Teruru Donjon, premier sous-sol.
Je me reposais près de la zone de repos.
Léa est rentrée au manoir.
Elle est allée récupérer les chiffres issus de l'optimisation des circuits.
Le chariot magique modifié par Orton, le gérant de la boutique de chariots sur mesure, possède aussi une fonction de totalisation, mais celle-ci reste sommaire.
Pour obtenir des chiffres précis, j'ai demandé à Léa de faire cette course.
C'est pour ça que je me repose ici, maintenant.
« Tout le monde, restez bien en ligne. C'est dangereux si vous allez trop loin. »
« Hm ? »
Une voix dépourvue de tension parvint à mes oreilles.
En me tournant vers la source, je vis une jeune femme d'une vingtaine d'années qui emmenait un groupe d'enfants d'environ le cycle moyen de l'école primaire.
« Qu'est-ce que c'est ? Ça. »
« Tu sais pas ? »
Un aventurier connu qui se trouvait à proximité réagit à mon monologue.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« C'est une activité scolaire de la ville. Comme aventurier est un métier important, les professeurs les amènent parfois en visite dans les donjons pour qu'ils observent. »
« Ah, une sortie scolaire, en quelque sorte. »
Je ne pouvais m'empêcher d'être impressionné qu'une telle chose existe.
« Comme c'est dangereux, ils n'iront pas au-delà du premier étage, et ça va de soi pour toi, mais quand il y a des enfants, évite les attaques qui risquent de les prendre dans le coup. »
« Ah, bien sûr. »
L'aventurier connu entra dans la zone de repos.
Pourtant, une sortie scolaire dans un donjon.
C'est typique de ce monde, si l'on peut dire.
« Ano... bonjour. »
L'une des filles s'approcha de moi et s'inclina poliment.
« Bonjour, quoi ? »
Peut-être parce que l'interlocutrice était une enfant, mon ton devint naturellement doux.
« Monsieur, êtes-vous aventurier ? »
« Mon... ah, oui. »
« Euh... est-ce que je peux voir comment vous battez un monstre ? »
Une autre fille arriva.
La nouvelle venue était aussi polie, mais comparée à la première, elle semblait avoir un caractère plus fort.
Cette gamine, je la reverrai sûrement dans un donjon dans un futur proche.
C'est le genre de fille qui donne cette impression.
« Ah, c'est bon. »
Je mis fin à ma pause et sortis mon arme, la pointant vers l'avant.
« Merci. »
« Merci. Tout à l'heure, on a vu un monstre par là. »
« Non, c'est bon. Il devrait apparaître dans un instant. »
« ... ? »
La fille pencha la tête sur le côté. Une expression qui disait : « Qu'est-ce qu'il veut dire par "dans un instant" ? »
Je visai mon arme vers un espace vide.
Quand on fait des circuits, on finit par connaître à peu près les points de réapparition des monstres et les intervalles approximatifs.
En accord avec cela, je tirai une balle d'entrave.
La balle traversa le vide et toucha pile le slime qui venait de réapparaître.
La balle d'entrave à placement préalable frappa juste, et le slime fut ligoté par des cordes de lumière, incapable de bouger.
« Wah ! C'est incroyable. »
« Vous voulez voir de plus près ? Ou vous voulez essayer de le battre ? »
« Vraiment !? »
La fille énergique fit briller ses yeux et s'avança vers le slime immobilisé.
Elle le frappa et le piétina.
L'autre fille la suivit de la même façon, ramassa une pierre à distance et la lança.
Elles doivent être amies, toutes les deux tapotaient le slime, et c'était agréable à regarder.
Je veillais à ne pas laisser l'entrave se rompre.
La fille mit environ cinq minutes à venir à bout du slime.
Le slime lâcha une poignée de moyashi en drop, la fille le ramena, toute joyeuse.
« Monsieur ! Des moyashi ! »
« Bien joué ! »
« Oui ! »
« Merci. »
Les filles affichèrent des sourires épanouis.
« Hé, vous faites quoi ? »
Un autre enfant arriva.
Cette fois un garçon, avec un air un peu brutal.
« Écoute, cette personne est incroyable. »
« Regarde, grâce à ce monsieur, on a pu battre le slime. »
« Hmph, incroyable, dites-vous ? Vous êtes naïfs. »
« Naïfs, c'est quoi ? »
« Hé, ossan. »
« Oui ? »
« Comment tu t'appelles, ossan ? »
« Sato Ryota, mais ? »
« Sato... Ryota... Hmph. C'est pas ça. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Je vais te dire une bonne chose. Pour un aventurier, le plus fort, c'est d'être "avec esprit". »
« A-vec es-prit ? »
« Ouais. Il y a des esprits dans les donjons. Si un esprit te reconnaît, tu peux porter le nom du donjon. »
« Vraiment ? »
Les filles me regardèrent.
« Ah, c'est vrai. »
« Ni Sato ni Ryota ne sont des noms de donjon. Ce type, c'est un petit joueur. »
Pas brutal, plutôt insolent, ce gamin.
Ce qu'il dit n'est pas faux, mais les deux filles qui se sont douchées firent mine de déprimer ou bouderent.
Je me disais qu'il fallait peut-être faire un suivi, quand.
« Yo yo, ça fait un moment, Ryota-kun. »
« Cette voix... Neptune. »
« Tu reconnais juste à la voix... on dirait que notre amitié s'est encore approfondie. »
« Le paramètre "affinité" n'existe pas dans ce monde, donc tant mieux. »
C'était Neptune, accompagné comme d'habitude de Ran et Ril.
« Qu'est-ce que tu fais dans un coin comme... ah, tu t'occupes des gamins ? »
« En attendant de me reposer. »
« C'est ça, c'est ça. Les enfants, c'est important, ce sont les trésors de l'humanité. »
« Ouais. »
« Hé, hé... »
Le gamin insolent m'avait parlé tout différemment ; là, il s'adressa à Neptune avec une attitude complètement changée.
« Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Neptune... c'est pas par hasard Neptune Oxyjin-san ? »
« Tu es bien informé. »
« Su, sugoi. C'est un "avec esprit" ! »
La tension du garçon monta d'un cran.
Il avait l'air aux anges de voir un "avec esprit" en vrai.
« Ah, au fait ! Serrez-moi la main ! »
« D'accord. »
« Je deviendrai aventurier ! Je deviendrai un aventurier incroyable comme vous, Neptune-san ! »
« C'est bien, ça me fait plaisir. Mais vaut mieux viser lui plutôt que moi. »
« Hein ? »
Quand Neptune me désigna du doigt, le garçon resta coi.
« Pourquoi... cet ossan ? »
« Lui, il est plus fort. Hein. »
« C'est bon, mais arrête de faire des clins d'œil. »
« Ahaha, tu es toujours aussi raide. »
« On ne t'a jamais dit que c'est toi qui es trop décontracté ? »
Je discutai sans but précis avec Neptune.
Ce type qui engage la conversation si facilement, il est plutôt facile à parler.
« Bon, on y va. Allez, Ran, Ril. »
« Oui ! »
« Tu nous as trop fait attendre. »
La famille Neptune descendit l'escalier en direction de l'étage inférieur.
« Hmph ! »
« Hm ? »
Une fois Neptune parti, le garçon se mouchra bruyamment.
« Montre-toi pas trop. »
« Euh, oui. »
Je me demandais ce qui lui prenait, quand le garçon se mit à déballer son sac d'un trait.
« C'est les "avec esprit" qui sont incroyables, alors juste parce que t'es pote avec un "avec esprit", tu te la joues, c'est juste pathétique ! »
« ... Ah. »
Je compris enfin.
Je n'avais pas saisi sur le coup, mais en gros, il est jaloux.
L'"avec esprit" qu'il admire, Neptune, qui discute amicalement avec moi.
C'est mignon, en fait.
« Maître. »
« Oh, t'es de retour, Léa. »
On m'appela par-derrière. Sans même me retourner, je sus que c'était Léa.
Léa contourna pour se placer devant moi.
Les enfants n'entraient même pas dans son champ de vision, elle ne regardait que moi.
D'ordinaire, s'il y a des enfants dans un donjon, le regard y va naturellement... mais elle n'en a cure, c'est typiquement Léa.
« Désolée d'avoir mis du temps. »
« Il s'est passé quelque chose ? »
« Selen m'a appelée. Si je l'ignore, sa voix résonne dans ma tête et ça gêne Maître, alors je suis allée là-bas en priorité. »
« Si c'est pour ça, c'est pas grave. »
Un appel de Selen, ça veut dire qu'elle a peut-être fait quelque chose de coquin, mais Léa ne le dit pas et moi non plus, je n'ai pas demandé.
Soudain, l'expression du garçon attira mon attention.
Il avait l'air abasourdi, alternant son regard entre Léa et moi.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Se, Selen. C'est... ce Selen Donjon ? »
« Ah. »
« Cette grande sœur... elle est "avec esprit" de Selen ? »
« Ouais. »
Quand j'acquiesçai, le garçon afficha une surprise encore plus grande, les yeux écarquillés.
« Selen... "avec esprit", et pourtant Maître... eeh... »
Il doit être du genre à tout dire tout haut.
Le fait que Léa, qui est "avec esprit", m'appelle Maître, le fait qu'une "avec esprit" soit ma subordonnée, il en est resté bouche bée.
« Ryota ! Ka-e-ro ! »
« Wah ! Qui m'embrasse par-derrière d'un coup ? »
« Moi. »
« Aurum ! »
Celle qui m'avait plaquée par-derrière comme un tacle, c'était Aurum.
Elle serrait Mike dans ses bras tout en réussissant à s'accrocher à moi avec adresse.
« Qu'est-ce qui t'a pris, tout à coup ? »
« Je suis venue te chercher. Comme Ryota m'a fait sortir du donjon, moi aussi. »
« C'est vrai. »
« Comment c'est ? C'est chouette ? »
« Se faire chercher par un esprit, c'est une expérience qu'on fait pas souvent. »
« Fufuun. »
Aurum bombait le torse, ravie.
En voyant ses émotions si riches, je pensai que l'avoir fait sortir et l'avoir associée à Mike était une bonne chose.
D'un autre côté.
« Aurum... esprit... c'est pas l'Aurum dont on parle récemment !? Pourquoi avec cet ossan !? »
Le garçon était encore plus abasourdi, et se mit à trembler.
Là encore, il extériorisait tout de façon si lisible que c'était mignon.
Le garçon posa les yeux sur moi.
Il serra les lèvres et me dévisagea.
Et.
« — Ka. »
« Hm ? »
« C'est pas parce que t'as gagné que c'est fini !! »
Le garçon lâcha cette réplique de départ et s'enfuit en courant.
En regardant son dos s'éloigner, j'envoyai secrètement un « Bonne chance » dans son dos.