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Loner Life in Another World

Chapitre 16

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Chapitre 16

Chapitre 16

Chapitre 16/10415%~14 min de lecture2 650 mots

Seizième jour Devant la grotte

J’avais pris le petit-déjeuner plus tôt que prévu, vérifié mon sac et enfin verrouillé la porte.

J’avais utilisé ma magie de terre pour façonner un portail en pierre.

Si j’avais organisé une grande tablée à l’air libre, est-ce que Le Comte de Monte-Cristo aurait déboulé du mur ? S’il s’agissait d’une belle déesse, je l’aurais enfermée avec moi pour vivre reclus tous les deux !

« Alors, c’est parti ? On file vers le bas de la rivière ? Vers la ville ? Ou bien on se lance à la chasse aux otakus ? »

« Mais pourquoi ! Tu vas vraiment chasser les camarades Oda autant que ça ? Pourquoi donc ! »

C’est ainsi qu’on avait avancé en traversant la forêt.

Pour quelle raison n’y avait-il aucune monstruosité sur la rive ? Est-ce qu’elles mourraient si on leur jetait de l’eau dessus ? Ce ne serait pas plutôt une rage animale ? Putain, moi qui m’étais fait mordre par un kobold hier…

« Akihito, tu es dispo un instant ? »

« Ouais, puisque j’y étais, on y va devant nous deux, la présidente et moi ? »

Encore une fois en éclaireur et intercepteur. Je n’avais pas planté mes piques aujourd’hui, elle n’aurait pas dû m’en tenir rigueur.

« …Hé, écoute »

« À propos de ces gros balèzes idiots ? »

« Oui euh… Ces gros balèzes… On les avait déjà vus ? »

« Ah ouais, j’avais oublié de prévenir. Tu irais dire pardon au bureau des élèves, comme ça ? »

« Euh… ben… désolée »

La présidente avait baissé la tête avec une telle force qu’elle frôlait l’impact crânien. Si elle avait été encore plus proche, je l’aurais KO d’un coup de front.

« À ton sujet… J’avais l’intention de te l’expliquer clairement, mais je n’avais jamais osé lancer la conversation… »

« Euh ? Ça va, je le savais déjà »

Elle me regardait les yeux écarquillés ? Hein ? Comment ça, il était évident non ? Pourquoi cette réaction ?

« E-euh… ça faisait depuis quand ? P-pourquoi tu savais déjà ? »

« Bah, c’était flagrant non ? Oh, il semblait que les gros balèzes et les gobelins étaient trop cons pour comprendre ? Genre ça ? »

En fait, je n’avais rien demandé aux gobes, mais ils devaient sûrement ne pas savoir non plus. Peut-être même qu’ils étaient plus futés que ces balèzes, mais comme ils n’avaient rien sorti, je ne pouvais pas confirmer. Enfin, on n’avait jamais vraiment discuté sérieusement.

D’ailleurs, c’était censé être un secret, apparemment ?

« Dans ce cas, tu aurais dû me prévenir que c’était secret avant, sinon je suis coincé aussi ! Je ne savais pas que c’était gardé pour moi. Bon, je l’avais pas répété à personne moi non plus »

« Mais attends, comment tu savais ? Les otakus disaient rien à personne, et ils avaient précisé qu’il ne fallait surtout pas le divulguer ! »

« Vol ». Une capacité qui permettait d’arracher les compétences d’autrui. Probablement l’aptitude la plus puissante, odieuse et menaçante. Posséder cela en aurait fait le supercheat ultime, mais si quelqu’un d’autre l’avait, c’était la pire menace imaginable. À ses côtés, ses compétences vitales auraient pu disparaître sans qu’on s’en rende compte, et une simple touché aurait suffi à les lui soutirer. L’utilisateur du vol serait alors devenu encore plus fort et dangereux.

Même là-dessus, ce n’était pas le pire cas. Parmi les formes de vol, il existait celle qui tuait pour prendre, voire celle qui copiait. Un peu le plus courant. Et particulièrement mortel.

Si quelqu’un visait ses compétences, il courait droit vers sa mort. Ici, il ne s’agissait pas d’une question de vigilance ordinaire, mais d’un risque de niveau guerre à mort où l’on devait assassiner son potentiel voleur avant de se faire dépouiller.

Annoncer qu’on possédait le vol garantissait l’isolement total. Personne ne pouvait s’approcher, et même les alliés devaient parfois vérifier pour rester tranquilles. Un talent tellement tabou qu’on n’osait même pas en parler, car révéler son existence aurait pu attirer un meurtre immédiat. Le talent tabou « Vol ».

« Et puis… Si tu le savais déjà… Pourquoi… Pourquoi m’avoir sauvée ? Tu n’avais pas peur ? On aurait compris que tu restais loin, tu n’aurais pas eu à me rejeter ni à me laisser sur place, mais… Parce que j’étais… capable d’arracher les talents des gens… »

« Ben pourquoi j’aurais eu peur ? Les otakus avaient peur ? Non. Et ensuite, pourquoi tu imaginais que j’aurais peur ? »

« Parce que… un jour tu allais peut-être voler mon talent… »

« Donc, il n’y avait strictement aucun problème pour moi, ok ? »

« Hein ? Mais moi… Le Vol… »

« Non, tu voulais quelque chose ? Tu avais besoin de mon aptitude ? »

« Ah ! Ahhh… désolée »

Quel monde contenait des enfoirés qui voulaient des tags comme « solitaire », « nîto », « reclus », « bout de bois », « touche-à-tout médiocre » ou « transmission rapide d’info » ? Franchement, je préfèrerais les distribuer. Il n’existait pas un tag « Distribution » quelque part ?

Ouais, le « Vol » ne me dérangeait pas du tout. Au contraire, c’était le Vol qui posait souci. Vraiment étrange comme talent, hein. Ouais.

« Euh… excuse-moi juste… mais… les autres… envers eux… »

« J E T ’E N D I S bien que les otakus n’avaient pas peur, c’est exactement ça le truc »

Je pigtais pas vraiment quel était le souci, ni ce qui la tracassait, mais visiblement elle ruminait sans savoir pourquoi. Un bug de traduction intermondaine ? Non, on parlait japonais quand même.

« Euh… c’était-à-dire quoi exactement ? …Je crois comprendre ? »

« Ce que je voulais dire, c’était que tout le monde était soulagé de voir que la présidente avait le tag. »

« Hein !? »

« Tout le monde se méfiait de celui qui cachait Marionnette, Charme ou Vol. Du coup, ils avaient scellé Marionnette et Charme pour respirer. Vois-tu, personne n’avait essayé de sceller Vol, non plus ? »

« Hein ? »

« Ces bouffons de première classe ayant atteint le summum de l’imbécillité l’avaient compris. Il était impossible que les autres soient aveugles à ce point. Déjà, si tout le monde considérait que le problème était réglé, ça voulait dire qu’il n’y en avait plus aucun ! De mon côté, comme les otakus n’avaient rien sorti, je m’étais juste dit “ah, la présidente”. Quel était le vrai problème ici ? »

D’abord, je savais pertinemment que les otakus ne l’avaient pas. Ils tournaient autour des gobes en train de crever, ce qui signifiait qu’ils n’avaient pas Détection de présence. Puisque Kobold pouvait arracher cette compétence, quiconque possédait Vol aurait nécessairement volé celle-là aussi. Conclusion : ils ne l’avaient pas.

Les otakus, experts compulsifs de ces mécaniques, n’auraient certainement pas ignoré Vol sans chercher à repérer le détenteur ou lancer l’alerte. Or ils n’avaient rien fait, rien dit.

La logique tombait en place. Tout allait bien. C’était sûr et solide. À l’école comme ici, subissant toujours des injustices absurdes sur l’absurde, s’ils pouvaient encore croire en ces types, alors c’était une garantie absolue.

Le badge de la confiance totale, bien loin des normes JIS ou ISO foisonnantes, c’était le logo OTA de l’assurance complète. Aucun critère de contrôle plus fiable ne pourrait jamais exister.

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« Hé, tu avais remarqué ? La présidente pleurait tout le temps ces derniers temps »

« Ben c’était ta faute, c’était clair »

« Calomnie ! Je n’avais rien fait ! »

« Mmh… franchement tu m’en avais mis plein la vue. Merci… »

Attendez… la conversation ne s’emboîtait pas ? Elle me remerciait parce que je l’avais fait pleurer ? Qui étais-je devenu ? Qu’est-ce que j’avais bien pu foutre ? Au minimum ce n’était pas du contenu érotique, sinon ma promotion aurait été déjà validée par le titre de Héros, et je n’avais pas ce cran malgré moi. Sans parler que l’ennemi faisait vingt contre un… j’avais perdu avant même le combat ! Un élève de notre promo était-il Sun Tzu en puissance ?

« Celui qui excelle au combat prépare sa victoire afin de vaincre ce qui résiste, et neutralise l’adversaire avant qu’il puisse gagner. » Attendez… apparemment je continuais de perdre quand même ?

« Mais bon, sans lui expliquer les bases, comment elle avait fini par céder ? »

« Ah ? Cette balance ? J’avais juste dit que tout irait bien et elle était repartie en disant “ok” vu qu’elle était conne. »

« Mais attendez, QUOI c’était “tout ira bien” là-dedans !? »

« Nan, même si je détaillais… elle était conne quand même. »

« Comment elle avait pu avaler la pilule ?! Tu la traitais ouvertement d’idote ! C’était grave là, pis ce n’était pas “comme ça” ! »

Apparemment, la présidente paniquait complètement sans réaliser ce qui arrivaît.

« Elle nous accusait d’être cruels tout en répétant juste après “les otakus disaient rien à personne”, elle venait de basculer en mode otaku elle-même ! »

« …Vrai ? …Désolé Oda, on dirait que je me faisais posséder sans m’en rendre compte ? »

S’il vous plaît, ne m’accusiez pas de l’avoir manipulée mentalement. Si un tag pareil existait, on serait partis pour un Battle Royale immédiat, sérieux.

« Mon Vol… incluait de tuer pour arracher… C’était pour ça qu’il ne fallait surtout pas le révéler… ODA ! »

« Ah okay, donc tu l’avais pompé… le truc du gobelin et celui de l’orc ? »

Exact, la présidente cachait secrètement les tags « Foudre de guerre sexuelle » et « Vigueur inaltérable ».

« …………………AAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH ! NONOOOOOOOOOOO ! »

Elle hurlait une plainte lugubre dans les bois de ce monde parallèle. La présidente était-elle cassée ?

Les filles arrivées en courant derrière nous s’étaient énervées sévèrement, carrément ! Pourtant je n’avais rien fait ! Pas même le tag Héros ! Sérieux !

Repas midi, retour du BBQ poisson-champignons en brochette ! J’avais embroché et grillé.

La présidente nous fusillait du regard d’un air las.

J’avais retourné les brochettes grillées pour les cuire uniformément.

La présidente nous fusillait du regard d’un air las.

Une fois dorées des deux côtés, j’avais salé et dressé sur l’assiette.

La présidente nous fusillait du regard d’un air las.

J’avais approché doucement l’assiette devant elle.

La présidente nous fusillait du regard d’un air las.

Elle nous regardait comme si elle voulait rejoindre le groupe… enfin, pas vraiment.

« Présidenteee, rentre vite. Y avait le repas et la réunion ! »

La présidente nous fusillait du regard d’un air las.

Il semblait effectivement que je doive absolument trouver les mots justes.

« Euh… Présidente. Ça va hein ? Ton tag n’avait pas viré en “Femme fatale”… Glop ! …(S’est effondré) »

Gnangnan, elle maîtrisait Shukuchi aussi visiblement… Impressionnant de bossée, madame cheat ! (Secousse)

Bon, qu’est-ce que je faisais ? Je laissais tomber la présidente pour l’instant, on n’avait toujours pas quitté la forêt. Avancer encore deux ou trois heures, c’était probablement notre deadline.

Même avec Ōgon no Me, on restait coincés sous les arbres. Une fois dans la prairie on verrait une route ou un village, ça soulagerait. Merde.

En jetant un coup d’œil discret tandis que je râlais, la présidente me fixait toujours de cet air las.

Malgré des négociations féroces sur le « Vol » qui auraient dû nous unir totalement, la discussion sur « Foudre de guerre sexuelle » et « Vigueur inaltérable » s’était soldée par un assommage pur et simple.

Discuter jusqu’à la compréhension mutuelle n’était juste qu’un discours fleuri bleu apparemment, cette étincelle venue du déplacement accéléré ! Il pouvait tabasser un orc solo hein ? Ouais, sauf que c’était MOI qui me faisais tabasser.

« Vice-A, on tentait d’avancer encore un peu ? »

« Qui était vice-A, je n’étais pas A ! »

« …Bon, alors vice-B on faisait comment ? »

« Euh… moi c’était vice-B ? Mais je n’étais pas B quand même ! »

Ouais, clairement on n’était pas au stade B… La présidente me stigmatisait du regard d’un assassin… JE VOYAIS RIEN… RIEN DU TOUT… OK ?

On avançait environ une heure sans apercevoir la fin des bois, campement nocturne inévitable sous les arbres.

Au final, il fallait compter au moins une journée entière pour percer la canopée. Repartir demain ou camper ici ne changerait pas grand-chose.

Bon, vote à main levée. Démocratie, démocratie pure ! Avec la discorde totale, c’était la seule voie.

Le motif unique de l’impossibilité de discuter reposait sur le regard las de la présidente. Avant la démocratie, j’aurais aimé qu’on reconnaisse mes droits humains de base. Juste les fondamentaux.

Résultat Majorité retour à la grotte. Rentrée au bercail.

On rebroussait chemin tranquillement. Crosser en forêt pour push le niveau était possible, mais la marche prenaitrait la nuit, rendant toute progression demain inutile. Je rentrais vite.

Dormir volontairement ou subir le bivouac par circonstance créait forcément des ressentiments différents. Celle avec le regard las n’y échappait certainement pas.

On ouvrit le portail en pierre scellé tantôt. Tout allait bien, il n’y avait visiblement rien à l’intérieur.

Qu’est-ce qu’on cuisinait ce soir ? Puisque j’étais chez moi, pêches et herbes médicinales emballées dans des feuilles pour cuisson.

Je préparais également le bain, impossible de se laver normalement dès demain à cause de l’eau, seulement des ablutions rapides.

Vérification via la carte des aptitudes : le cours aval serpentait beaucoup mais penchait nettement vers la droite. Un raccourci aurait été plus rapide, mais infiltrer les bois déclenchait des combats chronophages.

L’impossibilité de réunir le comité posait souci. L’incapacité de convoquer l’assemblée posait souci. La peur de convoquer posait souci. Le président du comité étant le souci lui-même, c’était la boucle infernale.

Le cadre était toujours inconfortable, mais aujourd’hui c’était spécifiquement terrible.

J’avais rampé jusqu’à quitter la tente pour flâner dans la jungle, quelques balèzes absents mais certains gobes présents. Épuisant, fatigue mentale, j’en avais ras le bol, gobelash~ (Boink !)

Mes stress et les âmes des innombrables gobelash montaient au ciel, direction retour à la tente.

« Cette aura… Ce n’étaient pas des cons… Plutôt un regard las ? »

« Mmh… mon titre était passé de Présidente à Regard-Las… Désolée aujourd’hui, la honte… J’ai craqué ? »

La présidente rebaptisée Mademoiselle Regard-Las inclinait la tête. Sournoisement efficace, impossible de ne pas absoudre. Niveau poitrine ! Sérieusement.

« Euh… bon courage quoi »

Tentative d’encouragement.

« Ton encouragement ressemblait à un javelot… Tu étais en colère là ? »

« Blague à part, avais-tu conclu tes discussions de demain ? »

« Oui, pour l’instant on avançait trois jours »

« Bref, on retrouvait les otakus sinon »

« O… Les camarades Oda ? »

Tant bien que mal la présidente freinait.

« Ouais, fallait qu’ils assument leurs conneries »

Ça s’improvait considérablement mais elle forçait encore. La confrontation avec les otakus serait le vrai dénouement, elle traînait toujours ses comptes non-régler psychologiquement.

Durant les combats, elle fonçait systématiquement en tête pour absorber les coups, cherchant continûment à protéger autrui, se plaçant en bouclier, exposant son corps. Alors qu’elle était déjà pardonnée, reconnue alliée.

Incappable de se pardonner à elle-même, incapable de s’accepter, certes plus forte, mais vulnérable.

Je les confronterais. Peu importe l’issue, c’était la seule issue pour trouver l’apaisement définitif. Pardonnés ou non, ils devaient aller jusqu’ici pour avancer ailleurs.

« Ouais, c’était ça. Bien sûr qu’il ne fallait pas leur imposer notre volonté, mais nous devions aussi présenter nos excuses aux camarades Shimazaki, et je voulais moi-même les remercier correctement. »

Shimazaki, qui c’était ? Nouveau personnage arrivé ici ? Un type du village ? Eh bah, encore un regard las. Toujours Mademoiselle Regard-Las.

Fin du jour seizième

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