Le responsable du pays des hommes-bêtes, point de vue d'Oru.
J'ai reçu l'ordre du Leader d'enquêter sur les mouvements des nobles et les nouvelles connexions qui se sont formées.
Alors, j'ai fait de mon mieux !
…… Enfin, ce sont les petites-araignées qui ont fait le travail.
Oui, ces gamines sont vraiment compétentes.
Quand je leur ai demandé ce qu'elles voulaient en guise de remerciement, elles ont répondu : « Du poulet frit de serpent géant. »
C'est le monstre que le Maître appelle « grand serpent » (ヒュージサーペント).
Je pense aller en chasser un lors de mon prochain jour de congé.
Simplement, je n'ai jamais vu de serpent géant aux alentours du pays des hommes-bêtes.
Bon, si je vais au fond de la forêt, il y en a sûrement, donc ça prendra un peu de temps mais ce ne sera pas un problème.
Le problème, c'est où traiter le serpent géant une fois ramené.
Il est sacrément gros.
Bon, je réfléchirai à ce problème plus tard. Pour l'instant, je dois vérifier les rapports que les petites-araignées ont rassemblés.
« Ah~, comme prévu. »
Il y a peu, les nobles qui agissaient dans l'ombre au pays des hommes-bêtes ont été purgés.
Comme le Leader a dit : « Je ferai disparaître ceux qui dépassent les bornes », on a éliminé ceux qui faisaient n'importe quoi.
J'aurais aimé que les nobles restants réfléchissent et changent de comportement après ça, mais quand les têtes tombent, il y a toujours des idiots qui pensent : « C'est à notre tour maintenant ! »
Et le problème actuel, ce sont justement ces idiots-là.
Le plus gros problème parmi eux, c'est l'actuel chancelier.
C'est le chef de la famille Kotarugi.
Cela dit, depuis que Visurui a été arrêté, le poste de chancelier n'est pas stable.
On change, le nouveau cause des problèmes, on change encore, le suivant jette l'éponge au milieu... let's see, c'était le quatrième Kotarugi, non ?
Ils changent si souvent qu'on ne sait plus qui est chancelier.
L'actuel chancelier Kotarugi ne va pas tarder à disparaître lui aussi.
Dans tous les cas, je revérifie le contenu des documents.
« Que faire, hein ? »
Ma vision s'assombrit soudain.
Devant moi se tenait Parent-fourmi.
« … Depuis quand ? »
Est-ce que j'étais aussi à l'ouest ?
« De là-bas. »
L'endroit indiqué par Parent-fourmi : un grand trou.
Ah, il est venu par le sous-sol.
Les fourmis donnent leur maximum quand elles agissent sous terre.
Effacer complètement leur présence, sous terre c'est parfait.
Par contre, le Maître les repère.
Et le Leader quand il est vraiment en colère aussi.
« Ça a l'air de bouger. »
Aux mots de Parent-fourmi, j'acquiesce.
Je pensais qu'ils allaient bouger bientôt, et effectivement ils ont bougé.
Comme ils ont tissé des liens tranquillement, je me disais qu'ils allaient se réunir sous prétexte d'une fête.
Bon, comment utiliser cette info…
« … Leader ? »
Sur les mots de Parent-fourmi, je regarde par la fenêtre.
« Hein… »
Je comprends pourquoi Parent-fourmi est perplexe.
Pourquoi le Leader fait-il des sauts de cabri ?
En plus, il danse un peu.
Ah, Parent-fourmi est dégoûté.
Moi aussi, en fait, je suis dégoûté.
« « Ah, vous avez vu. » »
On a l'air d'avoir été repérés.
Il se met à marcher normalement en un instant.
Non, on a vu, quand même.
« … Je n'ai rien vu. »
Un spectacle aussi terrifiant, il n'y a qu'à l'oublier.
« Moi aussi ! »
Parent-fourmi le dit avec force, nos regards se croisent.
Et on hoche la tête en même temps.
Oui, nous n'avons rien vu.
« Excusez-nous. »
« Kug… Entrez. »
Je sais qu'il arrive, mais en repensant à tout à l'heure, j'ai failli pouffer.
Le regard du Leader m'a calmé sur-le-champ, ceci dit.
« Alors, comment ça s'est passé ? »
« La famille de l'actuel chancelier conclut des fiançailles les unes après les autres. Ce dernier mois, quinze couples se sont fiancés. »
La famille de l'actuel chancelier a échappé à la purge, mais c'est une famille noble passablement problématique.
Récemment encore, ils ont tenté de sortir des documents interdits de sortie du château royal.
Bon, ils se sont fait prendre tout de suite.
C'était le frère cadet de l'actuel chancelier qui a tenté de les sortir.
Mais pour ce problème, on n'a pas pu punir ce frère.
Il a dit : « Ce n'est pas exprès, je ne m'en suis pas rendu compte », donc il fallait d'autres preuves, mais les chevaliers hommes-bêtes n'en ont pas trouvé.
On a enquêté de notre côté plus tard, mais aucune preuve n'est sortie montrant qu'il agissait sur ordre de quelqu'un.
Parce que c'était un crime que le frère a commis de sa propre initiative pour évincer son frère aîné, l'actuel chancelier.
Ce frère, je ne l'ai pas vu récemment.
Au début, il était confiné quelque part, mais… bon, les gêneurs, hein.
Ah~, les nobles, c'est effrayant, effrayant.
« Même s'il s'agit d'une famille comtale, il y avait quinze enfants en âge de se fiancer ? »
« Il y en avait. Les enfants du précédent chef, nés hors mariage, il y en a plein. Jusqu'ici, on faisait comme s'ils n'existaient pas, mais comme ils sont devenus nécessaires, on les a reconnus comme enfants de la famille, apparemment. »
« Comment ont-ils fait ? »
Au pays des hommes-bêtes, passé douze ans, les parents ne peuvent plus décider de la vie de leurs enfants à leur place.
La loi stipule : « L'enfant a le droit de refuser la proposition des parents. »
Et si on force l'acceptation, les parents sont arrêtés et ont l'obligation de verser des dommages-intérêts à l'enfant.
Cette loi s'applique aussi aux nobles.
Ou plutôt, les nobles sont contrôlés encore plus strictement.
« D'après les documents, il semble que tous les concernés aient accepté. »
Jusqu'ici, ils les avaient laissés pour compte, donc même si c'était des propositions avec de l'argent, il y en a qui auraient dû refuser.
Mais selon l'enquête, personne n'a refusé.
Pourquoi ?
« On retient leurs parents en otage. En enquêtant sur les parents, on a compris que ce plan était en préparation depuis longtemps. Là où travaillaient les parents, des problèmes survenaient, et bizarrement, les parents se retrouvaient avec d'énormes dettes. En creusant, on a découvert qu'ils étaient devenus associés juste avant les problèmes. Les gens de leur lieu de travail ont dû être achetés par l'actuel chancelier. »
Les parents sont otages, l'option « refuser » n'existe pas.
« Je vois, c'est donc ça. Et les fiancés ? Y a-t-il des gens problématiques ? »
Aux mots du Leader, je tends d'autres documents.
« Ils se sont fiancés avec des gens de familles nobles qui étendent leur pouvoir ou de maisons commerciales qui font des affaires diversifiées. Ce sont les fiancés des enfants, mais neuf sont problématiques. Trois sont particulièrement dangereux. Comme leur enquête est séparée, je l'ai faite à part. »
Je passe les trois dossiers au Leader.
Le Leader les parcourt d'un coup d'œil.
Je l'avais déjà pensé, mais il lit vite.
Moi, je suis un peu mauvais là-dedans, donc je suis jaloux.
« Ces trois-là ont l'air d'aimer la violence, pas vrai. »
« Ouais. À cause de leurs fréquentations, il y a eu des gens grièvement blessés. »
Certains en gardent des séquelles.
« Leur critère pour choisir un partenaire, c'est quelqu'un de plus faible qu'eux ? »
Le Leader laisse échapper une voix interdite.
« En enquêtant sur leurs anciens partenaires, c'étaient tous des hommes-bêtes plus faibles. Donc ils choisissent des hommes-bêtes plus faibles qu'eux pour en faire leurs partenaires, j'ai pensé. »
Si c'est plus fort, y a un risque de contre-attaque.
Quand j'ai enquêté là-dessus, c'était vraiment galère.
Les petites-araignées voulaient aller leur injecter du poison.
J'ai réussi à les convaincre avec un « Attendez maintenant. »
Si j'avais donné le feu vert, le lendemain ils n'auraient plus été de ce monde.
« Les familles de ces trois-là, face à ce problème… fufu. Je vois, compris. »
Ils ne grondaient pas leurs enfants, ils étouffaient l'affaire avec de l'argent.
Ceux qui essayaient quand même de porter plainte ont disparu.
On enquête sur les disparus en ce moment.
« On fait comment ? »
Le Leader regarde Parent-fourmi.
« Ils vont bientôt se rassembler, non ? Avec autant de fiançailles conclues. »
Parent-fourmi hoche la tête.
Le Leader prend une mine réjouie.
« Alors, identifiez le lieu de réunion et l'heure. Ce sera sûrement un restaurant connu pouvant accueillir un banquet. Une fois connu, réservez la pièce d'à côté. »
En clair, on casse leur réunion.
« Oru. »
« Quoi ? »
« Demandez aux victimes combien elles veulent. On réclamera cinquante pour cent en plus. »
« Compris. »
« Enquêtez en détail sur les problèmes qui ont conduit aux dettes. Enquêtez aussi sur ceux qui ont été achetés. »
« Compris. Le chancelier Kotarugi et les nobles alentour, on les élimine ? »
« Non, ce serait problématique s'il y a encore moins de nobles, alors on les laisse vivre avec des conditions. »
Des conditions ?
En gros, ne pas aller contre le roi, quoi.
« Entendu. »
Ah, les petites-araignées sont parties en flèche à une vitesse folle.
« Les infos vont se rassembler sans perdre de temps, on dirait. »
« Ouais. »
Je regarde le petit trou fait dans le mur, par où le Leader et les petites-araignées sont sortis.
Ce trou, depuis quand il est là… ?
… Bon, tant pis.