Nous avons enfin pu prendre des congés, aussi la 2e unité se dirige-t-elle vers la surface.
Ah ah ah ah ah, mon corps est léger, si léger.
Force a été de constater qu'après avoir été contraints de faire de la musculation sans fin dans une source chaude à récupération infinie, nos corps sont devenus réellement légers ; je ne savais pas qu'une armure pouvait être si peu pesante.
Pourtant, nous transportons une grande quantité de serviettes, de savon et de miroirs, mais gravir les escaliers revient à marcher sur du plat.
Après tout, on nous a forcés à nous entraîner jusqu'à ce que nos silhouettes se transforment en blocs de muscles saillants.
Mais ces muscles gonflés à outrance, dignes de bodybuilders, retrouvent leur apparence habituelle dès qu'on trempe dans l'eau du 11e niveau.
Dans notre état actuel, si nous prenons notre temps, nous pourrions même porter la reine Teta jusqu'à conquérir la zone athlétique du 11e niveau.
Ah ah ah ah ah... haa.
Le corps est léger, mais l'esprit est lourd après cet entraînement infernal...
Heureusement qu'on a inventé, au niveau culinaire, des plats aux effets rafraîchissants pour l'esprit.
Sans cela, la moitié de la 2e unité aurait déjà craqué mentalement, en pleurant : « Oh père, oh mère, pardonnez notre impie précocité. »
C'est dire à quel point le dressage de la capitaine Touji était rude.
C'est en songeant à cela en regagnant le manoir que je vis qu'une partie du mur s'était effondrée.
Qu'est-ce qui s'est passé ? Une attaque, par hasard ?
« Ah, bon retour, Vihita ! »
Sans se soucier le moins du monde de cette situation anormale, mademoiselle Auf m'accueillit avec un large sourire.
Comment dire... ces derniers temps, le sourire de mademoiselle n'a aucun effet apaisant.
Vu l'état du manoir et l'atmosphère glaciale des alentours, inversement proportionnelle à son sourire.
On ne peut s'empêcher de se demander : « Qu'est-ce qu'elle a encore fait ? »
« Euh... mademoiselle, qu'est-il arrivé ? Ce mur... »
« Vous vous rappelez ? Avant, vous faisiez tourner une manivelle avec les pieds et les mains pour actionner les roues de la résidence mobile depuis l'intérieur. Ce prototype, là. »
Mademoiselle fait allusion à l'une des propositions rejetées lors de la conception de la résidence mobile.
Si je me souviens bien, c'était un échec complet : il fallait que cinq personnes synchronisent parfaitement leur rotation pour qu'il bouge ne serait-ce qu'un peu.
« Hmm ? Ah, oui... il y avait ça, je me souviens qu'on avait conclu qu'il était évidemment plus rapide de le pousser de l'extérieur vu son poids. »
« J'ai modifié ce mécanisme pour qu'il fonctionne à la vapeur ! L'expérience est un succès ! »
« ... Succès ? »
Je regardai le mur pulvérisé et les débris de ce qui fut probablement la résidence, et je le dis.
« C'est un succès ! Ça a bougé ! On a déplacé une résidence de plusieurs centaines de kilos !!? Si on n'appelle pas ça un succès, qu'est-ce que c'est alors ! »
« Non, mais... le mur... »
« Ce genre de détail n'a aucune importance ! C'est l'instant où naît une invention qui renverse le monde !?
Écoute bien, Vihita ? Pour qu'une invention fasse évoluer le monde par une révolution, il faut trois conditions !
L'invention elle-même, le budget, les équipements et le personnel pour la concrétiser, et enfin la preuve de l'effet économique qu'elle apporte au pays !
Si ne serait-ce qu'une manque, la réforme du monde ne tient pas !
Même si un savant de la ville invente seul quelque chose d'utile sur son bureau, ça n'a aucun sens s'il ne peut pas lui donner forme !
Partout dans le monde, des génies inconnus conçoivent des inventions et des plans qui pourraient ébranler le monde, mais finissent enfouis sans pouvoir être réalisés, c'est certain !
Et même s'ils ont la chance d'emprunter la main d'artisans et de se trouver en position de concrétiser leur invention dans un laboratoire.
Ensuite, si cela ne génère pas une valeur qui justifie une production de masse, ça n'a aucun sens !
C'est ça ! Les deux premières sont déjà cochées !?
Il ne reste plus qu'à montrer concrètement à Sa Majesté Yusa l'effet économique certain de cette invention, et le monde va changer radicalement à partir de maintenant ! »
D'une expression terrifiante, mademoiselle continua à déverser son flot de paroles.
Détruire le mur de l'hôtel ducal n'est absolument pas un « détail », je pense.
... Ceci dit, voir mademoiselle Auf s'emballer et disserter avec ferveur sur des choses incompréhensibles, c'est son quotidien.
Mais cette fois, son intensité est supérieure à d'habitude. Ses yeux sont complètement hors de contrôle.
« Réforme du monde », « le monde va changer radicalement » : les mots qu'elle utilise, comment les entendre, ne correspondent qu'à ceux d'une personne dangereuse chez qui un dieu serait descendu dans le cerveau.
Si ce n'était pas mademoiselle Auf qui les prononçait, on croirait voir quelqu'un qu'il faut emmener d'urgence à l'hôpital.
« Je vais habiter un moment au laboratoire du palais royal ! Vihita ! Guide-moi ! »
Juste quand je pensais enfin pouvoir me reposer, boire un coup et m'effondrer comme une morte, me voilà déjà avec du travail sur le dos.
Cependant, rester au manoir m'aurait sans doute valu d'être réquisitionnée pour la réparation du mur, alors partons au plus vite.
Depuis tout à l'heure, je sens les regards brûlants des servantes et des gardes qui peinent à déblayer les gravats.
Arrivées au laboratoire du palais royal avec mademoiselle, je vis quelques chercheurs se précipiter en panique pour lui parler.
« On a entendu dire que le mur de l'hôtel ducal s'était effondré, mais...まさか... »
« Eh bien oui ! Quand on a monté ce dispositif de propulsion sur l'ancienne résidence mobile, elle a bougé comme il faut !
Le dispositif de sécurité n'a pas bien fonctionné, alors elle a dérapé et s'est écrasée dans le mur, détruisant le prototype de réacteur avec la résidence... mais la puissance est amplement suffisante ! »
À ces mots, une partie des scientifiques du laboratoire se mirent à sauter de joie, s'enlaçant et criant trois fois banzai.
Hey, vous non plus, le fait d'avoir défoncé le mur de l'hôtel ducal, vous vous en fichez !?
Qu'est-ce qui vous rend si heureux !?
« Fufufu, Vihita, regarde ça, c'est facile à comprendre, je fais aussi un bateau comme ça. »
Mademoiselle désigna ce qui ressemblait à un petit bateau en métal.
Apparemment, il est fabriqué en récupérant et bricolant des boîtes de conserve vides de cette viande salée qu'on trouve au Donjon Mange-sans-souci.
Quand mademoiselle posa le bateau sur l'eau et y alluma une bougie, il se mit à avancer en faisant *poko poko*.
Quel en est le principe ? Un jouet amusant.
« Si on arrive à en faire un à taille réelle, les navires pourront se déplacer librement sans dépendre du vent, rien que ça, le monde change, non ? »
« C'est possible ? Une chose pareille ? »
« Le nouveau métal ultra-résistant du Donjon de Fer, les outils renforcés dans l'eau de renforcement d'équipement du Donjon thermal, et le traitement d'étanchéité parfait par l'eau de réparation !
Grâce à cette combinaison, la puissance seule est déjà assurée ! ... Reste la manœuvrabilité, la sécurité... les problèmes s'empilent encore, mais... »
Au laboratoire, il y a des jouets comme des wagonnets en boîte de conserve qui roulent au feu d'une bougie, des moulins à vent et des roues à aubes qui tournent sans fin à la vapeur.
Qu'est-ce que c'est ? Ils comptent vraiment fabriquer ces jouets à l'échelle réelle et les faire fonctionner dans la vie courante ?
... À l'œil nu, ça pourrait remplacer des roues à aubes ou des moulins à vent, mais je ne peux pas croire que ça puisse remplacer des voiliers ou des chars tirés par des chevaux.
Pensez-vous au poids d'un navire ou d'un charriot ? Il n'y a pas moyen qu'une chose pareille avance avec de la simple vapeur...
En pensant cela, je me rappelai l'état du mur de l'hôtel ducal détruit.
... Autrement dit, ce genre d'engin géant bouge vraiment à la vapeur ?
J'ai du mal à y croire sur le moment.
« Quoi qu'il en soit, il faut fabriquer un prototype qui convainque Sa Majesté Yusa ! Je décrocherai coûte que coûte le budget et les effectifs au niveau national !
D'abord, le pompage de l'eau ! L'eau du 1er niveau du Donjon thermal, pompée avec une efficacité plusieurs fois... non, ce n'est pas assez ! L'objectif, c'est des dizaines de fois l'efficacité des actuelles roues à aubes actionnées à la force humaine !
Si on y arrive, non seulement le transport de l'eau du Donjon thermal, mais l'approvisionnement en eau pour l'agriculture et les villes en sera fondamentalement transformé !
... Comme ça, ce deviendra un projet national, et on pourra sécuriser massivement budget et personnel pour l'amélioration et la production ! »
« Le nouveau matériau du Donjon de Fer fait défaut, Auf-sama. »
« Nn~... j'en ai utilisé pas mal pour le prototype... ah, c'est vrai, il faut récupérer les matériaux importants !
Vihita ! On rentre au manoir tout de suite ! Il faut vite déterrer les pièces encore utilisables dans ces gravats ! »
Hein ? Je dois déblayer ces gravats ?
Mademoiselle compte vraiment m'ordonner ce travail, à moi qui viens juste de rentrer du donjon, exténuée !?
Mademoiselle n'a donc pas un gramme de pitié ?
Je sais bien que quand elle entre dans cet état mental dangereux, elle en est dépourvue, mais quand même !
Et c'est ainsi qu'après être revenue au manoir, je fus naturellement réquisitionnée pour la réparation et le nettoyage du mur.
Ça a l'air pénible... pensai-je, dégoûtée, en commençant à évacuer les débris, mais ils étaient si légers que j'en fus surprise.
Comparé aux jours où on me faisait faire des squats et des pompes jusqu'à en perdre connaissance, les yeux révulsés, avec la capitaine Touji portant un gros rocher sur le dos, c'est sans effort aucun.
Alors que les domestiques peinaient à trois pour transporter les gravats, je les emportais *hyoï hyoï* toute seule, et en une petite heure, tous les gros débris étaient évacués et les pièces dont mademoiselle avait besoin, récupérées.
« Eh bien, je vous laisse le reste du nettoyage fin et la réparation du mur. »
Quand j'annonçai cela pour retourner dans ma chambre, les domestiques autour de moi me regardèrent avec crainte, d'autres avec vénération.
Pourquoi ? Juste parce que je suis devenue plus forte, pourquoi dois-je subir de tels regards ?
Même mademoiselle Auf, qui a reçu les pièces, me regarde comme si je’étais une bête curieuse.
Qu'est-ce que c'est ? Je m'en fiche.
Je bois du whisky et je dors.