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Isekai Mahou wa Okureteru!

Chapitre 175

Isekai Mahou wa Okureteru!Isekai Mahou wa Okureteru!
Chapitre 175

Chapitre 175

Chapitre 175/19988%~14 min de lecture2 610 mots

Une secousse violente s'accompagna d'une montée explosive de mana.

Heidemarie poussa le réacteur à mana à sa limite absolue et, par cette force, brisa la barrière depuis l'intérieur. Son état mental étant déjà revenu à la normale, il n'y eut pas de grande difficulté à la faire céder.

Lorsque le monde illusoire se dissipa, le décor changea pour redevenir l'intérieur de l'église où ils se trouvaient.

C'était sans doute parce que l'église elle-même servait d'enceinte à la barrière.

Aussitôt la barrière disparue, une belle voix de soprano d'enfant s'envola depuis l'endroit où devait se trouver l'autel.

« Bon, bon, il a complètement raté son coup, l'autre. Il n'en vaut pas la peine. »

En tournant les yeux vers la voix, on vit un beau garçon vêtu d'une robe liturgique blanche qui se tenait là.

C'était donc lui, le garçon blond qui avait enfermé Heidemarie. Pourtant, son comportement laissait planer bien des questions : il n'avait pas gêné le renvoi de la divinité, ni l'extraction d'Heidemarie.

Que pensait-il pour agir avec une telle lenteur ?

Tandis que Suimei et Heidemarie partageaient cette perplexité sans pour autant baisser leur garde et en augmentant leur mana, le garçon blond leur lança une question.

« Alors, tu es qui, au juste ? »

C'était adressé à Suimei.

Face à son interrogation, Suimei répondit sans rien cacher.

« Moi ? Je suis le magicien de l'Association, Yakagi Suimei. »

« Ho, l'Étoile Tombante de la Nuit de l'Association. Je vois, c'était toi l'exécuteur délégué. »

Le garçon blond lança un « ho » admiratif, comme pour exprimer une impression fugace. Face à lui, Suimei arbora son habituel sourire ironique, mauvais garnement jusqu'au bout des ongles.

« Pour quelqu'un qui savait que l'exécuteur délégué allait débarquer, tu te donnes pas mal de mal. Vos plans viennent de tomber à l'eau, non ? »

« Tes mots sont inexacts. Pas "vos", les leurs. Je n'en fais pas partie. »

« ... Certes, cette affaire visait à accomplir le vœu chéri de Cyx... mais toi aussi, tu y trouvais ton compte, non ? »

« C'est vrai. Mais au fond, tout ça m'est bien égal. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

C'est Heidemarie qui répondit à la question qui traversait l'esprit de Suimei.

« En gros, tu te dis que même sans fusionner avec la divinité, il suffit de battre celui qui l'a battue, c'est ça ? »

« Exactement. Si je parviens à vaincre l'être capable de vaincre la divinité, mon but sera atteint, fusion ou pas. »

C'est là que tout s'emboîta.

Dès qu'ils avaient abattu la divinité, l'objectif avait basculé.

Le garçon visait à « faire étalage de ses capacités », l'invocation de la divinité n'était qu'un outil. Mais puisqu'était apparu quelqu'un capable de la terrasser, le battre lui offrait une bien meilleure vitrine pour « faire étalage de ses capacités ».

D'où sa passivité face à l'empêchement de l'invocation comme au sauvetage d'Heidemarie.

En somme, ce garçon avait la même racine qu'Heidemarie.

Tourmenté par le vide né de connaissances abondantes mais d'une expérience nulle, prisonnier du dilemme de l'homoncule. Et c'était pour combler ce vide qu'il se débattait ainsi.

Tandis que le cœur de Suimei frémissait d'une once de compassion, le garçon blond lança depuis l'estrade :

« Yoraku Kirasei. C'est moi qui te terrasserai. La fusion a raté, mais si je bats le génie que tu es, mon vide sera comblé. »

« Génie, hein. J'ai jamais pensé l'être. »

« C'est une provocation ? Ah, c'est efficace, en tout cas. Ta façon de parler m'énerve passablement. Toi qui as chassé la divinité de ce monde, abattu deux des dix tombés dans le mal, et vaincu le dragon rouge, manifestation de la fin des temps, si tu n'es pas un génie, qu'es-tu donc ? »

Face à la tirade théâtrale du blond, Suimei laissa échapper un sourire teinté d'autodérision.

« Tu te trompes sur le sens du mot "génie". Je suis juste quelqu'un qui refuse de mourir. »

« Continue à le croire. Ce n'est pas toi qui t'évalues, ce sont les autres. »

C'était vrai, après tout. L'estime de soi se remet aux mains d'autrui. Ce qu'on s'attribue soi-même ne saurait être reçu tel quel.

Mais.

« D'abord, ton adversaire, c'est pas moi. »

« Tu veux dire que je dois d'abord battre ton disciple ? Celle qui s'est fait prendre comme une bleue dans ta barrière tout à l'heure, ton autoproclamée chef-d'œuvre ? »

« C'est ça. Cette fois, pas de sales petits trucs. Bats-la dans un vrai duel de magie. Si tu y arrives, je te ferai face autant que tu veux. »

« On se moque de moi. »

Et le garçon blond croisa le regard d'Heidemarie.

Face à lui, Heidemarie pointa le bout de sa canne.

« Tu nous l'as fait, hein. J'aurais jamais cru que tu utiliserais un truc pareil. »

« C'est qu'il y avait une brèche dans ton cœur. Je m'attendais pas à ce que tu perces à jour. Si tu t'étais fait toute petite dans la barrière, t'aurais évité la douleur. »

Le garçon blond éleva son mana. Le décor alentour se mit à onduler, distordu.

« Mais tu restes négligente. Cette église, c'est mon terrain. J'avais pas préparé qu'une seule barrière. »

À peine eut-il parlé que la vision vacillante s'intensifia, vertigineuse, et un grincement strident, comme du métal qu'on tord, se fit entendre.

Sans doute l'exacerbation des phénomènes accompagnant la réalisation de la magie.

Puis le garçon prononça les mots d'activation de la barrière.

« Barrière, forme-toi ici ! »

Un cercle magique se déploya sous ses pieds et un dôme de lumière de mana enveloppa Heidemarie. Blanc, poudré, on eût dit une barrière protectrice dressée pour la défendre.

Mais ce n'était en rien une protection.

« C'est ma barrière de contrainte. Cette fois, c'est pas un jeu comme tout à l'heure. Écrasée, sous cette magie. »

Sur ces mots, le blond fit un geste de serrage. Le dôme lumineux se mit à se contracter en synchronie avec ses doigts. En rétrécissant la barrière, il compressait l'espace lui-même pour broyer Heidemarie.

Barrière de contraction active.

Un utilisateur de magie de barrière aux ressources variées, en effet.

Dans ces conditions, tirer des sorts perforants depuis l'intérieur comme l'extérieur n'aurait guère de sens.

Voyons comment elle va s'en sortir.

Tandis que Suimei se cantonnait à l'observation et à la vigilance, Heidemarie sortit quelque chose de sa poche de poitrine. L'outil magique qu'elle employait le plus souvent : un jeu de cartes et son étui.

Elle en dispersa les cartes négligemment sur place.

Et,

« Wirbelwind ! » ( — Souffle, tourbillon ! )

Tandis que la barrière se contractait, Heidemarie usa de magie de vent pour propulser les cartes aux quatre coins.

Les cartes virevoltèrent à l'intérieur et se plaquèrent çà et là contre la paroi. Aussitôt qu'elle en eut confirmé la fixation,

« Handskar av järn. Angriff ! » ( — Soldats de cartes, attaque ! )

Elle entama une nouvelle incantation.

Les cartes jetées par la maîtresse de magie se transformèrent radicalement sous l'effet d'un nouveau sort : des mains et des pieds, chaussés et gantés, poussèrent dru. On eût dit les soldats du Pays des Merveilles. Épéistes, lanciers, porte-boucliers, tous variants. D'un commun élan, ils s'accrochèrent au bord de la barrière et s'y cramponnèrent de tout leur corps pour enrayer la contraction.

« Ah ah ah, tu crois arrêter ma barrière avec une astuce aussi simple ? C'est au sommet de la sottise. »

« Moi non plus, je crois pas que ça l'arrêtera. »

« Quoi — ? »

Laissant la voix du garçon s'effacer, le mana d'Heidemarie monta en flèche. Des crépitements d'arcs électriques et des grincements râpeux de mobilier et de bâtiment raclés se mêlèrent pour emplir l'espace, pressant la barrière depuis l'intérieur.

Le mana exhalé se teinta de couleur et de lumière, tourbillonna autour d'elle et perça le plafond de la barrière comme un dragon ascensionnel.

« Tsk, ce mana... »

« Si tu t'étonnes pour si peu, tu vas pas tenir la distance ! »

Heidemarie hurla en retour au garçon qui laissait paraître son trouble face à cette décharge.

Puis elle tira un livre du néant.

« Un grimoire ? Non, pas ça... »

« Exact. C'est rien de si huppé. Juste un livre d'images. »

Heidemarie montra la couverture du bout des doigts. C'était un vieil album illustré avec du texte en anglais. Grand format pour que les enfants suivent facilement, un livre pour la jeunesse sans ambiguïté. Aucune particularité, aucune valeur d'outil magique, rien qu'un album.

« De l'autre côté du miroir ? »

« Ouais. C'est le premier que Papa m'a offert. C'est une édition anglaise toute usée, ceci dit. »

« Hmph. Tu comptes en faire quoi, d'un truc pareil ? »

« En faire quoi ? Je suis magicienne, moi ? Y a qu'un truc à faire. Non ? »

« Si c'était un outil magique, passe encore, mais avec ça, tu pourras rien — »

« Si, je peux. Parce que ma magie, c'est — »

— Oui. Sa magie, c'est la Magie Originelle.

D'ordinaire, ce qu'on appelle formule magique est la formalisation des actes accompagnant prières et vœux primitifs. Chaque geste de base en est donc fixé par le système magique, immuable. Les mouvements étant déjà déterminés, nul individu ne peut en changer la teneur.

Mais pas elle.

Elle peut déclencher le résultat voulu, suivant la procédure qui lui chante, avec le travail et les gestes qu'il faut.

Pour le dire cru : il suffit que le compte y soit.

Si la dépense de mana et la formule correspondent au résultat, théoriquement n'importe quel effet devient possible.

La magie d'Heidemarie Altschein est la — | Petite Boîte à Jouets (Klein Spielzeugkiste). Une magie qui concrétise ses rêves en se servant comme médium de tout ce qui relève du jouet d'enfant.

Si le jouet est ce qui console l'oisiveté des enfants,

Poupées, oui.

Peluches, oui.

Cartes, oui.

Accessoires de prestidigitateur, oui.

Les albums qu'on lit aux enfants sont, pour elle, des jouets comme les autres.

Heidemarie, l'album en main, tissa son incantation avec une fluidité continue.

« 'Twas brillig, and the slithy toves » ( — L'heure du rôtissage, les touves gluantes )

« Did gyre and gimble in the wabe » ( — gisaient et vrillaient dans le gué )

« All mimsy were the borogoves » ( — Tous flasques étaient les borogoves )

« And the mome raths outgrabe » ( — Et les raths perdus beuglaient )

C'est un verset du célèbre conte. Celui qui figure dans le dialogue entre la fille venue au monde du miroir et l'œuf bedonnant, décrivant un certain monstre. La bête s'égosille en absurdités pour égarer les gens, mais finit transpercée par l'épée de vérité, mots compris.

Les pages se mirent à défiler et l'album se mua en médium magique. Une lueur pâle poindra, un circuit se forma. Heidemarie leva la main droite et le mana embrasé traversa l'album, suivit la filière d'éclair, pour façonner une épée dans sa paume.

« He took his vorpal sword in hand. And through and through. The vorpal blade went snicker-snack » ( — Il saisit son épée vorpal. De part en part. La lame vorpal fit snicker-snack, tailla le vrai )

Cette épée s'appelle l'Épée Vorpal.

Heidemarie la pointa vers le garçon blond.

« Tu crois percer ma barrière avec une épée pareille !! »

« Je le pense. Puisque cette lame, conformément à son origine, tranche la magie. »

« Na — !? »

« Vorpal Sword, Vanity Cutter !! » ( — Épée de vérité, tranche la vanité !! )

Épée Vorpal — Coupe-Vanité.

Comme elle trancha les balivernes du monstre, cette lame coupe toute magie.

Pour le prouver, la barrière de contraction forgée par le blond fut entaillée.

Parce que c'était de la magie.

« Voilà le Tueur de Magie. Toute supercherie n'a qu'à être tranchée et s'évanouir. »

La barrière du blond fut percée et déchiquetée comme prévu, incapable de tenir sa forme, elle s'évanouit.

***

Après que la magie de barrière eut été tranchée par l'Épée de Vérité d'Heidemarie, ce fut d'une simplicité déconcertante.

Le garçon blond, qui n'avait pas imaginé une seconde que sa barrière de contraction cède, se fit submerger par la horde de soldats de cartes qui en jaillirent. Vaincu sans avoir pu opposer de résistance, il s'effondra inconscient.

« Finalement, c'était pas si terrible. »

« Ben ouais, vu que c'était toi en face. »

Sur ce ton dépité d'Heidemarie, Suimei rétorqua. À la base, leurs spécifications comme vies artificielles diffèrent. Heidemarie est le chef-d'œuvre du marionnettiste qui l'a faite ; le blond, lui, s'enorgueillissait de son talent mais n'avait en réalité que la force d'un être que son créateur a banni.

En un sens, l'issue était jouée d'avance. L'avoir capturée un temps relève de l'exploit, mais dans un vrai duel magique, la balance penche logiquement vers Heidemarie et sa capacité supérieure.

Maintenant, ils surplombent le garçon blond étendu.

Suimei aussi connaissait son passé pour avoir lu les rapports d'enquête. Créé par un alchimiste dans le cadre d'une expérience, il avait été chassé et errait. C'est là que Cyx Ruger l'avait approché, menant à l'affaire présente.

« ... Allez, y a un côté pitié. Jeté, manipulé, et voilà le résultat. »

« Ouais. »

« Mais bon. Au fond, pourquoi les homoncules veulent-ils toujours voir trop grand ? S'ils veulent faire quelque chose, ils pourraient y aller par petites touches, non ? »

Sur cette question lancée distraitement par Suimei, Heidemarie esquissa un sourire rare.

« C'est sûr, ils voulaient que leur créateur reconnaisse leur utilité, les accepte. Alors ils ont vu grand, cherché à briller. Et puis... ouais. »

« Quoi ? »

« Ce gamin, il avait pas toi. C'est pour ça qu'il a pas pu devenir comme moi, je pense. »

Heidemarie le dit en surplombant le blond. Sa voix portait indéniablement de la compassion, son visage un rien mélancolique.

« ... Suimei-kun. Je peux faire un caprice ? »

« Quoi ? »

« Je veux pas qu'on livre ce gamin à Sen'yakai. »

« Ça me va, mais tu comptes en faire quoi ? »

Suimei demanda avec une sévérité mesurée. Pitié ou pas, le relâcher revient à répéter le cycle. S'il le laisse partir, il faut une ligne de conduite. Comme il a pris Liliana sous sa protection, assumer ses responsabilités, ça veut dire ça.

« Je veux l'envoyer chez Papa. »

« ... Je vois. Tu veux que le Maître l'éduque. »

« Ouais. J'me dis que c'est mieux comme ça. »

« Je peux écrire une lettre de recommandation, mais est-ce qu'il acceptera ? C'est un parfait inconnu, sans attache ni lien. »

« Ça ira, c'est sûr. S'il rechigne, je ferai la moue. »

Face à cette assurance, Suimei demanda distraitement :

« Pourquoi aller si loin ? »

« Pourquoi ? Toi qui me le demandes ? »

Heidemarie répondit :

« Pour sauver, vraiment, ceux qu'on ne peut pas sauver. »

Effectivement, ça justifie amplement d'aller jusque-là.

« ... Compris. Alors je m'y mettrai sérieusement. »

Sur ce, Suimei enleva le blond inconscient sur son dos. S'il refusait de le livrer, des négociations avec Sen'yakai l'attendaient. Il songea que ce serait pénible, mais se démener pour un disciple qui agit selon l'idéal de l'Association, c'est le devoir d'un maître.

Tout en ressentant une joie sourde face à la croissance d'Heidemarie, ils quittèrent l'église ensemble.

Dehors, Felmenia et les gens de Sen'yakai venus récupérer les magiciens qu'elles avaient capturés les attendaient.

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