce forgeron solitaire vivait en un tel endroit.
« …On dirait que rien n'a changé. »
Cela faisait vingt ans que j'étais mort. Mais le paysage ici n'avait pas bougé d'un iota. Contrairement à moi, qui marmonnais cela avec nostalgie, Letina se mit à agiter ses vêtements.
« Qu'est-ce que tu fais ? » « Tu ne le sens pas, Nicole ? L'air ici, il est… différent, non ? »
À ces mots, j'imitai son geste et fis entrer l'air frais dans mes vêtements pour vérifier la sensation. Et je compris vite ce qu'elle voulait dire.
« Aah, c'est parce qu'on n'est pas dans la mer d'arbres. » « Qu'est-ce qui le rend différent ? » « Le Royaume des Forêts de Raum est plein de forêts profondes. L'humidité y flotte partout. Mais le Royaume de l'Épée d'Alecmarle n'a pas tant de forêts que ça. Du coup, nos vêtements ne collent pas ici. » « Maintenant que tu le dis, je ne sens pas l'odeur de la verdure, juste la terre. » « Je ne trouve pas que ce soit si mal… C'est un peu injuste de le comparer à Raum. »
Alecmarle avait des forêts clairsemées, mais ce n'était pas non plus qu'elle manquât de nature. Cependant, comme c'était un royaume qui vénérait le Dieu de la Guerre Unibrasse Alec et suivait la suprématie de l'escrime, il était aussi très actif dans la forge.
Et proportionnellement, on y exploitait activement les minerais et on abattait les arbres dans les forêts du pays, si bien que les territoires forestiers diminuaient graduellement… du moins à mon époque.
« À l'heure actuelle, leurs approvisionnements en minerai proviennentmostly de l'Alliance Matara. Hélas, rien n'est encore fait pour le problème du bois de chauffage. »
Maxwell entendit notre conversation et s'en mêla. Comme il était déjà venu ici, il devait être plus au courant de la situation actuelle.
« Seigneur Maxwell !? Ah, c'est vrai, vous nous avez suivis. » « Ça sonne comme si j'étais un extra… » « Toutes mes excuses ! Mis à part ça, vous êtes bien renseigné sur cet endroit, Nicole. » « J-J'ai, euh, entendu ça de Papa… ? » « Pourquoi vous baissez la tête en répondant ça, je me le demande ? » « Juste comme ça ! » « Vraiment ? »
Je serrai le poing et insistai. Letina, submergée par mon insistance, recula sans remarquer que je bluffais.
Maxwell sourit à notre manège et nous tapota la tête. Incidemment, Kabby était sur ma tête en guise de garde, alors mes cheveux échappèrent à la caresse.
Les cheveux ébouriffés, Letina afficha une expression complexe, à la fois heureuse et triste. En tant que fille de noble qui revendiquait sa grande féminité, se faire décoiffer était bien triste. Mais en même temps, elle s'accrochait au seuil du bonheur puisque c'était le contact de Maxwell.
« Bon, leur forge peut être dite prospère, mais ils n'arrivent toujours pas à la cheville de Matara, qui en est le berceau. Cela dit, il reste la possibilité qu'un artisan caché rôde par ici. » « Y a-t-il quelqu'un comme ça ici ? » « Comment pourrais-je le savoir ! C'est pour ça qu'on les appelle cachés. » « Ça sonne drôlement évasif… »
Letina lui lança un regard exaspéré, mais Maxwell faisait probablement allusion au forgeron que je venais voir. C'était une coïncidence totale que j'aie pu le rencontrer, mais c'était quelqu'un qui possédait vraiment une capacité extraordinaire pour fabriquer des outils magiques élaborés.
Cela faisait vingt ans, però, donc je ne savais pas s'il était encore en vie et en forme.
« Hé, Maxwell ! Arrête de traîner par là, dépêchons-nous d'aller en ville. » « Très bien. Il ferait peur de vous mettre en colère, Cortina. » « Huuuuuuh !? »
Ils entamèrent leur bavardage habituel, mais même les élèves y étaient déjà habitués à l'académie. Avant que j'arrive, ils semblaient agir avec un peu plus de distance, donc tout le monde avait été surpris par leur changement au début.
« Bref, il faut qu'on vérifie l'ordre chevaleresque et tout plus tard, alors il faut se presser ! » « D'accord, d'accord. »
C'est Maxwell qui avait proposé d'inspecter leur escrime puisqu'on venait au Royaume de l'Épée. Dans mon enfance, je rêvais de l'ordre chevaleresque, mais à cause de mon corps frêle, j'ai raté l'examen d'entrée.
L'entraînement au marathon de l'épreuve physique m'avait vidé de mes forces complètement et sans pitié. Je m'étais effondrée et on m'avait laissée derrière en route, mais ceux qui avaient réussi à traverser cet enfer étaient devenus les chevaliers les plus respectés de ce royaume.
Avoir l'occasion d'inspecter ce même ordre chevaleresque après tout ce temps était un drôle de tour du sort.
Au fait, l'emploi du temps d'aujourd'hui prévoyait l'enregistrement à l'auberge, puis une conférence sur l'ordre chevaleresque, et ensuite le déjeuner. Après, on comptait leur demander d'observer leur entraînement.
Suivraient le dîner et le bain, puis le sommeil. Et enfin, je prévoyais de me rendre chez le forgeron en question. Maxwell me suivant, le retour serait facile.