Le raffinage de l’âme était pur et limpide ; le sens spirituel s’était condensé.
Après trois séances de tempérage successives, Li Changsheng cessa la pratique de la Technique du Tempérage de l’Âme des Neuve-neuf.
À ce stade, dans l’océan de la conscience considérablement élargi, son sens spirituel n’était plus un amas confus et chaotique de nuées et de brumes. Il devenait d’innombrables perceuses divines projetant une lumière éclatante !
Il lâcha son sens spirituel, qui balaya toute la cime de la montagne à travers sa grotte immortelle. Il atteignit le ciel et effleura le sol ; aucun endroit, haut ou bas, ne put échapper à ses Investigations.
Il s’avéra que, au sein de l’Étang Céleste surplombant le sommet, se dressait une île servant justement de grotte immortelle.
Plus bas, sur les champs spirituels du piémont, plusieurs cultivateurs cultivaient déjà des plantes spirituelles à grande échelle. Li Changsheng fit le bilan de son exploration sensorielle.
Une fois tempéré, le sens spirituel n’avait pas seulement vu sa portée d’investigation décupler, il avait également gagné une résistance bien supérieure aux environnements extrêmes.
Cette sensibilité désormais infiniment condensée pouvait endurer la brûlure du feu terrestre, pénétrer dans les abysses du noyau mondial et s’étendre vers les profondeurs sans limite.
Une telle prouesse lui était totalement inaccessible avant qu’il ne se lance dans la pratique de la Technique du Tempérage de l’Âme des Neuve-neuf.
Mais après avoir souffert des douleurs liées au tempérage de son sens spirituel, la chaleur dévorante du feu terrestre lui paraissait désormais supportable.
Tandis que son sens spirituel s’enfonçait sans fin, le point de vue de Li Changsheng évolua aussi. Il semblait avoir frôlé une certaine barrière ; sa perception s’éclaircit alors, le plongeant dans un univers entièrement consumé par les flammes et la lave.
C’étaient les Poumons de la Terre du Monde Mystérieux Véritable, l’équivalent de la couche de magma de sa vie antérieure, où les flammes infinies et les rivières de lave bouillaient et coulaient.
Les émanations du noyau mondial, soulevées par les ardeurs des flammes, occasionnaient de soudaines détonations crépitantes.
Des sillons de foudre céleste terrestre, rougeoiants comme du sang chauffé à blanc, surgirent parmi les étincelles aveuglantes, faisant retentir leurs tonnerres au cœur même de la lave et des braises !
Il suffît que son sens spirituel effleure un simple filament lumineux pour qu’une douleur insoutenable le traverse. Il rappela immédiatement ses perceptions.
« Hum ! »
Il ne put réprimer un grognement de souffrance. Le tempérage de l’âme par la foudre et le feu dépassait de loin les atroces sévices imposés jusqu’alors à son âme et à ses entrailles. Pourtant, éprouvé, il constata que son âme et ses viscères gagnaient encore en densité.
Il semblait donc que pratiquer la Technique du Tempérage de l’Âme des Neuve-neuf directement dans les Poumons de la Terre produirait des résultats accrus. Une lueur fugace dansa dans le regard de Li Changsheng tandis que ses pensées s’accéléraient.
Toutefois, ce n’était pas le moment de poursuivre la cultivation. Son sens spirituel venait d’être compressé à l’extrême et il convenait de laisser le corps récupérer avant d’absorber davantage de Pilules d’Esprit Spirituel.
Par le passé, lors de son séjour au Marché du Toujours-Vert, bien qu’il eût engrangé une somme non négligeable de Pierres Spirituelles grâce à la vente de pilules,
Li Changsheng n’avait pourtant épuilé ni toutes ses réserves ni toutes ses pilules. À titre d’exemple, il conservait sur lui des dizaines de Pilules Décuples d’Esprit Spirituel.
Le lendemain, après un sommeil réparateur, Li Changsheng s’éveilla l’esprit clair et le corps léger.
La pratique de la Technique du Tempérage de l’Âme des Neuve-neuf n’était pas seulement une épreuve douloureuse.
Au minimum, une fois l’océan mental et le sens spirituel tempérer, on ressentait un vide immense, un confort si absolu qu’on y prenait goût instantanément.
Ayant absorbé quelques pâtisseries préparées à base de farine spirituelle par Jin Ge, Li Changsheng exécuta par ailleurs la Petite Technique des Nuages et de la Pluie afin d’arroser ses plantes. Puis, après avoir recommandé expressément au singe et au tigre de bien garder l’habitation, il sortit.
Les prêches et enseignements de l’Ancien Qingwei s’étendraient sur trois jours.
Il était convenu la veille avec Baili Qingfeng de visiter sa grotte immortelle ce jour-même, puis de gagner ensemble la place devant la Salle d’Enseignement pour suivre les conférences.
Monté sur une grue des nuages, Li Changsheng eut soudain le sentiment étrange de revivre une scène de sa vie antérieure : organiser un trajet scolaire avec des camarades de classe.
Serait-il encore, au fond, en primaire ? Il ne put s’empêcher d’y rire intérieurement.
La grotte immortelle de Baili Qingfeng elle-même occupait un emplacement singulier, profondément enchâssée dans un filon minier de Gengjin, partageant cet environnement avec celui de nombreux autres disciples.
Aux côtés d’une énergie spirituelle extrêmement dense portant l’attribut du Gengjin, régnait un Qi du Gengjin d’une acuité tout sauf comparable.
Si un cultivateur ordinaire y résidait trop longtemps, son système pulmonaire, ses viscères ainsi que ses méridiens seraient progressivement égratignés et entamés par ce Qi tranchant. Cela conduirait fatalement à une défaillance des organes vitaux, à une obstruction des méridiens et finirait par réduire l’individu à l’état de handicapé, incapable de continuer sa voie.
En revanche, pourvu qu’on possède une constitution marquée par le Gengjin ou une Racine Spirituelle Dorée d’un grade respectable, ce même gisement devenait un joyaux absolument idéal pour la cultivation.
Bien entendu, la Racine Spirituelle Dorée inférieure de Li Changsheng n’avait aucune chance de tirer parti d’un tel environnement.
Celle de Baili Qingfeng, bien que qualifiée de suprême, ne frôlait guère le seuil requis pour pouvoir y demeurer durablement.
Arrivé à l’entrée du boyau minier, Li Changsheng envoya un talisman volant de communication. Quelques instants plus tard, Baili Qingfeng se présenta avec un sourire.
« Quel dommage que cette grotte soit saturée de Qi du Gengjin, grand-frère martial. Dans le cas contraire, j’aurais sincèrement souhaité vous inviter à découvrir ce qu’elle recèle.
Certes, il s’agit d’une carrière souterraine, mais elle abrite en son sein un univers à part entière. Des arches dorées y illuminent le plafond tel un rideau de brumes et de nuages éclatants. C’est un spectacle rare au monde entier ! »
Baili Qingfeng prononça ces mots avec une moue empreinte de regrets, comme si le fait que Li Changsheng ne puisse ni entrer ni admirer constituait une éternelle frustration pour lui.
Ces propos ne déclenchèrent aucune émotion particulière chez Li Changsheng. Les paysages du monde étaient innombrables et variés ; quel individu pourrait prétendre tous les connaître ?!
C’est précisément parce que cette splendeur cosmique est inépuisable que la Cultivation, la Quête de la Voie et la poursuite de la vie éternelle acquièrent tout leur sens.
Si la vie éternelle ne signifiait que cela, mieux vaudrait se transformer en une pierre indestructible ; ce serait nettement moins compliqué.
Les deux jeunes hommes prirent place sur une grue blanche et s’envolèrent vers le Pic de la Capitale Immortelle. Durant le trajet, Baili Qingfeng conversa avec Li Changsheng en évoquant ce qu’il avait pu observer au Palais des Missions.
« … Il y a là-bas pléthore de missions visant à massacrer les démons et chasser les fléaux, sans oublier d’explorer les royaumes secrets. Plusieurs grands-frères et grandes-sœurs martiaux m’ont même proposé de constituer une escouade commune pour mener des quêtes ensemble. »
lança Baili Qingfeng avec exaltation. Comptant écouter les sermons de l’Ancien Qingwei durant les deux prochains jours, il prévoyait de réceptionner ses premières missions avant de partir en quête.
« Ne cherche pas à faire du mal autrui, mais méfie-toi toujours des intentions d’autrui. Fais particulièrement attention lorsque tu accomplis des missions. »
répondit Li Changsheng sur un ton significatif, songeant aussitôt à un dicton de sa vie antérieure :
Lorsque l’on fuit un ours brun affamé en pleine forêt, inutile de courir plus vite que la bête ; il suffit simplement de devancer son propre compagnon.
Baili Qingfeng hocha la tête. Bien que son caractère fût naturellement franc et ensoleillé, il n’était nullement sot ; il saisissait parfaitement le sous-entendu.
Puis, songeant à certaines missions du Palais des Missions, il formula une proposition à l’intention de Li Changsheng :
« Grand-frère martial, le Palais des Missions ne se limite pas aux opérations de guerre et d’élimination pure.
De nombreuses missions relatives à l’art de vivre existent aussi : garde et soin des bêtes spirituelles, culture de plantes médicinales, alchimie ou fabrication d’artefacts magiques… Tous ces chantiers peuvent tout à fait être acceptés. »
« Si jamais vous vous retrouvez à manquer de points de contribution ou de ressources de cultivation, rien ne vous empêche d’opter pour ce genre de contrats.
Ce sont des missions fort sûres. Par rapport aux écueils inhérents aux opérations de combat, leur seul inconvénient est qu’elles demandent plus de temps et se révèlent quelque peu fastidieuses à mener à bien. »
Li Changsheng acquiesça d’un signe de tête pour signifier qu’il prendrait note, et ils convenurent ensemble d’aller fouiller le Palais des Missions dès la conclusion des enseignements.
Peu après leur arrivée sur la place, l’Ancien Qingwei descendit à son tour, accompagné de deux disciples chargés du service.
Conformément au calendrier établi dès le premier jour, ces trois jours d’enseignements s’articuleraient autour des notions fondamentales de la Cultivation et de la technique Chun Jun dès le premier volet.
Le deuxième jour serait consacré aux mises en garde et aux difficultés susceptibles de surgir lors de l’ascension progressive, depuis les premiers stades du Raffinement du Qi jusqu’à son achèvement complet.
Quant au troisième jour, prévu pour demain, on y détaillerait les méthodes permettant aux cultivateurs parvenus au Stade du Raffinement du Qi de franchir le seuil de l’Établissement de la Fondation.
Durant cette période tripartite, les nouveaux disciples extérieurs recevraient chaque jour des invitations flashées directement depuis leurs Feuillets de Jade d’Identification.
Ceux qui les ignoraient passaient à côté de l’occasion.
Comme ce fut le cas pour le maître de Baili Qingfeng : certaines opportunités, pourtant si faciles à saisir, restent irrémédiablement manquées !
Personne ne vous plaindrait pour autant, et nul ne viendrait indemniser celui qui laisse passer une chance unique.