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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 950

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 950

Chapitre 950

Chapitre 950/107189%~6 min de lecture1 184 mots

C'est exactement ce que l'on appelle une situation explosive. La présence de Son Altesse devant moi, bien sûr, mais aussi celle des soldats postés derrière lui avait changé. Ils dégageaient tous, faiblement mais distinctement, une intention de tuer. Autrement dit, au moindre ordre, ils passeraient à l'attaque.

Cette atmosphère anormale, les villageois réfugiés derrière nous l'ont sans doute perçue eux aussi. L'agitation d'à l'instant s'est tue comme par enchantement, ne laissant entendre que le bruit du vent.

Soudain, le galop d'un cheval parvint de loin. Un cavalier fondait sur nous à une vitesse folle.

L'homme arrêta sa monture, sauta à terre avec aisance, courut vers Son Altesse et s'agenouilla sur un genou.

« Ha ! Je rapporte ! Le manoir de Lord Nozomi est en train d'être encerclé par la populace. Je sollicite votre décision, et comme la situation presse, je vous prie de bien vouloir vous rendre sur place »

À ce rapport, Son Altesse nous lança un regard perçant.

« Vous avez donc bien soulevé le peuple »

« Je n'ai rien fait de tel »

La princesse Fillet répondit sans changer d'expression.

« Le fait est que le peuple entoure le manoir de Nozomi ! Si ce n'est pas votre œuvre, qu'est-ce que c'est ? »

« Je te dis que je n'en sais rien »

« Ces gens-là… »

« C'est de l'autodéfense, non ? »

La phrase m'échappa malgré moi. Sans quitter son regard acéré, Son Altesse inclina brusquement la tête sur la droite. Si une jolie fille le faisait, ce serait mignon ; de sa part, c'était simplement inquiétant.

« Toi ! Qu'as-tu dit à l'instant ? »

« Ce qui arrive devait arriver. Ce que nous allions faire, le peuple y pensait aussi, tout simplement »

« Que veux-tu dire ? »

« Mieux vaut mater ça vite. Sinon, le nom de l'empire de Caïque sera traîné dans la boue. Bien sûr, il faut calmer l'émeute sans verser une goutte de sang, sans blesser un seul civil »

« …… »

« Ce seigneur Nozomi était haï à ce point par ses sujets. C'est le crime de l'homme Nozomi, mais c'est aussi la faute du pays qui a laissé un tel vaurien prospérer. Le peuple le déteste tant. Un seigneur et son peuple, et par extension un pays et son peuple, devraient former une relation de réciprocité ; comme ce lien n'a pas été tissé, voilà le résultat. Probablement, même si Nozomi était muté à Saku, tôt ou tard la même chose se reproduirait. Alors le pays serait totalement isolé dans le monde. Mais pour l'instant, il est encore temps. Vous alliez nous arrêter ; avant cela, punir celui qui mérite vraiment de l'être est la chose cruciale, je pense »

J'enchaînai le tout d'une traite et baissai mon centre de gravité. Ma main droite restait chargée de mana. S'ils tentaient de nous arrêter, je comptais les balayer d'un sort de vent.

Pourtant, Son Altesse fit demi-tour, enfourcha son cheval, ordonna « En route » et quitta les lieux.

« V… vous autres, vous faites des choses déraisonnables. J… j'en menais pas large… »

Le vieillard posté derrière marmonna. Je me retournai et leur dis de se rassurer, que quoi qu'il arrive je veillerais à ce qu'ils n'aient pas d'ennuis.

« Lord Ken Shin… qui êtes-vous, au juste ? »

La princesse Fillet m'observait, les yeux ronds. Je n'avais fait que dire ce qui allait de soi, rien de si surprenant, me dis-je. Tout en songeant à cela, mon regard dérivait vers Holme, à mes côtés. Il arborait un air satisfait et hochait la tête. Non, un petit soutien n'aurait pas été de trop.

« Bon, tant qu'à faire, allons au manoir de Nozomi. Voyons comment Son Altesse réagira aux paroles de Lord Ken Shin »

Sur les mots d'Holme, j'acquiesçai.

***

« Qu'est-ce que c'est que ça… »

Les mots me sortirent malgré moi. Le spectacle qui s'offrait à nous était à ce point saisissant.

Le manoir de Nozomi se dressait sur une colline au centre d'un bassin, de l'autre côté de la montagne. Au moment où nous franchîmes le col, la scène sauta aux yeux. Une foule innombrable ceinturait la colline du manoir. Devant cette masse, des soldats alignés serraient les rangs, lances levées en menace.

D'un coup d'œil, je compris : si la foule passait à l'attaque, le manoir serait piétiné. Certes, les soldats braquaient leurs lances sur les civils et semblaient, à première vue, former une défense de fer ; mais leurs positions étaient désordonnées. Dans ce genre de situation, il ne faut pas laisser d'interstices. Un trou devient un point faible, le risque de percée grimpe en flèche.

Pour protéger un manoir, la réponse n'est pas de pointer des lances sur la foule, mais de dresser des boucliers bord à bord. Fer ou, au pire, bois, peu importe. encore faut-il les aligner sans la moindre faille ; cela demande un entraînement titanesque, hors de portée du niveau actuel de ces soldats.

Du manoir au sommet où nous nous tenions, la distance était notable ; pourtant, l'aura dégagée par la foule n'avait rien d'ordinaire. On y devinait un mélange d'émotions : haine, supplications, espoir… On aurait dit que ces voix sans son nous parvenaient jusqu'ici.

« … Ça a l'air amusant, non ? »

« … Amusant ? »

« Ah, non, c'est inconvenant. Désolé… »

« … En fait, je pensais la même chose qu'Holme »

« … On y va ? »

« Ah, allons voir »

D'après ce qu'on m'a dit plus tard, nous affichions tous les deux un sourire de gamins.

La foule hurlait de toutes parts. Des milliers de personnes braillaient chacune leur grief, un vacarme indescriptible. Pourtant, en tendant l'oreille, on percevait que beaucoup réclamaient qu'on leur rende leur argent. Simultanément, nombre d'entre eux criaient qu'on leur donne à manger.

De loin, impossible de lire les visages des soldats ; mais leur trouble était patent. Tous, sans exception, avaient la pointe de leur lance qui tremblotait. Une chose qu'on ne voit pas dans l'armée d'Agartha. « Quoi qu'il arrive, une fois en position, ne bougez pas d'un millimètre » : c'est l'enseignement de Matkal, et il est appliqué à la lettre. Une tenue ferme dégage une pression ; je sais que c'est l'un des moyens de se protéger soi-même.

Alors que je pressentais que la foule n'allait pas tarder à éclater, plusieurs personnes sortirent du manoir. L'une était visiblement Son Altesse, reconnaissable même de loin. Il balaya l'entourage du regard et sembla hurler quelque chose, mais sa voix se noya dans les clameurs, inintelligible.

« … Bon, tant pis »

Je marmonnai et levai haut la main droite.

*Pan !* Un bruit secclaqua. Surpris, la foule s'immobilisa. L'instant d'après, le silence tomba.

« … Hé ! Vous m'entendez pas, bande de… ! »

La voix de Son Altesse porta. Lui devait croire hurler de toutes ses forces ; à cette distance, ce n'était qu'un mince filet pour moi. Vers cette foule, il enchaîna.

« … Je vous dis de m'écouter ! »

Mais non, ils t'écoutent, voyons…

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