« Voici l'endroit… »
« Ho ho, quel village bien peu animé… »
Après avoir rencontré le marchand, nous sommes arrivés au village en question au bout d'un moment.
Vu de l'extérieur, le village est sombre dans son ensemble et dégage une atmosphère qui dissuaderait quiconque passerait par hasard de s'en approcher.
« Bon, entrons voir. On ne peut rien résoudre si on ne connaît pas la cause. »
« C'est vrai. Moi non plus, je n'ai pas encore de certitude. »
Straw semble avoir une idée de la cause de la maladie, mais il ne me la dit pas.
Apparemment, cela a un rapport avec un dieu, mais que ferait-on si c'était une simple épidémie ?
Bon, je vais vérifier ça maintenant.
En entrant dans le village, on voit de jeunes hommes assis contre les murs des maisons, un peu partout, à se reposer.
Tous ont le visage éteint.
Mais ils ne semblent pas atteints par la maladie.
Tandis que je regarde autour de moi en avançant, l'un d'eux m'aborde.
« … Vous êtes un voyageur ? »
« ! Ah, on peut dire ça comme ça. »
« C'est ça. Alors feriez mieux de repartir au plus vite. Ce village est foutu. »
« … Parait qu'une maladie sévit. Vous pourriez m'en dire plus ? »
« Ha, un curieux. C'est bon, au moins faites passer l'info à l'extérieur. »
Voici ce qu'il m'a raconté.
Il y a quelques jours, un enfant du village est tombé malade soudainement.
Comme les symptômes ressemblaient à un rhume, on a appliqué les traitements habituels, mais il ne guérissait pas, son état empirait et la maladie a commencé à contaminer les gens autour.
Quand on a réalisé la gravité, la plupart des enfants et des vieillards étaient déjà à terre, la situation était hors de contrôle.
Aujourd'hui encore, les hommes sont accaparés par les soins, ils se relaient pour veiller les malades tant bien que mal.
« … La situation est bien pourrie. »
« C'est vrai… »
Pour l'instant, nous avons pris une chambre à l'auberge du village.
Le tenancier a l'air affaibli lui aussi, sa femme et sa fille sont alitées, mais il nous a logés de force, alors j'ai payé un peu plus cher.
Bon… comme je n'ai plus de mana, je ne peux pas utiliser mon Sac Magique, c'est l'argent que j'ai récupéré chez les bandits tout à l'heure.
« Alors, ton pressentiel était bon ? »
« À peu près… disons. »
« Alors dis-le moi. Quel rapport entre cette maladie et un dieu ? »
« Hum… »
Straw descend du lit où il était assis et se penche par la fenêtre.
« … Il est là, comme je pensais. »
« Hein ? Qui ça ? »
« Réjouis-toi, gamin, j'ai enfin ma certitude ! »
« … ? »
Straw, tout fier, me choppe la main et m'entraîne dehors de l'auberge.
Resté coi, je cours derrière lui dans le village jusqu'à ce qu'il s'arrête enfin au centre.
« H-hey ! Qu'est-ce que tu fabriques ! »
« Le centre du village, c'est ici. »
« Ha ? »
Pas la moindre explication depuis tout à l'heure.
Je commençais à sérieusement envisager de lui faire un bon shampooing crânien, quand ————.
« Sors, tu es là, non ? »
« —————— Oh oh, si ce n'est pas le Dieu de la Destruction-sama… »
Je recule involontairement.
Sans que je m'en rende compte, un enfant se tient là.
Il a des cheveux d'un violet foncé, toxique, et un visage dépourvu de la moindre once d'enfance.
À vue de nez, on ne sait même pas s'il est garçon ou fille. Sa voix laisse penser que c'est un garçon.
Comment dire… il dégage la même aura que Cléasil-sama.
« … 〈Épée Démoniaque de la Maladie Félibre〉, c'est bien ton œuvre, hein. »
« Je ne m'attendais pas à être repéré aussi vite, Dieu de la Destruction-sama. À vous voir, on dirait que je suis la première Épée Sacrée. »
« Hein ? Épée Sacrée ? »
J'entends un mot qui ne passe pas, et j'interviens malgré moi.
Épée Sacrée, ça désigne une arme qui dépasse l'entendement humain, logée dans le corps d'un humain invoqué d'un autre monde.
Moi, Fuyuma, et accessoirement Kōma, bref, ceux qu'on appelle les Héros en possèdent une.
Il voudrait me faire croire qu'un gamin comme ça en a une ?
« C'est pas ça, . Ce gars n'a pas d'Épée Sacrée. C'est radicalement différent. Lui… lui-même est l'Épée Sacrée. »
« … Ha ? »
C'est quoi ça ? Je pige rien.
Sous n'importe quel angle, ce gamin est un humain.
Il dégage une aura bizarre, mais nulle part on ne dirait que c'est une épée.
« … Dieu de la Destruction-sama, cet homme a l'air sacrément bouché. Comme ça, il comprendra peut-être ? »
« ! Arrête ! »
Je sors instinctivement le Kuromaru brisé que je porte dans le dos.
Un son mat, et je me retrouve à rouler par terre.
« Qu-quoi !? »
Le bras m'est engourdi.
Pas au point de ne plus bouger, mais la force ne rentre plus.
Je me relève illico et regarde devant : le voilà, avec un bras transformé en lame à simple tranchant.
« Oh, bien paré. »
« ! Ne te laisse pas faire ! »
« ! Comment ça se fait, ce type ! »
J'ai jamais vu un type capable de transformer son bras en lame.
Et puis, même sans mana, il m'a soufflé.
Niveau puissance pure, il pourrait rivaliser avec Fuyuma.
« La Déesse Créatrice Cléasil-sama nous a créés, nous les Épées Sacrées, pour exterminer les "humains". À l'origine, on est sous forme d'épée, mais quand on n'a pas de porteur, on peut aussi exister en prenant un corps humain. Bon, forcément, la puissance en prend un coup. »
Épée Sacrée ? Cléasil ? Merde… j'étais aussi con que ça ?
J'essaie de mettre de l'ordre dans les paroles de ce type que je ne comprends pas du tout.
Mais non. En gros, c'est une épée qui parle, c'est ça ?
« , ce que tu dois penser maintenant, c'est comment le battre. Tant qu'il est pas abattu, ce village n'aura pas la paix. »
« Ah!? L'action va trop vite, j'arrive pas à suivre ! Résume-moi ça clairement ! »
« Le gars devant toi est la cause de la maladie ! Tu le bats, tout le monde est content ! OK !? »
« O-ouais… comme ça, c'est plus clair… »
Il a soudain parlé normalement, ça m'a surpris, mais au moins mon cerveau a rattrapé la situation.
Je demanderai les détails à Straw plus tard, pour l'instant, faut juste que je le batte.
Peu importe ! De toute façon, il a cherché la bagarre, je vais lui exploser la gueule !
« Vous avez l'air décidé à vous battre. Avoir le Dieu de la Destruction pour ennemi, c'est passablement désespéré, mais ma mission n'est pas finie. Je vais vous trancher. »
« Vas-y ! »
J'enfonce fermement le pied dans le sol et bondis sur Félibre.
J'abats Kuromaru verticalement, et Félibre sort une épée de son propre corps pour la réceptionner.
Cette lame est tordue, et tout aussi toxique.
… Il l'arrête normalement, un peu vexant ceci dit.
« Pour un corps humain, c'est un coup lourd. Moi aussi, j'arrête de me retenir. »
« ! »
Je suis repoussé.
Alors que je reprends ma posture en reculant, Félibre pose délicatement la main sur sa lame.
« Envahissons, 〈Félibre〉 ! »
Un pressentiment violent, désagréable, m'envahit.
Une miasme violette déborde de son épée.
Mon instinct hurle de ne pas y toucher.
« C'est mauvais ! ! Toi comme tu es maintenant, tu ne tiendras pas ! Recule immédiatement ! »
« J'ai compri… s ! »
Je balaye la miasme qui fonçait sur moi avec Kuromaru comme un évent, et fais un grand pas en arrière.
Dans le fond de ma vision, je vois Félibre décoller du sol.
« Reculer bêtement n'est pas la meilleure option ! »
« Guh ! »
J'utilise le plat de Kuromaru comme bouclier.
En plein centre, son estoc frappe.
C'est lourd, un simple estoc, et pourtant.
Avec une propulsion phénoménale, mon corps est projeté en arrière.
Finalement, je traverse une maison et m'écrase sur le plancher à l'intérieur.
« Ga… hey hey… c'était pas ton plein pouvoir, j'espère… »
Tout me fait mal.
Pas de blessure voyante, mais des égratignures partout.
Bon, ce niveau, c'est rien. Le problème, c'est si je peux encaisser son plein pouvoir dans mon état.
Franchement, impossible. Déjà, là, le bras m'a pas mal engourdi.
Probablement qu'ils ont une infime puissance divine.
C'est pour ça qu'il a la même aura que Cléasil.
Au fait, c'était quoi déjà ? La puissance divine fait grimper le niveau d'une dimension ?
J'ai envie de dire : « si j'avais au moins du mana ».
Mais y a rien à faire. Tant que mon corps bouge, je vais m'écraser sur lui.
« Keho… keho… »
« ! »
« Ah… grand frère… qui ? »
Mes pieds s'arrêtent là où je ne m'y attendais pas.
C'est la fille de cette maison, sans doute, une gamine aux yeux vides, couchée dans un lit.
Le visage rouge, elle a de la fièvre.
… Voilà, c'est un enfant malade.
« Désolé, je t'ai réveillée. »
Je caresse doucement la tête de l'enfant qui essayait de se lever, et la recouche.
Mauvais, j'ai cassé le mur. Je le réparerai plus tard.
Et puis, faudra que je soigne leur maladie.
« C'est douloureux ? »
« Un… un peu. »
« D'accord —————— Attends, je vais te remettre sur pied tout de suite. »
Des gamins si petits qui souffrent.
Si c'est l'œuvre de ce Félibre… j'ai pas le temps de geindre.
« Merci… grand frère… »
« Ouais. »
… Elle s'est endormie.
Probablement que la fièvre était trop haute, elle n'était pas vraiment consciente.
C'était sûrement surtout du délire.
Pourtant, elle avait un visage qui disait « aide-moi ».
Je ferai tout ce que je peux.
Pas la peine d'avoir peur, moi aussi j'ai une Épée Sacrée —————— hein ?
« … J'en ai une, moi aussi, d'Épée Sacrée. »