Sur le chemin du retour d'Indole vers Shikuro.
Rien qu'une lande déserte, une route construite juste pour la forme.
Dans ce monde où les donjons font tout tomber, dès qu'on s'éloigne un peu d'un donjon, les villes et les gens disparaissent presque entièrement, laissant flotter une atmosphère de fin du monde délabrée.
C'est sur une telle route vide que nous marchions à deux, Marguerite et moi.
Contrairement à moi qui avais l'allure typique de l'aventurier, Marguerite, elle, était vêtue comme l'archétype même de la princesse.
Pure et distinguée, débordant d'élégance.
Ce qui faisait un décalage assez saisissant avec cette lande.
« Cela veut-il dire que tu es le chef de cet Indole, Ryota ? »
« Le chef du village est quelqu'un d'autre, je ne suis que le président de l'Association des Donjons, et qui plus est un employé. »
« La position de président d'association est écrasante supérieure à celle d'un simple chef de village. Aucune ville, aucun village ne peut survivre sans donjon. »
« ...C'est vrai, mais... »
Contrairement à Cliff, Marguerite connaît bien le bon sens de ce monde, et ce qu'elle dit est tout à fait juste.
Toutes les villes et tous les villages ont besoin d'un donjon pour survivre, donc le président de l'Association des Donjons se trouve écrasant au-dessus d'un chef de village.
Je le comprends, mais moi-même je ne suis pas habitué à la position de « chef ».
À l'époque où j'étais dans une entreprise de mon monde d'origine, j'étais un simple employé sans titre, et c'était une entreprise tellement noire qu'aucune recrue n'était restée ces dernières années, au point que je n'avais même pas de subordonnés dans l'entreprise.
La position de « chef », ce qu'on appelle se tenir au-dessus des autres, ne me va décidément pas.
« Cela veut dire que ces personnes aussi ont été sauvées par toi, Ryota ? »
« C'est ça. Je les ai secourus et j'ai fait la première conquête du donjon. »
Et l'augmentation du taux de drop du donjon — je vais garder ça pour moi.
Qu'elle soit esprit ou divinité du donjon, je me suis dit qu'il valait mieux taire l'existence d'Aurum.
« C'est bien ce qu'on attend de toi, Ryota. »
« Plus important que ça — »
Je jetai un coup d'œil autour de moi, vérifiai qu'il n'y avait personne, puis lui demandai.
« Ces quatre-là ne nous suivent pas ? »
« Vous parlez de Rato, Socha, Purei et Biruda ? »
« Ouais. »
Si je me souviens bien, c'étaient ces noms-là.
« Ils viennent. »
« Hein ? Où ça ? »
« Rato. »
« Ha ! »
« Wah ! »
Quand Marguerite l'appela, l'un des chevaliers apparut soudain en diagonale sur le côté.
Il surgit sans un bruit comme un fantôme et, avec adresse, se posta d'un pas en retrait dans la posture d'un « serviteur suivant la princesse ».
« Qu-où étais-tu ? »
« …… »
Rato ne répondit pas à ma question.
« Voyons, où pourraient-ils bien être ? »
Marguerite inclina la tête sur le côté ; elle non plus ne semblait pas savoir.
Rato, qui n'avait pas montré la moindre intention de répondre à ma question, répondit à la question de Marguerite qui ressemblait à un monologue.
« Nous sommes toujours postés à un endroit où nous pouvons recevoir les ordres de Marguerite-sama, et quand nous ne sommes pas nécessaires, à un endroit où nous ne gênerons pas. »
« C'est... ce qu'il en est. »
« C-c'est pas du tout une explication, ça ! »
« Merci pour ton travail, Rato, ça suffit. »
« Ha. »
Rato baissa légèrement la tête et disparut tel quel.
Je le regardais fixement depuis tout à l'heure, pourtant il a disparu au moment où j'ai cligné des yeux.
Comme s'il n'avait jamais été là depuis le début.
« ...Hé hé, il a même effacé ses empreintes. »
Dans la lande, ne restaient que mes empreintes et celles de Marguerite ; même s'il avait marché à côté de nous sur des dizaines de mètres, les empreintes de Rato étaient introuvables nulle part.
« C'est comme de la magie d'invocation ou un truc du genre, non, c'est encore plus que ça. »
« C'est ainsi ? »
« Et cette attitude. Je n'avais pas vu ça depuis l'époque où je regardais le larbin d'un senpai. »
« C'est quoi, un larbin ? »
Tu ne sais pas ce que c'est ? Bah, tu es princesse, c'est normal.
« C'est un sous-fifre à qui on ordonne d'aller acheter du pain yakisoba, du jus et ce genre de trucs. »
« Dans ce cas, vous êtes tous des larbins. »
« Hein ? »
« Socha, du thé glacé. »
« Le voici. »
« Ooh ! »
Je fus si surpris que j'en fis un bond en arrière.
Un autre homme apparut cette fois en diagonale derrière Marguerite.
On ne sait d'où il l'a sorti, mais l'homme tendit un verre avec des glaçons à Marguerite.
Les gouttelettes condensées sur le verre montraient à quel point c'était frais ; ça avait l'air délicieux.
« Merci. »
« C'est un honneur. »
Au moment où Marguerite le prit, Socha disparut à nouveau sans un bruit.
Ils ont l'allure de chevaliers... mais ces gens ne sont-ils pas des ninjas à l'intérieur ?
« Vraiment incroyable. Jusqu'où iront-ils ? Ça m'intrigue. »
« Est-ce ainsi ? »
« Ouais, c'est ça. »
« Si Ryota le dit. »
Marguerite s'arrêta.
« Rato, Socha, Purei, Biruda. »
Quand elle prononça les quatre noms, peut-être parce qu'elle s'était arrêtée, cette fois ils apparurent tous les quatre ensemble juste devant Marguerite, pas en diagonale derrière, à genou sur un genou, la tête baissée.
Apparition de ninjas, gestes de chevaliers.
Ce décalage était un peu drôle.
« Jusqu'où accepterez-vous de coopérer avec moi ? »
Quand Marguerite posa la question, les quatre répondirent presque sans pause, mais sans se presser non plus.
D'un ton sans la moindre hésitation, ils déclarèrent.
« Nous vivons pour Marguerite-sama. »
« Nous pouvons mourir pour Marguerite-sama. »
« La joie de Marguerite-sama est tout. »
« Tout existe pour Marguerite-sama. »
« Ce sont des croyants ! De purs et durs croyants ! »
« Merci. »
Quand Marguerite dit cela, les quatre disparurent à nouveau sans un bruit.
« Voici comment c'est. Êtes-vous convaincu ? »
« Plus que convaincu, je trouve ça incroyablement impressionnant. »
« Ah ? Mais tout à l'heure, ils ont accepté la poudre d'or de Marguerite. Je pensais que ce genre de personnes serait trop impressionné pour accepter. »
« Refuser le don de Marguerite-sama mérite dix mille morts. »
« Wah ! »
« Qu'y a-t-il ? »
Moi qui avais sursauté au point de bondir, Marguerite, elle, avait l'air hébétée.
Je regarde autour de moi ; tout à l'heure, quelqu'un a définitivement chuchoté à mon oreille, mais personne n'est là.
Et... la voix aussi me semblait différente d'une voix normale.
C'est dingue, juste dingue.
Alors que ma surprise retombait et que je me calmiais, je me rendis compte que j'étais aussi convaincu.
« De vrais croyants. Bah, Marguerite est comme une idole depuis qu'on s'est rencontrés. Elle vendait des boîtes d'air et tout. »
« C'est quoi, une idole ? »
« Hein ? Ah... c'est un genre de personne aimée de tout le monde. »
Je lui répondis avec mon interprétation à moi.
« De tout le monde... ? »
« Ouais. »
« ...Ryota aussi ? »
« Hein ? »
« Est-ce que... je suis aimée... par Ryota aussi ? »
*Thump.*
Marguerite se tourna vers moi, me regardant droit dans les yeux en posant la question.
Yeux embués, joues rougies.
C'est juste comme — attends attends attends.
Une idole n'est pas censée faire de romance ou de mariage —.
« Je t'aime, Ryota... Suis-je... aimée par toi ? »
Une balle rapide sans la moindre feinte fut lancée.
Elle me frappa la poitrine en plein dans le mille.
Le cœur qui bat la chamade, le pouls qui s'envole.
« …… »
Marguerite me fixe de ses yeux mouillés.
Comme je paniquais et m'affolais, elle parut progressivement embarrassée, puis triste, des larmes prêtes à couler.
« C'est... non, alors... ? »
« Non, ce n'est pas ça ! »
« Vraiment ? »
« Oui ! Je pense que je t'aime, mais — »
Il y a l'histoire avec Elsa, et de base je n'ai presque jamais eu ce genre d'expérience.
Je ne sais pas quoi faire.
Et me voilà à hésiter.
Mon champ de vision s'assombrit soudain, et une sensation douce vint se poser sur mes lèvres.
Un contact de 0,1 seconde environ, juste un baiser papillon comme un petit oiseau.
Un baiser.
Ma tête devint encore plus blanche.
« — ! Mo-moi, qu'ai-je fait ! »
De son côté, le visage de Marguerite devint encore plus rouge. Rouge écrevisse, comme bouillie.
« Rato, Socha, Purei, Biruda ! Cachez mon visage ! »
« « « « Ha ! » » » »
Les quatre chevaliers-ninjas apparurent sans un bruit et encerclèrent Marguerite des quatre côtés.
« Uuuu... Pa-pardon ! »
Toujours honteuse, Marguerite s'enfuit, escortée par les quatre, le visage caché dans les mains.
Moi qui restais là, je restai bouche bée moi aussi.
« Sato-dono. »
« Wah ! »
L'un des chevaliers qui avait escorté Marguerite était juste à côté de moi.
C'était... Rato, non ?
Attends attends, il n vient pas de partir en protégeant Marguerite ?
Pourquoi est-il à mes côtés ?
Et moi de paniquer pour ça, mais Rato restait parfaitement calme.
Il me fixa droit dans les yeux, d'une gravité absolue... avec un visage d'une droiture robuste, et dit calmement.
« C'est la première fois que je vois Marguerite-sama avec un air aussi joyeux. »
« Hein ? Ah... »
J'imaginais qu'il allait me dire « Quel insolent, qu'as-tu fait à la princesse ! », mais ce qu'il me dit fut l'exact opposé.
« À l'avenir aussi, je vous en prie. »
Sur ces mots, Rato fit une révérence et disparut à nouveau.
« "Je vous en prie" hein... »
Suite aux mots de Rato, je me remis à repenser à la sensation du baiser.
J'en vins à imaginer « plein de choses » pour « l'avenir » avec Marguerite, et mon rythme cardiaque monta encore plus haut.