— Je sais que j'ai parlé d'ouvrir une pharmacie un jour… Mais pourquoi aujourd'hui ?
D'apprenti apothicaire à apothicaire officiel de la Cour, Falma de Médicis (10 ans), qui avait été nommé par un décret impérial direct de l'Impératrice, resta coi dans le manoir de sa famille. Une foule d'artisans avait envahi le domaine des de Médicis. Hier, un émissaire était venu transmettre l'intention de l'Impératrice. L'Empire prendrait en charge les frais d'établissement de la pharmacie. Et aujourd'hui, on en était arrivé là.
Sa Majesté était trop impatiente. Telle était la pensée intime de Falma. Pour Falma, qui s'était vu accorder une Charte Impériale pour la pharmacie, venait maintenant la responsabilité de construire une pharmacie pour le compte de l'Empire. L'ordre de l'Impératrice avait de lourdes conséquences. Depuis les ateliers bénéficiant du Warrant Royal de Sa Majesté, maçons compétents, carriers, forgerons, marchands de bois, verriers, couvreurs, et pratiquement tous les artisans experts dans leur profession avaient fait le voyage et s'étaient réunis avec leurs apprentis. Ils dirent à Falma qu'ils étaient des artisans de premier ordre ayant participé à la construction du palais.
« Puisque je ne suis pas mentalement prêt, et que les premiers plans n'ont pas été tracés, voulez-vous partir pour l'instant ? » Falma, pour une fois, tenta de renvoyer le maître artisan qui avait mis le pied dans la porte du manoir. Tous deux tiraient et poussaient sur la porte. « Comme je vous l'ai dit, Jeune Maître, un ordre impérial a été émis, vraiment. » Ils ne repartiraient pas comme ça ; le site de construction prévu avait aussi été décidé ; les artisans seraient licenciés s'ils ne commençaient pas à travailler aujourd'hui ; voilà ce qu'on lui dit.
Des têtes allaient tomber, c'est certain. Telle était la logique de l'Impératrice à l'esprit musclé.
« Allez, allez~ Le travail sera vite fait. » Ellen arriva sur les lieux du désordre. Elle avait été convoquée par le pigeon voyageur envoyé par Bruno. On lui avait ordonné d'aider à l'établissement de la pharmacie de Falma. L'Impératrice avait ordonné strictement à Bruno de faire en sorte que Falma exploite la pharmacie le plus vite possible, alors Bruno avait demandé l'aide d'Ellen comme soutien pour Falma. Quant à Bruno, il était allé rendre visite à un autre noble aujourd'hui.
« Attendez une minute… » « Hein ? » « Je suis content pour votre grande promotion, Maître Falma, mais qu'avez-vous bien pu faire pour que Sa Majesté agisse ainsi, parce que celle-là, elle est pressée. Comme cette fois… J'… je me suis fait prendre à insulter le monarque. »
Falma voulait s'enquérir davantage de cet épisode, qui semblait intéressant, mais il laisse tomber. « Il y a une raison profonde derrière tout ça, et c'est une longue histoire. » Concernant l'établissement de la pharmacie, il raconta l'histoire de la discussion avec Noah, qui avait été divulguée à l'Impératrice. Comment Noah exécutait discrètement des commissions pour gagner des points auprès de Sa Majesté. « C'était une sacrée longue histoire. Alors, quel genre de pharmacie ce serait ? Tu as une idée approximative de ce à quoi ça ressemblerait ? » Ellen se pencha vers lui en demandant. « Je dois décider maintenant ? Je ne suis pas encore mentalement prêt pour ça. J'aimerais d'abord jeter un œil aux autres pharmacies. » C'était parce que cet espace serait son lieu de travail, il réfléchissait soigneusement à sa décision pour le design. Falma pensait que ce n'était pas quelque chose qu'on devait décider en le pressant de faire vite. « Arrête. Les têtes des artisans tomberont si tu ne le fais pas maintenant, socialement du moins. »
« On dirait que Sa Majesté fait vraiment si peur que ça. C'est une question de commodité pour les clients, je veux réfléchir soigneusement… » « Tu n'as qu'à la reconstruire si elle ne te plaît pas, comme l'a dit Sa Majesté. » « Sa Majesté abuse trop de son autorité souveraine. » Falma fut confié à un artisan, grommelant en ne voyant qu'une esquisse du site de construction sur un plan vierge, alors que Lotte apparut avec du thé et du gâteau pour Ellen et Falma. « Mais j'ai été surprise. C'est une grande promotion, Maître Falma ! Et du coup, les artisans sont là tout de suite, votre pharmacie va vraiment être construite ! » Lotte se réjouissait du succès de Falma.
« Jeune Maître, n'avez-vous pas encore décidé d'un plan préliminaire ? Je vous en supplie humblement. » « Je suis désolé. » Les artisans de la guilde qui attendaient commençaient à s'impatienter. Falma n'avait d'autre choix que de se mettre à l'œuvre.
« Bon, c'est bon, je vais improviser. » Il était déjà désespéré. Puisque son père et Sa Majesté avaient dit qu'il pouvait concevoir la pharmacie comme bon lui semblait, Falma s'était préparé au pire et avait commencé à dessiner un plan. Tant qu'il y avait un aperçu, les travaux de construction avanceraient sans heurts et le savoir-faire du contremaître lui permettrait de voir la confiance dans leur travail. Quant à l'emplacement de la pharmacie, elle serait construite sur le terrain d'angle de choix de l'avenue principale de la Capitale Impériale que l'Impératrice avait mis sous son contrôle. L'emplacement avait été choisi à l'écart du quartier commerçant de la Guilde des Apothicaires. C'était probablement la prévoyance de l'Impératrice, afin que le rival commercial ne soit pas à proximité immédiate.
« C'est bon ! Les détails fins seront placés plus tard parce que le bâtiment sera encore en construction. » « Wah, à quoi ça ressemble… Eh !? Qu- » Au maximum, les artisans de la guilde s'attendaient à ce qu'il dessine au niveau d'un enfant, mais une fois l'après-midi venue, et Falma leur donna les plans. Ils restèrent coi, parce que le dessin comportait de nombreuses dimensions précises. « Avec autant de détails, le travail sera facile à faire. » Après avoir entendu l'avis des maîtres artisans, Falma et Ellen complétèrent les plans en utilisant le design intérieur des autres pharmacies comme référence.
Le jour même où le plan fut achevé, la construction fut poussée avec une performance et une vitesse étonnantes. Le budget de construction influençait le temps de construction. Comme c'était l'Empire qui commandait les travaux, l'or n'était pas un problème, et un grand nombre de personnes purent le bâtir en utilisant des matériaux de la plus haute qualité.
Quelques jours s'étaient écoulés depuis le début des travaux, la structure du nouveau magasin avait émergé d'un terrain de la Capitale Impériale. « Jeune Maître. Que voulez-vous pour le nom de la boutique ? » Un maçon demanda à Falma le nom de la pharmacie. Alors qu'il regardait les boutiques voisines, le nom du magasin était gravé en grand sur le mur. « Est-ce que Pharmacie Impériale irait ? » « N'est-ce pas un peu prétentieux ? » L'emblème doré d'une Charte Impériale était déjà hissé sur le mur. Il y a plusieurs boutiques dans la Capitale Impériale qui ont un Warrant Royal, mais une boutique à Charte Impériale (Compagnie à Charte) est d'un autre niveau et est rarement délivrée. Si la pharmacie obtenait l'approbation de l'Empire même avant d'être établie, elle aurait encore plus de prestige et de standing social.
« Veuillez décider immédiatement, sinon le temps de construction prendra du retard. » « Vous voulez dire maintenant ? » « Maintenant. Immédiatement. Le plus vite possible. » L'artisan était impatient. Si Falma voulait la nommer sans fioritures, ce serait Pharmacie de Médicis, mais parce que c'était un travail délicat, il serait imprudent d'utiliser publiquement son nom de famille, alors il était troublé.
« Et si je l'appelais Pharmacie d'un Autre Monde. » Après avoir beaucoup réfléchi et hésité, Falma eut enfin une bonne idée et marmonna cette phrase. Plusieurs heures plus tard, en se concentrant sur l'ornementation splendide, la gravure de l'enseigne dorée fut achevée.
Le nom de la boutique se lirait probablement [Diversis Mundi Pharmacy] une fois converti en alphabet romain depuis sa vie précédente.
Littéralement traduit par [Pharmacie d'un Autre Monde]. Falma la contempla avec stupeur en se demandant quoi faire,
« Pharmacie Sacrée ? C'est vraiment son nom ? N'est-ce pas un peu exagéré ? »
Quand Ellen arriva sur le chantier, elle fut surprise par les mots sur l'enseigne qui venait d'être achevée. Falma fut surpris par cela. « Sacrée ? Comment est-ce devenu ça !? » Falma cligna des yeux, surpris. C'était parce que le terme « Autre Monde » n'était pas un mot courant dans ce monde, il semblait avoir été paraphrasé en « Sacrée ». « Puisque c'était une Charte Impériale de Sa Majesté, vous serez pleinement protégé car c'était l'ordre, ce sera un sanctuaire face aux gens du même métier, bon sang, ce sera peut-être déjà un sanctuaire rien qu'avec la présence du Dieu de la Médecine. » Mince, j'ai fait une boulette ! Avec un tel nom attaché, ça va sûrement attirer une mauvaise foule ! Et ainsi, Falma regretta sa bévue ; le maçon et le graveur avaient déjà fini leur travail, alors il alla déjeuner et rentra chez lui.
« Je ne veux pas me retrouver en discorde avec ceux du même métier que moi. Ils pourraient ne pas me prêter d'herbes médicinales si j'en manque. » Il était inquiet qu'on harcèle son commerce ou qu'il subisse des dommages par des rumeurs. D'ailleurs, il ne pouvait s'empêcher de sentir que le nommage de la boutique, qui revenait pratiquement à le fourrer sous le nez des gens selon les standards de ce monde, était comme chercher querelle devant un « Temple », parce qu'elle s'appelait [Sacrée] de toute façon. « Ça n'a plus d'importance maintenant. » Ellen regardait avec indifférence. « Hein ? » « Tu sais qu'il est impossible de changer le nom. Je pense que ce serait une confrontation totale avec la Guilde des Apothicaires parce que c'est une boutique gérée par un noble. » C'était parce que les types de médicaments manipulés sont différents, il était hautement improbable qu'il y ait compromis. Telle était l'analyse d'Ellen.
« Même si vous avez la protection de Sa Majesté, vous aurez quand même une forte opposition. » C'était parce qu'il y a des moyens d'interférer directement ou indirectement.
La remarque d'Ellen ressemblait à une prédiction.
La première pharmacie à Charte Impériale et le plus jeune Apothicaire de la Cour de l'Empire. Les citoyens et représentants de chaque guilde commerciale étaient venus l'inspecter, sans cesse, tout au long de la journée. Aussi, parce qu'il y avait des choses chères qui pouvaient être volées sur le chantier, Falma avait engagé des chevaliers comme gardes de nuit. Avant longtemps, les dirigeants de la guilde des apothicaires de l'Empire allèrent et commencèrent à faire du repérage ouvertement devant la boutique. Quand Falma était présent sur place, les apothicaires s'approchaient soudainement avec hostilité.
« Eh bien, eh bien, où est le propriétaire de la boutique ? » L'homme d'âge mûr qui avait une belle carrure, semblait être un chef de guilde, il ôta son chapeau et salua Falma tout en examinant le magasin. Il le faisait de manière polie mais aussi grossière.
« Je suis le propriétaire de la boutique. » Falma répondit sans être particulièrement offensé, parce qu'il n'était vu que comme un enfant, il n'y avait pas de raison d'être offensé. « Pardon pour l'intrusion ! Oh mon Dieu, vous êtes trop jeune. Je suis Veron, un chef de la Guilde des Apothicaires Impériaux. » « Enchanté, Monsieur Veron. Je suis Falma de Médicis, Apothicaire de la Cour, j'exploite cette boutique, merci beaucoup d'être venu. » « J'ai entendu que vous aviez établi une pharmacie alors je suis venu, et elle a même le sceau de la Charte Impériale. Je vois, Sa Majesté a fait un caprice, non, c'est impoli. » Veron était plein de dédain car il ne voyait en Falma qu'un enfant. Puisque Veron pensait que comme Falma n'était qu'un enfant, il ne pourrait pas remarquer ou comprendre le sarcasme.
Cependant, Falma ne se sentit pas offensé du tout.
« Néanmoins, le nom de cette pharmacie est très élégant, quel genre de médicaments vendez-vous ? Vendez-vous quelque chose pour quelqu'un d'aussi vieux que vous, comme des bonbons ? » Ils n'étaient pas au courant de la réputation de Falma au sein de la Cour. Le chef de guilde Veron le taquinait en faisant semblant de lécher un bonbon avec sa langue, et sa bande d'apothicaires alla dans son sens et ricana.
Cependant, Falma avait une grande résistance aux provocations inutiles. Dans sa vie précédente, à chaque fois qu'il développait un nouveau médicament, il n'avait pas que des réactions favorables, il recevait aussi des objections et du scepticisme de la part de chercheurs du monde entier, il y avait des remarques terribles dans leur sarcasme. Il y avait même eu un combat concernant des brevets avec un laboratoire rival. Il sentait qu'il devait gérer chacun d'eux, mais ce n'était pas intelligent de les provoquer.
« J'ai l'intention de vendre des bonbons. » Falma acquiesça promptement en l'annonçant avec un sourire. « C'est une forme de dosage médical, cela dit. » Il compte vendre des pastilles. Des sels pour les artisans qui transpirent, peut-être qu'il serait bien de vendre des bonbons salés pour la supplémentation en minéraux. Falma répondit vivement et cordialement de manière enfantine.
Veron voulait critiquer Falma une fois de plus car ce dernier ne semblait pas se soucier de ses mots, mais il ne pouvait pas diffamer ouvertement un Apothicaire de la Cour qui avait une charte impériale. Un roturier qui manquait de respect à un noble serait puni. Bien que le sarcasme fût permis.
« Eh bien, c'est une belle dévotion. » Veron applaudit de manière exagérée.
« Au fait, maintenant que vous avez établi votre affaire, ne devriez-vous pas vous inscrire comme membre de la Guilde des Apothicaires ? » Certainement, si vous exploitez un commerce, vous devez vous inscrire à une guilde. Falma décida d'écouter au cas où. Il voulait faire avancer plusieurs formalités en douceur. « C'est malheureux, mais la Guilde des Apothicaires est réservée aux apothicaires roturiers. » Ce n'est que lorsqu'un apothicaire roturier a servi au bas de l'échelle pendant longtemps que la Guilde des Apothicaires le reconnaît et le laisse enfin devenir indépendant. Il est dit qu'ils doivent servir au moins 10 ans depuis le début de leur pratique. « Vous pouvez nous rejoindre si vous le voulez vraiment, je vous accepterai. Ce sera dur pendant longtemps d'essayer d'opérer indépendamment, vous savez ? » Veron le provoquait avec un visage sérieux.
« Non, c'est trop d'ennuis. J'ai déjà maîtrisé les compétences minimales en tant qu'apothicaire. Je vendrai de nouveaux médicaments que j'ai personnellement développés, donc c'est totalement différent des boutiques sous la Guilde des Apothicaires. » Puisque Falma était un noble, il était attendu qu'il ne rejoindrait pas une guilde pour roturiers.
« Au fait, quant à vos médicaments faits par un Apothicaire de la Cour, n'est-ce pas cher ? Pour les roturiers, ils ne peuvent tout simplement pas mettre la main dessus. » Les médicaments faits par un Apothicaire de la Cour utilisaient des matières premières de haute qualité. Les hauts gradés de la guilde connaissaient la valeur marchande de ces médicaments, donc ils savaient qu'ils ne devaient pas laisser l'affaire tourner au ralenti, mais l'exprimer de cette façon franche en le plaignant sarcastiquement n'était que dédaigneux. Alors, Falma répondit avec indifférence.
« Je crois pouvoir proposer des médicaments à bas prix. » « Bas prix ? Oh mon Dieu, les nobles ne prennent vraiment pas en compte la bourse des roturiers ! Pour vous c'est bas prix, mais combien ça coûte, vraiment ? »
« Qu'est-ce que vous racontez ? Vous n'allez pas dire que vous allez faire fermer cette pharmacie, si ? »
Ellen apparut dans la boutique en croisant les bras, elle les toisa sans broncher comme pour soutenir Falma. Le nom d'Ellen en tant que meilleure élève de Bruno était connu dans la Capitale Impériale. Tous reconnurent sa supériorité.
« Non, pas du tout, nous ne sommes que de simples confrères dans le même domaine, travaillons ensemble. Eh bien, je vais partir pour l'instant. » Partant avec des mots pour les apparences seulement, Veron prit son personnel et partit en ricanant. C'était comme une déclaration de guerre de la Guilde des Apothicaires. Falma porta son regard vers le ciel avec un visage sérieux. Ellen s'inquiétait pour Falma, de savoir s'il avait pu endurer ces remarques cruelles ou pas. « Ne faites pas attention, Maître Falma. » Alors Ellen enchaîna, « Mis à part la vente de bonbons, qu'en pensez-vous de vendre des gaufrettes avec du fer ? Après ça, des compléments nutritionnels aussi. » « Vraiment… Je pense que je devrais faire juste ça, alors. »
Avec le mot « bonbon » de la provocation de Veron, il semblait avoir eu une idée pour ses nouveaux produits. Ellen admira grandement la mentalité résiliente de Falma et son optimisme tout en restant calme.