« Shironeko-san, Mineko-san, quel motif vous amène à la capitale royale aujourd'hui ? »
« Ce n'est pas une grande raison. Nous sommes venues saluer le Roi-Bête. »
« On ne s'est pas montrées ces derniers temps…… »
« Je vois. Et cette personne est une amie ? À en juger par son apparence, c'est un humain…… »
« C'est à la fois une amie et un maître. »
« Hein ? »
Pour entrer dans la capitale royale Regdam, il fallait obligatoirement passer par la porte de la ville-château.
Le paysage de la ville-château qui s'étendait au-delà, construit entièrement en bois contrairement aux cités des humains ou des démons, me fit ressentir une nostalgie teintée du parfum intense de la nature.
« ……Ce soldat, il a fait de gros yeux de surprise, mais c'était vraiment bon ? »
Aux sœurs chattes qui étaient passées presque sur leur seule tête, je lançai d'un ton ahuri.
Il y avait de quoi faire plusieurs remarques, mais pour l'instant j'écoutai leur histoire.
« Le fait que nous ayons maintenant un maître a dû être un choc considérable pour eux. »
« Nos sœurs ont toujours été isolées toutes les deux. Si l'on amène soudain un maître, c'est normal d'être surpris. »
« Non non, attendez vous deux. »
Pourquoi suis-je devenu leur maître ?
On dit que chez les hommes-bêtes, certaines races spécifiques ont l'habitude d'avoir un maître.
Pour être précis, j'ai entendu parler de cette coutume pour la première fois quand Roa, la fille du Roi-Bête, m'a supplié de devenir son maître.
Apparemment, devenir l'animal de compagnie de celui qui vous a battu — peu importe la race dans ce cas — et se faire « garder » procure du bonheur.
Mais même avec Elka qui est une masochiste invétérée, je n'ai jamais ressenti l'envie de « garder » quelqu'un, et pour ne pas éprouver ce genre de désir tordu à l'avenir, j'ai poliment refusé.
J'ai dû endurer qu'elle vienne pleurer contre moi pendant un moment……
« m'a battue. C'est naturel qu'il devienne mon maître. »
« Je n'ai pas donné mon accord…… »
« Désolée…… mais comme ça, ça sert de preuve d'identité pour -san, non ? »
« Hm ? ……Maintenant que tu le dis »
Certes, même si je suis avec ces deux qui sont apparemment célèbres chez les hommes-bêtes, ma présence doit attirer l'attention dans cette ville où les humains vont et viennent à peine à cause de la guerre.
D'après Mineko, il n'est pas rare que des types cherchent la bagarre en cherchant des noises.
Mais en propageant l'histoire que je suis leur maître, ça devient la preuve que je suis plus fort qu'elles.
« Si c'est ça…… bon, j'ai compris. »
« Merci. Supportez cette position pour un moment…… il semble que ma sœur veuille que vous restiez son maître pour la suite aussi…… »
« Ce serait gâcher de laisser partir un maître aussi fort. Je peux me vanter auprès de mes amis. »
Shironeko enlaça mon bras en disant cela.
Je sentis l'odeur douce d'une femelle qui excite les mâles émaner de son corps collé au mien, mais je l'ignorai pour l'instant.
D'ailleurs, quoi, elles ont l'habitude de se vanter de leur maître ?
D'habitude, c'est le maître qui se vante de son animal, non……
« ……Bon, on en reparlera plus tard. Plus que ça…… c'est toujours aussi énorme. »
Gardant Shironeko accrochée à moi, je levai les yeux vers l'arbre géant qui se dressait devant moi, d'une taille qui faisait passer les gratte-ciels des villes pour des jouets.
〈Arbre-Monde〉――――――
C'est l'arbre le plus gigantesque et le plus longévif de ce monde, et le plus grand bâtiment supportant le château de la capitale Regdam. À l'intérieur du bois, des couloirs et des pièces s'étendent comme une fourmilière, et y vivent ensemble les chevaliers qui protègent la capitale, les médecins attitrés, la famille du Roi-Bête, et même ceux qui ont trouvé grâce à ses yeux.
Pour créer un tel espace, l'intérieur a dû être considérablement creusé.
Pourtant, l'Arbre-Monde n'a jamais vacillé un seul instant.
Probablement, même pour moi ou Fuyuma, le couper serait une tâche impossible.
D'ailleurs, contrairement aux Arbres-Monde de divers jeux fantasy, celui-ci n'est qu'un simple arbre du sommet aux racines.
Ses feuilles ne ressuscitent pas les morts, et ses gouttes ne restaurent pas totalement la vitalité des compagnons.
Il ne possède pas de mana particulier, c'est vraiment juste un arbre. Il n'y a pas de romance, quoi.
« Dans le fantasy, l'Arbre-Monde est censé avoir un rôle super important, pourtant…… »
« Je ne comprends pas bien ce qu'est le "fantasy". Mais l'Arbre-Monde n'a pas de rôle important. »
« C'est la demeure du Roi-Bête et des siens, ceci dit. »
« C'est ça qui existe. L'Arbre-Monde est important, après tout. »
……Non, ce n'est pas ça.
***
« ————Hé, voilà une odeur nostalgique qui arrive. »
La pièce au sommet du château de l'Arbre-Monde.
C'est la salle du trône, où est placé le siège royal.
« Papa, qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Hé, tu es une fille, tu ne devrais pas dire "papa" ? »
« C'est pas grave, non ? »
Un homme à la carrure robuste assis sur le trône.
Ses cheveux dorés poussent en vrac, et ses yeux sont assez acérés pour sembler pouvoir tuer d'un seul regard.
Mais contrairement à cette apparence frustre, il fit une remarque à la jeune fille qui rongeait un os de viande en s'étalant devant lui, comme pour gronder doucement son propre enfant.
La fille a les mêmes cheveux dorés que l'homme, qui lui descendent sous les épaules.
Ils sont laissés en broussaille, mais sans donner d'impression de négligence.
Son corps est légèrement hâlé, sa poitrine modeste, et le reste est fermement galbé, sans le moindre gras superflu.
Ses traits rappellent vaguement ceux de l'homme, et on n'aurait aucun mal à croire qu'ils sont parent et enfant.
Non ———— en réalité, ils le sont vraiment.
« Roa, bon sang…… comment la fille du Roi-Bête peut-elle être dans un tel état…… sois un peu plus digne de ma fille. »
« Toi qui dis ça, papa, vu ton statut de Roi-Bête, parle avec un peu plus de dignité. »
« Urk…… »
Le Roi-Bête Regulus…… roi des hommes-bêtes et détenteur d'un pouvoir absolu, resta coi face au magnifique contre de sa fille Roa.
« Plus que ça, tu m'as demandé ce qui m'arrivait, non ? »
« "Plus que ça"…… bon, soit. Roa, tu ne sens rien ? Cette odeur. »
« Hm ? »
Interpellée, Roa renifla, mais ne perçut rien de particulier.
« Mmm, je sais pas. »
« Je vois, ton entraînement est encore insuffisant. Va voir en bas pour l'instant. Il y a un visage nostalgique. »
« Un visage nostalgique ? …… Compris, j'y vais. »
Tout en jetant un regard dubitatif à Regulus, Roa posa sa viande à moitié mangée sur l'assiette posée au sol, et se mit en marche pour quitter la pièce.
Juste avant de sortir, Roa se tourna soudain vers Regulus.
« Ne touche pas à ma viande ! »
« J'en veux pas ! Dépêche-toi d'y aller ! »
« Alors c'est bon ! »
Et cette fois, Roa quitta vraiment la pièce.
Dans la salle du trône redevenue silencieuse, Regulus s'enfonça profondément dans son siège.
« ……Je n'aurais cru qu'il était encore en vie, …… »
——— Rien qu'à l'idée de pouvoir me battre à nouveau contre toi, j'en frémis d'excitation……
Le Roi-Bête sourit.
Face à la perspective de retrouvailles avec un rival, un adversaire de taille, pour exprimer cette excitation.
Le Roi-Bête rit à gorge déployée.
Pour savourer la joie de revoir un ami cher qu'il pensait ne plus jamais rencontrer ————