J'avais à peu près la mentalité qui veut qu'on respecte ses aînés, mais pas assez de tolérance pour avaler la déclaration qu'il venait de faire. Je décidai donc de lui coller un coup sur la tête avant de l'interroger à nouveau. Malheur, le poing d'une fillette ne semblait lui avoir infligé aucun dommage significatif.
« Alors, c'était quoi, encore ? » « Aïe-aïe, j'ai dit qu'il suffisait que tu le fasses craquer pour toi. » « C'est pas mettre la charrue avant les bœufs, ça ? »
Pourquoi devrais-je faire en sorte que le type qui essaie de me courtiser tombe amoureux de moi ? Il ne finirait que par me coller aux basques, non ?
« Non, non, tu as mal compris. Je ne parlais pas de ta forme actuelle, mais de ta forme adulte. » « La forme adulte ? » « Exactement, utilise ton illusion d'adulte et fais-le craquer ! » « Hmm ? »
Il avait deux raisons de me courtiser. L'une, c'était que j'étais une belle fille qui deviendrait sûrement une belle femme un jour. L'autre, c'était l'identité de mes parents. Maintenant, si une tierce personne apparaissait et qu'il tombait sous son charme, pendant que j'obtenais aussi la promesse de la coopération de mes parents, son objectif devrait naturellement se reporter sur elle.
« Hmm, ça a pas l'air si bête que ça… »
Faire basculer sa cible vers une personne fabriquée ne semblait pas si mal. Si c'avait été une vraie personne, ça aurait pu poser problème à sa manière. Elle aurait pu manquer de bonne foi, ou, dans le pire des cas, influencer le trône.
Mais si c'était un personnage fictif, elle pouvait juste disparaître quand je le voulais. Si je maintiens son objectif détourné pendant cinq ans encore… puis que je quitte la ville comme aventurière ou que je deviens indépendante quand j'approche de l'âge de mon apparence fictive, même lui ne devrait pas pouvoir tenter grand-chose d'inconsidéré.
« On dirait que cette méthode te permettra de gagner environ cinq ans, tu ne trouves pas ? » « Mais ce sera chiant après. » « Eh bien, nous te protégerons tant que tu resteras en ville, donc il ne pourra rien tenter. Après, tu n'as qu'à quitter la ville. » « Tu le dis si simplement… » « Tu passais ton temps à changer de ville quand tu agissais comme assassin, non ? Si c'est le cas, ça ne devrait pas te poser tant de difficultés que ça. » « Ben, ouais. »
J'étais à la base un assassin itinérant, donc j'avais diverses planques disséminées un peu partout. De plus, les endroits où j'ai caché les parties du dragon maléfique sont restés intacts tout ce temps, donc j'avais aussi envie d'aller vérifier.
Un jour, je devais définitivement quitter le flanc de mes parents et partir en voyage.
« Bon, j'ai bien une raison de partir, mais… » « Pas seulement ça. Tu ne peux pas non plus laisser la petite Michelle comme ça, non ? » « Michelle ? » « Elle possède le Don de Tir de Précision. Elle a même un arc divin. Elle est assez talentueuse pour que pas seulement ce gamin d'Elliot, mais toutes les nations du monde la veuillent dans leur armée. » « …T'as raison. » « Je la protège maintenant, mais qu'est-ce qui se passera quand elle aura obtenu son diplôme ? Tout le monde se mettra sûrement à se l'arracher. »
Même maintenant, son taux de réussite était tel qu'il n'était pas exagéré de la qualifier de tireuse d'élite. De plus, grâce à l'effet de renforcement du bracelet, elle pouvait même tirer librement avec le Third Eye pendant quelques minutes.
Sa puissance destructrice laissait tout le reste loin derrière. En temps de guerre, elle pourrait même abattre le général ennemi depuis une distance extrême.
C'était simplement une génie de ce niveau. Et en même temps, un canon lâche. Quelqu'un que les pays ne pouvaient pas laisser tranquille.
Quand elle sortira de l'académie d'aventuriers, des recruteurs de toutes les nations afflueront à coup sûr. Et le seul moyen de leur échapper, c'est de quitter le pays.
Au final, Michelle et moi n'avions d'autre choix que de fuir ce pays dans quelques années.
« Quelle situation emmerdante… » « Tu as contribué à développer son Don. C'est normal que ce soit emmerdant. » « Ben… »
Je suppose que c'est vrai, vu que c'est elle. Mais je ne pouvais pas juste l'emmener avec moi.
« Quoi qu'il en soit, c'est encore un peu tôt pour s'en faire avec ça. Pour l'instant, tu dois te concentrer sur la séduction d'Elliot. » « Je suppose que ça passe en premier, ouais. » « D'abord, il faut que tu apprennes à séduire Elliot ! »
Mettant de côté l'avenir grave, Maxwell proposa ça en s'amusant.
« Il va falloir que tu apprennes le "comportement féminin" indispensable pour le faire craquer. » « Hein ? » « Ton apparence a déjà mon sceau d'approbation. » « Garde-le pour toi ! » « Il ne reste plus qu'à se comporter comme une femme. Tu manques cruellement de raffinement. » « Laisse-moi tranquille ! »
Il y a à peine de différence entre le comportement des gamins des deux sexes. Cependant, après dix ans, leur conduite commence à diverger lentement. Pour l'instant, les gens de l'académie me voyaient comme « une dure à la tâche » qui s'entraîne dur malgré son corps frêle, et « une jeune fille » qui joue du piano après les cours.
Compte tenu de qui étaient mes parents, peu d'élèves m'approchaient, mais Letina et Michelle m'évaluaient comme « t'es un peu bordélique, Nicole ».
Maria, qui avait l'air d'être stricte sur les manières, adoptait en fait une politique de non-ingérence, si bien que je devenais progressivement plus garçonne.
« Fuhahaha, laisse-moi faire. Mon moi populaire va t'éduquer personnellement. » « J'ai vraaaiment pas envie, moi !? »
Et comme ça, je fus forcée de suivre des leçons de savoir-vivre jusqu'au soir.
Quand le soleil se coucha et que les rues commencèrent à se teinter de rouge, je fus enfin libérée de l'emprise de Maxwell. En rentrant, abattue, un vieux marchand de fruits que je connaissais bien m'interpella, inquiet.
« Oh, qu'est-ce qui t'arrive, Mademoiselle Nicole ? Tu as l'air terriblement fatiguée aujourd'hui. » « Vieux, arrête de m'appeler Mademoiselle. » « Ahaha, vu ta réaction d'habitude, tout a l'air d'aller, hein ? Tiens, je te donne ça, remonte le moral ! »
Il prit une des pommes que j'achetais souvent dans son panier et me la lança. Je tendis mes deux mains et l'attrapai. J'aurais pu le faire d'une main dans ma vie précédente, mais c'était trop pour moi maintenant. Mes mains étaient trop petites.
« Merci. » « Force pas trop. » « C'est noté. »
J'essuyai la pomme avec ma manche et croquai dedans. Son jus sucré et acidulé emplissait ma bouche, dissipant une part de ma fatigue mentale.
« C'est bon. » « Je sais, hein ? Tout ce que je vends est bon, après tout ! »
Soudain, je sentis une présence étrange. Non… je crois qu'elle me suit depuis que j'ai quitté l'académie ?
« C'était bon. Merci. » « Tant mieux. »
Je remerciai le vieux et quittai les lieux en vitesse. J'étais suivie par un individu suspect, donc je voulais m'éloigner le plus vite possible. Personnellement, je voulais m'éloigner avec élégance, mais ça a fini par ressembler à la démarche d'un bambin.
Sous le regard bienveillant du vieux que je sentais dans mon dos, je m'engouffrai délibérément dans une zone déserte.