« Occupée ? Attendez… vous seriez en train de nous dire que l’armée royale a lancé une révolte ? »
« Qualifier cela de “révolte” est bien brutal à mes yeux. Il n’y a là qu’une noble action menée par ceux qui s’inquiètent de l’avenir du royaume afin de le remettre sur le droit chemin. »
« Qui est le chef de ces hommes ? Vous ne seriez pas en train de parler du général Kargi… ? »
« Nous ne sommes pas venus pour converser avec vous. Ce que nous désirons véritablement, c’est ce maître des barrières. Seigneur Rinos, vous recevez l’ordre catégorique de votre souverain de vous rendre au palais royal sous ma garde. Mademoiselle Éliril, son altesse vous enjoint également de venir avec lui, mais elle ne vous a pas prescrit de revenir vivante. En cas de résistance, des mesures impitoyables sont tolérées. Elle a même ajouté que l’on se contenterait de rapporter votre tête. »
« Je n’ai que le statut d’esclave. Puisque vous agissez sous les ordres de votre maître, je ne saurais moi non plus répondre à l’invitation d’autrui sans celui du mien. »
« Ne vous en faites pas. Nous vous conduirons auprès du couple Versham. Nous détenons déjà leurs geôliers. N’est-il pas de règle qu’un esclave retourne auprès de son propriétaire ? Et si je ne me trompe pas… n’ont-ils pas reçu l’ordre d’être rappelés avant la nuit tombée ? »
« J’aimerais voir une preuve que vous détenez effectivement mon maître en otage. »
L’homme lâcha un court rire et reçut un paquet enveloppé dans un tissu des mains d’un autre soldat qui devait être son subordonné. Il le lança ensuite négligemment vers moi.
J’ouvris le paquet de tissu. Il contenait… deux bras. Deux bras coupés au niveau du coude. Ces bras me disaient quelque chose.
« N-non, ce n’est pas possible ! »
« Comme vous vous y attendiez, ce sont les bras du grand mage Falco. »
Ils étaient tachés de sang, mais l’toffe de ses vêtements correspondait exactement à la robe que mon maître portait d’habitude. Et surtout, l’anneau qu’il avait encore à la main était l’« Anneau d’or au crâne », un objet fétiche de mon maître.
« Meure donc, putain de traître ! »
Éliril sortit son épée dans un éclair et attaqua l’homme. Sa lame fendit l’air à une vitesse vertigineuse, mais l’homme l’évita aisément. Il possédait un vrai talent. J’activai alors ma compétence pour analyser ses paramètres.
Lucius Madisen (Maître d’armes · 41 ans)
PV : 822
PM : 103
Technique de l’épée LV4
Tirage d’épée LV4
Régénération physique LV4
Renforcement physique LV4
Esquive LV4
Danse rapide de l’épée LV3
Perception du cœur LV4
Malédiction LV2
C’était un monstre surpassant même Éliril. Sans même dégainer à nouveau, il continuait d’esquiver les coups rapides d’Éliril.
« Ta technique est bonne. Mais c’est dommage. Tu aurais pu combattre bien plus correctement si tu avais entraîné davantage. »
Au moment où Madisen posa la main sur la poignée de son épée, Éliril fut tranchée.
« ……Il semblait donc que vous aviez levé une barrière. Ce n’est pas insurmontable, mais c’est une perte de temps. Très bien. Mademoiselle Éliril, nous prendrons également soin de vous accompagner avec tous les égards. »
« Et si je refusais ? »
« Seul le couple Versham, le maître Falco, ainsi que Son Altesse le Régent mourraient. »
« Hum, Falco, peut-être… mais mes tantes et Son Altesse le Régent sont protégées par la barrière de Rinos ! Vous ne pourrez jamais les tuer ! »
« Nous les laisserons mourir de faim. »
« Comment ? »
« Si nous les abandonnons sans eau ni nourriture, elles finiront par trépasser. Quelle que soit la puissance de la barrière, tenir sans boire ni manger ne pourra durer plusieurs jours. Si vous venez avec nous chez notre maître, les intéressés bénéficieront d’une fin paisible. En revanche, si vous prenez la fuite, vous mourrez dans des souffrances atroces. Peu m’importe au final. »
« Vous êtes tout de même humain, ça alors ! Comment pouvez-vous faire ça à des héros nationaux !! Même si je dois vous entraîner dans ma chute… ! »
« Mademoiselle, comme le suggère Madisen, partons ensemble. »
« Quoi ? Rinos ! Tu comptes vraiment te soumettre à des canailles pareilles ! ? »
« Je m’inquiète pour mon maître et pour Son Altesse le Régent. Et surtout, le maître Falco s’est fait trancher les deux bras. S’il ne rejoint pas rapidement son maître, il va vraiment mourir. »
« ……Je comprends. »
« Certes, vous êtes un véritable maître des barrières. Allons-y maintenant. Notre maître vous attend avec impatience. »
« J’ai une seule requête. Permettez-moi de rencontrer mon maître, mon instructeur et, si possible, Son Altesse le Régent. »
« Entendu. C’est accordé. Nous vous y conduirons personnellement. »
Une fois passés par la porte Nord, une calèche nous attendait et nous y montâmes. Sans aucune précipitation, le véhicule débuta sa course tranquille vers la grande entrée du palais royal.
Des soldats encadraient la calèche de tous côtés, mais l’intérieur ne renfermait que nous deux, Éliril et moi. Elle fixait continuellement le paysage extérieur sans jamais tourner le regard vers moi. Ne sachant quelle parole employer, je restai à la considérer longuement.
……Éliril pleurait. Elle étouffait ses sanglots, juste pour que je ne m’en aperçoive pas. Je saisis instinctivement la main d’Éliril.
« Tout va bien aller, mademoiselle. La cible de l’ennemi, c’est moi. En tant qu’otage, j’échangerai ma liberté contre celle de mon maître. Discutons avec le chef de la rébellion. Faisons ce qu’il est en notre pouvoir de faire. »
« Mmph… Rinos… Hic, hic, hic… »
Un flot de larmes s’échappa des yeux d’Éliril comme d’une brèche ouverte. La force avec laquelle elle serrait ma main, jusqu’à en faire mal, disait toute l’ampleur de sa peine et de sa colère.
La calèche continua doucement sa route vers la grande porte du palais.