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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 17 : La route du Nord

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Chapitre 17

Chapitre 17 : La route du Nord

Chapitre 17/17100%~10 min de lecture1 888 mots

Après le départ de Monica, je m'effondrai dans la chambre d'Edith, qui nous servait aussi de suite nuptiale provisoire.

Le seul réconfort était de savoir que je pourrais en repartir au bout d'une seule nuit.

Je me demandais vaguement à quelle période on promulguait d'ordinaire l'Ordre de Fermeture du Nord quand une main fraîche se posa soudain sur mon front.

« Eve. »

Ouh, je suis vidée. Je n'ai même pas l'énergie de répondre.

« Vous semblez toujours épuisée après avoir vu cette demoiselle. »

Je tendis les bras pour signifier à Edith de m'aider à me relever.

Lui, qui se tenait près du lit, m'observa un instant sans rien dire, puis se pencha et m'enlaça légèrement.

Je le sentis même me tapoter le dos.

C'était un contact chaste, soigneux à ne pas laisser nos corps se superposer, et pourtant il me parut bien plus étrange que lorsque nous dormions serrés l'un contre l'autre.

« ...Merci pour le réconfort. Pourriez-vous aussi m'aider à me relever ? »

Les bras d'Edith se refermèrent sur ma taille et me soulevèrent. C'était aimable de m'aider ainsi, sauf qu'il m'assit ensuite sur ses genoux.

« Eve. »

« Oui, Edith. »

« Cette demoiselle est partie en pleurant. »

Hein ?

« Elle a dit qu'elle préférerait mourir plutôt que de ne pas s'excuser et vous remercier, puis elle s'est mise à se cogner la tête contre le mur. »

« Mon Dieu. Enfin, c'est déjà un soulagement qu'elle ait éprouvé du regret. Est-elle rentrée sans encombre ? »

« Elle a un peu saigné, mais Azena l'a accompagnée, elle ne devrait donc rien risquer. »

Azena avait déjà escorté Monica le jour du bal du palais impérial. Je ne lui avais pas beaucoup parlé, mais je me souvenais qu'on la surnommait la Sainte. C'était une chevalière bienveillante, qui se contentait de sourire et d'accepter les taquineries de Procyon.

Enfin, quoi qu'il en soit, le résultat est que Monica s'est désintéressée de Gilbert : tenons cela pour une bonne nouvelle. Je pensais pourtant que l'affaire s'était réglée en éloignant Gilbert de la capitale.

Sera possède un onguent qui fait merveille sur les plaies, je devrais le lui donner.

...Attendez un peu, Monica peut se procurer ce genre d'onguent sans la moindre difficulté ; est-il vraiment nécessaire de le faire ?

Ouh, ouh... Une nouvelle migraine s'annonçait.

C'était plus simple à gérer quand elle se contentait de me chercher querelle, comme avant.

Je mis un instant de côté mes pensées sur Monica et regardai par la fenêtre.

Les voitures de la maison grand-ducale de Calakis attendaient devant le portail principal. Chacune avait une carrosserie d'un noir de jais, à donner l'impression que la destination était l'au-delà.

Notre départ était prévu au lever du soleil, mais pour la veille d'un long voyage, le manoir était silencieux. Chacun semblait n'avoir emporté que le strict minimum, à l'exemple d'Edith.

Je tournai la tête vers mon époux, qui savait être attentionné et prévenant à sa manière.

Je vis ses longs yeux étroits et les coins de ses lèvres relevés par la satisfaction.

« Merci de votre sollicitude. Faut-il que je vous adresse un compliment ? »

« Et une récompense. »

Je le laissai docilement faire à sa guise.

Tandis qu'Edith me démêlait les cheveux, mis en désordre à force de rouler sur le lit, je parcourus la pièce du regard. Cet espace déjà nu était devenu tout à fait désolé depuis que j'en avais retiré les ornements que j'avais apportés.

Dans la penderie légèrement ouverte, il ne restait qu'une cape noire. C'était celle qu'Edith portait lors de notre première rencontre, au palais impérial.

Je me demande en quoi elle est faite. La coupe n'avait jamais eu la faveur de la capitale.

Elle était très longue, et l'on avait l'impression que même couverte de sang, le noir en resterait identique. Le lustre et l'éclat étaient aussi vifs que si le cuir venait d'être tanné.

Remarquant que je fixais la cape, Edith me demanda :

« Voulez-vous l'essayer ? »

Elle n'avait pas l'air de devoir m'aller, mais je hochai la tête par curiosité.

Edith sortit aussitôt la cape et la drapa sur moi. J'eus l'impression qu'on me posait une pierre sur les épaules. Ouh.

« C-C'est lourd. »

Je vacillai, et Edith m'ôta prestement la cape.

« Elle est lourde et encombrante. »

« Pourquoi la portiez-vous au palais impérial, si elle est si inconfortable ? »

« Parce que je voulais faire bonne figure devant mon épouse ? »

Impossible de dire s'il plaisantait ou s'il était sérieux.

Edith sourit des yeux.

« Bien sûr, si je ne portais jamais que celle-ci, mon épouse ne s'en lasserait-elle pas ? Vous semblez déjà vous inquiéter de ce que ma penderie ne contienne que du noir. Si je veux être aimé de ma femme, il me faut trouver d'autres moyens. »

« J'attends cela avec impatience. »

À cette réponse de circonstance, Edith répliqua par une nouvelle stupéfiante.

« Pour commencer, je vais me lancer dans la dénonciation interne. Saviez-vous que Procyon a acheté une quantité considérable de patates douces, comme vivres de secours en cas d'urgence ? On dit même que la grande-duchesse a été impressionnée par la minutie de ses préparatifs. »

Quoi ?!

Je relevai vivement la tête.

« Je reviens dans un instant. »

Il n'était pas nécessaire de s'étendre en paroles avec Procyon.

Je lui souris simplement, en patronne toute paternelle, et lui dis de choisir entre jeter les patates douces et marcher jusqu'au Nord.

Après avoir réglé le sort des affreuses patates douces, je demandai un service à Sera, qui se lève tôt, et j'allai me coucher.

Il me revint soudain l'image de Monica, serrant ma poupée préférée contre elle et rougissant d'une manière qui ne lui allait pas du tout.

L'onguent... enfin, il est de toute façon difficile de la voir maintenant, tenons cela pour un dernier geste de bonté.

Les voitures du grand-duc de Calakis quittèrent la capitale sans heurt.

En regardant courir les beaux chevaux à une allure régulière, je pensai à Alisa, que j'avais laissée à la résidence du marquis.

Alisa comptait parmi les meilleures montures, et pourtant elle n'aurait pas supporté la rudesse du climat du Nord.

Je me rappelai une fois de plus que je partais pour le Nord.

Comme nous avions pris la route tôt et que je ne suis pas du matin, je m'endormis dans la voiture. Après avoir dormi profondément, la tête sur les genoux d'Edith, je m'éveillai et pus admirer le paysage par la fenêtre grande ouverte.

À bien y penser, il y a longtemps que je n'étais pas sortie de la capitale. La voiture, équipée à prix d'or, offrait un roulement si confortable que je ne me sentais pas près d'avoir le mal des transports.

L'herbe qui ondulait au vent paraissait odorante. Quand j'ouvris la fenêtre pour sentir la brise, l'odeur fraîche de l'herbe emplit l'habitacle.

« On ne dirait pas que vous avez beaucoup dormi, et pourtant le paysage a déjà changé. »

Edith avait parlé au moment où, mes esprits retrouvés, je commençais à peine à m'intéresser à ce qu'on voyait dehors.

« J'ai emprunté cette route en venant à la capitale pour vous rencontrer, et le paysage m'a retenu l'œil. C'est pourquoi je n'ai pas usé de la magie de Téléportation. »

Hein ?

« Je voulais vous montrer ce que j'avais vu. »

C'était une chose bien douce à dire. J'eus le sentiment que cet homme avait peut-être été secrètement heureux de recevoir ma proposition.

Edith se montrait si empressé dans notre vie conjugale que le soupçon me paraissait raisonnable.

Je n'aurais jamais pu imaginer cela quand j'ai décidé d'épouser Edith Calakis.

C'était bien sûr une décision prise après m'être assurée à plusieurs reprises qu'il n'était pas un homme épouvantable, mais je n'en attendais pas grand-chose pour autant.

Je me disais que même en cas de conflit avec Edith, il me suffirait d'éviter le pire.

Et le pire que j'avais imaginé, c'était de ne pas pouvoir signer le contrat de mariage.

Ce contrat de mariage, établi arbitrairement par nos ancêtres, stipulait que si le mariage n'était pas consommé dans le délai fixé, les descendants en subiraient les représailles.

Ils ne pourraient plus faire figurer le nom de leur famille en signant un document, et ils seraient même privés du droit de graver leur nom sur leur pierre tombale. C'était un contrat de cette cruauté.

Puisque j'avais décidé de ne pas le rompre, l'accomplir m'importait plus que tout.

« Faisons une halte. Vous teniez tant à me le montrer, je dois le regarder comme il faut. »

Edith parut alors touché. C'était comme s'il faisait pour la première fois l'expérience de ce genre d'échange.

Il s'émerveillait et s'amusait sans cesse.

Hmm. Hmmm.

« Dites-moi, je me le demande depuis un moment, mais ne le prenez pas mal : avez-vous des amis ? »

Edith fronça les sourcils.

« Bien sûr que j'en ai... »

« Je ne parle pas de vos subordonnés. »

« ...J'en avais un, mais il est mort il y a des décennies. Il m'a donné le titre de grand-duc comme dernier présent. »

Il était manifeste qu'il avait changé ses mots en cours de phrase, mais je laissai passer.

Le précédent grand-duc de Calakis n'avait pas eu d'enfants. Il avait fait d'Edith, qui ne lui était lié par aucun sang, le grand-duc suivant, et Edith avait protégé la maison Calakis et le Nord pendant très longtemps.

À présent, il envisageait de transmettre la place de successeur à l'un de ses deux fils adoptifs.

De fait, la maison Calakis était pour ainsi dire éteinte depuis qu'Edith était devenu grand-duc.

« Quel genre d'homme était-il ? »

Edith claqua la langue.

« J'aurais tant à dire que je vais m'abstenir. C'était un type qui ne parvenait même pas à se rappeler son nom complet à trente ans. »

Comme je battais des paupières, incapable de maîtriser mon expression, ce fut Edith qui ordonna au cocher de s'arrêter.

Le cocher, tout intimidé, arrêta la voiture assez brusquement à l'appel d'Edith.

Quand je descendis, la brise nonchalante me décoiffa.

Le ciel était d'un bleu vif et les nuages avaient la forme de pop-corn. Six voitures d'un noir de jais s'alignaient en tout, celle de Gilbert tout au bout.

Raven, qui avait volé jusqu'à moi après les soins de Sera, se posa sur mon épaule et gonfla ses plumes.

« Croa ! Croa ! »

Il devait bouder parce que je m'étais peu occupée de lui ces derniers temps. Il ouvrit le bec et exprima son mécontentement tout à son aise. J'apaisai le petit corbeau.

« C'est bon, c'est bon, je te garde auprès de moi. »

Chose étrange, Raven m'aimait plus qu'Edith, son maître. Était-ce parce que je lui donnais beaucoup de friandises ?

J'allais proposer à Edith de faire quelques pas quand j'aperçus soudain le dos de quelqu'un qui semblait particulièrement abattu.

Le garçon, complètement démoralisé par la confiscation de toutes les patates douces la nuit précédente, était accroupi et soupirait profondément.

Je savais bien que Procyon, optimiste si l'on veut être aimable et dépourvu de mémoire si l'on veut être franc, retrouverait bientôt son entrain de lui-même, mais j'étais une patronne généreuse et bienveillante. Je portai donc mes pas vers lui pour le consoler en personne.

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