Les yeux d'un noir d'encre se détournèrent pour croiser le regard de plusieurs cultivateurs de Noyau d'Or qui le fixaient, stupéfaits. Ses sourcils se froncèrent et il posa sur eux un regard lourd. « Que faites-vous plantés là à baver d'admiration ? Vous n'avez rien de mieux à faire ? Dégagez ! »
Les cultivateurs de Noyau d'Or s'empressèrent d'obtempérer. Tout en reculant, ils jetèrent un coup d'œil à la silhouette vêtue de rouge. Ils ne parvenaient vraiment pas à comprendre ce que ce gamin avait de si spécial pour que leur Seigneur lui adresse des mots aussi doux.
Après avoir observé un instant le Seigneur des Enfers, Feng Jiu l'ignora et continua de grignoter ses friandises. Cette fois, elle mangeait plus lentement, les yeux à demi baissés, emplis de perplexité. [Pourquoi cette voix lui semblait-elle de plus en plus familière à mesure qu'elle l'entendait ?]
[Où avait-elle déjà entendu la voix de cet homme ?]
Lorsque le soir tomba, l'aéronef se posa sur une étendue plane. Le Seigneur des Enfers descendit le premier, et Feng Jiu le suivit de près. Mais presque aussitôt, ses yeux furent bandés par une étoffe noire.
On la fit marcher longuement. Elle ne sut que le chemin était long et sinueux, et ses oreilles perçurent maintes salutations respectueuses souhaitant la bienvenue au Seigneur des Enfers.
« Qu'on lui donne une tenue de rechange et qu'on l'envoie à la tour médicale. »
À peine eut-elle entendu la voix du Seigneur des Enfers résonner près d'elle qu'on l'emmena ailleurs. Une fois dans une pièce, l'un des cultivateurs lui retira le bandeau noir et lui lança en même temps un ensemble de robes grises.
« Dépêche-toi ! Change-toi et suis-moi ! »
Voyant que le cultivateur restait planté là, dans la pièce, à la dévisager, elle le foudroya du regard et dit : « Sors donc ! Comment veux-tu que je me change pendant que tu me mates ? »
« On est tous les deux des hommes, qu'est-ce qu'il y a à ne pas pouvoir regarder ? Bouge-toi ! Arrête de geindre ! » C'était un cultivateur de Noyau d'Or, un homme d'une vingtaine d'années à peine. Il faisait partie des seize hommes revenus avec eux et on l'appelait Loup Gris.
« Je n'ai pas l'habitude qu'on me mate. » répondit Feng Jiu, les sourcils froncés.
« Gamin, tu fais vraiment chier ! Si tu ne te changes pas, je vais t'aider moi-même ! » Sur ces mots, il fit de grands pas vers elle, bien décidé à lui arracher ses vêtements.
Mais avant qu'il n'ait pu l'atteindre, Feng Jiu ouvra grand la bouche et hurla : « AH ! ATTEINTE À LA PUDEUR ! AH ! »
La porte s'ouvrit en grand sur-le-champ et plusieurs cultivateurs y fourrèrent la tête. À la vue de la scène, ils écarquillèrent les yeux avec férocité et demandèrent : « Qui a agressé qui ? »
Après avoir dévisagé les deux personnes dans la pièce, l'un d'eux se mit à sourire en coin en fixant le cultivateur et dit : « Loup Gris, je n'aurais pas cru que tu avais ce genre de penchant ! »
Le visage du cultivateur de Noyau d'Or s'assombrit. Il fixa Feng Jiu avec férocité, puis hurla : « Vous deux, venez ! Déshabillez ce gamin pour moi ! »
À ces mots, les yeux de Feng Jiu se plissèrent, un éclat glacial y passa, et un sourire retroussa le coin de ses lèvres. « Me déshabiller ? Vous n'avez qu'à essayer. »
« Tu crois que je n'ose pas ? » Loup Gris fit un grand pas en avant, les mains tendues vers les vêtements du gamin.
Feng Jiu n'allait pas faire dans la politesse. Voyant l'autre s'élancer, elle avança aussitôt et profita de son élan pour le projeter hors de la pièce. Au même instant, son doigt bougea à une vitesse supérieure à celle du son, et la lueur froide d'une aiguille d'argent perça un point d'acupuncture sur sa hanche.
Pris au dépourvu, Loup Gris s'effondra au sol. La rage le submergea, il serra le poing et rassemblait sa puissance mystique lorsqu'une voix froide et dure retentit.
À la vue du Seigneur des Enfers, tous s'inclinèrent immédiatement en salut.
Le Seigneur des Enfers entra, les sourcils froncés, le regard glacial balayant les deux protagonistes, et demanda d'une voix grave : « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Je voulais me changer et il refusait de sortir. Il insistait pour que je le fasse sous son regard et il a même voulu m'arracher mes vêtements ! »
Présentées ainsi, les faits ne laissaient place qu'à une seule interprétation. Tous tournèrent les yeux vers Loup Gris, le visage écarlate, tandis que les autres arboraient l'air de dire : « Je comprends. »