Un sourire amère me tira les lèvres en voyant la fissure dans le mur.
Le chef a l'air solide, mais parfois... enfin, parfois, quoi.
Disons qu'il a ses moments d'absence.
Cette fois encore, il avait dû comprendre que c'était plus petit que les fenêtres de la maison du Maître, mais il a dû se dire qu'il passerait quand même.
Parent-araignée et Parent-fourmi savaient, eux, que les fenêtres étaient trop petites pour eux.
Simplement, ces deux-là ne sont pas du genre à se formaliser pour ce genre de détails.
« En y repensant, on peut dire qu'on s'en tire bien avec juste une fissure dans le mur. »
Ce n'est pas comme s'il y avait un trou béant.
« G, golem ! »
Au cri de la femme, je tournai le regard. Une femme vêtue d'une tenue qui ne pouvait être décrite que de « clinquante » était assise par terre, en état de choc.
Je portai mon regard sur l'elfe aux vêtements tout aussi tape-à-l'œil perché sur Parent-araignée.
... Un couple, peut-être ?
Si ces deux-là se mettent côte à côte, on va avoir mal aux yeux.
Non... dans ce pays d'elfes, le tape-à-l'œil et le clinquant, c'est la norme ?
Je jetai un coup d'œil paniqué aux elfes autour.
Pour une raison inconnue, des « hii » d'effroi s'élevèrent, mais peu importe pour l'instant.
La mode du pays des elfes m'inquiète !
« Bien. Les autres elfes sont normaux. »
Ceux présents dans cette pièce portaient des vêtements plus délicats et luxueux que les elfes vus jusqu'ici, mais ni clinquants ni tape-à-l'œil.
Ils portaient des tenues qui mettaient vraiment en valeur leurs atouts.
Soulagé, je remarquai que le chef me fixait avec un air surpris.
« Quoi ? Il y a un problème ? »
« "Quoi" ! Tu as soudainement lancé des regards meurtriers tout autour, alors j'ai été surpris. »
Meurtriers ?
Allons, j'ai juste regardé autour de moi parce que la mode m'intriguait, moi ?
Je n'ai pas dégagé la moindre once de杀気, moi.
« Excusez-moi, puis-je ? »
Une voix m'interpella. Je tournai la tête : un homme perché plus haut se levait d'un fauteuil luxueux.
C'est lui, le roi Derous qui dirige le pays des elfes.
Ouais.
Il a une prestance supérieure aux autres elfes.
« Roi Derous. Enchanté. Je suis le chef du serviteur du Pilier du Monde, l'Œil Unique. »
Oh, le chef s'est vraiment surpassé.
Il s'est présenté brièvement, et a résumé le Maître en une phrase !
À la base, la présentation du Maître était si longue et détaillée qu'on se demandait « ça finit quand ? ».
Après tout, elle comparait toute la magie qu'avait utilisée le Maître jusqu'ici à celle de ce monde, pour vanter à quel point la magie du Maître était supérieure, c'est-à-dire à quel point le Maître était une personne merveilleuse et exceptionnelle, le tout dans un long texte.
Honnêtement, c'était impressionnant.
Enfin, toute la magie qu'a utilisée le Maître jusqu'ici, échecs inclus, est gravée dans mon cœur.
Cette magie qui supprimait la magie noire... bon, sans rapport pour l'instant.
« Que le chef soit capable d'une telle concision... Eh bien, c'est le Maître qui le lui a demandé. »
Pendant que le chef récitait sa présentation, le Maître est passé par là par hasard, et l'a arrêté avec une énergie incroyable.
Et il lui a ordonné : « Quand tu présentes le Maître à quelqu'un, fais simple, concis, en un mot ! »
À cet instant, le chef s'est mis à genoux.
Il a perdu toutes ses forces face à un désespoir absolu, paraît-il.
Depuis, presque deux jours.
Le chef n'a fait que chercher le mot unique approprié pour présenter le Maître.
À ce moment-là, il dégageait une aura terrifiante, de celles qui vous hérissent le poil.
« Chef, c'est impressionnant. Magnifique ! »
« Merci, grand frère. »
Les alentours nous regardent bizarrement, mais c'est vraiment un exploit, ça !
« Chef-dono ? Euh... »
Le regard du roi Derous se porte vers le haut de Parent-fourmi et Parent-araignée ?
Ah, c'est vrai, on avait fait monter les elfes sur leur dos.
« Excusez-moi, Parent-fourmi, Parent-araignée. Faites-les descendre. »
Sur l'ordre du chef, Parent-araignée et Parent-fourmi déposèrent les elfes au sol,
*Dosa, dosa, dosa.*
Ils les firent rouler... les déposèrent avec élan.
Reste Napisla, mais lui a été descendu doucement, apparemment.
« Nous sommes venus poser quelques questions au roi Derous. Cela vous convient-il ? »
À la phrase du chef, la pièce sembla s'envelopper de tension.
Alors qu'aucune question n'a encore été posée.
Ceux qui pâlissent le plus... eh ? La moitié des gens dans la pièce ne semblent pas affectés ?
Beaucoup de monde ici a quelque chose sur la conscience, c'est ça ?
C'est quoi, cette réunion ?
Le roi Derous est... perplexe, mais son teint n'a pas tant changé que ça.
« Nous avons trouvé un outil pour créer des esclaves dans le pays des elfes. »
« Quoi ! »
Je fixe le roi Derous, qui affiche une mine stupéfaite.
Pas l'air de mentir. Il a l'air de vraiment ne pas savoir.
Mais selon le Dragon volant, les dirigeants sont doués pour transformer le mensonge en vérité, alors méfiance.
... Lequel des deux ?
« Le voici. »
Le chef sort l'outil trouvé aujourd'hui dans sa main.
Cette magie d'espace parallèle est vraiment pratique, au fait.
Le chef, apprenant que le Maître avait créé un espace parallèle, a réussi à créer une poche dimensionnelle après force essais.
Apparemment, il ne peut encore y ranger que de petits objets, mais c'est une réussite totale.
Pour l'instant, lui seul y arrive, c'est enviable.
« Un objet maudit. »
Jugu ?
Aux mots du roi Derous, le chef penche la tête.
« Vous connaissez ça ? Le roi Derous a-t-il ordonné de le fabriquer ? »
« Non. C'est l'un des objets maudis disparus il y a fort longtemps. Personne ne devrait en connaître la fabrication... qui peut bien... »
« Ah, pour la fabrication, le clan Oppul la connaît. Les plans sont dans leur planque. »
Voilà.
Dans la planque du clan Oppul, des plans d'outils étaient cachés.
Quand on en a discuté entre nous, Seventeen et Nineteen de l'équipe agricole, qui s'intéressent à la fabrication, les ont réalisés d'après les plans.
Depuis, ces deux-là sont accros à la fabrication.
D'ailleurs, il y a quelques jours, ils disaient avoir recopié tous les plans trouvés dans la planque.
J'espère qu'il y a des trucs intéressants.
« C'est faux ! Il n'y a rien de tel ! »
Je regarde l'homme qui hurle, paniqué.
C'est le commandant en chef Oppul, sans doute ?
D'après le signalement, ça colle.
« Commandant en chef Oppul. Taisez-vous. »
La voix du roi Derous résonne calmement dans la pièce.
« Mais je ne peux pas reconnaître un tel mensonge ! »
Je regarde le chef.
En fait, moi non plus je ne pige pas trop.
Il a dit que les plans étaient chez eux, mais est-ce qu'il le savait vraiment ?
« J'ai eu l'impression d'avoir déjà vu cette forme quelque part, alors j'ai réfléchi sans cesse. Et je me suis souvenu. Ce n'était pas l'objet lui-même que j'avais vu, mais un dessin sur du papier. Et ce papier, ce sont les plans que le clan Oppul conserve dans sa planque. »
« Attendez. Le clan Oppul n'a pas de plans d'objets maudits. C'est la vérité. »
« Hé, vous ne le saviez pas ? À Oju, village au sud du pays des elfes, se trouve une planque du clan Oppul. Les plans de cet outil y sont. »
« Hein... »
Le commandant en chef Oppul écarquille les yeux, fixe le chef, hébété.
Ça ne sent pas le « je ne savais pas », ça.
« Il y a aussi une planque à Chenri, avec des plans. Surtout des outils explosifs, là-bas. Un endroit rare serait la grotte près du village d'Obambi. Et puis... »
« Je l'avoue ! Mais c'était sur mes ordres. Le clan Oppul n'y est pour rien ! »
« Hein ? »
Le chef penche la tête face aux mots du commandant en chef.
« C'est bizarre. Les rapports disent que les plans sont gérés par les deux chefs du clan Oppul, chacun de son côté. »
Voilà, le clan Oppul a deux chefs.
L'un fait la scène dans les fêtes, rencontre beaucoup d'elfes.
L'autre ne voit qu'un cercle restreint.
Batchu a enquêté, et il s'est emballé : « Des rendez-vous secrets ! C'est le mal absolu ! »
« Les plans d'outils utiles au quotidien sont gérés par Aryante. Ceux des outils cachés un peu partout dans le pays des elfes, par Bachute. C'est bien ça ? »
Tous les regards convergent vers le commandant en chef Oppul.
« Mauvaise mine, hein. Ça va ? »
Ah, il s'effondre.
Visiblement, ça ne va pas.