« Vraiment ? »
Les yeux du Prince héritier s'illuminèrent.
En le regardant, pensa, sans savoir pourquoi, à bien des années plus tôt. À l'époque, dans un carrosse, alors qu'il se rendait avec à la rencontre du Seigneur Commandant des Prévôts, ils avaient aussi évoqué les histoires d'amour entre hommes et femmes. La réaction de , ce jour-là, avait été exactement la même que celle de ce cadet.
pressa une main contre son front, réfléchit un instant, et se ménagea une issue avec une réponse soigneusement nuancée. « Si la jeune fille est issue d'une famille honorable, cela va. Mais si ses origines sont troubles, si elle s'avère être une cultivateuse démoniaque ou quelque chose du genre, ce sujet conseille à Votre Altesse de trancher ces sentiments le plus tôt possible. »
Le Prince héritier fronça les sourcils. « Frère aîné, et alors, si elle est une cultivateuse démoniaque ? N'avons-nous pas le droit de nous aimer sincèrement ? »
fronça les sourcils à son tour. « Quoi ? Ne me dis pas qu'elle est vraiment une cultivateuse démoniaque ? »
En vérité, le genre de fille qui plaisait au Prince héritier importait peu, qu'elle vienne d'une famille ordinaire ou qu'elle soit une cultivateuse d'une secte hors du monde séculier. La seule chose qu'elle ne pouvait pas être, c'était une femme de la race démoniaque.
Un Prince héritier de la race humaine, le détenteur effectif du pouvoir dans une dynastie, s'il tombait amoureux d'une femme de la race démoniaque, l'épousait comme Princesse héritière, et plus tard en faisait même l'Impératrice…
Cela ne pouvait pas aller.
Bien sûr, si tu n'étais pas le Prince héritier, mais simplement mon, , cadet, alors si tu voulais épouser une femme de la race démoniaque, cela irait.
Avec moi, les commérages seraient gérables.
Mais tu n'es pas seulement mon cadet, tu es aussi le Prince héritier des Grands Liang, le souverain commun de tout sous les cieux. Cela rend la chose impossible.
Très difficile.
se frotta la tête. Ce n'était pas complètement impossible, mais cela deviendraient inévitablement bien plus épineux, et certainement pas une affaire simple.
Heureusement, le Prince héritier sourit vite et dit : « Non, non. Je sais encore où se trace la ligne, sur ce genre de choses. »
s'intéressa et demanda : « Et si l'autre partie est vraiment une cultivateuse démoniaque, mais qu'elle le cache à Votre Altesse ? »
Le Prince héritier répondit : « Alors on la tue et basta. »
fut quelque peu surpris. Il ne comprenait pas bien : si elle était vraiment une cultivateuse démoniaque, et en plus la femme qu'il aimait, comment pouvait-il faire une chose pareille ?
« Hé hé, Frère aîné, parce que je lui ai déjà demandé avant si elle était une cultivateuse de la race démoniaque envoyée pour me séduire, et elle a affirmé avec une certitude absolue que non. Cela suffit. Si je découvre plus tard qu'elle m'a menti, on règlera ça comme il se doit. Tu connais la logique derrière ça, Frère aîné ? »
Le Prince héritier rit, l'air très satisfait, comme s'il avait enfin trouvé l'occasion de tester ce frère aîné face à lui.
réfléchit un instant et dit : « Ce devrait être que ce que Votre Altesse aime, c'est une femme qui ne ment pas et ne la trompe pas. Si elle la trompe, alors Votre Altesse ne l'aime plus, non pas parce qu'elle l'a trompée sur ce point précis, mais parce que vous détestez fondamentalement les femmes qui vous cachent des choses. »
Les yeux du Prince héritier s'écarquillèrent, puis il se dégonfla visiblement. « Comment Frère aîné peut-il être aussi malin ? Pas étonnant que Père Impérial t'apprécie tant. »
ignora cette remarque et posa à la place une question qui allait droit au cœur. « Si cette femme ne t'a jamais rien caché, est-ce que Votre Altesse, de son côté, lui a tout dit sans retenue ? »
Le Prince héritier se figea, puis l'inquiétude se répandit visiblement sur son visage. Il plissa profondément les sourcils et dit d'une voix chagrinée, en murmurant : « C'est fini, c'est fini… c'est vraiment fini. »
Le voyant ainsi, soupira à plusieurs reprises. À cet instant, il comprit ce que ce cadet avait en tête. Il exigeait que l'autre ne lui cache rien, alors que lui-même en cachait tant. Si elle l'apprenait, elle serait forcément déçue. Une fois déçue, qui savait si elle l'aimerait encore ?
Entre hommes et femmes, l'amour et l'affection, au fond, ne tiennent-ils pas qu'à ces quelques choses ?
« Frère aîné, tu dois m'aider ! »
Le Prince héritier se leva brusquement, le visage plein d'inquiétude. « Et si cette fille n m'aime plus ? Que dois-je faire ? »
parut désemparé, mais sourit encore en disant : « Les choses ne sont peut-être pas aussi difficiles que tu le penses. Votre Altesse devrait simplement s'expliquer correctement. En ce genre de matière, ce sont toujours les concernés qui sont confus, tandis que les gens de l'extérieur voient clair. »
Entendant dire cela, le Prince héritier se sentit enfin un peu plus à l'aise. Après s'être rassis, il but une gorgée de vin pour humecter sa gorge, et commença à raconter une histoire que, hormis Li Shou, personne d'autre ne connaissait.
Il s'avéra que dès l'année précédente, le Prince héritier avait trouvé la vie au palais ennuyeuse. Joint au fardeau quotidien des affaires, il se sentait souvent étouffé et las, et ne cessait de harceler Li Shou pour qu'il l'emmène hors du palais jeter un œil. Au début, Li Shou refusa absolument. Après tout, si quelque chose arrivait à la sécurité du Prince héritier hors du palais, Li Shou serait battu à mort à coups de bâtons. Même si rien ne se passait, indulger le Prince héritier de la sorte l'inscrirait certainement dans les annales comme un eunuque parfaitement pervers qui a ruiné l'État et le peuple.
Au bout du compte, cependant, Li Shou finit par céder sous l'insistance du Prince héritier et perdit toute résolution. Il fit sortir secrètement le Prince héritier du palais une fois. Mais qui aurait cru que lors de cette unique sortie, le Prince héritier tomberait amoureux au premier regard d'une jeune femme ? Cela ne venait que du Prince héritier, ceci dit. La femme ne le tenait pas exactement à distance, mais elle n'exprima jamais non plus de sentiments amoureux.
Cette affaire fut très bien cachée par le Prince héritier. À ce jour, Li Shou croit encore que le Prince héritier aime simplement manger les gâteaux de sucre blanc de cette pâtisserie.
Pour les serviteurs, il y a des choses sur lesquelles ils peuvent un peu commenter, mais il y en a bien plus qu'ils ne peuvent pas mentionner du tout, et encore moins discuter.
demanda curieusement : « Cette fille vend des gâteaux de sucre blanc ? »
Le Prince héritier secoua la tête. « Au début, je l'ai cru aussi, mais plus tard, après avoir un peu discuté, j'ai découvert qu'elle est une cultivateuse de la Secte des Montagnes et Rivières. Elle aime simplement manger des gâteaux de sucre blanc, donc on se croise souvent là-bas. »
« Secte des Montagnes et Rivières ? »
haussa un sourcil. S'il se souvenait bien, ce devait être une petite secte du côté de la préfecture de Xinliu. Son maître de secte semblait n'être encore qu'au Royaume de la Mer Amère.
Le Prince héritier dit : « Elle aime manger des gâteaux de sucre blanc, et moi aussi. Est-ce que ça ne veut pas dire que nous étions prédestinés d'une vie antérieure ? »
dit calmement : « Alors cette vieille femme qui va et vient souvent dans cette pâtisserie et qui aime aussi les gâteaux de sucre blanc a-t-elle quelque prédestination avec Votre Altesse ? »
Le Prince héritier roula des yeux.
rit. « Si tu convoites son corps, dis juste que tu convoites son corps. Pourquoi parler de prédestination ? »
Le Prince héritier fronça les sourcils. « Frère aîné, comment peux-tu parler de ta future belle-sœur comme ça ?! »
offrit un sourire qui n'atteignait pas ses yeux et se contenta de regarder le Prince héritier.
Au bout d'un moment, dit : « Votre Altesse veut épouser une telle femme, mais son identité de cultivateuse pose problème. Bien que les Grands Liang ne soient plus une proie qu'on peut intimider à volonté, les terres étrangères seront certainement prudentes sur ce genre de choses, extrêmement prudentes. Nouer des liens avec les Grands Liang, même y entrer par mariage, comment s'y établiraient-elles dans les terres étrangères ? Et si vous épousez une cultivateuse des terres étrangères, que penseraient les officiels de la cour ? Des ennuis des deux côtés. Bien sûr, la chose la plus embêtante n'est même pas là. »
Le Prince héritier demanda curieux : « Frère aîné, qu'est-ce que c'est ? »
regarda le Prince héritier face à lui et dit : « C'est que la jeune fille n'aime pas Votre Altesse. »
Le Prince héritier se figea un instant, puis sourit amèrement. « Si elle ne m'aime pas, alors il n'y a rien à forcer. »
plissa les yeux et dit : « Donc la chose la plus importante à présent, c'est de comprendre ce que cette jeune fille a réellement en tête. »
Le Prince héritier acquiesça. Quand il s'agissait des affaires entre hommes et femmes, il faisait une confiance totale à son frère aîné. Après tout, la nouvelle courait dans la Capitale Divine que même une femme aussi difficile que avait été conquise par . Cela seul prouvait que cet artiste martial devant lui avait vraiment quelque talent en la matière.
Le Prince héritier regarda avec une pointe d'inquiétude. « Frère aîné, son identité de cultivateuse est-elle embêtante ? »
jeta un œil à ce cadet et ne cacha rien. « Embêtante. »
Le Prince héritier ouvra la bouche, se sentant quelque peu lésé. En réalité, comment pourrait-il ne pas savoir que c'est embêtant ? Ne demandait-il pas précisément pour que son frère aîné tape sur sa poitrine et dise que peu importe l'embêtement, il s'en occuperait ?
Mais pourquoi Frère aîné manquait-il le point à ce point ?
Ce n'était pas juste manquer le point. C'était le rater à des kilomètres ?!