« Je connais ces forêts sauvages, je peux vous en sortir même sans carte. » l’un d’eux répondit. C’était l’un des deux nouveaux venus du groupe.
À ces mots, ils échangèrent un regard et conclurent : « Dans ce cas, allons-y ! Ne perdons plus un instant ici. » Le temps était compté. S’ils ne parvenaient pas à sortir de la forêt dans les délais impartis, il leur serait presque impossible de survivre.
« Par là. » L’homme qui avait parlé quelques instants plus tôt prit la tête. Les autres suivirent son exemple en se rangeant derrière lui.
Si cette région était bien une forêt, force était de constater qu’à part les gazouillis provenant des branches, aucun animal ne rôdait au pied des arbres. Comme l’Ancien Fantôme ne leur avait distribué aucune pilule pour tenir le jeûne, il allait de soi que, une fois leurs réserves épuisées et la faim venue, leur allure ne tarda pas à fléchir.
« J’ai attrapé un serpent, ce n’est pas grand-chose, mais ça suffira pour en partager avec quelques-uns. » Bi San s’approcha du groupe de gens qui se reposaient sous un arbre, un reptile inerte serré entre ses doigts.
Dès qu’ils aperçurent le serpent, certains ramassèrent des brindilles et des bûchettes, d’autres entamèrent le dépeçage tandis que ceux-ci allumaient un feu. Ensemble, ils préparèrent la bête à la rotissoire afin de la diviser entre eux. Même si la portion restait maigre, au moins cela éviterait de crever de faim.
Cependant, après avoir jeté un coup d’œil sur eux, déclara : « N’allez pas perdre votre temps, ce serpent n’est pas comestible. »
Aussitôt, tous se tournèrent vers elle.
« Pourquoi est-il impropre à la consommation ? » demanda Bi San.
« Il est venimeux. » répondit .
« Tant qu’on retire le fiel, la viande est bonne à manger. » glissa Bi San en dépouillant le reptile d’une main experte : « Au cours de mes voyages, j’ai déjà mangé plusieurs serpents venimeux. Si je n’avais jamais fait face à celui-là auparavant, en quoi diffère-t-il fondamentalement des autres ? »
À son sens, pourvu qu’elle soit préparée correctement, la chair devait rester consommable. Comment aurait-il pu être totalement impropre à la nourriture ?
« La chair de ce type de serpent est tout aussi toxique. En manger provoquerait une paralysie suivie de la mort. » expliqua . Son regard se posa sur sa main tachée de sang et son sourcil se plissa imperceptiblement : « Le sang du serpent est également empoisonné. Comptes-tu vraiment garder tes mains ? »
Tous portèrent leur attention sur le visage solennel de . Elle semblait dire la vérité. Leur regard se figea sur le reptile dépouillé, indécis. Bi San s’apprêtait à affirmer que tout irait bien lorsque ses doigts devinrent soudain engourdis et que le serpent s’échappa de ses prises pour retomber sur le sol. Il eut le souffle coupé.
À cette scène, le doute ne fut plus permis. Ils interrogèrent aussitôt : « Tu t’y connais en médecine ? Existe-t-il un remède contre le poison de son sang ? Et s’il n’y en a pas, que lui adviendra-t-il ? »
Durant toutes leurs expéditions à l’extérieur, ils n’avaient encore jamais rencontré de serpent venimeux. Quel enfer pouvait bien être cet endroit ?
Bi San observa ses mains, désormais teintes de rouge et de violet. Son cœur s’alourdît, mais il resta muet. Que pouvait-il bien répondre ? Il avait été mis en garde et n’avait pas écouté. Qui pouvait-il blâmer, sinon lui-même ?
le considéra un instant avant de demander : « Où l’as-tu attrapé ? Un antidote doit nécessairement se trouver à proximité de l’endroit où tu l’as trouvé. »
« Devant. » précisa Bi San en se dirigeant vers le lieu où gisait encore le serpent.
marcha sur ses talons et les autres firent de même. Ils jetaient des regards étonnés sur ce garçon en robe azur, loin de s’imaginer qu’il possédait des connaissances médicales, encore moins qu’il les maîtrisait si parfaitement.
Ils cheminaient en silence lorsqu’ils virent soudain le jeune homme en bleu s’arrêter net. D’un geste brusque, il tendit le bras et happa Bi San vers lui.