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Chapitre 14 : La mission

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Chapitre 14

Chapitre 14 : La mission

Chapitre 14/14100%~13 min de lecture2 518 mots

« Bien sûr que non », répondit Cheng Shouping en scrutant la foule sur la pointe des pieds. « Le Divin Médecin Ji est le père de demoiselle Ji. Demoiselle Ji n'est pas seulement d'une beauté éclatante, elle est aussi réputée pour sa chaleur et sa bonté. Elle soigne souvent les pauvres gratuitement, ce qui la rend incroyablement populaire dans la cité. Ces gens sont sans doute là pour l'apercevoir. »

Zu An ricana. « Une beauté éclatante ? Même quelqu'un comme Neige passe pour une beauté à tes yeux. Un simple compagnon d'étude comme toi n'a jamais dû voir une vraie beauté, sinon tu n'aurais pas des critères aussi bas ! »

Le visage de Cheng Shouping s'empourpra d'indignation, mais avant qu'il ait pu se défendre, un homme au teint rougeaud se retourna dans la foule pour leur faire face. « Hé, gamin ! Qu'est-ce que tu y connais ? La beauté de demoiselle Ji rivalise avec celle de demoiselle Chu, du domaine ducal de notre cité de Lune-Claire ! Dommage que demoiselle Chu ait récemment épousé un bon à rien, du coup ça ne sert plus à rien de parler d'elle. Aujourd'hui, demoiselle Ji est la seule déesse de mes rêves ! »

Le visage de Zu An vira au cramoisi. Comment ce type osait-il l'insulter en pleine face ? Il ne serait pas un vrai guerrier du clavier s'il encaissait ça sans broncher !

Il mit sa main en cornet derrière son oreille, comme pour écouter très attentivement les propos du rougeaud. Puis il lança à pleine voix : « Qu'est-ce que tu dis ? Demoiselle Ji est la déesse de tes rêves érotiques ? »

Zu An se trouvait au troisième palier du deuxième rang : sa voix portait bien plus que celle d'un homme ordinaire. Pas une seule personne ne rata son exclamation, et toutes les têtes se tournèrent vers l'esclandre.

Ce brusque examen désarçonna le rougeaud. « Mais qu'est-ce que tu racontes ? J'ai dit mes rêves, pas... »

Zu An lui coupa sèchement la parole. « Ah, ça explique pourquoi tu disais que tu voulais voler un objet à demoiselle Ji pour le ramener chez toi. Grands dieux, tu es une ignominie d'être humain. Reste loin de moi, je te prie. »

Tout en parlant, Zu An poussa le rougeaud en arrière, comme pour l'empêcher d'approcher. Son véritable but, cependant, était de le jeter dans les bras de la foule désormais furieuse.

« Je n'ai jamais dit ça ! Je ne... » Sentant les regards meurtriers braqués sur lui, le rougeaud paniqua. Il fit de son mieux pour s'expliquer, mais ses bafouillements ne servirent à rien, car quelqu'un dans la foule hurla : « Attrapez-le ! »

Ils s'abattirent sur lui dans un flou de visages hargneux et de poings rageurs.

[Vous avez réussi à faire enrager Lu Renjia : 666 points de Rage !]

Zu An lissa calmement le devant de sa robe, contourna la mêlée et gagna tranquillement l'entrée de la demeure.

Cheng Shouping en resta interdit. 'Ça marche aussi, ce genre de chose ?' Malgré sa surprise, il se hâta de rattraper Zu An.

Un hurlement furieux monta de l'intérieur de la demeure. « Dehors, tous autant que vous êtes ! Qu'est-ce que ça veut dire, ce vacarme devant chez les gens à une heure pareille ? Vous troublez le sommeil de ce vieil homme ! »

Les portes hermétiquement closes de la demeure finirent par s'ouvrir en grinçant.

« Le Divin Médecin Ji est sorti ! Le Divin Médecin Ji est sorti ! »

La foule déferla vers l'entrée, Lu Renjia complètement oublié, laissant à terre un pauvre homme couvert d'empreintes de pieds.

Zu An examina celui qui venait de sortir de la demeure. Il avait un visage maigre où subsistait l'ombre des traits séduisants de sa jeunesse. Mais sa barbe non taillée, ses lourdes poches sous les yeux et l'odeur d'alcool écrasante qui se dégageait de lui le réduisaient à un quinquagénaire mal tenu de plus.

Malgré cette apparence, Zu An ne le prit pas de haut. Ses oreilles bourdonnaient encore du rugissement de tout à l'heure. Sans le moindre doute, la cultivation du Divin Médecin Ji dépassait de loin la sienne.

'Voilà qui est mieux. C'est évident que ce type a l'allure d'un expert caché, comme l'épée immortelle ivre. Sauf que sa tête est moins ronde.'

« Divin Médecin Ji, où est votre fille ? » demanda quelqu'un sur le côté, avec un sourire flagorneur.

Le Divin Médecin Ji lui jeta un regard et lança : « Et toi, qui es-tu ? »

« Divin Médecin Ji, vous ne me reconnaissez plus ? Je suis Wang Fugui ! Je passe souvent chez vous ! » se présenta l'homme en hâte.

« Je ne me souviens pas de toi. » Le Divin Médecin Ji se cura l'oreille avant d'en chasser nonchalamment le cérumen. « Ce Divin Médecin ne retient que les visages des jolies femmes. Pourquoi m'encombrer d'un simple porte-monnaie... Hum, hum, je veux dire, d'un client ! De toute façon, tu n'as sans doute jamais dépensé un sou ici. »

Wang Fugui eut un rire penaud. « Je n'ai jamais eu recours à vos services, c'est vrai, mais demoiselle Ji a soigné ma maladie à plusieurs reprises... »

« Bon sang de bonsoir ! Je me disais aussi que c'était bizarre, cette chute de fréquentation ! » le coupa le Divin Médecin Ji, furieux. « Il se trouve que cette maudite gamine vous soigne tous gratuitement. Dehors, tous autant que vous êtes ! »

'Maudite gamine ?' Zu An fut surpris d'entendre ces mots. 'Parler de sa fille comme ça, ils sont vraiment du même sang ?'

« Nous venons voir demoiselle Ji, pas vous... » Sous le regard noir du Divin Médecin Ji, les mots de Wang Fugui s'éteignirent piteusement.

« Elle n'est pas là ! Je l'ai envoyée hors de la cité cueillir des plantes, pour qu'elle arrête de saboter mes affaires ! » Le Divin Médecin Ji tira une chaise à lui et s'y laissa tomber paresseusement. « Ceux qui veulent être soignés : soit vous allongez 100 taels d'argent de consultation, soit vous accomplissez ma mission. Si vous n'êtes pas là pour un diagnostic, disparaissez de ma vue tout de suite. Sinon, ne venez pas vous plaindre si je me montre désagréable ! »

En apprenant que leur déesse était absente, la foule rassemblée se dispersa en un éclair. Leur départ avait quelque chose de rodé : ce n'était certainement pas la première fois qu'on les congédiait ainsi. Quelques personnes qui avaient désespérément besoin d'une consultation restèrent et supplièrent avec ferveur : « Divin Médecin Ji, nous ne pouvons pas payer 100 taels d'argent. Je vous en prie, maître, faites une bonne action et ayez pitié de nous. »

Le Divin Médecin Ji but une gorgée à la gourde de vin qu'il portait sur lui. Sans se donner la peine de regarder personne dans les yeux, il déclara : « Moi, Ji Dengtu, je sais soigner des centaines de maladies, mais celle dont vous souffrez dépasse mes moyens. »

L'un de ceux qui étaient restés paniqua aussitôt. « Je ne vous ai même pas encore décrit mes symptômes, comment pouvez-vous savoir que je suis incurable ? »

Le Divin Médecin Ji croisa enfin le regard affolé de l'homme. « Parce que la maladie dont tu souffres, c'est la pauvreté ! Comment veux-tu que je soigne une chose pareille ? »

« Vous n'avez aucune des vertus qu'un médecin devrait avoir ! Comment osez-vous vous dire divin médecin ? » Le visage écarlate, l'homme tourna les talons et partit, la fierté en berne.

Nullement troublé, le Divin Médecin Ji s'affala dans sa chaise en fredonnant un air. Il ne prêta aucune attention aux insultes qu'on lui jetait.

C'est alors qu'un homme au visage de fouine s'avança et glissa discrètement entre les mains du Divin Médecin Ji un livre d'images rempli de portraits aux couleurs vives. « Divin Médecin Ji, je viens de mettre la main dessus. C'est la dernière édition du Paradis sur Terre. »

Le Divin Médecin Ji se redressa d'un bond. Il lui arracha le livre et le feuilleta avidement. Zu An, qui se tenait à côté, entrevit les dames fort peu vêtues qui ornaient chaque page.

« Pas mauvais du tout ! » Le Divin Médecin Ji fourra le livre dans ses vêtements avant de taper sur l'épaule de son interlocuteur d'un air approbateur. « Tu peux entrer. Je te soignerai tout à l'heure. »

'Ça marche aussi, ce genre de truc ?'

Zu An en resta baba. 'J'ai aussi sur moi Le Maquereau des jeunes pucelles, les Chroniques XX de la jeunesse et Se muer en dragon face à la tempête... Tu les veux ? Dommage que je ne sache pas dessiner, sinon j'en produirais un et je le lui offrirais...'

« Pourquoi est-ce que lui, il peut entrer ? » s'indignèrent ceux qui n'avaient pas assisté à l'échange.

Le Divin Médecin Ji émit un grognement sévère. « Ça ne vous regarde pas. Vous voulez entrer aussi ? Très bien. Payez la consultation ou accomplissez ma mission ! »

« Mais votre mission est tout simplement trop difficile ! Vous nous mettez des bâtons dans les roues ! » se plaignit quelqu'un.

Zu An remarqua alors, près de la porte, un panneau intitulé « Mission du jour ». On y lisait : Ce Divin Médecin s'apprête à préparer une Pilule de Raffinement du Ki. Il me faut 10 goubaos de Loup Déchire-Cul pour mon remède.

Zu An avait déjà entendu parler des goubaos. C'étaient des concrétions pierreuses qui se formaient dans l'estomac d'un chien, de forme sphérique ou ovale, de couleur blanc cendré ou gris-noir. On les disait efficaces pour apaiser la circulation du sang, lever les obstructions et éliminer les toxines.

Mais qu'est-ce que c'était, au juste, qu'un Loup Déchire-Cul ? Une sorte de loup mutant du monde de la cultivation ?

Entendant les plaintes autour de lui, le Divin Médecin Ji eut un rictus méprisant. « J'ai l'air idiot ? Pourquoi est-ce que je m'embêterais à donner des missions si elles n'étaient pas difficiles ? »

La foule perdit patience et se mit à parler en même temps.

« Mais tous les Loups Déchire-Cul sont au moins au deuxième rang, et le chef de meute pourrait bien être au troisième ! »

« Ils se déplacent toujours en meutes de plusieurs dizaines de bêtes, parfois plus d'une centaine ! Un homme ordinaire serait mis en pièces ! »

« Les goubaos sont incroyablement rares ! On a de la chance d'en trouver un seul sur 10 Loups Déchire-Cul ! »

« Silence ! Vous faites trop de bruit ! » Le Divin Médecin Ji foudroya la foule du regard. « Ce n'est pas que les Loups Déchire-Cul sont puissants : c'est vous qui êtes trop faibles ! Si l'un de vous atteignait le quatrième rang, vous ne boucleriez pas cette mission en quelques minutes, peut-être ? »

Des veines saillirent aux tempes de certains, qui vociférèrent : « N'importe quel cultivateur ayant atteint le quatrième rang est déjà qualifié pour devenir seigneur d'une cité ! Comment pourrions-nous rivaliser avec des gens pareils ? »

Zu An observait en silence. Aux propos furieux de la foule, il comprit que la plupart des cultivateurs étaient au deuxième rang et qu'on ne croisait presque jamais de troisième rang. À cette aune, cela voulait-il dire qu'il n'était finalement pas si faible ?

« Assez de balivernes. Faites la mission si ça vous chante, sinon dégagez ! Ce n'est pas comme si je forçais qui que ce soit ! » Le Divin Médecin Ji était à bout de patience. « Arrêtez de bloquer ma porte et de nuire à mes affaires. Ouste, ouste, ouste ! »

Zu An tira sur le bras de Cheng Shouping et demanda : « Ce type est d'une arrogance ! Il n'a pas peur de se faire tabasser ? »

Cheng Shouping fut horrifié d'entendre ça. Il porta vivement un doigt à ses lèvres pour faire taire Zu An et l'entraîna dans une ruelle. « Le Divin Médecin Ji possède une puissance insondable. Un paquet de jeunes impatients ont déjà tenté de le forcer à les soigner, mais tu sais ce qui leur est arrivé ? »

« On les a jetés dehors ? » demanda Zu An.

À son expression, Zu An vit bien que Cheng Shouping n'était pas impressionné par son manque d'imagination. « Ils sont tous sous une pierre tombale à l'heure qu'il est. »

« À ce point ? » Zu An se caressa la mâchoire, stupéfait. « Et le magistrat ne s'en mêle pas ? »

Cheng Shouping expliqua : « Le Divin Médecin Ji n'est pas divin médecin pour rien. Tu n'imagines pas combien d'experts lui sont redevables depuis toutes ces années. Même le seigneur de la cité doit se montrer respectueux en sa présence. Sans compter que ces jeunes-là avaient voulu le forcer les premiers : les affaires ont donc été tranchées en sa faveur. »

Zu An était décidé. « Il n'y a vraiment aucun moyen d'accomplir la mission ? »

« Bien sûr que si ! » répondit Cheng Shouping comme une évidence. « Les faibles n'ont pas les moyens de l'accomplir, et les forts peuvent simplement payer la consultation au lieu de perdre leur temps à la mission. Il en avait assez des gens qui râlaient sur ses honoraires, alors il a inventé ces missions impossibles pour leur clouer le bec. »

« Pas étonnant ! » acquiesça Zu An. 'Ce Ji a conçu ses missions pour qu'elles soient dès le départ infaisables pour le commun des mortels !'

'Attends une seconde !' Une pensée traversa soudain l'esprit de Zu An, et il plissa les yeux en direction de Cheng Shouping. 'Ce sale petit machin savait que la mission était impossible, et il ne m'a pas prévenu avant de m'amener ici. Il doit faire ça pour rencontrer demoiselle Ji.'

Le visage de Zu An s'assombrit lorsqu'il s'adressa à Cheng Shouping. « Rentre au domaine Chu, toi. Je vais me promener seul. » Son bonheur était en jeu : il devait tenter le coup, aussi dur que ce soit ! De toute façon, il avait le Dard Empoisonné et la Fiole de poison. Tant qu'il resterait prudent, il pourrait peut-être boucler la mission.

Bien entendu, il lui fallait le faire sans attirer l'attention du clan Chu. Le clan Chu le tenait pour un déchet, et des ennemis tapis dans l'ombre en voulaient à sa vie. S'ils apprenaient qu'il avait réussi à hisser sa cultivation au deuxième rang, leur prochaine tentative serait plus meurtrière.

'Faire profil bas, voilà la clé de la survie !'

Cheng Shouping était abasourdi. « Jeune maître, vous ne songez tout de même pas à tenter la mission ? »

Zu An se demanda si ses gestes l'avaient trahi, mais Cheng Shouping reprit avant qu'il ait pu inventer une excuse. « Jeune maître, savez-vous pourquoi on appelle ces loups des Loups Déchire-Cul ? »

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