Je m'appelle Darquish.
Seigneur d'un coin de la République des Hommes… enfin, c'était le Royaume des Hommes, maintenant c'est la République… bref, un petit homme pour qui la satisfaction suprême est de vivre ses jours en paix.
Aujourd'hui, je fais une pause dans mes devoirs officiels pour m'occuper de ma famille.
« Papa, papa~ »
« Ouais, ouais, Ferunedo, papa est par là~ Tu marches bien, hein~ »
Mon fils aîné, Ferunedo, né il y a environ quatre ans, notre premier enfant tant attendu.
Il succédera un jour à ma place et deviendra le seigneur de ce territoire.
Avec mon épouse Varina, il y a eu une période où nous nous tourmentions de ne pas avoir d'enfant, mais depuis la naissance de Ferunedo, notre second fils Pariva a deux ans. Et maintenant, notre troisième enfant grandit sainement dans le ventre de mon épouse.
Alors qu'on avait désespéré au point de penser qu'il faudrait renoncer à avoir des enfants, le paradis semble s'être ouvert comparé à cette époque.
Heureusement, la gestion du territoire se passe aussi sans problème majeur, dans la tranquillité.
Ces dernières années, de grands événements se succèdent sur mes terres, créant une demande exceptionnelle. J'ai utilisé les bénéfices inattendus qui en ont découlé comme capital de départ pour lancer diverses entreprises.
Famille et travail, tout va pour le mieux.
Il y a eu un moment où j'ai failli être intronisé nouveau roi du Royaume des Hommes et où j'ai pensé « c'est foutu », mais j'ai réussi à l'éviter, et vraiment, tant mieux.
Vraiment, tant mieux !
C'est alors que des pas troubles sont venus perturber ma vie…
………… « Une invitation du Saint… »
Ça y est !
Pour ma famille, c'est en quelque sorte plus angoissant qu'une convocation à la guerre.
Il détient un pouvoir immensément plus grand que le roi du monde présent, et s'il le voulait, il pourrait refaire le monde de zéro.
C'est cette toute-puissance qu'est le Saint de la Ferme.
Et ce Saint, sur un caprice, a bâti un événement en utilisant une partie de sa toute-puissance, qui se déroule sur mon territoire, m'apportant d'immenses bénéfices.
C'est pourquoi, dès qu'un courrier du Saint arrive, je dois y répondre encore plus vite et plus soigneusement qu'avec la famille royale.
Alors, qu'est-ce que le Saint nous annonce cette fois ?
J'ouvre la lettre en tremblant…
« …Shichi-Go-San ? »
Ça commence par un truc incompréhensible.
En lisant la suite, il y a apparemment une cérémonie appelée Shichi-Go-San ? Qui sert à célébrer la croissance des enfants.
Le Saint a justement deux enfants d'environ trois à cinq ans, donc il doit être sensible à ce genre de chose.
Rien n'inquiète plus un parent que de savoir si son enfant grandira en bonne santé.
Moi aussi, en tant que parent de jeunes enfants, je peux être d'accord avec ça.
Et ce Shichi-Go-San, cette fois, ne se ferait pas seulement en famille pour le Saint, mais à une échelle un peu plus large en invitant plusieurs familles d'amis et de connaissances.
Ma famille en fait partie, invitée parmi elles.
Pourquoi moi ?
Les autres invités probables.
La famille du Roi des Démons.
La famille du Roi des Sirènes.
Autres.
Quelle brochette, quand même ! Vous ne pourriez pas penser aux sentiments d'un petit seigneur de pacotille qui se retrouve au milieu ?!
J'ai d'abord levé les yeux au ciel, me suis massé le front, puis ai baissé la tête en expirant profondément.
… Bon.
D'abord, consulter mon épouse.
« Encore une affaire qui engage la survie de notre territoire, hein… »
Mon épouse Varina, cela fait cinq ou six ans que nous partageons notre vie, nous sommes devenus un couple complice.
Pourtant, elle était à l'origine une bureaucrate démoniaque dépêchée par l'administration d'occupation démoniaque. Elle a fini par s'entendre avec moi, son seigneur surveillé, et avant qu'on s'en rende compte, nous nous sommes mariés — une de ces romances que le public adore.
Bien sûr, avec son passé de bureaucrate démoniaque, elle me donne aussi de précieux conseils face aux problèmes complexes.
C'est une épouse compétente, d'un grand soutien dans l'ombre.
« C'est déjà arrivé, ce genre de chose… »
« Cette fois-là aussi, on a eu une discussion grave sur la survie de notre territoire… »
Comme quand on a été invités au mariage du Saint, par exemple.
Bref, se faire traiter en voisin par des existences au-dessus des nuages, ça fait mal au cœur pour nous, gens de peu.
Cette fois encore, si par malheur on offense l'humeur de ces gens en partageant la table avec des familles royales et le Saint qui domine le monde, même plusieurs vies n'y suffiraient pas !!
« Mais vu la largesse d'esprit du Saint, la probabilité que ça arrive est inférieure à une sur dix mille… »
« Mais si on continue à compter sur la magnanimité du Saint, on finira par faire une grosse bêtise, et ça fait peur !? »
Finalement, un humain doit toujours avancer comme s'il traversait un pont de singe, tendu à l'extrême.
Alors, mon épouse Varina, toi qui as déjà traversé une situation similaire et t'en es sortie sans encombre, n'aurais-tu pas une once de sagesse à nous refiler ?
« Voyons… J'ai une idée. Selon le timing, c'est une arme à double tranchant qui risque d'offenser l'autre partie, mais… »
Oh… Ça a l'air flippant, ça.
Mais écoutez, on va entendre.
« L'opération retard !! »
Opération retard !?
C'est quoi ça ? Mais le retard, c'est pas une mauvaise main évidente qui fait perdre la confiance !?
« Si on trouve un prétexte, l'impolitesse sera évitée. Et arriver en retard, ça veut dire arriver plus tard. Si l'heure de visite est décalée, le temps de séjour raccourcit. Si le séjour est plus court, le temps de contact avec ces hautes personnalités diminue d'autant, donc le risque d'attirer leur attention bizarrement baisse aussi. »
C'est malin !
Comme on est mon épouse ! Elle a plein de combines sournoises dans sa manche !
« Mais si on le fait trop souvent, ils vont remarquer qu'on le fait exprès, donc ça marche une ou deux fois max. Mais comme c'est la première fois, ça ira. Si on vise le moment où l'ambiance est à son comble, on pourra se fondre dans la masse naturellement sans que personne ne fasse attention à toi. »
« Tu parles comme si ça te concernait pas, mais toi aussi tu viens. »
« Hein ? »
Même avec cet air surpris.
Parce que cette fois, l'événement est pour célébrer la croissance des enfants, donc on y emmènera les gosses, forcément.
Alors la mère, toi, si tu venais pas, ce serait bizarre.
Les autres invités viennent aussi en famille, alors nous, si un seul de nous manquait, ce serait impossible.
« En gros, toute la famille doit faire front uni… c'est bon, je le fais !! »
Une épouse à moitié résignée.
………… Et le jour du Shichi-Go-San à la Ferme…
L'opération retard de mon épouse a semblé porter ses fruits. Je l'ai pensé dès notre arrivée, parce que sur place, chaque épouse faisait des étincelles en vantant son fils.
Quelqu'un a réussi à calmer le jeu et ça s'apaise maintenant, mais si on était tombés en plein pic, j'en ai des frissons dans le dos.
« Allons, allons, la famille Darquish est au complet ! Tous les invités du jour sont réunis ! Commençons pour de bon la célébration du Shichi-Go-San !! »
Hii ! Le Saint !!
J'avais essayé de me fondre discrètement en arrivant en cours de route, mais avec une présentation pareille, c'est l'effet inverse !?
« En fait, j'ai un cadeau commémoratif pour la famille Darquish ! Une fabrication spéciale, rien que pour vous, pas pour les autres familles !! »
Pourquoi !?
Pourquoi justement nous, la famille la plus banale !?
« Mais voyons, la famille Darquish, c'est le premier couple historique entre un Humain et un Démon. La naissance et la croissance de votre enfant, c'est ce qu'il y a de plus réjouissant ! C'est pour ça que j'ai préparé ça comme cadeau commémoratif !! »
Un truc énorme, recouvert de tissu, arrive roulant sur un chariot !?
C'est du sérieux !? On retire le tissu d'un coup et ce qui apparaît… c'est une statue en bronze ?
En plus, un design abstrait incompréhensible… et sur la plaque au bas, c'est gravé « Fusion, œuvre de Pisocho ».
Je pige rien.
Un truc aussi巨大 et qui, où qu'on le mette, risque de faire tache, cette sculpture abstraite, on est censés l'exposer où !?
Mais celui qui l'offre, c'est de la bonne foi à cent pour cent.
Moi, Varina, Ferunedo, Pariva, et même le troisième qui est encore dans le ventre de Varina, on a tous fait une tête probablement dubitative, mais on n'a eu d'autre choix que de l'accepter.
Les gènes de la banalité se transmettent sûrement aux enfants.
Les premiers demi-humain/démon de l'histoire. Pourtant, malgré cette rareté, nos enfants sont d'une banalité confondante.