Le Roi-Dragon, les bras croisés, observait le paysage depuis les hauteurs. Son visage affichait une expression perplexe, difficile à définir.
Pour lui qui arborait toujours une assurance absolue, un comportement outrageant, une telle mine était rare. Il tendait l'oreille, concentré sur les sons qui parvenaient jusqu'à lui.
*Sai… n… no… ba… ni… yo… te… ru… na*
Il leva les yeux au ciel en poussant un profond soupir. Regardez un peu, on dirait qu'il entend : « Dragon le plus fort, reste à mes côtés. Ne me quitte jamais », marmonna-t-il d'une voix basse.
La propriétaire de cette voix n'était autre qu'Aliria, la fille de . Elle se trouvait sous les yeux du Roi-Dragon, cueillant des fleurs tout en chantant.
« Les fleurs rouges donnent de l'énergie ♪ Les fleurs bleues apaisent ♪ Les fleurs jaunes donnent de l'intelligence ♪ Les fleurs roses rendent gentil ♪ »
Aliria cueillait les fleurs de belle humeur en chantant. C'était sa chanson préférée parmi celles qu'elle avait apprises de Soleil, et elle la chantait presque tous les jours. Pour le Roi-Dragon, ce chant résonnait inévitablement comme cet ordre, ce qui l'empêchait de s'éloigner d'elle.
…… Puisqu'on lui dit de ne pas s'éloigner, il ne peut pas partir. Malgré cela, pourquoi cet homme vient-il le déranger ?
Le Roi-Dragon refoula une émotion indéfinissable, mélange de colère et de regret. Le visage de , le père d'Aliria, traversa son esprit.
Il commença à descendre lentement. Mais son mouvement s'arrêta net. À cause de la barrière tendue autour d'elle.
…… Quelle barrière embêtante, pensa-t-il. Non, je dis embêtante, mais ce n'est pas comme si je ne pouvais pas y faire face. Je suis le Roi-Dragon. Celui qui trône au sommet de la race draconique, à qui il est permis d'entendre la parole du Dieu-Dragon. Il n'est pas question que je ne puisse pas contrer une barrière tendue par de simples humains. Sérieusement… non, pas besoin d'être sérieux. Un petit effort, un *hop*, un *hooo* en y mettant de la force, et une barrière comme celle-ci, je la brise comme il faut. Selon le dosage de ma force, elle s'effondrera illico. …… Hein ? Barrière (kekkai) et effondrement (kekkai) ? Ce ne sont pas les mêmes mots ? Comme on est fort, moi. Je parviens à donner deux sens à la même prononciation. Si je le veux, je peux faire ce genre de chose. Et il rit, satisfait : *Wahahaha*.
Bon, bon, ce n'est pas le moment de se réjouir pour ça. Aliria. Même maintenant, elle dit de ne pas partir. Il faut lever cette barrière.
Le Roi-Dragon souffla brièvement, tendit la main droite et y mit de la force.
Un bruit sec, *pachi*, comme quelque chose qui claque. Mais la barrière se répara instantanément. Le Roi-Dragon y mit encore plus de force. *Pachi*. Mais à nouveau, elle se régénéra sur l'instant.
« Fuh… »
De nouveau, le Roi-Dragon croisa les bras et leva les yeux au ciel. Il ne voyait pas comment briser cette barrière. Quelques jours plus tôt, excédé, il avait lancé une attaque à pleine puissance, mais la barrière s'était régénérée au moment même où elle se brisait.
Le Roi-Dragon réfléchit. Et si cette barrière se régénérait au moment exact où elle est brisée ? Alors, si je la détruis avant qu'elle ne détecte qu'elle a été brisée, ne pourrais-je pas entrer ?
Il concentra sa force sur l'index des deux mains. La trancher en un instant. La vitesse est la clé. Il simula l'opération maintes fois dans sa tête. Les ailes de son dos repliées au minimum.
« Tcha ! »
En même temps que le cri, il fonça sur la barrière. Il ouvrit un trou juste assez large pour passer, l'espace d'un battement de cil, et s'y engouffra de toutes ses forces.
« Uu… Haa, haa, haa »
Les deux mains posées au sol, il haletait des épaules. Apparemment, il avait franchi la barrière. Moi… si je suis sérieux… une barrière de ce niveau… se franchit aisément… Le Roi-Dragon régula sa respiration à grand-peine en marmonnant ces mots. Ce n'est pas qu'il était essoufflé. Il avait juste envie d'aspirer de l'air….
« Ah ! Ryū-ō-kun ! »
Un son agréable parvint à ses oreilles. Aliria, les yeux brillants, accourait vers lui. Le Roi-Dragon esquissa un sourire et se redressa lentement.
« Ça fait longtemps ! Tu faisais quoi ? »
Il n'y a ni "qu'est-ce que tu faisais" ni "comment tu allais". J'étais tout le temps à tes côtés. Tu ne t'en es pas rendu compte ? Allait-il dire, mais il avala ses mots. Il pressentait qu'en le disant, quelque chose de désagréable arriverait.
« Ryū-ō-kun, ça, je te le donne ! »
Aliria lui tendit ce qui ressemblait à une couronne de fleurs. Il hocha la tête et la reçut.
…… Dès qu'elle me voit, elle m'apporte un tribut. Cette gamine a vraiment l'air de m'apprécier. Le fait qu'elle me dise "dragon le plus fort" et "reste là", elle a tout compris. Songea le Roi-Dragon.
Aliria courut vers le manoir et ramena Sairyūsu. La conversation des deux tissait une mélodie des plus agréables. Le Roi-Dragon, les bras croisés, ferma les yeux et s'abandonna à ce son.
« Roi-Dragon-sama, daigner vous déplacer jusqu'ici, à quoi devons-nous cet honneur ? »
« Wahahaha »
Tel un rire incontrôlable, tant ce son était agréable. Comme on s'y attend de quelqu'un qui a contracté avec le Dieu-Dragon. Elle produit un son vraiment exquis.
Le Roi-Dragon avait déjà entendu plusieurs fois le chant de cette mère et de cette fille. Une timbre d'une beauté, d'un confort absolus. Un son qui vous ferait dormir sans vous en rendre compte. Il voulut l'entendre à nouveau, mais il ne savait pas comment l'exprimer.
« Voulez-vous prendre un repas ? »
« Repas ? Je n'en ai pas besoin. »
« Alors, jouons, Ryū-ō-kun. »
« C'est ça, jouons ! »
« Alors Roi-Dragon-sama, appelez-moi s'il y a quelque chose. Aliria, entendez-vous bien. »
« Oui, c'est promis. »
Sur ces mots, Sairyūsu rentra dans le manoir. Le Roi-Dragon cliqua de la langue dans sa forteresse intérieure. Il espérait secrètement pouvoir encore entendre ce son agréable….
« Alors, Ryū-ō-kun, je vais te faire un médicament ! »
"Médicament", il n'en avait jamais entendu parler, mais cette gamine allait sûrement lui concocter quelque chose. Une enfant si jeune qui veut lui faire une offrande, c'est vraiment touchant….
Tout en pensant cela, le Roi-Dragon suivit Aliria. Arrivée devant un parterre, elle cueillit quelques fleurs, en détacha les pétales un par un. Puis les écrasa avec une pierre.
Pour une raison inconnue, le Roi-Dragon trouvait ce spectacle délicieusement amusant. Les actions de cette fille étaient divertissantes à regarder. Et pour une autre raison inconnue, il se retrouvait à acquiescer inconsciemment à tout ce qu'elle disait.
Mais cela ne lui déplaisait pas. Bien au contraire, il en était pleinement satisfait. Pour le Roi-Dragon, tant qu'il n'y a ni malaise ni incongruité, il n'y a pas de quoi réfléchir.
Aliria mélangea de la terre aux pétales écrasés et pétrit le tout. Puis elle tapota le mélange avec une pierre.
« Voici, c'est prêt. C'est une poudre, mais tu peux l'avaler ? Si c'est difficile, tu peux la dissoudre dans l'eau, c'est bon aussi. »
Tout en disant cela, Aliria tendit la poudre de terre posée sur une grande feuille. Le Roi-Dragon la jeta distraitement dans sa bouche.
« Tu l'as bien avalé ! Bravo ! Ryū-ō-kun est vraiment un adulte respectable maintenant ! »
…… Juste de la terre. Aucun goût. Mais se réjouir à ce point pour une bouchée de terre, c'est vraiment touchant. Tout en songeant ainsi, il perçut une présence massive.
« Encore toi ! Arrête un peu ! »
« Ah, papa ! »
Le Roi-Dragon cliqua de la langue en son for intérieur. Encore ce type. Jusqu'où ira-t-il pour me déranger… ?
À l'instant où il eut cette pensée, le corps du Roi-Dragon fut projeté dans les cieux. En contrebas, Aliria levait les yeux vers le ciel en lui faisant signe de la main.
« Wahahaha… Encore… »
Le Roi-Dragon poussa un grand soupir. Il voulait quitter les lieux, mais comme on lui a dit "ne me quitte jamais", il ne pouvait pas s'en aller. Les bras croisés, le regard tourné vers le sol, il dérivait dans le ciel, dans cette même posture…