Roel avait toujours trouvé que les articles vendus à la Boutique aux Pièces d'Or étaient extrêmement bizarres, depuis l'objet d'amélioration sanguine du début jusqu'à ce sérum. Leurs effets secondaires étaient si néfastes qu'il se demandait vraiment qui, sain d'esprit, pourrait les consommer.
Pour ne pas mourir après avoir avalé un sérum d'amélioration à 500 pièces d'or, il fallait débourser 1 500 pièces d'or supplémentaires ?
Hé, quel petit malin ! Existe-t-il pire cas de marketing prédateur au monde ? Si c'est dangereux, pourquoi ne pas mélanger les deux sérums avant de les vendre, tout simplement ?!
Roel poussa un profond soupir avant de commencer à se renseigner sur ce lieu nommé « Lobor ». Il s'avéra qu'aucun endroit de ce nom n'existait à l'intérieur de la Théocratie, aussi Roel choisit-il d'interroger à ce sujet le précepteur qui lui enseignait la culture et la géographie.
« Jeune maître, il existe bien un lieu appelé Lobor dans le monde, mais il se situe à l'intérieur de l'Empire d'Austine, et je n'ai souvenir d'aucune bataille qui s'y soit jamais déroulée. Peut-être vous en souvenez-vous mal ? » répondit le vieil érudit aux cheveux et à la barbe blanche, Flori.
Flori était extrêmement savant, ayant passé ses jeunes années à parcourir le monde, ce qui expliquait aussi son recrutement comme précepteur de Roel. Cependant, le regard qu'il dirigeait vers Roel était empli de dédain.
Il estimait que ce rejeton bon à rien avait simplement entendu quelque part des rumeurs au sujet de Lobor et voulait les évoquer pour le mettre à l'épreuve : s'il échouait à répondre, l'autre se servirait de l'affaire pour faire un scandale.
« … Je vois. Puisqu'il en est ainsi, poursuivons la leçon, maître Flori. »
Contre toute attente, Roel ne saisit pas l'occasion pour faire un scandale. Au contraire, Roel écouta attentivement toute la leçon, même s'il posa une question assez étrange une fois celle-ci terminée.
« Maître Flori, subsiste-t-il des cartes du monde antérieures à la Troisième Époque ? »
« Des cartes antérieures au Cataclysme Spirituel de la Capitale ? Je ne crois pas que vous puissiez en trouver sur les marchés ouverts. Les cartes ont une grande valeur, voyez-vous. Si vous cherchez une carte vieille de plus de mille ans… je dirais que les seules personnes susceptibles d'en posséder sont les familles royales de chaque pays. »
« Ah, je comprends. »
D'un signe de tête, Roel prit congé de ce vieil érudit acariâtre en se demandant si ce « Lobor » mentionné par le Système était un lieu ayant existé bien avant la Troisième Époque.
La migration vers l'ouest, antérieure à l'avènement de la Troisième Époque, avait porté un coup terrible à la culture humaine. Beaucoup d'archives historiques avaient disparu durant cette période, laissant d'immenses lacunes dans l'histoire connue. Même une région ravagée par la guerre, qui avait créé un sérum aussi redoutable, avait fini par être oubliée du monde.
« Une civilisation déjà oubliée, hein ? »
marmonna Roel, se sentant soudain un peu mélancolique.
Il était peut-être le seul au monde à connaître le Lobor déchiré par la guerre et les sérums étranges mais puissants que les Loboriens avaient créés.
« Laisse tomber. Ça ne sert à rien d'y réfléchir autant. Ce à quoi je devrais vraiment réfléchir, c'est à la façon de réunir l'argent pour acheter la marchandise. »
Ce n'était pas le moment pour Roel de s'attendrir. Il lui fallait réunir l'argent rapidement afin de pouvoir acheter les deux sérums dans le mois. Il y avait une bonne raison à cette précipitation.
【Remises spéciales du mois — 50 % de réduction !
Sérum d'Amélioration de Lobor Type II Prix : 250 pièces d'or
Sérum Refroidissant de Lobor Prix : 750 pièces d'or】
« … »
C'est une vente à durée limitée à moitié prix ! J'économiserais la bagatelle de 1 000 pièces d'or !
Quelle coïncidence que les remises portent justement sur les articles que Roel voulait vraiment se procurer ! Même si le prix restait exorbitant, jusqu'ici il n'avait entendu parler d'aucun médicament similaire vendu au sein de la Théocratie ou de quelque autre pays : c'était donc probablement unique en son genre.
Les articles de la Boutique aux Pièces d'Or se renouvelaient une fois par mois, et seuls deux ou trois articles bénéficiaient d'une remise à chaque fois. S'il manquait cette occasion, il n'aurait peut-être plus jamais la chance de les acheter !
Il serait bien sot de ne pas profiter pleinement de cette remise !
Cela dit, 1 000 pièces d'or dépassaient de très loin les moyens de Roel. Il faut savoir que son argent de poche mensuel n'était que de 20 pièces d'or ! Même en essayant de demander davantage à Carter, il n'obtiendrait sans doute que 100 pièces d'or de plus, au grand maximum.
Il convient de préciser que Carter, en tant que vice-commandant de l'Ordre des Chevaliers Sacrés, touchait un salaire mensuel de plusieurs centaines de pièces d'or, et qu'un fonctionnaire ordinaire en poste dans la Capitale Sainte ne gagnait qu'environ 100 pièces d'or par mois.
Et cela en tenant compte de l'inflation des salaires due au coût élevé de la vie dans la Capitale Sainte !
Qu'est-ce que je peux faire d'autre, alors ? Braquer une banque, peut-être ?
Roel se creusa la cervelle pour trouver une solution, et il finit par avoir une idée : le financement participatif !
Ce n'était pas comme si Roel n'avait rien entre les mains pour le moment. Il possédait bien la clé d'un coffre au trésor appelé le Système, il lui manquait simplement l'argent pour en sortir les trésors.
Aussi coûteux que fussent les articles de la Boutique aux Pièces d'Or, c'était de la bonne came. À tout le moins, les articles fournis par le Système restaient assez fiables, puisque les effets secondaires étaient annoncés très clairement à l'avance. De plus, certains étaient même des antiquités vieilles de plus de mille ans, ce qui en faisait des trésors inestimables !
À vrai dire, Roel aurait préféré ne pas en arriver là s'il avait eu d'autres options. Il va sans dire qu'il n'était pas assez stupide pour vendre les articles les plus dangereux, mais ceux généralement proposés par le Système étaient assez puissants. Impossible de dire si cela n'entraînerait pas des conséquences imprévues.
Mais bon, il n'y avait pas d'autre choix pour l'instant. Les remises à durée limitée exercent un charme irrésistible qui donne l'impression qu'on le regrettera toute sa vie si on les manque — sans compter que les remises portaient justement sur les deux articles dont Roel avait besoin !
Après s'être convaincu que c'était absolument nécessaire, Roel passa à la question suivante : auprès de qui lever les fonds ?
Il lui fallait trouver un acheteur riche et fiable en qui il puisse avoir confiance. Il ne voulait pas se faire escroquer dans une affaire désavantageuse, ni révéler la moindre information personnelle. Une personne lui vint immédiatement à l'esprit, qui remplissait toutes ces conditions : Carter.
Les bonnes choses doivent, bien sûr, rester en famille !
S'il s'agissait de vendre à son propre père, Roel serait prêt à sortir même les articles les plus puissants de la Boutique aux Pièces d'Or. Le problème, cependant, c'est qu'il lui serait difficile d'expliquer d'où il tenait ces articles, et il paraissait peu probable que Carter ait le moindre usage de la plupart de ces trucs à l'air sinistre.
Par-dessus le marché, la plupart des articles présentaient un certain degré de danger à l'usage ou à la consommation, du fait de leurs effets secondaires extrêmes. Ce serait affreux de mettre son père en mauvaise posture à cause d'eux.
Au bout du compte, Roel jugea tout de même plus sûr de les vendre à un tiers. Mieux valait n'impliquer en rien la maison Ascart dans la transaction de ces articles dangereux.
Dans ce cas, il ne lui restait que quelques options.
Les chaînes d'approvisionnement de ce monde n'étaient pas aussi développées que celles de son monde précédent, si bien que rares étaient ceux qui pouvaient se permettre de tremper dans des transactions de si haute valeur. Tout compte fait, Roel les répartit en trois catégories :
Premièrement, les autres nobles. C'était hors de portée de Roel pour le moment, puisqu'il n'avait aucune relation fiable dans le cercle des nobles.
Deuxièmement, les caravanes de marchands itinérants qui passaient par la cité d'Ascart chaque année. Ces marchands variaient grandement dans leurs capacités financières, et leurs calendriers de voyage n'étaient pas fixes.
Enfin et surtout, les marchands déjà installés dans la cité d'Ascart. De tous, il n'y avait qu'une seule compagnie marchande à laquelle Roel pouvait penser qui fût digne de confiance et eût les moyens financiers d'acheter sa marchandise.
Et c'était la plus grande organisation marchande du continent de Sia, une organisation qui s'étendait sur d'immenses territoires : l'Association Marchande Sorofya.