De retour à l'appartement 405, il sortit ses clés, ouvrit la porte et, à peine avait-il retiré ses chaussures et posé le pied dans l'entrée qu'il entendit faiblement un fredonnement venu de la cuisine.
En gagnant la pièce principale, Fang Jing découvrit une jeune fille en uniforme de lycée qui faisait la vaisselle près du plan de travail.
Le propriétaire de ce corps, Nishizuka Tsukasa, avait une sœur nommée Nishizuka Satsuki.
La fille devant lui devait donc être Nishizuka Satsuki. Ses cheveux châtain clair lui tombaient à hauteur d'épaules.
Ayant hérité du visage de sa mère Motoko dans sa jeunesse, Nishizuka Satsuki pouvait être qualifiée de jolie et mignonne. Elle débordait surtout de la vivacité propre aux jeunes filles.
En la regardant de profil, Fang Jing remarqua un morceau de gaze médicale collé sur sa belle joue droite, qui ajoutait un défaut bien inutile à ce visage charmant.
Fang Jing se rappela vite que cette blessure au visage avait sans doute un rapport avec lui, ce fameux « Nishizuka Tsukasa ».
Non... d'après ce que lui disaient ses souvenirs, c'était très probablement « lui » qui l'avait causée.
« Tu as besoin d'aide ? »
Il s'était approché derrière Nishizuka Satsuki et avait posé la question à voix basse.
Contre toute attente, sa question la fit sursauter. Son corps se raidit et ses épaules tremblèrent légèrement.
Elle tourna la tête d'un mouvement crispé, avec l'expression d'un petit animal effrayé.
Fang Jing s'aperçut qu'après l'avoir vu, Nishizuka Satsuki gardait les épaules secouées de tremblements, manifestement assez terrifiée pour se recroqueviller.
« ... Grand frère, tu... tu es rentré. »
Elle avait parlé d'une voix nerveuse, en butant presque sur ses mots.
« Euh, je t'ai préparé le dîner. »
« Ce n'est pas la peine, j'ai déjà mangé dehors. »
Il avait bel et bien mangé à l'extérieur, car peu après être sorti, son estomac avait recommencé à crier famine.
« Au fait, ce vieux réfrigérateur marche, une fois branché. J'ai aussi rapporté des courses. »
Nishizuka Tsukasa et Nishizuka Satsuki étaient frère et sœur, mais on ne pouvait pas dire que leur relation était bonne.
D'après les souvenirs dont il avait hérité, « Nishizuka Tsukasa » était très loin d'être un bon grand frère ; en vérité, il souffrait de graves problèmes de caractère.
Aux yeux des autres, il passait pour un jeune homme remarquable. De constitution fragile, certes, mais brillant dans ses études et classé en tête ; en un mot, Nishizuka Tsukasa était le type même du « bon élève ».
Ce n'était pourtant qu'une façade. Au fond, Nishizuka Tsukasa avait un caractère sombre et excentrique, la mèche courte et des tendances violentes latentes.
Du point de vue de Fang Jing, Nishizuka Tsukasa présentait clairement des troubles psychologiques, et un environnement familial passablement anormal n'avait fait qu'aggraver ses dérèglements.
Si Nishizuka Satsuki se montrait terrifiée par son frère, c'était que Nishizuka Tsukasa la maltraitait depuis longtemps. Chaque fois qu'il subissait trop de pression, se sentait lésé ou simplement contrarié, il frappait sa sœur Satsuki à coups de poing et de pied.
En réalité, dans cette famille dysfonctionnelle, la principale responsable des sévices infligés à la fille était la mère, Motoko. Aux yeux de Motoko, sa fille Satsuki semblait refléter sa propre vie ratée.
Comparée à son fils intelligent, excellent et bien noté, sa fille avait le caractère de son mari, honnête et simple. Par-dessus le marché, elle était maladroite et sotte, ce qui mettait souvent Motoko en colère. Les insultes et les punitions corporelles duraient depuis longtemps.
Cinq ans plus tôt, après le suicide du pilier de la famille Nishizuka, le père Nishizuka Harufuyu, une série de malheurs s'était abattue sur la maisonnée. Après la mort du père, la mère, qui jusque-là ne punissait sa fille physiquement que de temps à autre, était devenue bien plus dure. Nishizuka Tsukasa, qui observait la scène froidement et s'y était accoutumé, s'était mis lui aussi à maltraiter sa sœur.
La mère, Motoko, étant adulte, gardait toutefois une certaine « retenue » dans ses gestes. Quant à Nishizuka Tsukasa, il ne connaissait manifestement aucune limite.
La blessure au visage de Nishizuka Satsuki datait du jour où Nishizuka Tsukasa l'avait poussée : elle était tombée et s'était éraflé la joue près de la salle de bains, avec une plaie qui avait bien failli l'abîmer pour de bon.
« Bon. Ta blessure au visage n'est pas encore refermée, tu ne devrais pas t'approcher de l'eau. Je vais laver tout ça. »
Il soupira intérieurement et prit la place de Nishizuka Satsuki.
« Mais... »
Satsuki hésitait visiblement encore un peu.
Fang Jing soupira en lui-même. Il ne savait pas trop comment s'y prendre avec cette sœur.
'Mieux vaut faire comme le Nishizuka Tsukasa habituel.'
« Va te reposer puisque je te le dis. Je peux me charger d'une corvée pareille. »
Il avait parlé d'un ton plus ferme, en se donnant un air sévère.
« D'accord... »
Nishizuka Satsuki baissa la tête, sans oser ajouter un mot, et s'éclipsa comme une souris qui fuit un chat.
Honnêtement, même s'il avait endossé cette identité de « Nishizuka Tsukasa », il lui était difficile, avec quelques souvenirs pour seul appui, de considérer la mère Motoko et la sœur Satsuki comme sa propre famille.
De son propre point de vue, il n'éprouvait qu'un peu de pitié pour la situation de cette maisonnée.
En bref, la famille Nishizuka n'avait pas eu de chance. Surtout après la mort du père : c'était comme si une malédiction pesait sur elle. Leur situation avait chuté brutalement et l'argent manquait cruellement.
Pour la mère Motoko en particulier, devoir assumer les frais d'entretien et de scolarité de deux enfants était vraiment épuisant et écrasant...
« La police a de nouveau retrouvé un corps dans les rues proches de Matsutsuru-chō. La victime a été violemment démembrée et la scène était un véritable chaos. Il s'agit du troisième meurtre suivi d'abandon de cadavre dans la ville. »
La vieille télévision diffusait faiblement un reportage sur une affaire de meurtre. Une photo de la victime apparaissait à l'écran.
Trouvant cela sans intérêt, Fang Jing changea de chaîne. Sur une autre, deux présentateurs analysaient la mystérieuse disparition d'un homme fortuné de la ville.
« La sécurité publique laisse vraiment à désirer, par ici ! »
Marmonna Fang Jing pour lui-même. D'après les impressions de Nishizuka Tsukasa, la ville était plutôt sûre autrefois. Il ignorait d'où sortaient tous ces événements.
Il secoua la tête. Comme ces affaires ne le concernaient en rien et qu'il avait cours le lendemain, il jugea préférable de se coucher tôt.
La mère de Nishizuka Tsukasa, Motoko, rentra de son service de nuit passé trois heures du matin.
Naturellement, une fois rentrée, elle devait rattraper son sommeil. Avec de tels horaires, il lui était impossible de préparer le petit déjeuner de ses deux enfants.
Fang Jing dut donc préparer le sien lui-même.
D'ordinaire, c'était Nishizuka Satsuki qui s'en chargeait, mais il s'était réveillé à cinq heures.
En fait, il s'était réveillé parce qu'il avait faim. Il sentait que quelque chose clochait dans son corps, sans arriver à mettre le doigt dessus.
En ouvrant le réfrigérateur, il trouva effectivement un reste de riz de la veille, ainsi que quelques autres ingrédients. Fang Jing fit l'inventaire : du lard, des carottes, du fromage, des œufs et des algues.
Nishizuka Tsukasa était évidemment incapable de tenir une maison, mais Fang Jing, célibataire de longue date et habitué à se débrouiller seul au quotidien, avait acquis de solides talents de cuisinier.