Elizabeth en était maintenant à agir de façon hystérique. Elle essayait de repousser sa sœur Veronica qui tentait de la maîtriser.
« Je n'accepterai pas ça ! » hurla Elizabeth. « Père, vous m'avez promise à Sire William. Pourquoi faites-vous ça maintenant ? »
« Essaies-tu de remettre ma décision en cause, Elizabeth ? » Le visage de mon père commençait à rougir. On voyait que la crise hystérique d'Elizabeth le mettait en colère.
Veronica regarda Lord Bradford et lui fit signe de maintenir Elizabeth. Lord Bradford acquiesça et remplaça Veronica pour tenir Elizabeth.
« Père, calmez-vous, je vous en prie. » dit Veronica. « Je suis certaine qu'Elizabeth traverse simplement un débordement d'émotions en ce moment. Avec le départ de mère et la promesse qu'elle a laissée, encore fraîche dans le cœur d'Elizabeth. »
« Je comprends que votre mère ait toujours cédé à tous vos caprices. Mais vous n'êtes plus des enfants. Je prends cette décision pour votre avenir, et il y aussi une raison pour laquelle vous ne pouvez pas épouser William. » Mon père se calma. « Sire William a renoncé à sa succession de duc au profit de son frère, le suivant dans l'ordre. Il a accepté d'être le chevalier personnel d'Alicia, il l'accompagnera donc au pays de Grandcrest après le défilé de fiançailles. »
Les yeux d'Elizabeth se tournèrent vers moi avec surprise. Ce n'était un secret pour personne que William était devenu mon chevalier personnel, donc il allait de soi qu'il me suivrait où que j'aille.
'Pourquoi Elizabeth a-t-elle l'air surprise ?' me dis-je.
Est-elle sourde aux nouvelles qui circulent ? Est-elle tellement aveuglée par son béguin qu'elle pensait que William lui appartenait en exclusivité ?
« Toi... toi, salope ! » Elizabeth me désigna du doigt.
'Ça recommence.' soupirai-je intérieurement.
« Tu as volé le prince Regaleon à ma sœur Veronica et maintenant tu veux me voler mon William ! » rugit Elizabeth.
« Je n'ai jamais rien volé. » Je lui lançai un regard glacial. « Le prince Regaleon est venu ici en Alvannia et m'a choisie comme fiancée et princesse héritière. Quant à William, c'est lui qui a choisi sa voie en devenant mon chevalier personnel. Je ne les ai pas forcés à prendre de telles décisions et je n'ai jamais rien fait pour mériter de telles accusations. »
La salle retomba dans le silence. Je promenai mon regard sur les membres de la famille autour de moi. Elizabeth était stupéfaite tandis que Veronica réprimait visiblement sa colère. Richard me souriait et grand-père Robert acquiesçait en signe d'approbation de mes paroles. Le prince Gladiolus, assis avec courtoisie, me regarda avec un sourire. Quant à mon père, il me regarda avec douceur, plein d'amour et d'affection.
Dans le passé, j'ai simplement laissé mes demi-sœurs me tyranniser. Mais maintenant que j'ai grandi et que mes proches me soutiennent, je ne les laisserai plus me piétiner.
« Tu mens ! » dit soudain Elizabeth. « Sire William n'aurais jamais abandonné son droit de succession comme futur duc si tu n'avais rien fait. J'en suis sûre, tu as fait quelque chose, tu leur as peut-être donné des philtres d'amour pour qu'ils te suivent aveuglément. »
« Quelles sottes balivernes débites-tu à présent, ma chère sœur ? » ricannai-je. « Si tu parles de philtres, n'est-ce pas notre sœur aînée qui s'y connaît le mieux en la matière ? Je ne suis pas très au fait de ce genre de drogues. Et puis, ce genre de substances vient des Orientaux de l'autre côté de la mer. Ils transportent leurs marchandises par bateau et font aussi leur commerce dans les ports. Alors dis-moi, qui gérait les ports auparavant ? »
Elizabeth resta sans voix. Elle n'avait jamais imaginé que je retournerais ses mots contre notre sœur aînée. Veronica, de son côté, regardait Elizabeth avec fureur.
« Votre Majesté, puis-je parler ? » demanda soudain William à mon père.
« Allez-y. » Mon père acquiesça.
« Puisque je suis aussi concerné par cette affaire, je veux dire que la princesse Alicia a raison. J'ai décidé de renoncer à ma succession de duc et de devenir le chevalier personnel de la princesse Alicia de mon propre chef. Elle ne m'a jamais donné la moindre drogue comme l'accuse Elizabeth. J'ai accepté cet avenir de tout mon cœur. » dit William respectueusement.
« Hmm, je comprends. » dit mon père. « Elizabeth, tu n'as aucun fondement pour tes accusations envers Alicia. Comme je l'ai décidé à partir de maintenant, tu es la fiancée du prince héritier Gladiolus. »
Elizabeth parut défaite et s'affaissa sur le sol. Des larmes coulaient sur son visage et elle sanglotait.
Grand-père Robert et Richard la regardaient avec pitié tandis que Veronica essayait de l'aider à se relever.
« Allons, Elizabeth, cela ne sied pas à une princesse. » Veronica la réconfortait mais Elizabeth gifla la main qui l'aidait.
« Maintenant que mère a été bannie, vous nous abandonnez comme ça ! » hurla Elizabeth à mon père. « Maintenant que mère n'est plus là, vous favorisez votre enfant bâtarde plutôt que nous, les légitimes. Elle n'est que la fille d'une servante et d'une traînée. »
« Ferme-la ! » Mon père se leva sur son trône et rugit de colère. « Si tu tentes encore de salir la mémoire de Leticia, je n'hésiterai pas à t'envoyer à la tour de Grâce avec ta mère ! »
Nous fûmes tous choqués par la réaction de mon père. C'est la première fois que je le vois défendre la mémoire de ma mère face à ce duo de sœurs.
« Elizabeth, arrête de parler tout de suite. » Veronica la regardait aussi avec colère. Qui savait quoi d'autre pourrait sortir de la bouche d'Elizabeth pour blesser les autres, y compris elle-même ?
« Cette audience est terminée. Robert, Richard, je vous parlerai dans mon bureau en privé. » dit mon père et quitta la salle.
Après le départ de mon père, William et moi sortîmes aussi de la salle. Arrivés à la porte, j'eus une idée.
« Ah, attendez. Je crois que j'ai laissé tomber mon mouchoir. » dis-je. « Peux-tu m'attendre ici, Will ? Je reviens dans une minute, je l'ai peut-être laissé tomber sous ma chaise. »
« D'accord. » William acquiesça.
Je trottai légèrement vers ma place, faisant semblant de chercher quelque chose, mais en fait je n'avais rien fait tomber. Je pariais sur le fait qu'avec le tempérament d'Elizabeth, sa colère exploserait à me revoir et qu'elle essaierait de me faire du mal physiquement. Bien sûr, mon plan était qu'elle m'attaque pendant que tout le monde était encore présent, ce qui lui vaudrait des ennuis. Maintenant que sa mère n'était plus là pour l'aider, elle serait sûrement punie.
Comme je m'y attendais, les autres s'apprêtaient juste à partir. Elizabeth n'était qu'à quelques mètres de moi et encore visiblement secouée par l'issue de ses fiançailles. Son regard se posa sur moi en un instant.
« Toi... ! C'est tout de ta faute. S'il n'y avait pas eu toi, tout aurait bien marché. Si tu n'avais jamais existé, cela ne serait pas arrivé. » cria Elizabeth de rage. « C'est ta faute, toi, bâtarde ! »
Elizabeth fonça sur moi, furieuse, prête à s'abattre sur moi. Elle me plaqua au sol en un instant.
« Bâtarde, salope... je vais te tuer... te tuer ! » Elizabeth me tirait les cheveux et me giflait à gauche et à droite.
« Ahhh..!! » Bien sûr, je devais jouer la victime et laisser Elizabeth me porter des coups. Mais au moins je me défendais du mieux que je pouvais pour ne pas me blesser.
En un rien de temps, je sentis quelqu'un arracher Elizabeth de dessus moi. Et puis j'entendis une gifle retentissante.
'CLAC !'