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Isekai Ryouridou

Chapitre 1016

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 1016

Chapitre 1016

Chapitre 1016/107095%~22 min de lecture4 385 mots

La première épreuve du concours de force est le tir à l'arc.

Apparemment, l'ordre des épreuves suit lui aussi le modèle des concours des autres clans.

À en juger par les explications préliminaires de Rya=Ruu, qui assure le rôle de juge, les règles semblent identiques. Au bord de la forêt donnant sur la place, quatre plaques de bois servant de cibles étaient déjà suspendues, et des jeunes gens armés de bâtons de grigi attendaient pour les faire bouger.

« Quatre chasseurs tirent trois flèches chacun pendant qu'on compte jusqu'à dix. Les cibles portent de petites marques ; celui qui en transperce le plus grand nombre l'emporte. En cas d'égalité sur les marques, on départage au nombre de flèches ayant atteint la cible. Si deux manches ne suffisent pas à les départager, les deux sont déclarés vainqueurs et passent au tour suivant. »

Les grandes lignes du règlement avaient sans doute été communiquées dans chaque famille à l'avance. Personne n'émit la moindre objection.

Pourtant, rien que de voir tous ces chasseurs alignés, l'impression de puissance est saisissante. Au village du Nord, ils n'étaient qu'une soixantaine ; le clan Ruu en compte soixante-seize.

Bien sûr, parmi eux se trouvent des apprentis tout juste âgés de treize ans, ainsi que des vétérans qui ont dépassé la cinquantaine. Je n'avais jusqu'ici assisté qu'aux concours du tournoi, et jamais aux éliminatoires organisés dans chaque foyer ; c'était donc la première fois que je voyais ces gens-là s'affronter.

« Commençons par les jeunes chasseurs qui n'ont pas encore quinze ans. »

Rya=Ruu annonce là une règle propre aux Ruu. Il s'agit apparemment d'éliminer d'abord les apprentis pour que les niveaux de force ne soient pas trop déséquilibrés.

Onze adolescents s'avancent, le visage tendu. Parmi eux figurent Dim=Rutim, qui avait participé au tournoi, ainsi que le frère cadet de Shin=Ruu, qui vient d'avoir treize ans. Le second fils de la famille de Shin=Ruu, qui n'avait que onze ans quand nous nous sommes rencontrés, a enfin atteint l'âge de travailler comme apprenti chasseur.

Lors du premier match, c'est Dim=Rutim qui l'emporte ; au second, c'est le frère de Shin=Ruu.

Seulement ça me serre le cœur. Dim=Rutim n'a plus que quelques mois avant ses quinze ans, mais voir gagner le frère de Shin=Ruu, au visage encore si juvénile... Rya=Ruu affiche son habituelle impassibilité, mais sa joie intérieure doit être plus grande encore que la mienne.

« C'est dingue. Ce ne sont que des apprentis ? Même petits, ils ont l'allure de vrais chasseurs. »

Ben, à mes côtés, murmure son admiration.

Il ne reste plus que trois apprentis ; Rya=Ruu décide donc d'ajouter le plus jeune chasseur possible pour compléter le groupe.

Sur ces mots, Mida=Ruu s'avance d'un pas lourd. Malgré les apparences, il n'a encore que quinze ou seize ans.

Entre ses mains, l'arc solide des Moribe semble minuscule.

Et Mida=Ruu a l'air maladroit avec son arme. Il la manipule avec une prudence extrême, comme s'il craignait de la casser, et ses flèches s'enfoncent dans la forêt sans même effleurer la cible.

« Ah... M-Mida=Ruu n'est pas doué pour l'arc, hein ? Il... il ne va pas se faire gronder par le chef de famille, après ? »

Marfila=Nahum s'inquiète à voix haute, le visage crispé.

Je lui souris. « C'est bon. Chez les Nahum aussi, ce sont souvent les chasseurs de petite taille qui excellent à l'arc, non ? Mida=Ruu a déjà reçu le titre de héros plusieurs fois, et on dit qu'il ramène des proies à la hauteur. Rater une cible mobile ne lui vaudra pas une engueulade. »

« C... c'est vrai ? Ah, tant mieux... »

Marfila=Nahum relâche ses épaules en un sourire mou, soulagée.

Entre-temps, le vainqueur du troisième match est annoncé : c'est l'apprenti du clan Min.

Et c'est à partir de là que commencent les vrais duels entre vétérans.

Je connais plus de visages chez les Ruu que dans n'importe quel autre clan. Certes, ces derniers temps les échanges avec les clans voisins se sont intensifiés, mais en nombre de connaissances, les Ruu restent en tête.

Encore que ce soit surtout les membres de la famille principale. Le chef Donda=Ruu, son fils aîné Jiza=Ruu, Rudo=Ruu, les chefs des branches Shin=Ruu, Darum=Ruu, Jeda. Mida=Ruu, qui appartient à une branche. Et maintenant s'y ajoute un certain Digdo=Ruu.

Côté clans alliés : le chef Gazlan=Rutim, l'ancien chef Dan=Rutim, l'apprenti Dim=Rutim. Le chef Rau=Rei. Le chef Giran=Ririn. L'aîné des Maam, Jii=Maam.

Mais j'ai aussi salué les chefs des Min, Maam, Mufa à plusieurs reprises, et les Ririn ont lié connaissance grâce à Shimiral=Ririn.

Tous ces chasseurs ne se battent que pour un titre de héros et deux places de braves.

De quoi faire battre le cœur.

« À partir de maintenant, formez les groupes avec des clans différents autant que possible. Les Ruu étant nombreux, il y en aura toujours un dans chaque série. »

« Alors je vais y aller. »

C'est Digdo=Ruu, chef d'une branche, qui s'extirpe de la masse. Comme il a ôté sa tenue de chasse, on voit ses vieilles cicatrices non seulement au visage, mais aussi sur les bras et les jambes.

Même en plein jour, son allure dégage une pression incroyable. Ben et Cargo lèvent les yeux, impressionnés ; Shili=Lou s'accroche de nouveau à Roy.

Mais — ses flèches, comme celles de Mida=Ruu, partent n'importe où. Le vainqueur est un jeune chasseur des Rei que je connais à peine.

« Hum, ça ne veut pas rentrer. Bon, je n'utilise jamais l'arc, c'est normal. »

Digdo=Ruu ricane comme un loup et se fond dans la foule.

Lui non plus ne sait pas manier l'arc, tout simplement. Dans les matchs suivants, Jii=Maam ou Darum=Ruu s'inclinent sans résistance.

En revanche, Donda=Ruu, Jiza=Ruu, Dan=Rutim et Gazlan=Rutim tiennent bon. Les plus forts semblent d'ailleurs s'arranger pour ne pas s'affronter trop tôt.

Ceux qui s'imposent de façon éclatante sont, sans surprise, Rudo=Ruu et Jeda. Dès le premier tour, ils plantent leurs trois flèches pile sur la marque centrale, arrachant des acclamations à la foule.

« Incroyable, incroyable ! Les trois en plein centre ! Et la cible bouge, en plus, c'est dingue ! »

« C... c'est vrai. Rien qu'avec ce résultat, on dirait déjà qu'ils méritent le titre de héros. »

Rei=Matua et Marfila=Nahum profitent à fond du spectacle.

À l'issue du premier tour, dix-neuf chasseurs restent en lice.

Le nombre étant impair, on commence par un match entre les trois apprentis : Dim=Rutim, le frère de Shin=Ruu, et le garçon des Min.

Le premier duel se solde par une égalité entre Dim=Rutim et le frère de Shin=Ruu.

Lors de la revanche, c'est Dim=Rutim qui l'emporte. Le frère de Shin=Ruu affiche une mine frustrée, mais pour un gamin de treize ans tout juste, c'est déjà une belle performance.

Le second match réunit d'emblée Dan=Rutim, Rau=Rei et Giran=Ririn — un plateau de luxe. C'est Giran=Ririn qui s'impose.

Au troisième, Shin=Ruu et Gazlan=Rutim font match nul ; au répétage, Shin=Ruu arrache la victoire.

Le quatrième oppose Jiza=Ruu aux chefs des Mufa et des Min — encore du lourd — mais Jeda transperce toutes les marques et écrase la concurrence.

Le cinquième et dernier match de ce tour met aux prises Rudo=Ruu et Donda=Ruu : un duel père-fils.

La victoire de Rudo=Ruu ne fait aucun doute, et il n'en tire pas une fierté excessive. On dit qu'à la famille Ruu on s'entraîne régulièrement au tir sur cible mobile ; ils connaissent donc parfaitement leurs forces respectives. Cela dit, Rudo=Ruu a encore mis toutes ses flèches au centre, et le clan acclame sa performance.

Ainsi, cinq hommes accèdent au troisième tour : Dim=Rutim, Giran=Ririn, Shin=Ruu, Jeda, Rudo=Ruu.

Rya=Ruu explique alors la procédure pour désigner le héros et les braves.

« À présent, on ne détermine pas un seul vainqueur, mais un seul perdant. Les vaincus s'éliminent tour à tour ; le dernier restant devient le héros, les deux suivants les braves. »

C'est encore une règle inventée par les Ruu. Puisque les concours de tir entre les six clans alliés donnaient souvent lieu à des finales serrées, ils ont dû prévoir ce cas de figure.

Quoi qu'il en soit, le tournoi continue.

Il n'y a que quatre cibles, donc on procède par groupes de deux et de trois.

Premier duo : Dim=Rutim et Giran=Ririn.

L'apprenti Dim=Rutim, qui a survécu jusqu'ici, semble décidé à faire ses preuves — mais sa troisième flèche manque la cible et s'enfonce dans la forêt.

Résultat : tous deux ont planté deux flèches sur la marque centrale. Mais Giran=Ririn a aussi touché la cible avec sa dernière flèche ; sa qualification est donc acquise. Le sort de Dim=Rutim dépendra des trois autres.

Or ces trois-là sont des pointures. Rudo=Ruu et Jeda, bien sûr, mais Shin=Ruu n'est pas en reste.

Rudo=Ruu et Jeda font encore un sans-faute ; Shin=Ruu égalise Giran=Ririn avec deux marques et une cible. Dim=Rutim est donc éliminé.

C'est logique qu'un apprenti s'arrête là. Pourtant Dim=Rutim tremble de regret, et la foule lui décerne une ovation tonitruante.

« Ne te laisse pas abattre ! Ta vie de chasseur ne fait que commencer ! »

C'est Dan=Rutim qui l'accueille en revenant vers les siens. Je n'ai pas entendu la réponse de Dim=Rutim, mais j'espère qu'il continuera à marcher sur les traces de ces chefs et anciens chefs pour aller encore plus loin.

Le quatrième tour se dispute à quatre simultanés.

Les gagnants seront assurés du titre de brave ; l'enjeu est de taille.

Pourtant, Rudo=Ruu et Jeda signent un nouveau sans-faute, tandis que Shin=Ruu et Giran=Ririn font deux marques et une cible — match nul complet.

La foule entre en liesse. Moi-même, comme tous ces gens sont des connaissances, je serre les poings sans le vouloir.

On procède à une nouvelle manche —

Et cette fois, Shin=Ruu cloue lui aussi ses trois flèches au centre.

Giran=Ririn reste à deux marques, sa dernière flèche accrochant le bord de la plaque.

La foule explose. Lala=Ruu, sur son fauteuil roulant, ne peut retenir des bonds de joie. Non seulement son frère Rudo=Ruu, mais en plus Shin=Ruu restent en lice ; sa joie est double.

« Passons à l'épreuve suivante ! »

Rya=Ruu reprend son ton cérémonieux.

Le silence se fait instantanément ; tous les regards convergent vers les trois jeunes chasseurs Ruu qui s'avancent.

Rudo=Ruu, Shin=Ruu, Jeda. Tous trois ont le regard grave, sans la moindre crispation. Une tenue digne de la finale qui va désigner le héros et les braves.

Le coup d'envoi donné — les trois plantent à nouveau toutes leurs flèches.

C'est une bataille d'une intensité qui n'a rien à envier au tournoi des six clans. Rudo=Ruu et Jeda n'ont pas raté une seule flèche depuis le premier tour.

Au répétage suivant — hélas, Shin=Ruu laisse échapper une marque.

Mais son parcours reste exceptionnel. Sous les hourras et les applaudissements, Shin=Ruu se retire la tête haute.

La finale oppose donc, comme je m'y attendais vaguement, Rudo=Ruu et Jeda en duel.

Depuis leur combat contre le Maître de la Forêt au village des Sauti, leur adresse à l'arc est sur toutes les lèvres.

Rimi=Ruu, Maimu et les leurs doivent les encourager de toutes leurs forces. Et tous les membres du clan les regardent avec une ardeur qui ne leur cède en rien.

Dans cette ambiance, le premier match se solde logiquement par un nouveau sans-faute des deux côtés.

Le répétage aussi se termine sur une égalité.

Ils en sont déjà à une dizaine de manches, toutes parfaites. Un niveau hors de portée du commun.

Lors de la troisième manche décisive — les jeunes gens partis vérifier les cibles poussent un « Ah ! » retentissant.

« J-Jeda a deux marques ! »

« Rudo=Ruu a tout mis au centre ! »

La plus grosse ovation de la journée éclate.

Rudo=Ruu expire longuement et claque une tape amicale dans le dos de Jeda. Jeda, l'air boudeur, lui rend son coup.

« Le héros du tir à l'arc est Rudo=Ruu ! Les braves sont Jeda et Shin=Ruu ! »

L'acclamation est si forte que même le calme Rya=Ruu doit hausser la voix. Mais cela ne fait qu'attiser davantage la ferveur. Shili=Lou, collée à Roy, est complètement vidée.

« C'était énorme. J'aimerais presque voir qui l'emporterait contre Chim=Sudra ou . »

Je glisse ce commentaire ; esquisse un sourire contraint et me pique le flanc.

« Passons maintenant au concours de portage ! Rejoignez le centre de la place ! »

Sur l'ordre de Rya=Ruu, nous nous massons vers l'esplanade.

Les Ruu s'amusent visiblement, tout comme les invités venus de la ville. Le père de Dora discute animation avec Ben et Cargo ; seule Shili=Lou traîne les pieds, exténuée.

« Qu'est-ce qui t'arrête ? Tu n'as pas eu à affronter de bagarre brutale, non ? »

Yumi, toujours prévenante, lui demande.

Shili=Lou fronce un instant les sourcils, puis laisse échapper un soupir, comme si toute son énergie l'avait quittée.

« Je n'ai pas peur. Simplement... les foules bruyantes, ce n'est pas mon fort... »

« Ah, je comprends, je comprends ! Les gens de la lisière de forêt ont une présence incroyable ! Rien que leurs cris vous font tressaillir ! »

« V... vous aussi, avec votre culot, vous ressentiez ça ? »

« Bien sûr ! Alors pas la peine d'avoir honte d'avoir peur ! »

« J... je vous dis que je n'ai pas peur ! »

Le soutien de Yumi semble suffire à remettre Shili=Lou d'aplomb.

C'est alors que débute l'épreuve de portage.

Le dérou ressemble à ce que j'ai déjà vu. On charge des enfants du même poids sur une planche à traîneau, et les concurrents courent sur cent mètres. Le plus rapide l'emporte.

En ouverture, encore des matchs d'apprentis.

À moins de quinze ans, leurs corps ne sont pas finis. Pourtant, personne ne s'effondre avant la ligne d'arrivée. Si l'on estime la charge à soixante-dix kilos, c'est déjà une performance honorable. Ben, Cargo et les autres, qui découvrent le concours de chasseurs, sont encore plus sidérés qu'au tir.

Au troisième match, Mida=Ruu se porte volontaire.

Vu sa carrure, on s'attend à ce qu'il soit mauvais dans cet exercice aussi.

Mais — au signal de Rya=Ruu, la foule pousse un cri de stupéfaction.

Mida=Ruu avance sur des jambes d'éléphant, d'un pas lourd, *dossu dossu*.

Certes, ce n'est pas une course de fond.

Pourtant, l'écart avec les apprentis qui courent à ses côtés est minime.

Les gamins tirent un poids supérieur au leur, ce qui les ralentit. Mida=Ruu, lui, est naturellement lent, mais soixante-dix kilos ne le gênent pas. D'où un duel serré et passionnant.

En réalité, il n'est même pas si lent que ça. Honnêtement, il court à peu près aussi vite que moi à vide. Mida=Ruu a toujours eu l'élan d'un giba géant ; il semble avoir acquis l'endurance pour maintenir sa vitesse de pointe jusqu'au bout.

Finalement, c'est Dim=Rutim qui l'emporte d'une courte tête.

Autrement dit, Mida=Ruu a battu les deux autres adolescents.

La foule lui offre une standing ovation. Mida=Ruu halète, *bufu bufu*, mais ses joues tremblent de plaisir.

« C... c'est incroyable ! V... vraiment digne de Mida=Ruu ! »

Marfila=Nahum sourit, ravie.

Moi non plus je ne boude pas mon plaisir : voir la force cachée de Mida=Ruu jaillir là où on ne l'attendait pas me comble. En regardant sa masse au loin, je surprends qui sourit du coin de l'œil.

Sur cette surprise matinale, le tour suivant commence.

Et là encore, Digdo=Ruu se porte candidat d'emblée.

Mais c'est un fiasco. Il court plus lentement que Mida=Ruu et les apprentis ; parmi les vétérans, sa lenteur saute aux yeux.

« Il a dû subir une blessure grave aux muscles des jambes, ou quelque chose du genre. Charge ou pas, courir lui est tout simplement douloureux. »

porte ce diagnostic.

Digdo=Ruu est visiblement un chasseur aux compétences très déséquilibrées.

La suite se déroule normalement.

Cette épreuve favorise les grands gabarits. Les chasseurs d'un mètre quatre-vingts environ remportent presque tous leur premier duel. Jeda, Rudo=Ruu, Shin=Ruu, bien sûr, mais aussi Giran=Ririn, de corpulence moyenne, et le chef des Min sont éliminés ici.

Restent en lice : Donda=Ruu, Jiza=Ruu, Darum=Ruu, Gazlan=Rutim, Dan=Rutim, Jii=Maam — ainsi que le chef des Maam, le frère de Giran=Ririn, le frère de Gazlan=Rutim.

Parmi eux, le plus frêle en dehors des apprentis est Rau=Rei.

Son arc était moyen, mais le portage semble être sa spécialité.

(En y repensant, on dit que Rau=Rei a une force démesurée pour sa silhouette fine.)

Dix-neuf chasseurs entrent dans le deuxième tour.

Les apprentis — Dim=Rutim, le frère de Shin=Ruu et les autres — sont balayés d'emblée par Jii=Maam.

Darum=Ruu et le chef des Maam tombent face à Dan=Rutim. Ce dernier combine une force herculéenne et une vitesse remarquable ; même à ce stade, il écrase la concurrence.

Gazlan=Rutim et le frère de Giran=Ririn sont battus par Rau=Rei. La surprise est totale ; la foule pousse des cris d'étonnement.

Dans les deux autres matchs, Donda=Ruu et Jiza=Ruu s'imposent logiquement. Le frère de Gazlan=Rutim s'incline aussi.

« Les Ruu ont beaucoup de chasseurs avantagés physiquement, du coup ils excellent aussi au portage. Ceux qui restent ont tous l'air de pouvoir rivaliser avec Raddo=Riddo. »

Yun=Sudra le murmure bas. Les Sudra sont tous petits ; le portage est leur point faible.

Il ne reste plus que cinq hommes pour la finale.

Jii=Maam, Dan=Rutim, Rau=Rei, Donda=Ruu, Jiza=Ruu. Quel plateau. La minceur de Rau=Rei saute aux yeux. Pour couronner le tout, il a hérité de la beauté de sa mère.

Sur la ligne de départ, l'aîné Ra=Rutim ; à l'arrivée, le juge Rya=Ruu.

Cinq chasseurs, chacun tenant les lianes d'une planche chargée de quelques bambins, s'élancent pour leur troisième sprint.

Au début, c'est presque à égalité.

Mais avant le point médian, Dan=Rutim creuse l'écart.

Comment un corps en forme de tonneau de bière peut-il aller si vite ? On dirait qu'on observe la charge d'un giba.

Jiza=Ruu et Jii=Maam s'accrochent.

Donda=Ruu et Rau=Rei sont doucement distancés.

Après les deux tiers du parcours, une trentaine de mètres à peine — Rau=Rei accélère brutalement.

Il laisse Donda=Ruu sur place, fond sur Jiza=Ruu et Jii=Maam. Une vitesse de chien de chasse qui ferait oublier le poids de la charge.

À ce moment, Dan=Rutim a déjà largué ses deux poursuivants.

Quand Dan=Rutim franchit la ligne en tête, Rau=Rei rejoint Jiza=Ruu et Jii=Maam.

Les trois forment un paquet indémêlable ; de mon angle oblique, impossible de savoir qui mène. Donda=Ruu revient petit à petit, mais l'arrivée est là.

La foule hurle. Les gens des Rei et des Maam doivent crier le plus fort.

Les trois franchissent la ligne en s'emmêlant.

Un temps de respiration plus tard, Donda=Ruu arrive.

Rya=Ruu, qui a tout vu de profil, proclame d'une voix portée :

« Le héros du portage est Dan=Rutim ! Les braves sont Jii=Maam et Rau=Rei ! »

Le silence imposé pour entendre le verdict cède la place à une explosion encore plus forte.

Jii=Maam et Rau=Rei ont devancé le chef de clan Donda=Ruu et son aîné Jiza=Ruu. C'est, en sens inverse, la preuve de l'épaisseur du vivier Ruu.

« Putain, quelle bataille. Les Ruu, c'est vraiment quelque chose. »

« Ouais. Dan=Rutim, c'était joué d'avance, mais Rau=Rei et Jii=Maam sont impressionnants... Rau=Rei possède vraiment une force absurde. »

a l'air juste un tout petit peu vexée. Voir un gabarit proche du sien réaliser pareille performance doit lui laisser un goût complexe. Pourtant, l'admiration l'emporte.

Après quelques minutes de pause, place à l'épreuve d'escalade.

Une annonce préalable est faite.

« Sur décision des chefs de famille, Mida=Ruu, membre d'une branche Ruu, ne participera pas à cette épreuve. La raison : quand Mida=Ruu grimpe à un arbre, la plupart des branches cassent. Il ne pourra pas montrer sa force à la Mère Forêt, ce qui est regrettable, mais qu'il se rattrape sur les autres épreuves. »

À côté de Rya=Ruu, Mida=Ruu hoche la tête, penaud. C'est sans doute une inclination, mais son cou est englouti dans sa chair et ne peut pas plier davantage.

L'escalade commence avec les autres chasseurs.

Ici aussi, Dim=Rutim et le frère de Shin=Ruu remportent chacun leur match. Chez les apprentis, leur force domine.

Digdo=Ruu, lui, s'effondre à nouveau. Ses vieilles blessures le handicapent aussi à la grimpe.

Le reste est une grande mêlée. L'écart de gabarit compte moins ici.

Les chasseurs renommés et les chefs passent le premier tour sans encombre.

Au second tour, les duels entre pointures s'enchaînent. Dim=Rutim et le frère de Shin=Ruu ne peuvent pas aller plus loin. C'est d'ailleurs Shin=Ruu lui-même qui bat son cadet.

Giran=Ririn et le chef des Mufa tombent face à Jiza=Ruu.

Jii=Maam, le chef des Min et le frère de Giran=Ririn sont éliminés par Rudo=Ruu. Les petits gabarits agiles ont effectivement un avantage.

Le chef Donda=Ruu affronte dès maintenant son rival de toujours, Dan=Rutim, et s'incline de justesse.

Le dernier groupe réunit Gazlan=Rutim, Darum=Ruu, Jeda, Rau=Rei — du beau monde.

« Ça va être serré. Jeda, étant petit, a peut-être l'avantage ? »

Je lance l'idée ; secoue la tête.

« Jeda a un talent exceptionnel, mais en force pure, il ne rivalise pas avec les chasseurs nés à la lisière. Contre cette affiche, gagner sera dur. »

« Ah bon ? Alors Rau=Rei est favori ? Au portage, il a fait brave, ses capacités physiques sont au top. »

« Non. Comparé au portage qui est pure course, l'escalade demande un minimum de réflexion. Il faut décider instantanément comment placer mains et pieds. Sur ce plan, Rau=Rei laisse un peu à désirer. »

C'est dur à dire, mais c'est qui a jadis initié Rau=Rei aux concours ; ses mots pèsent.

Le verdict tombe : Gazlan=Rutim et Darum=Ruu finissent ex æquo en tête, Rau=Rei deuxième, Jeda troisième. Jeda s'efface avec dignité ; Rau=Rei, lui, jure en se griffant les cheveux couleur bronze.

« Gazlan=Rutim et Darum=Ruu passent tous deux au tour suivant comme vainqueurs. De toute façon, nous n'avons que quatre arbres de hauteur égale. »

Les autres qualifiés sont Jiza=Ruu, Shin=Ruu, Rudo=Ruu, Dan=Rutim — tous membres des Ruu ou des Rutim, un résultat à la hauteur de leur réputation.

Cette fois, au lieu d'éliminer le dernier, on tire au sort les nouveaux affrontements pour ne faire monter qu'un vainqueur par match. L'escalade use davantage le corps ; on cherche à boucler vite.

Le tirage donne pour la première demi-finale : Jiza=Ruu, Darum=Ruu, Rudo=Ruu. Les trois frères réunis.

On aurait cru que le petit Rudo=Ruu était favori — c'est pourtant Darum=Ruu qui l'emporte.

« Ch' ! Depuis gamin, je n'ai jamais battu Darum-frère à la grimpe... »

Rudo=Ruu peste ; Darum=Ruu se retourne avec un air vague.

« Ça sonne comme si tu m'avais battu sur le reste, Rudo. »

« Hein ? À la traction, on était à égalité, non ? J'ai gagné plusieurs fois, moi. »

« C'était quand nous n'avions pas encore treize ans, non ? »

« L'escalade, c'était aussi à cet âge. Battre Darum-frère à la traction à quatre ans d'écart, c'était ma fierté. »

Au moment où Darum=Ruu réplique, Jiza=Ruu coupe court.

« Assez de ces enfantillages, gardez-les pour après. Rya=Ruu, lance le prochain match. »

« Entendu. Gazlan=Rutim, Dan=Rutim, Shin=Ruu, en avant. »

Là encore, l'issue est imprévisible. Tous trois ont brillé dans chaque épreuve.

Shin=Ruu l'agile, Dan=Rutim l'athlète hors norme, Gazlan=Rutim l'équilibré. Trois styles, trois forces.

Le vainqueur est — Gazlan=Rutim.

Shin=Ruu et Dan=Rutim arrivent quasi ensemble ; ce dernier, loin de râler, brille d'un éclat farouche.

« Gazlan ! Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas grimpé ensemble, mais t'as sacrément progressé ! Je suis fier de toi du fond du cœur ! »

« Merci... » répond Gazlan=Rutim, un peu gêné.

Avant que l'échange ne s'éternise, Rya=Ruu intervient.

« Avant de désigner le héros, organisons le match pour les braves ! Jiza=Ruu, Rudo=Ruu, Shin=Ruu, Dan=Rutim, prêts ! »

Un seul d'entre eux décrochera le titre de brave.

Là encore, impossible de pronostiquer.

Le match se joue, et à mes yeux, les quatre semblent arriver ensemble.

La foule partage cette impression ; tous les regards se portent sur Rya=Ruu, qui arbore une mine sévère.

« Moi, j'ai vu Dan=Rutim en tête... et vous ? »

« Vous » désigne Donda=Ruu et Giran=Ririn, qui ont accepté le rôle de juges adjoints après leur élimination.

« Moi, j'ai vu Dan=Rutim et Shin=Ruu ex æquo. »

« Moi aussi, même avis que Donda=Ruu. Et Jiza=Ruu avec Rudo=Ruu, eux aussi ex æquo pour la deuxième place. »

« Alors, revanche entre Dan=Rutim et Shin=Ruu ! »

C'est une cérémonie officielle ; Rya=Ruu appelle son fils par son nom de clan.

La revanche départage — la victoire revient à Shin=Ruu.

« Enchaîner les manches, c'est dur pour les vieux ! Tu as eu une force admirable, Shin=Ruu ! »

Dan=Rutim s'en va en riant à gorge déployée, sans perdre de sa superbe.

Ici, Lala=Ruu bondit encore sur son fauteuil. Après le tir, Shin=Ruu décroche une deuxième place de brave. Avec autant de monstres en lice, c'est un exploit fou.

« Dernier match ! Darum=Ruu, Gazlan=Rutim, en position ! »

Les deux hommes qui avaient fait match nul au troisième tour.

Gazlan=Rutim a l'avantage du gabarit, mais quelques centimètres seulement ; tous deux paraissent de type équilibré. En revanche, le calme imperturbable de Gazlan=Rutim et l'aura de feu de Darum=Ruu forment un contraste saisissant.

Au « Partez ! », les deux s'élancent sur le tronc.

Au milieu des clameurs, le feuillage tremble *gasa gasa*. Une vitesse toujours aussi irréelle.

Peu après, depuis environ cinq mètres de haut, Darum=Ruu jaillit. L'élan d'un loup qui fond sur sa proie.

Un temps infime plus tard, Gazlan=Ruu s'envole à son tour. Une descente d'épervier, puissante et gracieuse.

Ils touchent le sol presque simultanément.

Darum=Ruu a atterri le premier, mais Gazlan=Ruu a dû pousser sur le tronc avec plus de force encore.

Rya=Ruu, qui a tout suivi d'un œil aigu, hoche profondément la tête et proclame :

« Le vainqueur est Gazlan=Rutim ! Donda=Ruu, Giran=Ririn, une objection ? »

Les deux nommés secouent la tête en chœur.

« Le héros de l'escalade est Gazlan=Rutim ! Les braves sont Darum=Ruu et Shin=Ruu ! »

Pour la énième fois, les acclamations font trembler le village de la lisière.

Peut-être portent-elles à deux ou trois lieues, jusqu'aux villages des Gaz et des Matua. Et parmi ces clameurs, mes propres applaudissements se mêlent sans doute.

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