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Millennium Witch

Chapitre 44 : Le Puits de la Nuit Éternelle

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Chapitre 44

Chapitre 44 : Le Puits de la Nuit Éternelle

Chapitre 44/44100%~7 min de lecture1 312 mots

« Il vit... »

Les sourcils délicats d'Yvette se froncèrent légèrement tandis qu'elle se plongeait dans ses pensées.

Les journaux d'entretien précédents lui avaient appris que le cerveau de contrôle principal de la Base Abyssale s'appelait le « Cœur Luciole ».

L'implication était donc claire : le cœur de la Base Abyssale s'était éveillé et s'était mué en une forme de vie douée de conscience.

Cela dit, même ainsi, deux possibilités subsistaient.

La première était cette « vie » née d'une crise de l'intelligence, thème courant dans nombre de récits de science-fiction.

La seconde, plus conforme à un cadre post-apocalyptique, était un état d'aberration semi-mécanique.

Or, entre les deux, Yvette jugeait la seconde un peu plus probable.

Ce point de vue lui venait des explications lues dans un certain ouvrage. Elle n'était pas tout à fait sûre de la validité de cette littérature, mais l'argument était assez convaincant.

Selon ces explications, la conscience de soi se constitue de la triade « corps », « esprit » et « mémoire », l'absence de l'un de ces éléments empêchant la naissance ou le maintien d'une conscience de soi universelle.

Dans la compréhension du monde qu'avait la civilisation d'origine, il n'existait à ce jour qu'une seule façon d'acquérir des « runes d'âme » : par les capacités de transformation propres à l'organe biologique appelé « cerveau ».

Mais cela ne signifiait pas que seuls les organismes dotés d'un cerveau possédaient un esprit. Après tout, quand une personne meurt, ses runes d'âme ne disparaissent pas : elles se dispersent dans la nature.

À l'inverse, les végétaux et les micro-organismes, dépourvus de cerveau, ne produisent peut-être pas eux-mêmes de runes d'âme, mais leur corps a la faculté d'en attirer une partie depuis la nature, de les absorber et de les conserver en lui.

De là naît ce qu'on appelle la « spiritualité », fondement de la croyance selon laquelle « toute chose a un esprit ».

C'est pourquoi, forts de telles théories, les gouvernements imposaient des exigences particulières aux puces d'intelligence artificielle haut de gamme comme le « Cœur d'Esprit », ce qui poussait des supercorporations telles que « Technologies Horizon Céleste » à installer un module d'exorcisme à la fabrication, lequel purgeait automatiquement les runes d'âme. Il s'agissait d'empêcher qu'une accumulation excessive de runes dans le Cœur d'Esprit n'y fasse naître une faible étincelle de spiritualité.

Pour être juste, cependant, ce n'était là qu'une mesure destinée à apaiser l'inquiétude du public. Après quantité de recherches et d'essais, les divers matériaux entrant dans la construction du Cœur d'Esprit s'étaient révélés très peu aptes à porter des runes d'âme, fonctionnant pour ainsi dire comme des isolants.

Cela posé, si un isolant comme le Cœur d'Esprit pouvait tout de même s'éveiller à la « vie », alors la grandeur de l'architecture runique de la civilisation d'origine se trouvait sûrement éclipsée par une tempête qui s'annonçait.

Le journal étant très largement dégradé, Yvette n'y trouva aucune autre information utile en dehors de cette entrée étrange laissant entendre que le cerveau de contrôle principal avait acquis la conscience de soi.

À considérer la vingtaine d'années écoulées dans la Base Abyssale, la poursuite du Projet d'Éternité indiquait sans doute que l'éveil du Cœur Luciole n'avait pas eu de conséquences particulièrement graves et qu'on avait vraisemblablement stabilisé la situation.

Yvette remit ensuite le journal en place et parcourut le douzième niveau avec Rosalyn. Faute d'informations nouvelles, elles descendirent au treizième, qui semblait être le dernier niveau de la Base Abyssale.

En y arrivant, un écriteau retint l'attention d'Yvette : « Sous l'Érosion Divine ».

C'était ici que devait se trouver la « Transcendance Divine » !

Comme ce niveau n'abritait même pas de vignes de lumière-mage, Yvette poussa la porte entrouverte et, à la clarté de son sort d'illumination, la vaste salle de métal s'ouvrit devant elles.

Ici comme dans la salle précédente, il n'y avait presque rien. Au centre se dressait un socle d'exposition couvert d'une cloche de verre.

Seulement, contrairement à ce qu'annonçait le testament d'Acelin, cette cloche était aujourd'hui brisée et le socle était vide : la fameuse « Transcendance Divine » avait disparu depuis longtemps.

Yvette comme Rosalyn en éprouvèrent une pointe de déception, sans que la chose fût vraiment surprenante.

Après tant d'années, les survivants réfugiés derrière la porte avaient sans doute mué ; et même si quelque chose s'était trouvé là à l'origine, cela n'y était probablement plus. Qui pouvait dire que l'objet n'avait pas fini dans le ventre d'une aberration ?

Ne voulant pas encore renoncer, Yvette et Rosalyn firent le tour de la salle sous l'Érosion Divine à la recherche du moindre indice.

C'est au cours de cet examen minutieux qu'Yvette découvrit véritablement quelque chose : une petite porte dissimulée.

Elle se fondait parfaitement dans les parois métalliques alentour, au point qu'il était presque impossible de la repérer sans y regarder de près.

Passé cette petite porte, elles se trouvèrent dans une pièce de métal exiguë, entièrement vide. En son centre gisait ce qui ressemblait à une plaque d'égout.

Ce n'était certainement pas un passage d'évacuation ; autrement, on imaginait mal Acelin, entre toutes, l'avoir ignoré.

Au bout d'un moment, Rosalyn se servit d'un levier mécanique pour faire tourner la valve, dévoilant ce qui se trouvait en dessous.

C'était bel et bien une voie d'évacuation. Mais elle débouchait sur la paroi lisse à l'extérieur de la montagne, au bord d'un abîme vertigineux ; à moins de disposer d'un équipement de vol, on n'avait guère mieux à y faire que profiter du vent. Fait notable, les parois y étaient entièrement taillées dans le granit, et devaient toucher le fond du lac volcanique.

Toutes deux durent donc repartir les mains vides.

Cependant, en s'en allant, Yvette remarqua une ligne gravée au dos de la petite porte :

« Puits de la Nuit Éternelle ».

Elle ne parvint pas à saisir ce que cette inscription recouvrait, mais elle se dit qu'elle ne reviendrait probablement jamais ici.

Après cette seconde exploration de la Base Abyssale, les jours suivants virent Yvette comme délivrée d'un nœud qu'elle portait au cœur. Elle se sentait bien plus légère, et certaines questions ne la tourmentaient plus.

Bien sûr, la vérité sur l'apocalypse, le mystère de la Transcendance Divine et bien des réponses ensevelies dans les sables de l'histoire restaient à explorer, mais on ne les connaîtrait qu'à la faveur d'une occasion. Elle pouvait attendre tranquillement, sans se forcer à agir.

Rosalyn, quant à elle, était tout entière plongée dans le bonheur de l'exploration et s'amusait beaucoup.

Séduite en outre par la beauté des vignes de lumière-mage, elle en avait rapporté une bonne quantité de la Base Abyssale. Cette plante commode ne demande aucun soin, pousse toute seule et éclaire les espaces sombres : idéale comme petite veilleuse le soir.

Sans objectif ni pression particulière, la vie au manoir retrouva sa tranquillité.

Yvette continua de donner régulièrement à Rosalyn ses cours de runes, pour affermir sa compréhension et son emploi du savoir runique.

En retour, Rosalyn guidait son professeur dans le maniement de l'épée et des armes de corps à corps. Ces techniques n'étaient pas directement transposables à des attaques menées avec des tentacules et demandaient quelques adaptations, mais elles bâtissaient un socle solide.

De plus, Rosalyn découvrit peu à peu un fait réjouissant : son professeur progressait assez lentement au corps à corps, révélant un certain manque d'aisance physique, voire une pointe de maladresse.

Cela n'avait pourtant rien de malveillant ni de moqueur.

D'une part, Rosalyn trouvait la maladresse de son professeur tout à fait adorable. D'autre part, elle se disait que si celle-ci restait peu douée, la période où elle aurait à l'instruire s'en trouverait allongée, ce qui lui vaudrait plus de moments à savourer son air froid et appliqué, ainsi que ses gaucheries pleines de charme. N'était-ce pas merveilleux ?

Cette petite pensée séditieuse, elle ne la dirait jamais à voix haute.

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour Millennium Witch.

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