Lorsque les autres entendirent ses paroles, ils tombèrent dans le silence. C'était exact, le Maître du Troisième Soleil raffinait habituellement ses pilules dans la cabane de bambou. Il n'entrait dans la demeure troglodytique que lorsqu'il employait des herbes d'élixir de qualité supérieure et ne voulait pas être dérangé. Cela dit, cette pilule devait être d'une importance capitale pour le Maître du Troisième Soleil.
Cette idée germa dans toutes les têtes. Au moment où ils parvinrent à l'entrée de la demeure troglodytique, ils virent qu'elle était ceinte de plusieurs barrières frontalières, et qu'un enchantement supplémentaire gardait le seuil même de la grotte.
Après avoir jeté un coup d'œil aux autres, l'un d'eux cria : — Frère Troisième Soleil, Frère Troisième Soleil ?
À l'intérieur de la demeure troglodytique, le Maître du Troisième Soleil, exténué par le fouet, s'apprêtait à préparer l'étape suivante du médicament. Il était sorti de la salle d'alchimie pour chercher quelque chose et s'apprêtait à y rentrer lorsqu'une voix venue de l'extérieur parvint à ses oreilles. Il frémit malgré lui.
— Frère Troisième Soleil ? Frère Troisième Soleil ? Une autre voix appela.
À cet instant, comme les gens du dehors constataient qu'aucun bruit ne filtrait de l'intérieur, ils ne purent s'empêcher de se regarder les uns les autres. Juste à ce moment, Ruan Changchun se précipita au premier plan : — Maître, Maître, les Maîtres des Pics ont forcé l'entrée du Troisième Pic du Soleil en affirmant avoir quelque chose à vous demander. Si le Maître ne sort pas, ils briseront les barrières !
En entendant cela, les Maîtres des Pics le dévisagèrent, surpris. Ils n'avaient jamais parlé de forcer les barrières ! Après tout, ils avaient déjà outrepassé leurs prérogatives en s'introduisant de force sur le territoire du Maître du Troisième Soleil, comment auraient-ils osé briser les barrières ?
Cependant, à peine Ruan Changchun eut-il achevé sa phrase que l'on vit le Maître du Troisième Soleil débouler, furieux.
— Que faites-vous tous ici ? Vous perturbez ma séance d'alchimie, serait-ce que vous tramez quelque chose ? Le Maître du Troisième Soleil était dans une colère noire d'avoir été interrompu si souvent, et à cet instant sa colère monta encore d'un cran, incapable qu'il était de la contenir.
Sous cette interpellation, les visages des Maîtres des Pics devinrent un peu embarrassés. Après tout, ce qu'ils étaient en train de faire à cet instant était en effet indigne de leur rang.
L'un d'eux toussa légèrement et dit : — Vous voyez, nous avons appris que Frère Troisième Soleil raffine une pilule défiant le Ciel, alors nous sommes venus voir si vous aviez besoin d'aide. Frère Troisième Soleil sait que nous ne pouvons vous égaler en alchimie, nous souhaitons profiter de cette occasion pour apprendre quelque chose auprès de vous.
Le Maître du Troisième Soleil renifla bruyamment et rétorqua : — Vous êtes tous des alchimistes, ignorez-vous que le péché mignon des alchimistes est d'être dérangés pendant une séance d'alchimie ? Partez maintenant ! Autrement, une fois ma pilule achevée, je porterai plainte auprès du Maître de la Secte et lui demanderai de faire justice !
À ces mots, les traits des Maîtres des Pics se raidirent. Ils ne s'attendaient pas à un refus si franc. Ils ne purent s'empêcher de se regarder les uns les autres. Soudain, l'un des alchimistes parut saisi en remarquant le fouet dans la main du Maître du Troisième Soleil, et le fixa avec une expression étrange.
— Frère Troisième Soleil, pourquoi avez-vous besoin d'un fouet pour raffiner des pilules ? Pourquoi votre fouet semble-t-il trempé dans un liquide médicinal ?
Après que ce Maître des Pics eut parlé, les autres Maîtres des Pics remarquèrent à leur tour que le Maître du Troisième Soleil tenait un fouet. Le fouet était imbibé de liquide médicinal, c'était pourquoi ils percevaient une telle odeur de remèdes. Ils ne l'avaient pas remarqué, pensant que cela provenait de l'intérieur de la grotte d'alchimie. Cependant, ils ne purent ignorer la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Que se passait-il donc ?
S'il raffinait des pilules, pourquoi avait-il besoin d'un fouet ? Que diable était-il en train de raffiner ?
Ruan Changchun baissa la tête pour cacher ses yeux rougis, ses mains sous ses manches serrées poings crispés. Il avait déjà remarqué le fouet dès la sortie de son Maître. Ce fouet était trempé dans un liquide médicinal et portait aussi des traces de sang....
Maître, torturait-il la Jeune Sœur ?