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Isekai Ryouridou

Chapitre 638

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 638

Chapitre 638

Chapitre 638/67095%~21 min de lecture4 031 mots

« Hein ! Alors hier soir, tu as passé la nuit avec le chef de famille de Domu ? »

Le lendemain matin, alors que nous chargions nos outils de travail pour nous rendre chez les Ruu, Yun=Sudra poussa un cri de surprise.

Depuis le siège du cocher, tout en faisant avancer Giruru, je hochai la tête en répondant « Oui ».

« En principe, j'avais prévu de rentrer à la maison. Mais l'ancien chef Dan=Rutim m'a forcé la main... Il est peut-être le seul, dans tout le Moribe, capable de faire plier . »

« C'est vrai. Quoi qu'il en soit, passer une nuit avec le chef de Domu doit être une expérience des plus rares. »

C'était exactement ce que disait Yun=Sudra. Au final, comme beaucoup de monde avait passé la nuit là-bas, nous les hommes avons dû dormir à la belle étoile dans la grande salle.

Pour info, le couple chef et leur nourrisson étaient dans la chambre, donc nous n'étions que quatre : Dan=Rutim, Ra=Rutim, Dik=Domu et moi. Un tel concentré de personnalités, on n'en voit pas souvent.

Mais ce fut d'autant plus enrichissant. Du moins pour moi. Les récits de Ra=Rutim sur l'ancien temps du Moribe, comme ceux de Dik=Domu sur le village du Nord, m'ont passionné.

D'ailleurs, c'était la première fois que je passais autant de temps avec ces deux-là. Tous deux taciturnes, stricts, d'une probité qui répugne à la plaisanterie, ils m'ont paru d'un charme fou. Et en même temps, j'ai été ravi de constater que Morn=Rutim, le grand-père de Dik=Domu, était du même acabit.

Zedias=Rutim pleurait la nuit toutes les quelques heures, il me semble, mais la chambre du couple chef étant au fond, mon sommeil n'a pas trop été perturbé. Au contraire, dans ma demi-conscience, j'ai savoué plusieurs fois ce bonheur lointain. Gazlan=Rutim, qui dormait dans la même pièce, se réveillait sûrement à chaque fois, pourtant quand je l'ai salué le matin, son visage rayonnait de joie.

Bref, après cette nuit heureuse, je suis rentré prestement chez les Fa pour faire le travail de préparation, ce qui m'amène à présent.

Au moment où ma conversation avec Yun=Sudra s'interrompit, la voix de Tia s'inséra.

« Je me réjouis du fond du cœur que l'enfant de ton cher ami soit né sain et sauf. Mais quand tu dors hors de chez toi, je ne peux être avec toi, ce qui m'arrange mal. »

En entendant ces mots, Yun=Sudra fit un « Eh ? » étonné.

« Mais Tia a plus de dix ans, non ? Pourtant, d'habitude, elle dort au même endroit qu'Asta ? »

« Oui. Asta et aussi, au même endroit. »

« Hum », fit la voix de Yun=Sudra, teintée de rire.

Moi, j'ai l'impression qu'on me passe un glaçon dans le dos.

« Non, écoute, à la base, la maison des Fa n'avait pas de chambre, alors on dormait tous ensemble dans la grande salle. Cette coutume a juste perduré, il n'y a pas d'autre signification. »

« Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de me justifier. La maison des Fa a les coutumes de la maison des Fa. »

Yun=Sudra pouffa, ne pouvant se retenir.

Là-dessus, la voix de Tia vint se superposer.

« Certes, auprès d'Asta il y avait deux chasseurs qui ne le cèdent en rien à , donc il n'y a eu aucun danger... Néanmoins, Tia doit protéger Asta de sa propre personne. »

« Tia a du souci à se faire... Tia a-t-elle passé la nuit avec les femmes des Ruu ? »

« Non. Il y avait trois femmes chez les Ruu, donc Tia a dormi avec et les autres. »

Comme les femmes étaient nombreuses, elles s'étaient réparties en deux pièces entre gens de la maison et invités. , qui avait accepté à contrecœur de loger là, a eu la chance inespérée que Rimi=Ruu soit présente.

« Quoi qu'il en soit, les gens des autres clans qui s'échangent du personnel approfondissent ainsi leurs échanges. Les Fa et les Sudra, qui ont peu de personnel, ne peuvent y participer, mais je réalise à nouveau que c'est une pratique porteuse de sens. »

« Oui. J'entends dire que chez les Fou et les Ran, qui ont accueilli du personnel des Sauti et des Vera, on passe aussi un temps très fructueux. Jusqu'ici, nous n'avions presque aucun contact avec les parents des Sauti. »

Les Sauti m'ont toujours semblé un clan sans histoire. Mais à y regarder de plus près, ils doivent avoir leurs coutumes et leur histoire propres. À l'époque où les Ruu et les Sun s'affrontaient, ils étaient la puissance suivante, tout en observant tranquillement la situation depuis le bout du Sud, un clan discret mais fort. Moi aussi, j'ai très envie d'approfondir nos échanges avec eux.

Tandis que je pensais ainsi, une charrette apparut devant nous.

Elle arrivait vers nous au galop, si bien que nous nous croisâmes presque aussitôt. Au guidon tenait les rênes Rudo=Ruu, et une deuxième charrette suivait derrière.

« Salut, Rudo=Ruu. Vous allez peut-être du côté du village du Nord ? »

« Ah, au final, c'est moi qui y vais. »

Rudo=Ruu se gratta la tête, l'air boudeur.

« Aller jouer chez les autres, c'est sympa, mais une demi-lune, c'est un peu long. Les gars du village du Nord, ils ne savent pas cuisiner aussi bien que ma sœur Reyna ou la petite Rimi. »

Dik=Domu et les autres, qui avaient passé la nuit chez les Ruu, devaient passer par le village des Ruu au retour pour transmettre les paroles de Graf=Zaza. Les gens de Rei devaient être sur la plate-forme arrière.

« Le nombre, c'est toujours deux hommes et deux femmes par clan ? »

« Ah, et en plus, tous célibataires. Le mariage de Morn=Rutim n'est même pas fait, ils se pressent trop. »

De côté du siège, les jeunes hommes et femmes montrèrent leur visage. Tous des visages connus, mais pas de gens de la maison principale ni de Shin=Ruu.

(Beh, les femmes de la maison principale ont du travail à la ville-relais, et Shin=Ruu a praticamente un fiancé.)

Comme je pensais ainsi, Rudo=Ruu frappa dans ses mains en disant « Ah, tiens ».

« Dis, tu veux bien transmettre un message à Asta ? C'était décidé d'un coup, j'ai rien dit à Tara. »

« À Tara ? Qu'est-ce que je dois lui dire ? »

« Tu te rappelles, récemment on apprenait la flûte traversière à la ville-relais ? Quand elle avait du temps, Tara venait aussi. Dis-lui qu'on ne pourra pas y aller pendant une demi-lune à partir d'aujourd'hui. »

« Compris », répondis-je en ressentant un léger doute.

« Et le message, c'est seulement pour Tara ? Ceux qui nous apprenaient, c'étaient Ben et Cargo, non ? »

« Eux, ils s'en foutent que je sois là ou pas. Jô=Ran et les autres hommes, ils descendent à la ville-relais aujourd'hui encore. »

Rudo=Ruu faisait une tête d'enfant boudeur. On lisait sur son visage qu'il enviait Jô=Ran et les autres.

(Peut-être que ne plus pouvoir voir Tara, pas plus que Rimi=Ruu, est une solitude pour Rudo=Ruu ?)

Je le pensai, mais j'eus le pressentiment que si je touchais juste, j'allais me prendre un coup de poing par pudeur, alors je me tus.

« Bon, je compte sur toi ? Il faut qu'on arrive là-bas avant le zénith. »

« Oui, c'est noté. Salue les gens du village du Nord pour moi. »

« Ouais. Je leur apprendrai aussi le plaisir de la flûte. »

Sur ces mots, les deux charrettes partirent au galop.

Rudo=Ruu étant d'une curiosité insatiable, une fois au village du Nord, il découvrirait sûrement mille plaisirs. Avec Geor=Zaza et Dik=Domu là-bas, les échanges ne pourraient que s'approfondir.

« Euh, les Ruu et les Zaza commencent aussi à s'échanger du personnel à partir d'aujourd'hui ? »

Et, dès que la charrette se mit en route, Tour=Din m'appela depuis l'arrière.

« Oui. Les Ruu et les Domu repoussent à dans un mois, et avant ça, ce sont les Ruu, les Zaza, les Rei et les Gin qui s'échangent du personnel. »

« C'est bien ce que j'ai cru comprendre. De la part des Zaza, c'est encore Sfira=Zaza qui doit s'y rendre. »

La voix de Tour=Din semblait légèrement emplie de joie. Sfira=Zaza avait déjà séjourné chez les Ruu par le passé.

« Alors, quand on fera des séances d'étude chez les Ruu, on pourra aussi croiser Sfira=Zaza. D'ailleurs, est-ce qu'elle vient aussi à la ville-relais ? »

« Oui. Je pense que c'est certain. »

Tour=Din et Sfira=Zaza approfondissent aussi leurs échanges sans encombre. Les gens de Ridd, Dana, Havila, etc., semblaient très intimidés face à leur clan parent des Zaza, mais si les échanges s'approfondissent de ce côté aussi, une meilleure voie s'ouvrira.

(Cette pratique d'échange a vraiment du sens. J'aurais aimé que la maison des Fa y participe aussi... mais avec seulement deux personnes, on ne peut rien faire.)

Il était émotionnellement difficile que seul l'un de nous, moi ou , aille chez les autres. Et si nous y allions tous les deux, la maison des Fa serait vide. Avec Tia qui squatte chez nous en plus, il était difficile de trouver une voie pour que les Fa intègrent le système.

Ainsi, à notre arrivée au village des Ruu, ce furent Sheila=Ruu et Vina=Ruu qui nous attendaient.

« Bonjour, Asta. Aujourd'hui aussi, nous avons l'effectif habituel, donc nous ne devrions pas vous causer de tracas. »

« C'est bon ? Les deux de Ruu vont bien maintenant ? »

« Oula=Rutm va rester à la maison un moment. Pendant ce temps, ce sont les femmes des autres clans qui assureront le roulement. »

Ce doivent être les trois remplaçantes qui viennent à plein temps chaque jour. Et quand les trois apprenties seront formées, tout ira bien.

« Les jours de marché à la viande, Zvai=Rutm sera aussi absent, mais apparemment quelqu'un de la maison principale Ruu le remplacera. Du côté des Ruu, il n'y a pas de problème particulier non plus. »

« Oui. C'était un enfant très vigoureux. Tout rond comme Dan=Rutm. »

« Ma foi. Il deviendra sûrement un chasseur robuste. »

Après un petit rire, Sheila=Ruu monta sur le siège.

« Allons-y. Vina=Ruu, une fois à la ville-relais, je vais faire le tour des autres auberges, donc je te laisse la préparation du stand. »

« Haa~i, c'est noté... »

De mon côté, je confie Tia à mère Mia=Rei, et c'est le départ.

L'enfant des Ruu est né sain et sauf, j'ai passé une nuit riche avec Dik=Domu et Ra=Rutm, et mon cœur est clair.

Le fait que les échanges entre clans progressent, et que j'ai réussi à finaliser les nouilles chinoises, doivent aussi contribuer à cette légèreté. Ces temps-ci, pas d'ennuis, et l'avenir des gens du Moribe me semble s'ouvrir radieux.

(Mais on dit que le bonheur attire les ennuis. Je ferais bien de me tenir prêt à ne pas paniquer, quoi qu'il arrive.)

Il me fallait cette auto-admonestation, tant j'étais porté par l'euphorie.

Ensuite, une fois arrivé à « L'Auberge Queue de Kimusu », j'ai partagé ma joie avec d'autres encore. Teria=Mas, qui tenait le comptoir, Kamyua=Yoshu et Leito, qui causaient debout avec elle, ont appris la nouvelle de la famille Ruu.

« Ça alors, l'enfant de Gazlan=Rutm est né sain et sauf. Quelle chance. Moi aussi, je priais sans cesse le dieu d'Occident pour un accouchement sans encombre. »

En riant avec nonchalance, Kamyua=Yoshu parla ainsi.

Dans ces moments-là, Kamyua=Yoshu a l'air de plaisanter sans y toucher, on ne sait plus s'il rigole ou s'il est sérieux. Mais bon, je ne suis plus à douter de ses sentiments. C'est sûrement sa façon à lui de cacher sa gêne, concluois-je, et je lui rendis un franc sourire.

« Du coup, le baptême du dieu d'Occident, comment ça se passe ? faudorait encore aller jusqu'à la ville-château ? »

« Ah, Kamyua ne le savait pas. Le baptême des nouveau-nés se fait maintenant à l'église de la ville-relais. »

C'était le fruit des discussions récentes avec les gens de la ville-château. Quelques jours avant le conseil des chefs, les gens du Moribe, ayant appris l'existence de l'église de la ville-relais, l'avaient demandé d'eux-mêmes.

« Faire une demande pour entrer à la ville-château à chaque naissance, c'est pénible. Et puis, les gens de la ville se font baptiser à l'église du coin, eux. Pas de raison de traiter le Moribe différemment, c'est là qu'on en est resté. »

« Hé hé. C'est intéressant, ça. Moi aussi, j'aimerais bien y assister, c'est possible ? »

« Ça, c'est Gazlan=Rutm qui décide. Mais Yumi a eu son accord, donc Kamyua ne devrait pas être refusé. »

« Alors, je le demande sans faute ! Dans ce cas, je peux te confier le message, Asta ? Ou je vais moi-même au village des Ruu ? »

« Les Ruu sont en plein rush, un message ça ira non ? Par contre, ça ira plus vite si tu t'adresses à Zvai=Rutm, qui est en vue, plutôt qu'à moi. »

Sur le visage allongé de Kamyua=Yoshu, qui riait avec nonchalance, passa une expression fugace, difficile à cerner.

« Euh, Zvai=Rutm, c'est bien la benjamine des Sun, cette petite fille ? »

« Oui. Ça pose un problème ? »

« Non, rien. Comme c'est mal de l'interrompre en plein travail, je vais lui demander maintenant. »

Sur ces mots, Kamyua=Yoshu sortit par la porte.

Leito me lança un regard lourd de sens, puis le suivit.

(Peut-être qu'il s'inquiète encore de ne pas avoir de nouvelles de Zuro=Sun...)

L'autre jour encore, Leito m'avait tancé en me disant que Kamyua=Yoshu ne pouvait pas ne pas s'en soucier. De mon côté, comme je n'avais parlé de cette affaire qu'à et Donda=Ruu, je portais un lourd sentiment de culpabilité.

(Mais je comprends aussi les sentiments de Yamile=Rei, qui ne veut pas inquiéter Zvai=Rutm et Mida=Ruu tant qu'on ne sait pas... L'envoyé de la capitale, il arrive quand, au juste ?)

Pour moi qui étais d'humeur si radieuse, c'était le seul nuage à l'horizon.

Teria=Mas, qui n'avait aucun moyen de connaître ces dessous, souffla avec émotion.

« Si un enfant vigoureux est né, c'est le mieux qui soit. Je n'ai pas eu beaucoup l'occasion de tisser des liens avec Ama=Min=Rutm... Mais malgré tout, je m'en réjouis du fond du cœur. »

« Oui, c'est vrai. C'était un bébé vraiment vigoureux et magnifique. »

« L'autre jour, j'ai été invitée au banquet de noces... Les heureuses nouvelles comme celle-ci réchauffent le cœur. »

En disant cela, Teria=Mas parut un brin triste.

Comme Leito n'aidait pas, le travail ne semblait pas trop s'accumuler aujourd'hui, mais toujours pas de signe de Rebi. Il doit être parti pour son travail de manutentionnaire.

« Euh... Rebi va bien ? Cumuler le travail de manutentionnaire et celui de l'auberge, c'est dur, non ? »

« Oui. Mais il ne montre pas le moindre signe de souffrance, il travaille avec acharnement. Son corps doit être épuisé, alors j'aimerais qu'il ne force pas... »

Teria=Mas s'affaissa sur-le-champ. Une allure de chiot qui baisse les oreilles.

« Le père de Rebi, lui aussi, vient juste de remarcher, non ? Tant qu'il n'est pas complètement rétabli, je me dis que Rebi ferait bien de se consacrer au travail de l'Auberge Queue de Kimusu. »

« Oui, moi aussi je l'ai pensé... Mais la blessure à la jambe de Râz est plus profonde qu'on ne le croyait. »

« Vraiment ? Il a toujours l'air de marcher avec une canne. »

« Oui. L'os est déjà consolidé, mais la jambe a guéri de travers, donc il ne pourra plus se passer de canne à l'avenir... Dans ces conditions, même si la blessure au torse guérit complètement, il ne pourra plus faire le travail de manutentionnaire. »

Autrement dit, Rebi devra continuer à faire vivre son père.

Je ne pouvais pas savoir s'il y avait du travail à la ville-relais pour un homme à la jambe handicapée.

« Pourquoi Rebi seul doit-il porter un tel fardeau ? Rebi a à peu près mon âge, en plus... »

« C'est vrai. Mais grâce à Teria=Mas et Mirano=Mas, Rebi a trouvé le chemin pour vivre correctement. Rebi, il s'en sortira, j'en suis sûr. »

Mais quoi que je dise, je ne parviendrai pas à rassurer Teria=Mas.

Après un moment de réflexion, je frappai mentalement dans mes mains : « Bon. »

« Rebi, il rentre généralement vers quelle heure ? »

« Eh ? Ça dépend des jours... Tard, c'est vers le coucher du soleil. »

« D'accord. Alors je passerai par ici demain, je pense. Vous pourriez lui dire ? »

Aujourd'hui, aussi bossera double pour rattraper hier, donc elle rentrera tard. Si je règle ça ce soir, je pourrai venir à la ville-relais demain soir.

Teria=Mas pencha la tête, perplexe.

« Bien sûr, ça ne pose pas de problème... Mais de quel genre de conversation s'agit-il pour Rebi ? »

« Je lui dirai à Rebi, et après je vous expliquerai à vous aussi. Ce n'est rien de mauvais, alors pas d'inquiétude. »

Je tenais à respecter l'autonomie de Rebi, donc je répondis ainsi.

Rebi a seize ans, mais il n'a pas été écrasé par le malheur et les épreuves qui se sont abattus sur lui, il vit avec acharnement. Je voulais être prudent pour que mon intervention ne devienne pas une ingérence déplacée.

Ensuite, je récupérai le stand auprès de Teria=Mas et me dirigeai vers l'emplacement prévu.

Kamyua=Yoshu, qui avait fini de parler avec Zvai=Rutm, vint nous suivre avec Leito. Aujourd'hui, maître et serviteur avaient l'emploi du temps libre.

« Ah, l'oncle Kamyua et Leito ! Vous allez déjà au stand de giba ? »

Alors qu'on approchait de la zone des étals, la voix de Tara s'envola. Le père Dora, qui avait étalé plein de légumes sur sa natte, nous fit aussi un « Salut » en riant.

« C'est animé dès le matin. Maître Kamyua, si vous allez au stand d'Asta, Tara peut-elle venir avec vous ? »

« Bien sûr. Au fait, récemment, je n'avais pas pris le temps de parler tranquillement avec Tara. »

Quand Kamyua=Yoshu lui sourit en coin, Tara sortit en criant « Ya-hoo ! » Ces deux se connaissaient déjà avant que je ne les rencontre.

« Avec Leito non plus, on n'a pas beaucoup discuté récemment ! Viens, on mangera ensemble là-bas ! »

« C'est noté », répondit Leito avec un visage d'adulte. Même face à plus jeune que lui, Leito ne change pas de ton.

Ainsi, avec Tara en plus, nous avançâmes en file sur la route.

En chemin, je me souvins du message de Rudo=Ruu.

« Ah, tiens. Tara, message de Rudo=Ruu... Il a dit : "Je ne pourrai pas descendre à la ville-relais pendant une demi-lune, alors salut." »

« Eh, pourquoi ? Il s'est blessé ? »

Du coup, Tara fit une tête à pleurer, alors je balayai l'air en disant « Non non » à la hâte.

« À partir d'aujourd'hui, pour une demi-lune, Rudo=Ruu va passer du temps dans une autre famille. Cette famille est au bout du Moribe, au Nord, donc il ne peut pas descendre facilement à la ville-relais. »

« Ah bon... Pourquoi il va vivre chez les autres ? »

« C'est pour approfondir les échanges. Pour mieux s'entendre avec les gens des autres clans, on a décidé d'aller vivre chez les uns et les autres à tour de rôle. »

Là, Kamyua=Yoshu, qui marchait à côté de Tara, fit « Hé » avec intérêt.

« J'avais entendu parler de l'échange de personnel, mais c'est Rudo=Ruu qui a été choisi, hein. Rudo=Ruu, qui est de la maison principale, pourrait-il finir par épouser une fille d'un clan non parent ? »

« Comment savoir. En tout cas, Rudo=Ruu n'a pas l'air d'avoir envie de chercher une femme. »

Tandis que je répondais ainsi, je reportai mon regard sur Tara, et ses grands yeux ronds s'écarquillèrent encore plus.

« Rudo=Ruu va... faire un mariage avec quelqu'un du Moribe ? »

« Non, pour l'instant, il n'y a pas de tel projet. Rudo=Ruu a seize ans, alors la recherche de femme, c'est pas sa priorité, je suppose. »

« C'est vrai », dit Tara en soufflant un grand coup. Puis elle releva la tête et me fit un sourire en coin.

« Je n'avais pas entendu ce genre de話 de la part de Rudo=Ruu, alors j'ai été surprise ! C'est vrai, Rudo=Ruu a seize ans, après tout. »

« Oui. En plus, Rudo=Ruu ne semble pas très intéressé par le mariage. »

Je pris soin de le préciser.

Tara est très proche non seulement de Rimi=Ruu, mais aussi de Rudo=Ruu. Elle n'éprouve sans doute pas de sentiments amoureux pour Rudo=Ruu, mais s'il est une sorte de grand frère admiratif, la perspective d'un mariage pourrait être un choc. De toute façon, sans la remarque de Kamyua=Yoshu, je n'avais pas l'intention d'évoquer le mariage.

(Rudo=Ruu a seize ans, Tara en a neuf... Même si c'est inimaginable maintenant, dans six ou sept ans, on ne sait pas. Gazlan=Rutm lui-même ne s'est marié qu'à vingt-quatre ans.)

Je gardai cette pensée pour moi.

Entretemps, l'emplacement prévu était déjà devant nous. Au bord de la route, une trentaine de personnes nous attendaient comme chaque jour.

« Bonjour tout le monde. On va commencer la préparation, attendez un petit peu. »

Quelques clients nous répondirent avec entrain. Je les en remerciai intérieurement et me mis à préparer le stand.

Là, plusieurs silhouettes s'approchèrent.

C'étaient des officiers de la ville-château, portant des armures plus belles que celles des gardes de la ville-relais.

« Désolés de vous déranger pendant votre travail. Nous voudrions transmettre un message au responsable de la famille Ruu, cela vous convient-il ? »

Vina=Ruu, qui mijotait une crème de potage dans la marmite du fourneau d'à côté, jeta un regard perplexe aux officiers.

« Est-ce que cela concerne le commerce du stand ? »

« Non, cela n'a rien à voir avec votre commerce. Nous souhaitons demander une transmission au chef de clan du Moribe, Donda=Ruu. »

« Dans ce cas, c'est moi qui devrais l'entendre... Je suis l'aînée de la maison principale Ruu, Vina=Ruu... »

Après avoir confié la marmite en fer aux femmes de Rei, Vina=Ruu s'avança d'un pas fluide devant le stand.

Les officiers, un peu écarquillant les yeux face à ce corps surchargé de phéromones, se reculèrent sur le bord de la route. Une fois hors de portée d'oreille des autres clients, ils chuchotèrent quelque chose à Vina=Ruu.

Vina=Ruu y répondit brièvement, fit un signe de tête et fit demi-tour. Malgré l'apparat, leur départ fut bien abrupt.

« Vina=Ruu, qu'est-ce qui se passe ? Vous aviez l'air grave. »

De retour au stand, Vina=Ruu haussa les épaules avec sensualité : « Je sais pas... ? »

« Je n'ai fait que transmettre un message... Demain matin, ils veulent que les trois chefs de clan viennent à la ville-château, paraît-il... »

« Ah, une réunion extraordinaire. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Je n'en sais rien... Ils ont juste dit qu'un envoyé de la capitale était arrivé, et qu'ils voulaient nous en communiquer le contenu... »

À ces mots, je retins mon souffle.

Et Kamyua=Yoshu, qui discutait avec Tara, se tourna vers moi avec un sourire tranquille.

« Un envoyé de la capitale, hein. Ce doit être une affaire des plus importantes. »

Il y a quelques jours, à cause du grand tremblement de terre qui a provoqué de nombreux accidents dans la mine, la vie de Zuro=Sun, qui y travaillait, est peut-être en danger — cette nouvelle, Kamyua=Yoshu ne l'avait partagée qu'avec moi, Yamile=Rei et Marufira=Nahmu, ici même.

Cette Yamile=Rei et Marufira=Nahmu sont au stand d'à côté, en train de préparer des « giba-man ». Marufira=Nahmu est absorbée par son travail, mais Yamile=Reu plisse les yeux avec acuité et observe notre situation.

(Finalement, des nouvelles de la mine sont arrivées... Qu'est-il advenu de Zuro=Sun... ?)

L'anxiété et l'impatience, comme des nuages sombres, enflent dans ma poitrine.

Il semble qu'il faille attendre demain pour en être délivré.

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