Ding !
J'ai sorti mon téléphone de ma poche au son de la notification.
Nouveauté
"MAJ « Je suis une cuillère d'or, mais je prends la fuite » : le dernier épisode vient d'être mis en ligne. Cliquez pour lire▼"
'Ah, il est déjà six heures.'
L'heure de publication de « Je suis une cuillère d'or, mais je prends la fuite », c'est six heures du matin.
Autrement dit, j'ai travaillé toute la nuit.
Je me suis frotté les yeux, raides de fatigue.
'Est-ce que je peux tout traduire et tout envoyer avant que le chef de service Park arrive au bureau ?'
Honnêtement, c'était impossible. Ce n'était pas une quantité que j'aurais pu finir même en veillant plusieurs jours d'affilée.
Seulement voilà.......
« Tu es en train de te relâcher, là ? Tu devrais être reconnaissante qu'on embauche quelqu'un comme toi, sans le moindre diplôme. Si tu n'y arrives pas, dis-le. Il y a des tas de gens pour te remplacer. »
J'ai serré la main qui tenait mon téléphone.
'Rentrons vite.'
J'étais venue à la supérette acheter du café parce que j'avais l'impression que j'allais m'endormir. J'ai pris le café en canette le moins cher.
Après avoir payé et quitté la supérette, j'ai appuyé par habitude sur le bouton « Lire maintenant ».
Lire des romances fantasy était un petit bonheur dans mon quotidien infiniment épuisant.
C'était aussi mon seul bonheur.
Même si je suis une cuillère d'or, je ne peux pas vivre avec ces frères et ce père ! Il faut que je m'enfuie de cette maison au plus vite !
Note : en Corée, on classe les naissances par « cuillères », de la cuillère d'or pour les enfants de familles fortunées jusqu'à la cuillère de terre pour les plus démunis.
En voyant la détermination de l'héroïne, je me suis frappé la poitrine d'exaspération.
'Non mais pourquoi quitter cette maison quand tu as une cuillère d'or et un père et des frères beaux comme des dieux !'
Ton père (magnifique) est complètement gaga de sa fille !
Et tes frères (magnifiques), alors !
Tu as même reçu une mine de diamants aujourd'hui !
Pourquoi est-ce que tu t'enfuis !
J'ai laissé une rafale de commentaires sur cette intrigue exaspérante au-delà du supportable.
'Hé, l'héroïne, est-ce que je peux être la fille de cette famille à ta place ? Moi je m'enfuirais pas et je vivrais très bien làㅠ'
Le nombre de « j'aime » a grimpé à toute vitesse, comme si tout le monde était d'accord. C'est vite devenu le meilleur commentaire.
Je me suis sentie bien sans raison particulière et j'ai souri.
« Héhé. »
Vraaaaaam !
Une lumière d'une intensité formidable m'a transpercé la vue, en tranchant l'air blafard de l'aube.
Des phares clignotants.
Et un camion de la taille d'une maison.
Non, un camion dans cette ruelle étroite ?
Et en plus, il fonçait droit sur moi à une vitesse invraisemblable.
'Comme ça, d'un coup ?'
Criiiiiiiii !
Boum !
Oui, comme ça, d'un coup.
Ce fut ma dernière pensée.
'Pour être exacte, je devrais dire la dernière pensée de “moi vivante”.'
J'ai croisé les bras et contemplé mon cadavre, le cœur lourd.
Je suis morte sur le coup, alors je n'ai même pas senti la douleur. J'étais juste hébétée.
Est-ce que je suis vraiment morte ?
Et toutes mes galères, alors ?
Un sentiment de vide m'a envahie.
C'est alors que cela s'est produit.
[Félicitations ! Vous avez obtenu la chance de vous réincarner !]
Dans un grand bang, j'ai levé la tête vers cette voix surgie de nulle part.
Un garçon faisait partir des pétards en riant, sur un ciel désormais éclairci.
Des cheveux blancs, vaporeux comme un nuage, et des yeux dorés. Un visage d'une harmonie si parfaite qu'il ne semblait pas humain.
'Je dois être morte. Je vois des choses.'
[Hé ? Je viens de vous dire que vous avez obtenu la chance de vous réincarner ! Ayez l'air un peu plus contente, s'il vous plaît !]
Qu'est-ce qu'il raconte ? La chance de me réincarner ?
J'ai retourné ces mots dans ma tête, engourdie, puis j'ai eu le souffle coupé.
« Est-ce que je me suis fait renverser par le fameux camion de la réincarnation ?! »
Le camion de la réincarnation.
Un camion légendaire qui, si vous vous faites renverser, vous réincarne dans un monde de fantasy.
« Je croyais que ça n'existait que dans les romans. »
[Vous pensez bel et bien comme quelqu'un qui a lu beaucoup de romans ! Vous êtes vraiment l'élue !]
« Hein ? »
[Je suis le messager du dieu Aphthanes.]
Le messager d'un dieu ? Un ange, alors.
Après tout, les seuls êtres qui parleraient à une personne morte sont des anges ou des démons.
En regardant de plus près, j'ai vu de minuscules ailes battre dans le dos du garçon.
'Cet ange est plus frivole et plus insignifiant que je ne l'aurais cru.......'
[Aphthanes s'est référé à toutes sortes de choses quand il a créé le monde.]
L'ange, qui venait de révéler que même les dieux consultent des références, a écarté les bras comme s'il annonçait quelque chose de grandiose.
[Et la chose à laquelle il s'est le plus référé, ce sont les romances fantasy !]
'Pardon ?'
À quoi vous vous référez ?
C'est quoi, ces bêtises ?
'Créer un monde en se référant à des romances fantasy, entre toutes les choses possibles !'
Vous êtes cinglé ?
[Alors ? N'est-ce pas un monde taillé pour vous, une passionnée de romance fantasy ? Vous voulez vous réincarner, n'est-ce pas ?]
« Non, qui voudrait aller dans un monde créé par un dieu cinglé qui prend modèle sur des romances fantasy. »
Je ne pouvais pas m'empêcher d'être sérieuse.
L'ange aux ailes minuscules a gonflé les joues en agitant les bras en tous sens. Pour un messager de Dieu, il était d'une frivolité qui n'avait rien de sacré.
[Vous venez juste d'écrire en commentaire que vous voudriez être l'héroïne !]
« C'est parce que ce n'est pas un monde créé par un dieu bizarre...... Hein ? »
J'ai froncé les sourcils, plongée dans mes pensées.
Est-ce qu'il est vraiment un messager de Dieu ?
J'ai beau y réfléchir, je ne crois pas qu'un dieu ou un ange serait cinglé à ce point.
« Pourquoi est-ce que vous me donnez la chance de me réincarner ? »
[Vous avez commenté tous les romans qu'Aphthanes a lus.]
'Quoi ?'
[C'est vous qui avez eu le plus de meilleurs commentaires et qui avez donné le plus de conseils aux protagonistes.]
« ....... »
[Un monde inspiré des romances fantasy, parfait pour vous, la pro du meilleur commentaire de romance fantasy ! Alors, qu'en dites-vous !]
L'ange a souri largement et m'a fait un clin d'œil, comme si rien ne pouvait être plus clair.
[Vivez là-bas et laissez une note et un commentaire !]
« ....... »
Est-ce que ce dieu est en manque d'attention ?
Je te mettrais zéro étoile sans même y avoir vécu, espèce de salaud.
[Maintenant que vos questions ont trouvé réponse, vous allez vous réincarner, n'est-ce pas ?]
Ça ne répond pas du tout à mes questions ! Ça ne fait que soulever d'autres soupçons. C'est louche à en crever.
Seulement voilà.
Je suis morte.
C'était un pari où je n'avais rien à perdre, alors je pouvais hocher la tête sans me poser de questions.
'D'ordinaire, en tout cas.'
Je suis une lectrice de romance fantasy.
Une lectrice acharnée qui lit des dizaines de livres par mois.
'Il n'y a aucune chance que je réponde “ah, je vois” quand on me dit que je m'adapterai bien !'
Il y a toutes sortes d'histoires dans les romances fantasy.
'Et si je me réincarne dans une histoire tragique !'
Même si ce n'est pas tragique, c'est un problème.
Et si je me réincarne en méchante à qui on coupe la tête dès le début ?
Ou en personnage secondaire dont on se sert avant de le jeter ?
[Pourquoi hésitez-vous ? Ne vouliez-vous pas vivre dans un monde de fantasy plutôt qu'ici ?]
« Je ne veux pas juste vivre dans un monde de fantasy. »
[Alors quoi ?]
« Comme je l'ai écrit tout à l'heure en commentaire, je veux me réincarner dans une maison avec une cuillère d'or, un père magnifique et des frères ! »
[Ça va, vous êtes difficile.]
Vous voyez ? Il essayait clairement de me réincarner dans un endroit bizarre.
« C'est la base même de la romance fantasy. »
[Bon, d'accord. Je m'assurerai que vous naissiez dans une famille riche, avec un père et des frères magnifiques.]
« Et il faut que tous ces membres de la famille soient fous de moi. »
[Hmm....... Il n'y a pas beaucoup de romances fantasy comme ça. Au début, ils ne vous aiment jamais, mais ils deviennent fous de vous plus tard.......]
« Comment ça, non ! Lady Be** ! »
[Bon, si vous voulez commencer par voir tous les membres de votre famille mourir comme dans ce roman.......]
« Non, pardon. C'était un lapsus. Je vais faire de mon mieux....... »
Changer d'attitude vite est le raccourci vers une vie confortable.
[Bien, c'est tout ? Vous allez vous réincarner, n'est-ce pas ?]
Un père et des frères magnifiques, et une cuillère d'or.
C'est exactement ce que je veux.
« Hmm, mais la plupart des héroïnes de romance fantasy ont des capacités spéciales....... Ou au moins, elles sont intelligentes. »
[......Vous en voulez vraiment beaucoup.]
L'ange, qui avait détourné la tête, a marmonné quelque chose à voix basse.
« Hein ? »
[Ne vous inquiétez pas. Je vous offre une réincarnation spéciale, alors je vous donnerai aussi une capacité.]
L'ange a souri gentiment, comme s'il n'avait pas grommelé du tout.
Je crois qu'il était en train de m'insulter, mais.......
'Une réincarnation avec un père et des frères magnifiques, et une capacité spéciale.'
À ce stade, c'est comme un dédommagement pour une vie difficile.
Oui, je n'ai peut-être pas mené une vie vertueuse, mais j'ai beaucoup souffert.
Le jour est enfin venu où le soleil va briller dans mon trou à rats !
« Alors d'accord. Je veux bien me réincarner. »
À l'instant où j'ai dit cela, j'ai senti un froid dans ma poitrine.
Déconcertée, j'ai levé les yeux et j'ai vu l'ange qui souriait.
Un sourire profond, dont les coins des lèvres se retroussaient méchamment. Ce sourire ressemblait davantage à celui de... qu'à celui d'un ange.
[Le contrat est donc établi, humaine.]
Un ton nettement différent du précédent a résonné au-dessus de ma tête.
Au même moment, une immense fissure a commencé à se former dans l'air.
Cette fissure était si noire que pas un seul rayon de lumière n'y entrait.
Un gouffre qui n'allait pas du tout aux anges ni aux dieux montait devant moi.
Et par-dessus le marché.
'Il a dit...... contrat ?'
Un sentiment de malaise m'a envahie.
D'ordinaire, les dieux accordent des bénédictions, non ?
'Un contrat, c'est...... ce ne serait pas plutôt ce que font les démons.......'
Voilà, autrement dit...
'Un démon.'
Le sang s'est retiré de mon visage.
« Attendez une minute ! »
La fissure noire devenait de plus en plus grande, alors j'ai agité la main en hâte.
« Ce contrat est annulé ! Je le retire ! »
[Le contrat a déjà été établi, humaine.]
La fissure, complètement élargie, a ouvert sa gueule noire et a commencé à aspirer mon âme.
Je ne pouvais rien faire, même en essayant de m'échapper.
Alors il faut que je sauve quelque chose du naufrage !
« Ma, ma capacité......! C'est quoi, ma capacité ! »
Les démons sont doués pour tromper les gens, alors qu'est-ce qui se passe s'ils me donnent une capacité bizarre ?
[Ne vous inquiétez pas, humaine.]
« Je m'inquiète, démon ! »
[C'est la capacité qui vous convient le mieux.]
« Quelle capacité me convient le mieux ! »
J'étais extrêmement angoissée, parce que j'avais l'impression de me faire arnaquer en direct.
« Si c'est une capacité à me faire arnaquer, je meurs, je vous jure ! »
[Vous n'avez pas à vous inquiéter. ...... Parce que vous êtes ma .........]
'Quoi ?'
Je n'ai pas entendu ce qu'il a ajouté à la fin.
J'ai essayé de redemander, mais mon âme avait déjà été entièrement aspirée dans la fissure.
Et une terrible obscurité est venue, où rien ne pouvait être ressenti.
─────
'Ce démon d'arnaqueur !'
J'ai frotté le sol de marbre glacé et ravalé mon ressentiment.
'Où est-il passé, le père magnifique !'
Mes doigts étaient gercés et rouges, parce que c'était l'hiver.
'Et où sont-ils, les frères magnifiques !'
J'ai l'impression que je perds la sensation au bout des doigts.
'Ma cuillère d'or !'
Je me suis laissée tomber par terre.
Alors un hall d'une largeur sans fin est apparu devant moi.
Un hall éblouissant et magnifique, comme dans un château où l'on paye un droit d'entrée pour visiter.
En temps normal, je l'aurais admiré, mais je n'y arrivais pas.
Parce que je dois laver le sol de cet immense hall toute seule.
'Ce n'est même pas une cuillère de terre, c'est une cuillère de poussière......!'
Waaaaah.
Les larmes me sont montées aux yeux.
J'aurais mieux fait de ne pas me réincarner du tout, à l'époque.
J'ai serré mes petites jambes dans mes petits bras.
Même un adulte ne pourrait pas nettoyer ça tout seul, alors moi, qui suis désormais dans un corps d'enfant.
Je reniflais quand j'ai entendu un grondement de tonnerre derrière moi.
« Tu te relâches encore ! »
Je me suis prosternée par réflexe, sans même me retourner.
« Je, je suis désolée......! »
Mes lèvres tremblaient et tout mon corps s'est raidi.
Je ne voulais pas me comporter comme une idiote, mais une peur apprise dévorait mon corps.
« Être fainéante à ce point, ça aussi, ça lui vient de sa mère ? »
Tss.
Le bruit de sa langue qui claque.
Il a donné un coup de pied dans le seau posé à côté de moi.
Le seau s'est renversé et l'eau savonneuse s'est répandue.
Le bas de mes vêtements était mouillé et humide.
« Avoir l'air trempée comme ça, tout à fait comme un rat crasseux. »
Il fait froid.
« Être aussi grossière, mon Dieu. »
Il fait froid.
« Incapable de faire correctement une seule chose qu'on te dit de faire. »
Je me sens seule.
Je ne pouvais même pas fermer correctement mes mains enflées en poings.
« ......Je suis désolée. »
J'ai levé la tête avec précaution et je l'ai regardé.
« Mon oncle. »
L'homme qui me réprimandait et qui insultait ma mère n'était autre que mon oncle maternel.
La personne qui avait ordonné à une petite enfant de nettoyer ce vaste hall toute seule.
Même un étranger ne ferait pas ça.
Ce n'était pas comme si j'étais la seule à pouvoir nettoyer.
Ce grand hall, et l'immense manoir qui abrite ce hall, tout cela lui appartenait.
« Comment oses-tu te faire passer pour ma nièce ?! »
Il était furieux. Il semblait que l'appeler mon oncle le dérangeait.
« Monsieur le duc....... »
Dès que j'ai vite changé de titre, il a lâché un reniflement.
« Il faut que tu saches quelle est ta place. »
Une chaussure luisante a appuyé sur mon épaule.
Le corps de l'enfant n'a pas pu supporter le poids et s'est effondré.
« Voilà pourquoi ton père t'a abandonnée. »
Je ne pouvais même pas gémir, et j'ai écouté ses insultes.
« Enfin, je ne sais même pas si tu es la vraie fille du duc. »
Chaque mot était comme une épine qui perçait mon jeune cœur.
« C'est ma sœur, mais ta mère devait vraiment être une écervelée. »
Ma mère, que je n'avais jamais vue.
Mais quand mon oncle insultait ma mère, mon estomac se retournait et mon nez me picotait.
« Ça n'aurait rien d'étonnant qu'elle ait eu un enfant d'un autre père. »
'Non !'
« Il y en a peut-être d'autres à part toi. Parce que c'est ce genre de femme. »
'Ma mère n'est pas comme ça !'
« Comment oses-tu foudroyer quelqu'un du regard ! »
Sur cet ordre brutal, le pied qui appuyait sur mon épaule a gagné en force.
« Hic....... »
Mon visage s'est enfoncé dans le marbre glacé du sol. La mousse de savon mêlée à la poussière, devenue grise, m'a trempé les joues.
J'ai mordu ma lèvre très fort et ravalé mes larmes. On me réprimandera davantage si je pleure.
Quand je suis née de nouveau, j'ai regardé cette maison splendide et belle, et j'ai pensé.
Je suis née dans une bonne famille.
Je ne sais pas comment sera ma famille, mais au moins je ne passerai pas l'hiver à trembler de peur de mourir de froid.
Je vais vivre une vie où la survie n'est pas le plus gros des problèmes.
Alors je pourrai découvrir beaucoup de choses.
Peut-être que je pourrai avoir un rêve.
Peut-être que je pourrai être aimée.
Dans une famille harmonieuse, je pourrai grandir en enfant saine, lumineuse et chaleureuse, comme si je ne connaissais pas le malheur.
Peut-être, peut-être que je pourrai obtenir une fin heureuse comme les protagonistes des romans.......
J'étais tout excitée.
De l'espoir pour la vie.
Des attentes pour l'avenir.
Il y avait si longtemps que je n'avais plus rien de tel que mon cœur s'est mis à battre fort.
Et pourtant.
« Papa ? »
Tout n'était qu'un malentendu.
Cette place n'était pas la mienne.
Je ne suis pas la protagoniste de ce monde.
Une fille qui a passé la tête par l'embrasure de la porte ouverte s'est couvert les lèvres et a dit : « Oh, mon Dieu. »
Une enfant adorable, aux cheveux blonds éclatants et somptueux.
L'enfant qui aurait été l'héroïne si ce monde avait été dans un roman.
Ma cousine, Clartier, m'a demandé avec un visage d'ange :
« Qu'est-ce que tu fais là ? »