Les troupes étaient divisées en deux groupes. Le groupe conduit par le capitaine devait intercepter le convoi qui quitterait l'installation, tandis que le groupe que je menais allait investir l'installation et arrêter quiconque s'y trouverait.
Le groupe du capitaine était parti se poster près du chemin qu'emprunterait le convoi. Ils devaient tendre une embuscade, saisir les gens et confisquer les wyvernes. Quant au groupe que je dirigeais, nous allions investir l'installation et arrêter les personnes qui y travaillaient.
J'avais donné pour instruction précise de capturer les gens vivants dans la mesure du possible et d'employer la force seulement en cas de résistance. Ils devaient privilégier leur propre vie s'ils se trouvaient en danger.
Mon groupe se tenait maintenant caché dans les arbres aux abords de l'installation. Comme je l'avais vu à travers les yeux de Tempest, j'apercevais le convoi de chariots métalliques alignés vers la porte d'entrée. Des coups résonnaient à l'intérieur des chariots.
« On dirait que ces créatures sont agitées », dis-je. « Comment peuvent-ils expédier des bêtes aussi fougueuses ? »
« Votre Majesté. » L'un de mes hommes attira mon attention. « Les portes se sont ouvertes. On dirait qu'ils s'apprêtent à partir. »
« Il semble bien. » dis-je. « Tempest, informe l'autre groupe que le convoi est en mouvement. »
« Comme vous voudrez. » Tempest, qui était encore sous sa forme de faucon, perché sur mon bras, s'envola dans la nuit. « Nous attendrons que le convoi soit parti. Nous lancerons l'assaut à mon signal. » Les soldats acquiescèrent, comprenant.
Le convoi se mit en branle. Il y avait au moins dix grands chariots. Chaque chariot contenait au moins trois ou quatre jeunes wyvernes.
Le dernier chariot franchit la porte, qui se referma derrière lui. J'attendis que le convoi disparaisse de ma vue avant de donner le signal à mes troupes.
« Rappelez-vous que si vous croisez ces créatures, ceux qui maîtrisent la magie de la foudre les engageront. » dis-je. « Ceux qui n'ont pas de magie ont reçu des pierres de magie de la foudre ; servez-vous-en à votre discrétion. »
Dans le silence, mes hommes avancèrent selon le plan. Comme prévu, Raymond Forger avait été laissé à l'intérieur de l'installation. Nous devions l'appréhender et l'arrêter pour commerce illégal.
Mes hommes pénétrèrent et neutralisèrent les deux gardes qui montaient la faction devant les portes. Ils escaladèrent les murs d'enceinte et assommèrent les gardes à l'intérieur. Ils ouvrirent les portes sans bruit et laissèrent entrer le reste des troupes.
Je leur fis des signes de la main pour indiquer qui irait dans quel bâtiment. Ils acquiescèrent, comprenant, et partirent arrêter les gens dans chaque bâtiment. Quant à moi, j'emmenai deux hommes et me rendis directement là où je soupçonnais Raymond, c'est-à-dire le bâtiment qui ressemblait au bâtiment administratif.
Nous avancions sans bruit, restant dans l'ombre en approchant du bâtiment. Nous vîmes deux hommes qui avaient l'air de mercenaires fumer des cigarettes juste devant le bâtiment.
« Ces wyvernes étaient un vrai casse-pieds. » dit l'un des mercenaires.
« Tu l'as dit. » répondit l'autre. « Elles ont l'air sur les nerfs depuis hier. Elles n'étaient pas comme ça avant. Qu'est-ce qui te prend ? » demanda-t-il à son camarade.
« Je ne sais pas. » répondit l'autre mercenaire. « C'est la première fois depuis le début de cette affaire qu'elles agissent comme ça. Autrefois, elles n'entraient en frénésie que lorsqu'elles avaient faim, mais maintenant elles sont insatiables. Elles ont même déchiqueté l'un des ouvriers. »
« Ouais, » dit l'autre mercenaire. « T'as vu son cadavre ? Il était complètement déchiqueté, méconnaissable. Je plains la famille qu'il laisse parce que le défunt avait encore une dette énorme à payer. J'ai entendu dire que la dette retomberait sur les membres de la famille. »
« C'est bien dommage. » répondit l'autre mercenaire. « Heureusement qu'on est grassement payés pour ce travail. »
« Bien sûr qu'on l'est. » dit l'autre mercenaire. « Je veux dire, qui voudrait travailler autour de ces créatures dangereuses ? Heureusement que le patron est grassement payé pour vendre ces wyvernes à Xing. »
« Ouais. C'est pour ça qu'il est devenu riche comme Crésus récemment. » répondit l'autre mercenaire. « Et nous, on touche une paie énorme grâce à ça, hahaha. » Il éclata de rire.
« Je sais bien, hahaha. » L'autre mercenaire rit à gorge déployée à son tour.
Je dégainai mon épée et m'approchai des mercenaires par derrière. Je pointai la pointe de mon épée à la gorge de l'un d'eux pendant que l'un de mes hommes pointait la sienne sur l'autre.
« J'aimerais en savoir plus sur ce dont vous parliez tous les deux. » dis-je d'une voix froide.
Les mercenaires terrifiés transpiraient en voyant les épées à leur gorge.
**
Dans un bureau, Raymond était seul et s'occupait de quelques documents. Il semblait absorbé par sa lecture.
« Un autre envoi réussi sera effectué dans un mois. » dit Raymond pour lui-même. « La moitié du paiement total a été déposée sur notre compte en banque et l'autre moitié sera versée à l'arrivée des marchandises au port de Xing. »
Raymond souriait en regardant les documents sur son bureau.
« Il faut que j'enregistre l'entreprise bientôt. » dit Raymond. « Cela fait un an depuis le début de son exploitation. Ce fut une année fructueuse. Je suis sûr que Sa Majesté verra cette affaire comme un commerce émergent prometteur. Il me louera, c'est certain. »
« Je ne parierais pas là-dessus. » dis-je en apparaissant depuis la porte ouverte du bureau de Raymond.
« V-Votre Majesté ! » Raymond fut surpris. « P-Pourquoi êtes-vous ici ? » demanda-t-il.
« J'ai eu vent de votre petit commerce. » répondis-je. « Et je vous le dis tout de suite, il ne passera pas pour légal. »
« Q-Qu'est-ce que vous voulez dire, Votre Majesté ? » demanda Raymond. « Cette entreprise que j'ai lancée peut rapporter gros. Je suis sûr que l'empire en bénéficiera largement par le commerce. Et mon nom sera connu comme son créateur. »
« Elle peut générer d'énormes profits et le retour sur investissement est excellent, mais la gestion de ces créatures que vous appelez wyvernes est extrêmement dangereuse pour leurs gardiens et aussi pour les gens aux alentours. » dis-je. « Cette affaire est erronée à bien des égards. Saviez-vous que ces créatures viennent des temps anciens ? »
« D-Des temps anciens ? » Raymond fut choqué. « Qu'est-ce que vous voulez dire, Votre Majesté ? »
« Ces créatures, les wyvernes, étaient présentes dans les temps anciens. Ce sont les créatures que l'Être tout-puissant a purgées. » répondis-je. « Nous ne savons pas pourquoi elles réapparaissent aujourd'hui, mais le simple fait de détenir ces créatures pourrait être considéré comme un crime. Elles étaient une menace et ont été éradiquées par l'Être tout-puissant lui-même. »
« Non... non, ce n'est pas possible. » dit Raymond en haussant la voix. « Ces créatures m'ont choisi ! Elles m'ont été données pour accomplir de grandes choses ! »
Je vis des ténèbres émaner de son corps. Je ressentis à nouveau le sentiment que j'avais éprouvé au village des lycans. C'était un sentiment de ténèbres et d'effroi.
« Raymond Forger, fils aîné du comte Forger, moi, , empereur de l'Empire Astley, vous arrête par la présente pour commerce et trafic illégaux. » dis-je. « Emmenez-le. » ordonnai-je.
« Oui, Votre Majesté. » répondirent deux de mes hommes. Mes hommes ligotèrent Raymond.
« Non, c'est injuste. » dit Raymond comme s'il ne pouvait croire ce qui arrivait. « J'allais devenir célèbre grâce à ça. J'aurais dû être loué. Non, vous ne pouvez pas faire ça. Votre Majesté ! »
« Je te plains, Raymond. » dis-je. « Tu avais un grand potentiel. »
Quand nous sortîmes du bâtiment, l'un de mes hommes se précipita vers moi.
« Votre Majesté ! » m'appela-t-il. « Le groupe du capitaine est en danger. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demandai-je.
« Il y a eu un problème avec les jeunes wyvernes. » répondit-il. « Elles sont devenues plus grandes en un clin d'œil. Même les gens qui voyageaient avec le convoi ont subi de lourdes pertes. »
« Comment est-ce possible ? » demandai-je, choqué.
« Hahahaha... » Raymond se mit à rire hystériquement. « Vous allez mourir. Vous allez tous mourir ! » Sa voix était différente de sa voix habituelle. Elle sonnait de manière si sinistre que les poils de mon corps se dressèrent.
*BOUM BOUM BOUM*
Des explosions secouèrent chaque bâtiment. Les wyvernes commencèrent à s'échapper des bâtiments et le chaos s'installa dans l'installation.
« Protégez les gens ! » ordonnai-je. « Tuez ces créatures ! Ne les laissez pas s'échapper de l'installation ou elles gagneront la ville ! »
Ces créatures étaient devenues plus grandes que leur taille habituelle en un instant, sans aucune explication. Avec le changement de taille peut venir un changement d'appétit. Elles ont sûrement faim de chair et la ville en regorge.
« Ces créatures vont semer le chaos si elles atteignent la ville. » pensai-je.
« Votre Majesté, d'autres arrivent ! » cria l'un de mes hommes.
« Quoi ?! » Je fus surpris. Il y avait vraiment d'autres wyvernes qui venaient du plus profond de la forêt.
« Vous mourrez tous. » dit Raymond de cette voix sinistre. « Je vous tuerai, toi et ta famille. Le prince ne grandira jamais et ne s'éveillera pas. Je ne le laisserai pas faire. »
En entendant les paroles de Raymond, je compris que ce n'était pas Raymond lui-même qui parlait, mais une autre personne. Cette personne n'était pas la même que celle que j'avais entendue au village des lycans. Celle-ci était remplie de ténèbres et de malice.