Pendant ce temps, Hao'er franchissait l'entrée de la maison délabrée à petits pas, proclamant : « Je suis rentré ! » Depuis quelques jours, il s'était habitué à sa nouvelle existence, et sa voix débordait de joie.
Il songeait que sa mère serait extatique d'apprendre qu'il parvenait désormais à tenir debout tout seul, et même à subvenir aux besoins de tant de monde.
À l'entente de sa voix, les petits mendiants qui se trouvaient dans la maison surgirent et l'entourèrent. « Qu'est-ce qu'on a de bon à manger aujourd'hui ? »
« Et de la viande, c'est prévu ? »
« Viens par ici », hurla Hao'er en s'approchant de la table, tirant des vivres de son sac cosmos.
Les petits mendiants restaient figés à le regarder sortir les provisions du petit sac pour les poser sur la table. Leurs yeux brillèrent d'une lueur avide, surtout ceux des plus grands qui fixaient intensément le sac de Hao'er.
« Mangez d'abord. Moi, je vais prendre un verre d'eau à l'intérieur », leur dit-il en laissant les vivres sur la table avant de regagner la pièce.
Il disposait de sa propre chambre. Dès qu'il fut à l'intérieur, il grimpa sur une chaise pour se servir une coupelle d'eau. Alors qu'il s'apprêtait à boire, il s'immobilisa en percevant une odeur insolite qui s'en dégageait.
Il renifla à nouveau le liquide, se disant qu'il avait dû rêver. L'eau était-elle droguée ? Qui pouvait bien avoir fait ça ? pensa-t-il, l'esprit embrumé.
Ayant appris à distinguer les diverses plantes médicinales sous la tutelle de sa mère, dans la Vallée du Roi des Pilules, il reconnut immédiatement qu'elle contenait une poudre paralysante.
Sa mère avait transformé son physique à tel point que les poisons ne pouvaient plus lui nuire. S'être retrouvé seul pendant quelques jours lui avait appris à décrypter chaque situation, saisir toutes les implications et éviter toute imprudence.
Il décida donc de feindre le jeu, espérant ainsi identifier celui qui cherchait à lui nuire.
À l'extérieur, les petits mendiants engloutissaient leur nourriture avec avidité. De temps à autre, ils jetaient un œil vers la chambre de Hao'er, les mains frêles et tremblotantes sous l'effet du trac.
En entendant le bruit sourd du bol qui se brisait contre le sol, ils lâchèrent leur ration et sprintèrent vers la pièce.
Lorsque les enfants virent Hao'er affalé au sol, le visage baigné de sueur froide et tentant désespérément de se redresser, la fillette la plus menue d'entre eux se précipita pour l'aider. « Tu as quoi, qu'est-ce qu'il y a ? »
S'appuyant contre la fillette, Hao'er réussit à souffler : « J'ai… j'ai soudainement perdu la force. »
« Hein ? Comment est-ce possible ? » s'inquiéta-t-elle. « Ça te fait mal quelque part ? »
« La drogue… la drogue a marché ! » s'exclama soudain l'un des plus grands avec excitation.
À ces mots, les plus jeunes cessèrent de manger et le fixèrent, le visage stupéfié. « Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Attrapez son sac ! Il contient plein d'argent et de trésors ! » grondèrent ces quelques grands, repoussant violemment la fillette la plus menue et se jetant sur le simple petit sac que Hao'er avait attaché autour de sa taille.
La fillette fut poussée de côté. Elle atterrit sur les éclats de l'ustensile et sentit aussitôt son sang sourdre sur sa main. Elle sanglota, mais se releva malgré tout pour se placer en rempart devant Hao'er, répétant : « Ne prenez pas ses affaires, ne prenez pas ses affaires. »
Pour elle, ce petit mendiant de son âge lui avait sauvé la vie. Sans lui, ces deux hommes l'auraient massacré depuis longtemps. Depuis plusieurs jours, il lui apportait aussi de savoureux repas. Elle ne supportait pas l'idée qu'on s'en prenne à lui ou lui vole ce qu'il possédait.