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Isekai Shoukan wa Nidome Desu

Chapitre 11

Isekai Shoukan wa Nidome DesuIsekai Shoukan wa Nidome Desu
Chapitre 11

Chapitre 11

Chapitre 11/7016%~12 min de lecture2 373 mots

Cette jeune fille qui se présentait sous le nom de Ruri était, disait-elle, apprentie marchande.

Un certain temps s'était écoulé depuis lors. Nous nous étions un peu éloignés de l'endroit, et nous étions en train d'enterrer les dépouilles des aventuriers de garde tués dans un trou creusé par la magie de terre. C'était une sorte de code d'honneur entre aventuriers : on doit enterrer les corps de ses pairs. Il y avait deux raisons à cela : empêcher l'apparition de monstres attirés par les cadavres, et empêcher que les corps, laissés à l'abandon, ne se transforment en morts-vivants sous l'effet de la magie ambiante. La première raison allait de soi, mais la seconde était plus complexe.

C'était du domaine du savoir commun chez les aventuriers : si un animal de forme humanoïde meurt et est laissé dans la nature, il absorbe la magie du lieu et devient un mort-vivant. Les morts-vivants en eux-mêmes ne sont pas très puissants, classés autour du rang C, troisième à partir du bas, mais il arrive parfois qu'un ami proche se transforme en mort-vivant et qu'on ne puisse pas lui porter le coup, finissant par se faire dévorer. Pour éviter de tels drames, ce travail était nécessaire. On ne pouvait pas se contenter de dire que c'était ennuyeux.

Une fois cela fait, Ruri et moi avons redressé la charrette renversée, et nous avancions sur la route, la tirant grâce au cheval qui, fort heureusement, n'avait pas pris la fuite. C'était Ruri qui tenait les rênes.

« Cela dit... un gamin comme toi, marchande... »

« Ne m'appelez pas gamin ! Et je l'ai déjà dit plusieurs fois, je suis apprentie ! A-p-p-r-e-n-t-i-e ! »

Ah, c'est vrai.

Cette fille, Ruri, accompagnait son grand-père qui était marchand, et l'aidait dans son travail. Mais son grand-père était décédé de maladie il y a quelques jours. Elle avait accumulé une certaine expérience en tant que marchande, mais son grand-père ne l'avait finalement jamais reconnue comme une véritable professionnelle, la laissant au stade d'apprentie.

« Mais si je parviens à livrer cette broche sur le continent des démons, peut-être que grand-père, là-haut, me reconnaîtra enfin. »

Son objectif, à ce qu'il paraît, était de remettre une broche à une certaine personne se trouvant sur le continent des démons. À l'origine, son grand-père s'était rendu sur le continent des démons et cette personne lui avait demandé de la faire réparer, ce qu'il avait accepté. L'argent avait déjà été versé, il ne restait plus qu'à la livrer.

« Grand-père est mort alors qu'il s'apprêtait à partir la livrer... C'est pourquoi moi, sa disciple, je dois absolument la remettre. »

« Tu as donc décidé de partir, et sur la route, tu as eu droit à ce genre d'accueil... »

« Uu... »

Je jetai un œil aux marchandises chargées dans la charrette. Dans l'ensemble, beaucoup d'articles divers, rien de périssable bien sûr, mais de la viande séchée et d'autres aliments de conservation étaient ensachés.

C'étaient de vrais produits commerciaux, et elle comptait apparemment faire du commerce sur le continent des démons en même temps qu'elle livrerait la broche. C'est bien la petite-fille d'un marchand... Cela explique pourquoi les bandits les avaient ciblés.

« J'avais bien passé une demande de garde, mais je n'ai pas pu engager des aventuriers de haut rang... J'ai réussi à en embaucher tout juste avec mes fonds limités... »

C'étaient donc ces types qui s'étaient fait tuer.

« Eh bien, sans mettre le paquet, on ne peut pas engager du haut rang... »

Pour du rang S ou plus, trois mois de salaire ne suffiraient pas. Judicieux par leur équipement, ceux-là étaient probablement de rang C, le genre qu'on peut embaucher en mettant un peu le prix. Honnêtement, c'était un niveau peu rassurant.

« Heu... Je voulais demander, est-ce que c'est vraiment bien de ne rien me devoir en retour ? »

« Je t'ai dit que c'était bon. J'ai pu apprendre comment aller à la ville portuaire, ça me suffit. »

J'avais accepté le rôle de garde en échange d'une place dans la charrette jusqu'au port.

Elle s'était retrouvée seule, et l'idée de la laisser là pour courir de mon côté à pleine vitesse ne m'enchantait pas. Je venais de la sauver, la laisser se refaire attraper et vendre serait le pire...

« Mais... »

« Bon, tu m'offriras un repas quand le travail de livraison de la broche sera fini. »

« Hein !? Vous venez jusqu'au bout avec moi !? »

« Hm ? Ah... moi aussi ma destination, c'est le continent des démons. »

Si on va au même endroit, m'y rendre en l'accompagnant ne me fera pas perdre beaucoup de temps. Je ne pourrai pas m'occuper du retour, ceci dit.

« Vraiment !? Au fait, vous allez y faire quoi ? »

« Je vais voir un ami. Ça fait cinq ans qu'on ne s'est pas vus. »

« Je vois... »

Il faudra déjà que je lui assène un coup de poing quand on se verra... Ceci dit, est-il au château du roi démon ? S'il y a une guerre, il se peut qu'il soit absent...

( Bah, si c'est le cas, tant pis. J'attendrai assis sur le trône... Kuhuhu )

Je me demande ce qu'il penserait de voir un inconnu assis sur son fauteuil.

« Seitsu-san, vous faites une sale tête... »

« Ah, pardon pardon. »

J'ai encore eu l'habitude d'imaginer des farces. Ce type a un ton arrogant, mais ses réactions sont drôles, c'est ça qui le rend amusant à taquiner.

En imaginant la scène de la prochaine taquinerie, je ricannai tout seul, quand je sentis une sorte d'accroche dans ma tête.

« Hmm ? »

« Il y a un problème ? »

Je ne sais pas... Quelque chose me tracasse.

« Non... c'est rien. »

« ? C'est bon, alors. »

J'ai creusé un moment après, mais l'accroche dans ma tête ne disparut pas.

Une nuit entière de route plus tard, nous atteignîmes enfin la ville portuaire au milieu du jour suivant.

« Nous sommes arrivés, Seitsu-san ! »

« Ah... une sacrée odeur de marée. »

J'étais allé à la mer plusieurs fois au Japon, mais c'était quand j'étais petit. Cela faisait longtemps, et ce paysage où le bleu s'étend à perte de vue me parut incroyablement frais.

Dans la ville, toutes sortes de poissons étaient vendus un peu partout dans les commerces, et les tenanciers criaient à tue-tête pour les écouler. Cela ne me rappelait pas les marchés japonais ?

« Je suis déjà venue plusieurs fois dans cette ville portuaire, mais j'adore cette odeur de marée et cette ambiance commerciale. »

Les yeux de Ruri brillaient tandis qu'elle le disait, et elle les promenait sur les nombreuses boutiques qui bordaient cette grande avenue menant droit à la mer. En tant que marchande, elle devait aussi observer les méthodes de vente.

Moi non plus je ne suis pas marchand, mais je n'aime pas cette atmosphère.

« Bon, au lieu de baver devant la ville, on va pas vérifier les horaires des bateaux ? En achetant le déjeuner en même temps. »

« Ah, oui... Mieux vaut partir le plus tôt possible. »

Une fois la direction décidée, nous achetâmes des poissons entiers embrochés pour le midi, et nous les dévorâmes en nous dirigeant vers le bord de mer où devaient partir les bateaux.

... Hein ? Attendez ?

Bateau ?

« Ah !! »

« Hein ? Les bateaux ne sortent pas en ce moment ? C'est la guerre, après tout. »

Gwoooo !! C'est bien ce que je pensais !!

« Co... comment ça... »

Ruri s'effondra visiblement sous mes yeux.

Ce qui m'avait tracassé hier, c'était ça.

( ———— En pleine guerre, les bateaux ne circulent pas, idiot !! )

Si un bateau arrive du continent ennemi, on l'attaque d'abord... Même s'il montre qu'il n'a aucune intention hostile, on ne peut pas prendre le risque qu'il y ait un quelconque danger.

Et c'est pareil dans l'autre sens...

L'option bateau venait de s'envoler complètement.

« Pour l'instant, il n'y a plus aucun moyen de traverser entre les continents. Rentrez chez vous. »

« Uu... »

Finalement, nous dûmes faire demi-tour sur le chemin venu.

Les chevaux qui tiraient la charrette avaient l'air déprimés eux aussi... Non, c'est probablement la déprime de Ruri qui était si intense qu'elle leur était contagieuse.

« Ne sois pas si abattue. »

« C'est impossible... C'était ma chance de devenir une vraie professionnelle... »

Quand elle fait une tête à pleurer, moi aussi j'ai envie de faire quelque chose.

Il y a une seule méthode, mais... hum.

« Dis, Ruri ? »

« Oui ? »

« Il y a un seul moyen... mais... »

À ces mots, l'attitude de Ruri changea du tout au tout, et elle se mit à me supplier goulûment.

« Quelle méthode !? Dites-le-moi !! »

« Heu... Tu le gardes pour toi ? »

« Je ne le dirai à personne, jamais !! »

— Puisque c'est promis.

« Bon, suis-moi un peu. »

Je pris la main de Ruri qui me regardait avec des yeux pleins d'espoir, et l'emmenai vers l'endroit où l'on pourrait trouver ce moyen.

« Ici, ça ira. »

Après avoir longé la côte un moment, cherchant un endroit sans monde, nous trouvâmes un coin rocheux, peu fréquenté, qui convenait parfaitement. Ça avait l'air bien.

« On y est. »

« Ici... heu, heu... »

« Hm ? »

Pourtant, alors qu'on allait enfin pouvoir traverser le continent, Ruri baissait la tête, raidie.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Ce... c'est... il serait temps de... »

« Hm ? ———— Ah, pardon. »

C'est vrai, je lui tenais la main depuis tout à l'heure. Pour une fille de son âge, ça a pu être désagréable.

« J'ai manqué de délicatesse, je ferai attention à l'avenir. »

« He !? Non... oui. »

Hein ? Est-ce qu'elle rougissait parce qu'on se tenait la main ? Hahaha, ce gamin.

« Allez, allez, arrête de rougir et suis-moi. »

« ———— Na !? Je... je ne rougis pas ! »

« Oui, oui, c'est bon, viens. »

« Vous ne me croyez pas !? Seitsu-san, vous êtes méchant ! »

Pardon, pardon, m'excusai-je. Elle aussi est amusante à taquiner, je vais devoir un peu plus m'y mettre à l'avenir.

Je marchai devant elle, progressant sur les rochers instables. Je cherchais un endroit précis.

« Oh, ici, ça devrait... »

« Il y a quelque chose ? »

« Regarde juste... yotto. »

L'endroit que je cherchais était un rocher assez proche de l'eau pour qu'on puisse y tremper la main. Il y avait pas mal de gros rochers, j'avais un peu craint de ne pas en trouver.

Je m'accroupis et plongeai la main dans la surface de l'eau, agitée par les vagues propres à la mer.

« Appel pour toi, < Léviathan >. »

Je le murmurai, mais rien ne changea aux alentours.

« Rien ne se passe, cependant ? »

Ruri le fit remarquer, mais simplement rien ne s'était encore produit.

Elle ne s'en était peut-être pas rendu compte, mais les vagues devenaient progressivement plus violentes.

Et peu à peu, la surface de la mer devant nous commença à se soulever.

« Il est là. »

« Qu... qu'est-ce que c'est... ça... »

Ce qui soulevait la mer, c'était l'énorme tête d'un dragon. Recouverte d'écailles bleues, cette tête portait des crocs acérés dans sa gueule, et ses yeux rouges et fendus dégageaient une dignité qui témoignait de la puissance de ce dragon.

Pour donner une idée de la taille, sa tête seule équivalait à une maison. La taille du corps est inconnue. On ne sait pas jusqu'où il s'étend... je ne l'ai jamais vu entièrement... c'est dire à quel point il est gigantesque.

« Yo, ça fait un moment ———— Lévi-san. »

« ———— J'ai dit d'arrêter de m'appeler comme ça, on dirait que tu te moques de moi ? Seitsu... ça fait cinq ans que tu as disparu, tu sais ? La promesse de te porter sur mon dos n'est toujours pas tenue ? »

« Désolé, désolé, il y a eu pas mal de choses. »

La tête du dragon surgie de la mer parlait d'une voix de jeune fille.

Le visage du dragon était impassible, mais le coin de sa bouche relevé légèrement laissait transparaître une certaine joie.

« Bon, moi la déesse de la mer, j'ai un cœur large comme l'océan, alors je te pardonne. »

« Je t'arrache les écailles. »

« Pardon. »

Son côté fanfaron n'avait pas changé... Comment dire, même après toutes ces années, le fait qu'il n'ait pas changé me rassure et me fait plaisir.

« Heu... c'est quoi... cette situation... »

Oups, j'en avais oublié Ruri.

Je dis au dragon, qui s'était calmé sous la menace, de se présenter. Qu'il se présente de façon compréhensible pour Ruri, qui tremblait de peur depuis tout à l'heure.

« Hem... Je suis la déesse qui gère cette mer, la déesse marine Léviathan. Que je me montre devant un enfant des hommes est rarissime, sois reconnaissante. »

« F... fwaaaaah !? »

Ruri écarquilla les yeux, stupéfaite. Le nom de la déesse marine est assez célèbre dans ce monde, il n'est pas étonnant qu'elle le connaisse. Mais célèbre ne veut dire que présent dans les mythes et légendes ; on n'a quasi jamais entendu parler d'un vrai témoignage oculaire.

Voir de ses propres yeux une créature des mythes, sa réaction est tout à fait normale.

« Bon, comme tu vois, c'est le monstre SSS que j'ai appelé, la déesse marine Léviathan. C'est un fanfaron, mais un type marrant. »

« Un peu !! Qu'est-ce que tu veux dire par fanfaron !? »

Le fanfaron en question protestait, mais je l'ignorai. D'ailleurs, je le lui dis depuis le début ? Il est temps qu'elle en prenne conscience.

« Se... Seitsu-san, c'est vous qui l'avez appelé !? »

« Ah. Le moyen dont je parlais, c'est lui. »

« Ma... ma ma... impossible... »

« Allez, on monte sur sa tête. »

Quand je dis ça en ricanant, le deuxième hurlement de Ruri de la journée retentit.

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