À l'auberge, on a réparti les chambres en cinq dortoirs de quatre et une chambre individuelle.
La chambre solo, c'était pour Haruka.
Les filles en dortoir de quatre, c'était pour faire des économies, mais aussi pour se protéger.
Une fois qu'on sera rodées, on pourrait passer en chambres de deux, mais en pensant aux imprévus, je crois qu'il faut rester à quatre.
L'objectif, c'est que tout le monde maîtrise la Détection de présence et le Pistage, mais pour l'instant la plupart n'en ont qu'un des deux, et seulement quatre personnes ont les deux.
Non, c'est déjà amplement suffisant.
Ça fait une semaine qu'on s'entraîne. Ceux qui avaient déjà les compétences ne savaient presque pas s'en servir, et maintenant on peut assurer la veille par roulement.
C'est juste que quelqu'un qui dit « Ah, je l'ai eu » et les choppe comme des bonbons, qui est anormal.
En plus, elle avait l'air plus contente quand elle a péché le vol que quand elle a eu la compétence…
Ceux qui demandent « Tu croyais pouvoir voler ? » ou qui disent « Vol, je l'ai pas eu » alors que tout le monde se démène, ils sont bizarres.
Et aujourd'hui, même si ce n'était qu'une demi-journée, on a toutes fait de la collecte d'informations en se divisant le travail. Grâce à la capacité de papotage des filles, on a ramassé pas mal de choses.
Y'en a une qui a semé la terreur dans toute la guilde d'un coup, plus personne n'osait ouvrir la bouche, alors on a dû isoler la coupable.
En cours de route, à cause de celle dont le bavardage a une puissance destructrice, on s'est fait appeler, on l'a extirpée, et là-bas on a dû tout réexpliquer.
On avait obtenu une exception pour faire racheter nos pierres magiques, mais celle qui a déclenché la panique au comptoir d'achat, on l'a mise en seiza.
Y'a eu plein d'embrouilles, mais les fautives ne regrettent rien… Ceci dit, comme on avait préparé à l'avance les points à entendre et qu'on s'est partagé le boulot à vingt, je pense qu'on a pas mal récolté ce qu'on voulait savoir.
Des bonnes infos, comme des mauvaises.
La bonne, c'est que cette ville a l'air relativement sûre.
Pourquoi ? Parce qu'apparemment Oda et son groupe y passent régulièrement.
Oda et les siens ont l'instinct de ne pas approcher là où ils sentent le danger ou l'inquiétude.
Le fait que ce soit régulier veut dire soit qu'ils font la navette avec une autre ville, soit qu'ils ont une base dans le coin.
Du coup, Shimazaki et les siennes pourront enfin se revoir. Les Shimazaki ont vraiment changé, tout le monde est sur le cul.
Mais en discutant bien, on a compris.
Les Shimazaki d'aujourd'hui, ce sont les vraies Shimazaki.
Elles ont dû subir plein de choses horribles, plein de choses douloureuses. Du coup, elles étaient toujours sur la défensive, toujours exclusives, toujours en mode forte.
Comme ça, elles faisaient le gros dos pour se protéger, elles avaient peur.
Mais dans ce monde, faire le gros dos ne fait venir personne à la rescousse, et pourtant, elles ne pouvaient pas montrer leur faiblesse.
Résultat, pas d'alliées.
Dans la forêt,
Y'avait des monstres,
Les gars ont pété un câble,
Nous… on les a abandonnées.
Mourir. Nous, on va crever tout de suite….
C'est ce qu'elles pensaient, et celles qui les aidaient,
C'étaient celles qu'elles maltraitaient, Oda et son groupe.
Sans s'en rendre compte, elles étaient devenues celles qui infligeaient des choses horribles, des choses douloureuses,
Et ce étaient Oda et les siens, celles qu'elles avaient si mal traitées.
Jusqu'à ce qu'on soit sur le point de se faire tuer, jusqu'à ce qu'on s'enfuie, et qu'on finisse par fuir sans que personne ne vienne nous aider.
C'est pour ça qu'elles voulaient s'excuser avant de mourir.
Alors, elles voulaient dire merci avant de mourir.
Nous… on ne les a pas crues.
Les paroles de Shimazaki et les siennes.
Pourtant, elles nous ont présenté leurs excuses,
Et elles sont parties dans la forêt, là où Oda et les siens étaient allés, dans la forêt… elles ont disparu.
En vérité, elles auraient dû disparaître là, dans la forêt.
Cinq filles qui n'avaient jamais combattu, restées niveau 1… qui s'effaçaient.
Personne n'aurait été sauvé.
Personne n'aurait été sauvé parce que tout le monde avait fermé son cœur.
Et nous aussi, dans la forêt… on aurait disparu.
Mais l'avenir où personne n'aurait été sauvé a été massacré.
La mort en forme de monstre a été exterminée jusqu'à la dernière.
Shimazaki et les siennes aussi.
Nous aussi.
Sauquées ? Sauvées ? C'était un piétinement.
Notre fin,
Notre désespoir,
Notre mort,
Ont été piétinés.
Devant nos yeux.
« Vous faites quoi là ? » qu'il a dit.
La mort, y'a qu'à la piétiner, non ?
Le désespoir, y'a qu'à le matraquer, non ?
La fin, si tu l'étires, elle devient l'éternité….
C'est impossible, un truc pareil.
Tout le monde pense ça.
Moi aussi je le pensais.
Mais là, sous nos yeux,
Comme si c'était normal,
Comme si c'était la norme,
Il nous l'a montré.
Il l'a fait.
Il nous l'a fourré sous le nez.
Dire que c'est impossible, c'est qu'une excuse.
Notre résignation a été massacrée par Haruka.
Nous, sans qu'on s'en rende compte, on a retrouvé le sourire.
On a pu parler de demain.
On a pu imaginer des trucs drôles.
Parce que de toute façon, la tragédie, elle se fait matraquer.
L'impasse du cul-de-sac, elle se fait pulvériser.
« Si tu tues, c'est possible, non ? »
Tout le monde s'est figée.
Moi aussi.
Mais il tue, lui.
C'est ça, Haruka.
Enfin, Shimazaki et les siennes pourront revoir Oda.
Mais Haruka va disparaître.
Si la fin devient l'éternité quand tu l'étires,
Alors nos adieux à Haruka, on les piétinera nous-mêmes.
Jusqu'ici, c'est moi qui l'ai fait maintes et maintes fois. J'accepte pas les plaintes.
Et la mauvaise info, c'est….
***
18e jour terminé