'Oh, c'est tellement pénible.'
Ce jour-là, j'ai cru que l'affaire de la « tentative de meurtre sur le médecin » s'était bien terminée.
Ça ne me ressemblait pas, mais j'avais été étrangement émue, et le médecin avait survécu.
Sauf que mes parents dépassaient mon imagination.
« Quand même, on ne peut pas être certains de la santé de notre petite dernière sur la parole d'une seule personne. »
« Vous avez raison. Madame, je suis tout de même un médecin réputé, j'ai donc pu faire venir tous les prêtres. »
Comme s'il s'agissait de l'occasion qu'ils attendaient depuis longtemps, j'ai dû rencontrer dix médecins et même un prêtre.
« Vous n'avez pas à vous inquiéter autant. Le seigneur du ciel aime tant la petite demoiselle qu'elle est née bébé si paisible. »
Ce n'est qu'après la venue d'un prêtre de haut rang, qui leur a dit cela, que mes parents ont enfin été rassurés.
'On dirait que je vais devoir pleurer très fort au moins une fois par semaine.'
Chaque fois que je rencontrais un inconnu, j'avais l'impression de perdre mon énergie.
Parce que j'avais le corps d'un nouveau-né.
Même si l'âme en est à sa centième réincarnation, le corps, lui, est entièrement neuf, donc la fatigue et les sens sont entièrement neufs.
'Il faut donc travailler dur pour grandir.'
Si de toute façon on doit accumuler ma puissance, on aurait pu améliorer ce genre de désagrément.
J'avais envie d'envoyer une réclamation individuelle pour demander une amélioration.
Bien sûr, si je savais où l'envoyer, j'en enverrais une pour dire de ne plus me réincarner du tout.
Bref, grâce à tout le monde qui répétait « Tout va bien » comme d'un seul homme, le médecin a pu conserver sain et sauf son cou et son emploi.
On avait dû l'enfermer quelque part jusqu'à la fin de l'examen des dix autres, et ce n'est qu'une fois tous les examens terminés qu'il est venu me voir et a incliné la tête.
« Tout cela grâce à la petite demoiselle. Si vous n'aviez pas pleuré juste à temps, mon enfant et ma femme auraient perdu leur père et leur mari. »
Il a dit ça les larmes aux yeux, sans doute parce que c'était un homme sensible.
J'étais fière d'entendre ces mots.
Même si ça ne me ressemblait pas, grâce à ça, j'avais pu protéger une famille unie et heureuse.
Pleurer fort était un prix très bon marché en comparaison.
Même si, pour moi, c'était un acte qui mettait ma vie en danger.
'Une famille unie, ça doit être protégé.'
Malgré toutes les vies que j'ai vécues, l'influence de ma première vie restait énorme.
C'est pour ça que c'était comme la première fois.
Enfin, dans ma centième vie, curieusement, je vis beaucoup de choses pour la première fois.
Trois mois se sont écoulés depuis ma naissance.
Je ne savais toujours pas grand-chose de cette famille, ni de l'état dans lequel se trouvait ce monde.
C'était à cause de ma famille qui me traitait scrupuleusement comme un nouveau-né.
'Vraiment, est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise chose......'
C'est ma centième vie, trois mois ont passé, et je n'ai toujours pas réussi à faire un plan pour cette vie.
« Ma petite sœur ! Tu es réveillée ? »
Quand je me suis réveillée une nouvelle fois, je me suis retrouvée face à une fillette aux cheveux de barbe à papa rose, penchée au-dessus du berceau.
« Héhé, gwande sœuw est là ! Anastasia, tu me weconnais ?! »
'Je te connais très bien, tu es Laurentia, ma grande sœur, de trois ans mon aînée.'
Je l'ai entendu des dizaines de fois, comment est-ce que je pourrais l'oublier.
Depuis le jour où elle a eu le droit d'entrer dans cette chambre, ma sœur venait me voir absolument chaque jour.
Même s'il y avait des jours où nous ne pouvions pas nous voir parce que je dormais.
« Ma petite sœuw ?! Cha y est vwaiment ?! »
L'impression que j'avais eue d'elle à notre première rencontre, c'était celle de quelqu'un de très intense.
Cette voix qui criait me rendait un peu nerveuse.
Parce que j'ai vu beaucoup d'aînés jaloux de leurs cadets.
« C'est vwaiment ma petite sœuw ?! Elle est chi mignonne ?! »
Pourtant, ma grande sœur reposait la question à la servante encore et encore, et elle courait dans la pièce les mains en l'air, comme prise d'excitation.
« Moi aussi ! Moi aussi j'ai une petite sœuw ! Lawa aussi elle a une jolie petite sœuw ! »
Elle était aussi un type de personne que je rencontrais pour la première fois en presque deux mille ans d'existence.
'Même si tu es petite, comment peut-on être aussi candide ?'
Ce qui était encore plus stupéfiant, c'est qu'elle avait toujours le sourire aux lèvres.
Je n'ai jamais vu personne exprimer sa joie avec tout son corps.
Comme d'habitude, ma grande sœur, venue aujourd'hui encore, s'est appuyée contre le berceau, et ses yeux verts, plus bleus que ceux de son père, ont pétillé.
« Wegawde, oh là là, gwande sœuw a appowté du pudding pouw notwe Chacha ?! »
Elle a dit ça fièrement, en me caressant le front avec beaucoup de précaution, de sa prononciation qui fuyait de partout.
Ces derniers jours, elle m'avait inventé un surnom et m'appelait joyeusement Sacha.
Elle disait que c'était parce qu'elle, c'était Lara. Elle aimait Sacha parce que ça faisait comme un ensemble.
« Oh là là, la petite demoiselle est réveillée ? »
La servante a demandé cela avec un sourire, au milieu du remue-ménage de ma sœur.
« Oui, notwe Chacha est wéveillée ! Tu vois, tu vois ! »
« Pardon ? »
« Je veux donner du pudding à Chacha ! »
J'ai senti mes lèvres frémir légèrement à ces mots.
'Oh, elle est vraiment dangereuse, celle-là.'
J'ai beau être dans un corps de bébé, mon âme a répété une vie d'adolescente quatre-vingt-dix-neuf fois jusqu'ici.
Ma grande sœur était quelqu'un qui me donnait envie de rire avec elle sans m'en rendre compte, comme si je pouvais vraiment me détendre un instant.
Elle était très enfantine.
C'est peut-être pour ça que, d'un autre côté, je m'inquiétais aussi de la déception qui viendrait ensuite.
« Mademoiselle, la petite demoiselle ne peut pas encore manger de pudding. »
« Pouwquoiii ? Pouwtant c'est twès, twès bon ?! »
Ma grande sœur a demandé ça d'une voix qui montrait qu'elle ne comprenait vraiment pas.
« Parce qu'elle est encore un bébé. »
« Les bébés peuvent pas manger de pudding ? »
« Non. »
« .....Lara s'est retenue et elle l'a apporté pour Chacha. »
C'était une voix devenue boudeuse en un instant.
Alors la servante a consolé ma sœur et lui a dit.
« La petite demoiselle sera très contente, elle aussi, si vous le mangez. »
'Oui, c'est ça, c'est ça.'
J'approuvais la servante du fond du cœur.
De toute façon je ne pouvais pas en manger, et même si j'avais eu ma part de pudding, je l'aurais donnée à ma grande sœur.
Parce qu'il était bien trop évident que tu aimais beaucoup ça.
« Si Lara le mange toute seule, Sacha risque d'être triste. »
« Pouwquoi ? »
« Parce que quand Lara était malade, elle n'a eu que de la soupe. »
« Oui. »
« J'ai pas pu manger le chowbet que j'avais fait, et j'étais twiste. »
Ma sœur a murmuré ça d'une voix sombre, comme si le seul fait d'y repenser l'attristait.
« C'est pouw cha que moi non pwus je vais pas en manger. »
'Enfin, je t'ai dit de le manger !'
Je ne suis pas un bébé qui va bouder juste parce qu'elle n'a pas pu manger un pudding.
J'ai battu des mains, en espérant sincèrement que la servante comprendrait ce que je voulais dire.
Pendant un instant, j'ai même songé à parler à la servante en pensée, comme une révélation divine.
« Mademoiselle, je suis auprès de la petite demoiselle depuis sa naissance, n'est-ce pas ? »
« Oui ! Mais Chacha, elle m'aime pwus ! Pawce que je suis cha gwande sœuw ! »
Sur ce, la servante a laissé échapper un petit sourire devant ces mots qu'elle avait criés fièrement.
Enfin, moi aussi j'ai failli éclater de rire.
« Oui, cependant, comme je suis proche d'elle, je connais un peu les sentiments de la petite demoiselle. »
La servante a ouvert la bouche comme pour amadouer ma grande sœur.
« La petite demoiselle veut que Dame Laurentia mange quelque chose de bon. »
« .....C'est vwai ? »
« Bien sûr. »
J'étais tout à fait d'accord avec les paroles de la servante.
Alors, d'un coup, ma sœur s'est penchée vers mon berceau.
« Gwande sœuw peut vwaiment manger le pudding ?! »
C'était une surprise soudaine.
J'allais exprimer que c'était d'accord en battant des mains, mais.
« Keuf, keuf. »
C'est une petite toux qui est sortie.
« Oh non ! Notwe Chacha a l'aiw malade ! On fait quoi ?! »
« Oh non, mademoiselle. Vous avez froid ? »
Les deux se sont comportées comme s'il venait de se produire quelque chose de grave, en un instant.
C'était juste, c'était juste une toux !
Cette maison semblait vraiment faire beaucoup trop d'histoires pour des choses normales.
La servante a vérifié si la chaleur du thermostat avait baissé, et, le visage grave, elle a dit à l'autre servante d'appeler le médecin.
Et ma sœur, elle.......
« Je, je te pwête mon cerf ! »
Alors ma grande sœur, qui serrait très fort sa peluche de cerf, s'est dressée sur la pointe des pieds et a posé la peluche dans mon berceau.
« Non, mademoiselle. Sans lui, vous n'arrivez pas à dormir la nuit. »
« C'est pas gwave, Chacha c'est ma petite sœuw ! Pawce que je suis la gwande sœuw, je le donne ! »
Tu n'as pas besoin.... Vraiment.....
Je savais très bien à quel point ma sœur était attachée à cette peluche.
C'était la peluche qu'elle serre dans ses bras partout où elle va.
J'ai décidé d'exprimer mon refus pour que cette enfant passe une nuit paisible, et pour une autre raison.
'Ne sois pas gentille avec moi.'
Je commence à m'y habituer.
L'autre raison, c'était de me détacher d'eux.
L'expression de ma volonté, de tout mon cœur.
« Hiing, ouaaan. »
Ce n'était qu'un gémissement, bien sûr.
Je me suis sentie un peu coupable.
Parce qu'elle pourrait croire que je n'aimais pas sa peluche, et le cœur tendre de ma sœur pourrait en être blessé.
Je me sentais plus coupable en cet instant que le jour où j'avais mis le monde à feu et à sang en jouant les scélérates.
Ma grande sœur m'a vue pleurer et elle a demandé, en larmes elle aussi.
« Chacha, tu veux pas mon cerf ? »
L'effet était grand, parce que je geins très rarement.
« Qu'est-che que je fais ? Chacha pleuwe. Elle aime pas mon cerf. »
En me voyant geindre pour la première fois, ma sœur est devenue pâle et a tapé du pied.
La servante aussi a été décontenancée par cette situation inattendue.
J'ai senti que la servante, qui parlait affectueusement à ma sœur il y a un instant, ne savait plus quoi dire.
'Oui, comme ça, vous allez commencer à ne plus m'aimer.'
Même si c'était un peu dommage de ne plus voir aussi souvent une grande sœur aussi adorable.
Malgré tout, ce sera plus facile pour toi plus tard si tu te débarrasses de ton affection tant que je suis encore petite.
Cependant.
« Alows tu pwéfèwes les lapins ? Ou les tigwes ? »
Ma grande sœur, contrairement à son allure douce de barbe à papa, ne savait pas ce que renoncer veut dire.
« Gwande sœuw te donnewa tout ! Pleuwe pas, hein ? »
C'était une voix si admirable et si adorable.
Puis elle s'est couvert le visage avec les mains et l'a découvert.
« Chacha, wegawde gwande sœuw ! »
Elle a fait ce qu'elle pensait être une grimace drôle (pour moi ce n'était qu'une grimace mignonne) et me l'a montrée.
En voyant ça, j'ai senti mes lèvres me démanger de toutes leurs forces.
« Oh ! Oh ! »
« Qu'y a-t-il, mademoiselle ? »
« Chacha, Chacha a wi ! »
Je m'étais bien retenue jusque-là, mais c'était une attaque trop forte pour être supportée.
'Je suis fichue.'
Mais qu'est-ce que j'y peux.
Forcément, la bise glacée ne peut rien contre la chaleur du soleil.