Murong Bo porta son regard sur les hommes qui venaient de faire irruption. Ne voyant pas Feng Qingge entrer derrière eux, son cœur se serra, et au lieu d'aller à leur rencontre, il se contenta de demander : « Vous n'alliez pas amener la Jeune Demoiselle Feng avec vous ? »
Les gardes se mirent à genou, et le chef de garde dit avec appréhension : « Souverain, je vous prie de calmer votre courroux. Nous sommes allés à la Résidence Feng pour chercher la Jeune Demoiselle Feng, m-mais... »
N'osant pas lever la tête, le chef de garde se mit à bredouiller, effrayé à l'idée de finir son rapport.
Murong Bo poussa un lourd soupir et dit d'une voix rauque : « Parlez ! »
« Nous sommes allés la chercher, mais nous n'avons même pas pu franchir les portes de la Résidence Feng avant que plusieurs Gardes Feng ne sortent pour nous dire que leur Maîtresse n'avait pas le temps de festoyer e-et qu'elle ne viendrait pas », dit le garde, sa voix se transformant en marmonnement. Baissant la tête tandis qu'il continuait à marmonner, il sentit que s'il cessait de parler, un lourd silence s'abattrait sur la pièce et emplirait l'air d'un froid étouffant.
Jetant instinctivement un coup d'œil à Nie Teng, prince héritier du Pays Vert Céleste, Murong Bo vit qu'il était affalé, faisant tourner nonchalamment le vin dans sa coupe, semblant perdu dans ses pensées avec une pointe de sourire au coin de la bouche. On aurait dit qu'il n'était pas décontenancé par son absence, alors que tous les autres convives du festin étaient sur le qui-vive à cause de lui.
« Cette Feng Qingge me défie ouvertement ! Mes ordres tombent-ils dans des oreilles de sourds ? Regardez tous ces gens qui l'attendent ! Et vous me dites qu'elle ne vient pas ?! Retournez-y sur-le-champ ! Liez-la s'il le faut et amenez-la-moi ! » rugit Murong Bo en ordonnant aux gardes de retourner à la Résidence Feng.
Tenant toujours la coupe à la main, Nie Teng se leva, regardant Murong Bo avec un sourire moqueur tandis qu'il baissait la voix et parlait d'un ton menaçant : « Puisqu'elle doit devenir ma concubine secondaire, vous devriez savoir que son nom n'est plus à prononcer à la légère par vous. » Sur ces mots, Nie Teng fit volte-face et partit.
S'effondrant sur son siège, hébété, Murong Bo serra les poings sous la table, submergé par un sentiment d'humiliation qui le gagnait peu à peu.
Il était le souverain d'un royaume entier, petit soit-il. Néanmoins, il avait perdu une considérable face devant ses sujets. Si c'avait été quelqu'un d'autre qui l'avait humilié, il aurait assurément déchaîné sa colère sur lui. Pourtant, c'était le prince du Pays Vert Céleste, et Murong Bo ne pouvait se permettre de l'offenser...
Voy partir le prince, les convives du festin poussèrent enfin un soupir de soulagement maintenant que le prince était parti. Voyant toutefois l'expression du Souverain, ceux qui avaient commencé à se rassoir devinrent à nouveau mal à l'aise. On aurait dit que tout ce festin n'avait été organisé que pour diner de leur sueur froide et de leur peur.
Les hommes d'âge mûr vêtus de noir, sur les talons de Nie Teng, jetèrent un regard prudent à leur maître maussade qui semblait contenir imperceptiblement sa colère. Il n'eut d'autre choix que de tenter de reprendre contenance.
Soudain, son maître s'arrêta pour essuyer tactiquement une sueur froide sur son front. Heureusement, l'homme ne le suivait pas de trop près, sans quoi il se serait jeté droit dans son dos.
« Tu n'es pas nécessaire », dit Nie Teng en pivotant et en se dirigeant vers la sortie du palais.
Quelque peu surpris, l'homme d'âge mûr marqua une pause avant de se hâter de le rattraper, demandant : « Maître, avez-vous l'intention d'aller à la Résidence Feng pour voir la Jeune Demoiselle Feng ? Peut-être ferais-je mieux d'y aller avant vous. Ne vaudrait-il pas mieux que je vous l'amène ? »
Nie Teng continua d'avancer comme auparavant, et sans se retourner, il dit : « Inutile. Ce sera plus intéressant si j'y vais moi-même en personne. » Marquant une pause, Nie Teng se retourna pour le fixer et dit : « Il t'est interdit de m'accompagner. »
Voyant cela, l'homme d'âge mûr resta sur place et regarda son maître s'éloigner du palais. Inquiet, il lâcha précipitamment un avertissement : « Maître, méfiez-vous de la Jeune Demoiselle Feng ! C'est une alchimiste habile ! »
Ce qui était censé être un avertissement bienveillant se heurta immédiatement à un regard furieux.
En effet, ce rappel était fin trop clair pour Nie Teng, car n'avaient-ils pas tous souffert par le passé sous sa main ?