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Millennium Witch

Chapitre 47

Millennium WitchMillennium Witch
Chapitre 47

Chapitre 47

Chapitre 47/47100%~8 min de lecture1 591 mots

Rosalyn avait laissé beaucoup de lettres, mais avec le temps, les intervalles entre elles n'avaient fait que s'allonger.

Dans la monotonie de son quotidien, Yvette trouvait son existence de plus en plus fade et sans saveur.

Elle partait régulièrement chasser et dévorait les créatures aberrantes de phase deux et au-delà. Chez elle, elle lisait toutes sortes d'ouvrages, étudiant aussi bien les livres spécialisés qu'une foule de textes divers. Elle s'adonnait au sommeil les jours de pluie, persuadée que cela l'aidait à oublier ses tracas. De temps à autre, elle allait vérifier sous certains ponts surélevés pour veiller sur les poules sauvages auxquelles son élève tenait tant.

Dans ce cycle répété, jour après jour, année après année, chaque fois que venait le moment d'ouvrir la lettre suivante, son regard serein se troublait brièvement d'une pointe d'émotion.

Mais dans cette longue attente, une conclusion un peu mélancolique commença à prendre racine au fond de son cœur.

Cent ans, puis cent autres.

Aucune aurore, aucune voix familière.

Jusqu'à ce matin où, la pluie passée, après avoir lu la dernière lettre, celle qui marquait la deux centième année, Yvette tourna la tête et fixa longuement la fenêtre. Elle finit par prendre une plume et du papier, résolue à écrire une lettre à son tour.

Elle se disait que si Rosalyn était encore en vie et vraiment revenue dans la Fin des Temps, elle avait plus de chances de reparaître sur l'un des trois grands continents de ce monde que sur l'île d'Ish, tant les points de chute de l'Abîme sont imprévisibles.

Plutôt que d'attendre, se mettre en route et parcourir ces trois continents augmenterait donc grandement ses chances de retrouver son élève.

Elle savait bien sûr que ce n'était qu'une consolation qu'elle s'accordait.

D'après les travaux de la Pharmaceutique de la Tour Noire, les effets de la culture magique sur l'allongement de la vie sont minimes et limités par la forme biologique. Sans modification génétique, atteindre cent quatre-vingts ans passait pour un maximum, et cela au regard de recherches sur la longévité qui dépassaient de loin les connaissances actuelles.

Mais le Continent Radieux était un monde de haute magie, un domaine où les vrais dieux existent.

Quant aux inconnues de cet autre monde, qui pouvait le dire ?

Quoi qu'il en soit, tant qu'elle n'aurait pas vu de ses propres yeux la pierre tombale de Rosalyn, elle garderait espoir.

Voilà pourquoi elle écrivait cette lettre : s'assurer que, si elle partait en voyage, son élève ne revienne pas pour la trouver soudain disparue.

Dans sa lettre, elle détaillerait son itinéraire, les villes qu'elle traverserait en chemin, et les messages qu'elle y laisserait. Si Rosalyn les voyait, elle pourrait les remonter à rebours jusqu'à sa destination finale, ce qui permettrait à toutes deux de se retrouver plus vite.

La lettre achevée.

Elle scella les fenêtres et les portes.

Elle rangea tous ses biens importants au sous-sol.

Ces préparatifs accomplis, Yvette enfila une robe noire et sangla dans son dos une solide lame en alliage. Elle s'installa au poste de conduite de sa moto magitek, prête à entamer son premier voyage à travers le monde d'après l'apocalypse.

Comparée à la vieille machine rouillée qu'elle utilisait deux cents ans plus tôt, sa moto d'un blanc argenté était bien plus agréable à l'œil et tenait davantage de la maison mobile que du véhicule.

C'était évidemment le fruit de modifications : à l'aube d'une vie nomade, il lui fallait un abri contre les intempéries. Camper dehors chaque nuit n'était pas seulement dangereux : cela risquait aussi de salir ses vêtements ou d'attirer de petits insectes.

En théorie, elle pouvait se passer de sommeil, mais elle savait qu'elle finirait tout de même par se lasser. Si elle supportait bien la faim, il n'en allait pas de même de la somnolence. Dès que les conditions le permettaient, elle préférait dormir.

Une demi-heure plus tard, tandis qu'elle roulait sur sa grosse moto, Yvette regarda le paysage derrière sa vitre se fondre peu à peu en un océan d'azur sans limite.

L'île d'Ish rétrécissait dans son dos jusqu'à n'être qu'un point lointain, pendant que les vagues roulaient librement sous le soleil, à l'horizon, en scintillant comme des bancs de poissons dorés.

Cet océan portait le nom de Mer Abyssale et s'étendait à l'ouest du Continent de la Marée Noire.

À consulter une carte rectangulaire, on découvrait que la répartition des trois continents de la civilisation d'origine dessinait une diagonale allant du coin supérieur gauche au coin inférieur droit.

Le Continent de la Marée Noire occupait le coin supérieur gauche, le Continent d'Émeraude tenait le centre, et le Continent du Miroir d'Argent s'étendait en bas à droite.

Planifier son voyage devenait donc simple : il lui suffirait de descendre en diagonale.

Une fois sorties les eaux qui entourent l'île d'Ish, Yvette remarqua que des créatures sous-marines bondissaient parfois pour attaquer le véhicule. Mais elles ne faisaient pas le poids contre ses cheveux d'argent, qui transperçaient leurs formes et les réduisaient en un instant à des cadavres fugaces.

C'était là une autre raison de poids pour laquelle Yvette avait choisi de partir : elle avait déjà épuisé les aberrations de haut rang dans les eaux qui ceignent l'île d'Ish.

Elle ne s'occupait plus des aberrations de phase un, dont le rapport coût-bénéfice est mauvais, mais l'énergie magique fournie par celles de phase deux gardait une certaine utilité.

Pour ce voyage, elle espérait croiser davantage d'aberrations de phase trois. Seul ce niveau pouvait lui apporter des progrès notables.

Il restait cependant difficile de calculer le total de sa magie aberrante ; en comptant les aberrations de phase un, elle en avait pour l'heure environ quarante mille points, alors que sa valeur de puissance magique dépassait à peine les deux mille.

Mais comparer ces chiffres n'avait guère de sens : la magie aberrante diminue à l'usage, tandis que son mana se reconstitue vite par la méditation.

Aussi, en temps normal et dès que les conditions le permettaient, elle affaiblissait d'abord sa proie par des sorts avant de la dévorer avec ses tentacules, ce qui lui épargnait une bonne part de sa magie aberrante.

Les jours en mer s'étirèrent sur une semaine environ.

À la vitesse de son véhicule, elle aurait pu atteindre la côte ouest du Continent de la Marée Noire en deux ou trois jours.

Mais en chemin, elle tomba sur un combat de monstres colossaux qui la contraignit à un long détour.

L'un des deux combattants était la « Bête Dragon d'Acier des Mers » qu'Yvette avait déjà aperçue.

L'autre était une immense méduse d'un rouge violacé, étalée comme une montagne, dont l'ombrelle était couverte de visages humains torturés, et qui attaquait surtout de ses tentacules. Yvette la baptisa « Esprit Tentaculaire des Cauchemars ».

En les observant de loin, Yvette s'était demandé si ces deux aberrations colossales n'étaient pas simplement grandes par la taille, sans être particulièrement évoluées.

Mais en les voyant déchaîner contre les flots toutes sortes de sorts mystérieux et insondables, elle acquit la certitude qu'il s'agissait d'êtres hautement évolués, au moins au-dessus de la phase trois.

Surtout les rayons pulsés que crachait la gueule du Dragon d'Acier des Mers, à lui faire soupçonner qu'ils pouvaient pulvériser une montagne.

Quoi qu'il en soit, ils dépassaient de loin ce qu'elle pouvait affronter pour l'instant : elle choisit donc de contourner. Ce n'est qu'une semaine plus tard, perdue au milieu d'une étendue sans fin, qu'elle trouva enfin la côte ouest du Continent de la Marée Noire et y aborda avec peine.

Le premier jour de son arrivée, le ciel s'assombrissait déjà vers le crépuscule.

Yvette gara son véhicule sur la plage et y passa la nuit. Le lendemain matin, en s'appuyant sur une carte d'avant l'apocalypse, elle prit la direction de la plus proche grande ville appartenant aux Nations Unies de Nouvel Éden.

Cette ville s'appelait « Agash » ; avant l'apocalypse, c'était une métropole comparable à la cité d'Ish, prospère et parmi les plus en vue de tout Nouvel Éden.

Elle comptait explorer la ville, en voir les curiosités, récupérer quelques affaires et laisser des traces en son centre.

Comme le vol consomme cinq ou six fois plus d'énergie que le mode ordinaire, elle choisit, pour économiser et mieux savourer son voyage, de rouler sur ses quatre pneus, soulevant des nuages de poussière et de débris partout où elle passait.

Après plusieurs heures de route, alors que les ruines de bâtiments se faisaient plus nombreuses devant elle, signe qu'elle approchait de la ville désolée, elle remarqua soudain une silhouette sortir d'une bâtisse délabrée et se poster au bord de la route abandonnée, attendant que son véhicule arrive.

Yvette hésita, incrédule. Elle avait bien imaginé rencontrer d'autres êtres vivants sur le continent, survivants ou voyageurs, et cela la laissait indifférente.

Mais croiser quelqu'un dès le deuxième jour paraissait terriblement rapide.

Puis, à travers la vitre, elle distingua les traits de la silhouette.

À première vue, c'était une jeune humaine en tenue d'exploration, une lampe à la main, une aventurière à n'en pas douter. Mais en regardant mieux, Yvette remarqua de subtiles différences dans ses yeux, des coutures circulaires bien nettes autour de ses bras, et une peau dont le grain avait un éclat étranger à l'humanité.

C'était sans le moindre doute une poupée magique mécanique.

Une fois la moto arrêtée, la poupée magique prit la parole d'un ton dénué d'émotion mais extrêmement poli : « Je suis une voyageuse venue du Continent du Miroir d'Argent. Mon véhicule est à court d'énergie et ne veut plus démarrer. Pourriez-vous m'emmener jusqu'au refuge le plus proche ? »

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour Millennium Witch.

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