rabattit la visière de sa casquette, ramassa le balai et le posa dans le chariot de ménage, puis poussa tranquillement le chariot vers le bâtiment du Centre de Recherche.
Il portait l'uniforme orange et blanc des agents d'entretien, avec masque et gants. Inutile de chercher délibérément les angles morts des caméras en chemin : il poussait son chariot à découvert, avançant dans le couloir entre les tentes.
Les deux soldats à l'entrée du bâtiment lui jetèrent à peine un regard, sans la moindre intention de l'arrêter.
poussa donc naturellement son chariot à l'intérieur, traversa le couloir du hall et s'arrêta devant les portes de l'ascenseur.
Il était dix heures du soir. Les lumières chaudes éclairaient tout le hall, mais à cette heure-ci, malheureusement, il n'y avait plus grand monde au Centre de Recherche. Plus c'était lumineux, plus l'endroit paraissait vide et silencieux.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. y engagea calmement son chariot, jeta un regard en coin à la caméra de surveillance dans l'angle supérieur gauche, puis appuya franchement sur le bouton de l'étage.
« Bien joué, continue comme ça. Ensuite, quand les portes s'ouvriront, il y aura deux membres du personnel de labo en train de boire un café dans l'espace détente sur ta gauche. Ignore-les et continue tout droit. Après, tu verras un couloir en T ; va jusqu'au bout, puis tourne à droite », dit la voix d'A Gu dans la micro-oreillette.
L'expression de ne changea pas ; il se contenta d'un hochement de tête imperceptible pour signifier qu'il avait compris.
DING DONG~
Sur une agréable sonnerie, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent de nouveau.
« Attention, quelqu'un sort du laboratoire sur ta gauche, là, maintenant. »
sortit de l'ascenseur en traînant les pieds, avec l'allure exacte d'un employé de bureau contraint aux heures supplémentaires, plein d'une colère rentrée mais réduit à une résistance passive.
Comme prévu, la porte du laboratoire en question s'ouvrit. Un homme dégarni en blouse blanche bâilla et, apercevant , lui lança : « Courage, hein. »
lui rendit son salut d'un signe de tête, le dépassa en silence — puis, après deux pas seulement, tourna brusquement la tête : « Je ne crois pas vous avoir déjà vu. »
L'homme dégarni resta interdit un instant : « Sans doute parce que je passe le plus clair de mon temps enfermé dans le laboratoire. C'est normal que vous ne m'ayez jamais vu. »
« C'est vous qui en bavez, alors. » ne put s'empêcher de fixer la calvitie de l'homme.
Après avoir quitté l'homme dégarni, la suite du trajet de se déroula sans le moindre incident.
A Gu, qui dirigeait l'opération à distance depuis une tente, prévenait toujours à l'avance, au point qu'on se demandait comment il pouvait bien s'y prendre.
Si c'était un pouvoir de niveau Argent, son intensité paraissait tout de même un peu absurde.
« C'est ça ? »
se tenait dans un angle mort, les yeux sur un lourd sas d'isolement, un peu plus loin.
« Ouais. Ensuite je brouille les deux écrans de la salle de surveillance, ce qui te laissera environ dix secondes de battement. Il faudra faire vite ; tu te souviens du code ? »
sortit le balai du chariot, contourna par le couloir en faisant mine de passer devant ce laboratoire.
« C'est parti. »
À peine ces mots prononcés, se tourna vers le boîtier à code et tapa prestement sur le clavier, entrant les seize chiffres en moins de trois secondes.
PSCHHH~ PFFT
Le sas d'isolement du laboratoire s'ouvrit, puis se referma.
Toute la séquence de gestes de fut fluide et rodée, comme s'il l'avait répétée d'innombrables fois.
« Joli ! » La voix d'A Gu trahissait clairement une pointe d'excitation.
« L'agent d'entretien ? Qu'est-ce que vous venez faire ici ? »
Un homme à lunettes d'environ vingt-sept ou vingt-huit ans, en blouse blanche, fixait avec stupéfaction qui venait d'ouvrir la porte et d'entrer.
: « … »
Il posa le balai qu'il tenait à la main et poussa un long soupir : « Voilà qui me met dans une position délicate. »
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« Elles sont de bonne qualité, vos blouses. »
tira deux fois dessus en contemplant l'assistant de laboratoire qu'il avait ficelé comme un saucisson, l'air satisfait.
« Vous… qu'est-ce que vous voulez, exactement ? Je ne suis qu'un assistant, je ne sais rien. » L'assistant s'enquit prudemment.
« Hmm… voyons par où commencer. »
se frotta le menton et demanda soudain : « Ce laboratoire ne travaille pas sur le vaccin, si ? »
C'était formulé comme une question, mais son ton sonnait très affirmatif.
Sentant que ne semblait pas décidé à lui faire du mal, l'assistant à lunettes souffla légèrement.
La raison lui revenant, son élocution redevint cohérente : « Non. La recherche sur le vaccin est dirigée par le professeur Jiang, à la recherche et développement. Son laboratoire n'est pas à cet étage. »
« Rien à dire ? » lâcha doucement .
En réalité, depuis qu'il était entré dans ce laboratoire, l'autre bout de l'oreillette s'était tu : plus un son.
La voix d'A Gu se fit entendre : « Si, si, j'écoute. Mais je te conseille de courir, là, tout de suite. À cette heure-ci, la force d'intervention rapide doit déjà être en bas du bâtiment. »
« Rien ne presse. »
ne paniquait pas, il n'accéléra même pas le débit : « Tu es arrivé au laboratoire où se trouve le vaccin, maintenant ? »
« Tu as fini par comprendre ? Un peu plus lent que je ne l'espérais. »
La voix d'A Gu, un peu déformée par l'oreillette, portait clairement sa suffisance.
En l'entendant, eut un petit rire : « Donc tu es en réalité membre du personnel de laboratoire du Centre de Recherche, c'est ça ? »
Du point de vue d'A Gu, puisque avait renoncé à sa chance de fuir, il ne voyait plus d'inconvénient à bavarder un peu.
« Oh ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »
« J'avais déjà des soupçons. Après tout, si tu te contentais de cacher en douce une boulette de chewing-gum dans la salle de surveillance et d'utiliser les caméras pour comprendre ce qui se passe dans le bâtiment, il te manquerait énormément d'angles morts.
Or tu connais très bien ce bâtiment. Avec l'intensité d'un pouvoir de niveau Argent, réunir des renseignements aussi détaillés ne peut pas se faire en quelques jours.
Tu ne peux quand même pas coller une boulette de chewing-gum sur chaque personne que tu croises — ce serait bien trop dégoûtant. Je préfère croire que tu as fait du repérage sur place. Et pour y arriver sans éveiller les soupçons, il faut être un membre du personnel capable d'entrer et de sortir librement du Centre de Recherche.
Ah, et une dernière chose que tu n'as peut-être pas remarquée : le personnel médical vient désinfecter la colonie tous les jours, mais sur toi, l'odeur de désinfectant est exceptionnellement forte. »
avait compris depuis longtemps que les identités initiales des Combattants de la Mort étaient attribuées au hasard.
Comparée à son propre départ en lycéen, une identité de chercheur offrait bien plus de latitude.
« Tu es plus fin que je ne l'imaginais. »
À l'autre bout de l'oreillette, A Gu resta silencieux quelques secondes avant de demander, curieux : « Alors pourquoi as-tu quand même suivi bien sagement mon plan ? »
retira la micro-oreillette et l'écrasa entre son index et son pouce d'une légère pression.
Cela fait, il afficha un sourire innocent teinté d'une pointe de moquerie : « Ton plan ? »
Au cinquième étage du Centre de Recherche, dans un laboratoire bordé de rangées d'éprouvettes.
Le rideau blanc fut tiré. Zhou Zongming s'extirpa en ronchonnant du débarras encombré de matériel médical et dévisagea A Gu, qui venait de s'introduire là en pleine nuit.
« C'est de la folie. J'ai vraiment écouté ce gamin et je me suis planqué là une demi-journée, et bon sang, il ne m'avait pas menti. »