«Content d'avoir gagné, mais ce n'était pas une victoire complète. »
« Désolé, hors de ma portée. »
« Non, pas de ta responsabilité. »
Je réconforte Bartolo, qui a l'air regretant.
Enfin, pourquoi regrette-t-il d'avoir gagné ?
« C'est ça la différence avec la cavalerie, tu as gagné ? Moi, avec un général ordinaire, je ne peux pas. Enfin, c'est normal. Mon adversaire était trop faible. C'est tout. Y a pas de général comme ça. »
« J'aimerais bien pouvoir dire ça. »
Répond Bartolo, mais…
Au fond, il a l'air regretant.
Bizarrement…
Jusqu'ici, ni Bartolo ni moi n'avons trop l'habitude de ces victoires « parfaites » des Romariens.
Pas bien.
À la base, gagner une guerre, c'est dur.
Encore plus la gagner complètement.
Donc c'est normal. On devrait se réjouir.
« D'abord, servons du saké aux soldats ce soir. C'est une victoire. »
« Jusqu'où l'ennemi a-t-il fui ? »
« J'ai fait une reconnaissance, une enquête… Il semble qu'ils soient coincés dans une ville moyenne au nord, à trois jours d'ici. »
Rosward nous donne le rapport de l'éclaireur.
Les pertes ennemies s'élèvent à environ 30 000.
Autrement dit, il reste environ 30 000 fantassins. Et la cavalerie est intacte.
« Bartolo peut-il prendre le château de force ? »
« Difficile de faire tomber une forteresse avec 30 000 ennemis dedans. S'ils sont isolés, on ne peut rien faire contre l'armée… »
Hum… c'est compliqué.
Je regarde Alexios.
« Des idées ? »
« C'est pas un ennemi qui se laisse provoquer. C'est un siège régulier. »
En gros, le mieux, c'est d'y aller franchement.
« Le problème, c'est quand les renforts ennemis arriveront. Qu'en penses-tu, Bartolo ? »
« Je connais pas les forces totales du royaume de Roselle… D'après ce qu'on dit, 300 000 fantassins et 60 000 cavaliers… dans deux mois environ ? »
Ça va durer aussi longtemps ?
C'était pourtant rapide quand le Japon a envahi…
Non, attends ?
Il y a aussi des clans en Gallia qui se sont révoltés contre le royaume de Roselle, ainsi que les Germanis.
Cette fois, les 60 000 qu'ils ont sortis face à notre invasion, pour Roselle, c'est du menu fretin.
Pour envoyer de nouveaux renforts, il faut prélever des soldats sur le front,
Réorganiser, gérer les effectifs, déplacer le tout…
En comptant tout ça, deux mois, c'est plausible… ?
Bon, simple spéculation.
« Tu peux le prendre en deux mois ? »
« Impossible. En un ou deux ans, je le ferai sûrement tomber à l'assaut. »
Un ou deux ans…
Ça va être long.
« Votre Majesté. »
Bartolo me fixe droit dans les yeux.
« Combien de temps pouvez-vous tenir ? »
« J'aimerais que ce soit fini dans l'an… Je veux dire, nos soldats sont surtout des cultivateurs. On peut pas laisser les champs à l'abandon trop longtemps. Cela dit, en tension faible, on peut tenir un, deux, trois ans. »
Le Japon aligne 160 000 hommes sans compter la Communauté.
Si on les fait tourner par 50 000, la guerre peut durer.
Le trésor a les moyens.
« On passe au siège ? »
« Oh, allons-y. J'veux pas gâcher cette victoire. »
D'abord, on a commencé à réduire les villes alentours.
On écrase les villes-satellites et les villages un par un pour instaurer le siège.
D'abord, comme base, on met 10 000 hommes dans la ville moyenne déjà prise.
C'est moi qui la tiens.
Ensuite, on répartit les 50 000 restants entre les cinq corps de Ron, Rosward, Gram, Bartolo et Alexios.
Chaque corps de 10 000 réduit une ville-satellite.
Est-ce qu'on ne disperse pas trop l'armée ?
Comme tu penses, les espions surveillent partout et tous les corps restent en contact étroit.
Si Balthazar a 30 000 hommes et veut les détruire un par un…
Les quatre autres corps fonceront sur la ville laissée vide.
Un mois plus tard, toutes les villes-satellites étaient tombées, les villages sous notre contrôle.
On laisse 10 000 hommes pour les défendre…
Avec les 40 000 restants, l'armée commence le siège.
Siège, et siège complet.
Creuser des tranchées, dresser des palissades, planter des pieux anti-cavalerie.
Et construire des fortins simples aux points clés.
Un siège parfait, pas une fourmi ne passe.
Le problème, c'est que ce siège étiré peut être rompu…
« L'ennemi ne peut sortir que par la porte, donc il ne peut attaquer qu'autour de la porte. Il suffit de concentrer la défense là. C'est tout. »
« J'aime pas refaire la guerre de château. Le siège, c'est chiant, mais… »
« D'accord. Moi non plus, j'aime pas attaquer un fort. C'est plus facile d'attaquer que de défendre. »
Si tu perds en défendant, c'est fini.
Mais si tu perds en attaquant, c'est sans conséquence.
Le poids sur les épaules n'est pas le même.
« Bon… deux mois que le siège a commencé, mais… les renforts ennemis… »
« Selon nos espions, ils s'organisent à peine… donc pas avant deux semaines encore. »
Voilà.
Le royaume de Roselle bouge plus lentement qu'on pensait.
Ils ont l'air plus dans la merde que prévu.
En plus, les renforts ne font que 40 000… c'est peu. Ils n'ont pas les moyens.
« Bon, Bartolo. »
« Quoi ? »
« Franchement, qu'est-ce que tu penses de préparer ce siège ? »
« C'est ça… si on peut l'éviter, c'est le mieux. »
C'est ça, non ?
Alors…
« Votre Majesté Almus, cette fois… »
« Non, je comprends ce que vous voulez dire. »
Je coupe la parole au diplomate de Roselle.
Après avoir discuté avec Bartolo et les autres, on a cherché la paix avec le royaume de Roselle.
Deux raisons.
La première, c'est qu'on a pas envie de faire un siège.
Deux… Le royaume de Roselle a l'air plus à court qu'on croyait.
Si ça se passe bien, on les a au pied du mur.
C'est pour ça qu'on a envoyé une lettre au royaume de Roselle, proposé et obtenu la paix.
Puis…
Immédiatement, un diplomate de Roselle a été dépêché.
Le diplomate a direct commencé à m'engueuler…
Je sais.
C'est que de la gueule.
En fait, ils veulent la paix au plus vite et ne la réclament pas.
Bon, histoire simple…
Si on laisse faire, le royaume de Roselle perd sa ville moyenne et ses 30 000 hommes.
Si le secours réussit, ce sera pas le cas…
Si les troupes de secours se font battre par Bartolo, ils perdront 40 000 de plus.
30 000 déjà à la bataille d'avant.
Et là, 70 000… 100 000 au total.
Derrière la tête du royaume de Roselle, il y a une défaite massive il y a quelques années.
Une bataille qui leur a coûté plein de territoires.
Si ça se reproduit, le royaume de Roselle peut s'effondrer.
C'est pour ça qu'il est faible.
D'ailleurs, s'ils voulaient vraiment se battre contre le Japon, ils n'enverraient pas de diplomates dans ces conditions.
C'est juste la phrase : « Je ne viendrai pas à la table des négociations tant que je n'aurai pas gagné. »
Ils le font pas parce qu'ils en ont pas les moyens.
« J'ai pas trop envie de me battre contre le royaume de Roselle. Là où les monarques se battent, je sais pas si je peux gagner. »
« … »
« Alors faisons la paix… On vous rend le général Balthazar et ses 30 000 hommes du royaume de Roselle. En échange, Roselle nous cède tout ce territoire… quoi ? »
C'est pas trop exagéré ?
S'emparer soudain du pays des gens et dire « Faisons la paix ici ! »
« J'ai une condition. »
« Laquelle ? »
« Un traité de non-agression de deux ans. On reste en contact. Dans deux ans, sauf si l'un des deux le rompt, il se renouvelle automatiquement. »
« Oui, pas de problème. Faisons la paix. »
Comme ça, un traité de non-agression est conclu entre les deux pays.
Ni le Japon ni le royaume de Roselle ne pourront attaquer le territoire de l'autre pendant deux ans.
Pourtant, le royaume de Roselle ne veut pas se battre tant qu'on ne lui a pas tranché son territoire ?
C'est ça.
C'est pas juste les ennemis extérieurs.
Y a définitivement un feu à l'intérieur.
Un feu qui pourrait détruire le royaume de Roselle s'il tourne mal.
…… Un peu bizarre ?
« Comment ça va, Curiu ? »
« … Quoi, tout d'un coup ? »
« Non, Bartolo s'inquiétait, parce que tu avais l'air de ses rivaux. J'étais désolé. J'ai pas pu me battre… »
« … Le général Curiu va bien. Il serait content de savoir que le général Bartolo pensait à lui. »
Le diplomate de Roselle est reparti tranquille…
Je n'ai pas raté.
Ses yeux ont tremblé.