Ça y est, ça commence.
Des participants pros chevronnés contre des Orc Butlers produits en série (robots-châteaux géants).
Une trentaine d'Orc Butlers.
Face à eux, les pros doivent se compter par centaines.
L'avantage du nombre est du côté des pros, mais à l'unité près, les Orc Butlers les surpassent écrasement.
Normal, ce sont des robots géants.
Pour les arrêter, il faut appuyer sur l'interrupteur d'arrêt d'urgence placé dans leur nuque, mais rien que grimper jusqu'à là relève de l'exploit.
Pour une force humaine ordinaire, en tout cas.
Quel que soit le nombre de fois où on a battu le record de speedrun du Château Orc, tant qu'on n'a pas maîtrisé un art martial hors du commun, un être normal n'a aucune chance contre un robot géant.
Ils ne faisaient que fuir lamentablement.
« Gyahahaaaa ! Au secours ! »
« Écrasé ! Je vais être écrasé ! »
Précisons que les semelles et les paumes des Orc Butlers intègrent des formules de transfert forcé : si on se fait piétiner, on est téléporté juste avant l'impact.
Destination : la zone de disqualification.
On a pris toutes les précautions pour qu'il n'y ait pas de danger de mort, mais l'arène n'en est pas moins devenue un champ de carnage ingérable.
« Aller, tout le monde, lancez-vous ! Vous avez vu l'exemple que je viens de donner, non ? »
« C'est pour ça qu'on dit qu'on peut pas imiter un truc pareil ! »
Pathétique, décider que c'est impossible avant même d'essayer.
Bon, OK, le fait que j'aie pu faire de la manœuvre tridimensionnelle avec mon fléau et ma bêche, c'était grâce au pouvoir du « Porteur Suprême » qui a libéré le potentiel de la chaîne et compagnie. Les autres ne peuvent pas copier.
Même so, je me disais qu'il devait bien y avoir une méthode à la portée des gens ordinaires pour grimper sur un robot-château et appuyer sur l'interrupteur d'arrêt…
Pour ça, j'ai balancé sur le terrain des grappins, des râteaux et autres objets nécessaires… comme dans un combat de boss de jeu d'action… mais non.
Ils ont complètement perdu le moral, ils ne font plus que fuir.
À ce rythme, ça va juste virer à l'exécution publique.
« faudrait ptet commencer à boucler l'affaire, non ? »
Du coup, je fais un signe d'œil à Oakbo qui fait office de maître de cérémonie.
Moi aussi, je suis censé être l'un des participants infiltrés, après tout.
« Mesdames, Messieurs, vous ne tentez rien ? Si ça continue, vous serez disqualifiés, vous savez ? »
Pour les Oakbo, leur désir a dû être assouvi rien qu'en construisant ce nouveau Château Orc, donc ils ont l'air de se dire « après nous le déluge ».
« Si vous acceptez la disqualification, nous mettrons fin à cette attraction sur-le-champ. Qu'en dites-vous ? »
« On fait, on fait, on fait ! On accepte la disqualification ! »
Vite fait, pour des habitués du clear.
J'espérais qu'ils montreraient un peu plus de cran.
Bon, puisqu'on a leur parole, passons à la phase deux de l'événement.
« Afin de protéger la population de cette horde de soldats mécaniques, faisons appel au héros invincible ! »
Ça sent le spectacle de héros pour enfants.
En gros, on s'apprête à faire entrer un invité spécial.
Le public regarde, retient son souffle, suit le déroulement.
Mais si on se contente de punir les participants revendeurs et qu'on en reste là, le nom de l'organisateur en prend un coup. Il faut un rebondissement de plus.
C'est là qu'Oakbo lance l'appel.
« Aller, tout le monde, appelez-le, le héros ! Son nom est… »
Son nom est… !
« Alexander ! »
Convenu à l'avance, un dragon descend du ciel.
Bien plus massif qu'un dragon normal.
Ses écailles, d'un blanc pur, brillent comme de la neige fraîche sous le ciel bleu.
Le plus fort des plus forts, au sommet même de la race la plus forte : les dragons.
Le Super-Dragon Alexander fait une entrée surprise en guest star.
« Je n'aurais cru pouvoir participer aussi facilement au Château Orc qui m'intriguait. »
Oui, Alexander est un dragon assez fort pour anéantir instantanément tous les autres dragons s'ils se liguaient contre lui, et en même temps, il porte une admiration profonde pour la culture et la civilisation humaines.
Du coup, il est super curieux du Château Orc qui régale le public avec de nouvelles attractions à chaque fois.
Quand on lui a proposé de participer comme invité, il a accepté avec plaisir.
Forcément, son apparition a mis le feu aux poudres.
Cela dit, voir un dragon débarquer sans provoquer la moindre panique, c'est quand même spécial. Mais au Château Orc, l'ambiance est telle que tout est permis.
« Allez, Alexander-sama ! D'un seul coup de votre puissance draconique, balayez cette terrifiante armée de géants mécaniques ! »
L'ambiance est 100 % spectacle de héros.
Si Alexander y va fracassant et explosif, le public va en avoir le souffle coupé.
« Bon, ben, débarrassons-nous de cette drôle de construction. »
Et il se met à soulever les Orc Butlers un par un, délicatement, pour les sortir de l'arène.
Pour Alexander redevenu dragon, des robots géants capables d'écraser des humains ne sont guère plus que des mannequins.
Il les soulève et les emporte sans effort.
Bien sûr, zéro spectacle visuel, mais Alexander tient à ne pas abîmer les créations humaines.
Bon, les créateurs, ce sont les Orcs, mais quand même.
« Impossible de détruire sans ménagement une chose si rare. Les créateurs sont-ils d'accord avec ça ? »
« Si vous les cassez avec modération, on peut les réparer. » « Un peu sales, ça donne plus de réalisme. »
Des arguments tout trouvés, ces Orcs.
Comme ça, l'inauguration du nouveau Château Orc s'est terminée sans accroc, et l'élan pour le tournoi principal est lancé.
« Attendez, attendez, attendez ! »
Quoi ?
On allait bien clore l'affaire proprement ?
Qui proteste ? Les pros qui venaient de déclarer forfait eux-mêmes.
« C'est quoi cet attraction !? Vous n'aviez pas l'intention de nous faire gagner depuis le début ! On exige une reprise ! »
Vous avez accepté la disqualification de votre plein gré, non ?
Et maintenant que tout est fini, vous venez réclamer, c'est trop malhonnête. Où est passée votre dignité d'il y a peu ?
« On peut pas être dignes ! Notre vie en dépend ! »
Mettez pas votre vie dans une compétition.
Je peux pas me montrer, alors c'est Oakbo, en première ligne, qui répond.
« Cela dit, votre participation dans un but autre que le pur plaisir du jeu pose problème depuis longtemps. Cette fois, c'est une contre-mesure. Pour que le plus grand nombre puisse profiter sincèrement du Château Orc, nous continuerons d'innover. »
« Nous aussi, on a le droit de profiter du Château Orc ! »
« Nous serions ravis de l'entendre… après que vous ayez dissocié votre gagne-pain de l'événement. »
Eux aussi, leur vie en dépend, donc ils ne lâcheront pas facilement.
« Quoi qu'il en soit, cette année, vous êtes disqualifiés. Rentrez sagement. Pour l'an prochain, on ne dira rien. »
« C'est bon, ça ? Dire un truc aussi sec ? »
« Hein ? »
Quoi ?
Soudain, ils durcissent le ton. Ils auraient encore un atout dans la manche ?
« Nous, on a accumulé les participations en tant que pros. On est connus des fans du Château Orc côté public, j'en suis sûr ! »
« On a même des fans fidèles ! Si on ne peut plus participer, imaginez combien de fans seront déçus ! »
« Les clients partiront mécontents, la popularité du Château Orc s'effondrera ! Vous ne pourrez plus continuer l'événement ! »
Quel chantage fluide, sans temps mort.
« Si vous voulez éviter ça, laissez-nous participer ! À partir de maintenant, coexistence et prospérité mutuelle, donne-donnons, allons-y ! »
« Nous, on brille sur la plateforme Château Orc, et grâce à notre notoriété, vous attirez les clients ! Relation gagnant-gagnant, non ? »
Ils disent des choses qui sonnent bien.
La réponse de notre côté, la ferme…
« Mais nous refusons. »
L'un de nos plus grands plaisirs, c'est de dire « NON » à quelqu'un qui se croit fort.
Oakbo est du même avis : il m'a juste fait un signe d'œil, puis a refusé presque de sa propre initiative, net.
« Si on s'ennuie et que plus personne ne vient, on arrête l'événement. Comme on le fait par plaisir, on continue ou on arrête quand on veut. »
D'ailleurs, le seigneur du territoire, Darkish, a déjà donné son accord.
Le Château Orc est un grand événement, beaucoup de visiteurs, beaucoup d'argent qui tombe dans les caisses du territoire.
Mais les gens du coin ne s'en contentent pas : ils réinvestissent les bénéfices dans le défrichage, la création d'industries, pour préparer demain.
« Avant même ça, nous sommes convaincus de pouvoir faire grandir le Château Orc sans compter sur vous. Donc aucune raison d'accepter votre proposition. C'est tout. »
« Hah, tant que votre confiance sans fondement tiendra. Quand vos revenus s'effondreront et que vous ferez grise mine, on verra. » « On accepte les revirements, mais avec majoration pour le temps perdu. Disons… un cachet d'apparition, ça vous va ? »
Eux, ils sont pleins d'eux-mêmes.
Ils doivent avoir une sacré confiance en leur popularité.
Voyons bien laquelle de nos deux certitudes se brisera la première. Cette année, le Château Orc entre dans une nouvelle phase !