L'hiver se poursuit.
Il fait froid.
Bon, la vie à la ferme dure depuis longtemps maintenant, et les installations sont bien remplies.
Les mesures contre le froid ont aussi pas mal progressé par rapport à avant.
Il y a les poêles à bois que les orques ont fabriqués, et les pulls en fourrure que Batty et les autres confectionnent sont chauds.
Les sources chaudes jaillissent abondamment et offrent une température idéale pour l'hiver.
Mais on arrive à la période où l'envie de tenter quelque chose de nouveau se fait sentir.
Répéter la même chose ne rend pas l'hiver amusant, après tout.
C'est pourquoi j'ai décidé de lancer un nouveau projet.
« Fabriquons un kotatsu. »
Oui, cet outil magique.
On dit qu'une fois qu'on y a mis les pieds, on ne peut plus en sortir, un piège interdit qui fait sombrer l'esprit jusqu'au fond de la déchéance.
Non, ce n'est pas exagéré de l'appeler une arme.
Qui, en ce monde, pourrait résister à la tentation du kotatsu ?
C'est pour ça que j'ai hésité jusqu'ici à en fabriquer un.
J'avais peur qu'en introduisant le kotatsu dans ce monde paisible, la déchéance et la stagnation ne finissent par le détruire.
Mais je crois en l'autonomie et à la maîtrise de soi des gens de ce monde.
Bon, en fait, c'est aussi parce que moi-même, ces temps-ci, j'ai eu une envie irrésistible d'entrer dans un kotatsu.
Une fois décidé, passage à l'action.
Pour la table basse qui fait la structure du kotatsu, j'ai demandé à l'équipe de menuiserie des elfes, et ils l'ont faite illico.
Impressionnants, leur rapidité au travail.
Ils ont bien utilisé un bois résistant à la chaleur, comme je l'avais demandé.
Ensuite, pour la couverture de kotatsu à poser dessus, j'ai demandé à Batty et aux autres de la confectionner.
Une couette bourrée de coton qui a l'air de bien enfermer la chaleur.
Et puis le cœur crucial.
Le chauffage qui produit la chaleur. Sans ça, pas de kotatsu.
Alors j'ai cherché à en installer un, mais rappelez-vous : c'est un autre monde fantasy.
Pas de pièces mécaniques, donc pas de radiateur infrarouge non plus.
Autrefois, sans machines, on mettait un hibachi sous la couette pour chauffer, mais il y a de jeunes enfants chez nous, et je ne veux pas d'objets trop dangereux dans la maison.
Crise de la fabrication du kotatsu ? Je me suis inquiété, mais pas de panique.
C'est parce que c'est un autre monde fantasy qu'il y a des choses qui n'existent pas, mais aussi des choses qui existent.
Je suis allé direct dans le donjon du Sensei, j'ai fouillé un peu, et j'ai trouvé.
Une pierre magique qui émet d'elle-même de la chaleur.
Une température juste ce qu'il faut, on peut la toucher sans se brûler.
Avec ça, pas de souci pour la coller sous la table basse comme source de chaleur, c'est totalement sûr.
Même les trucs qui semblent impossibles sans civilisation, on s'en sort à peu près toujours en s'appuyant sur les donjons ou la magie.
C'est aussi une des choses que j'ai apprises depuis mon arrivée dans cet autre monde.
Une fois les matériaux réunis, assemblage et emboîtement !
Terminé !
Et voilà un kotatsu sans fil, version autre monde !
Puisque la source de chaleur est une pierre magique et qu'il n'y a pas besoin d'alimentation électrique, pas de cordon d'alimentation non plus !
La cause numéro un du bazar dans une pièce, c'est le cordon d'alimentation !
Sans lui, la pièce reste nette, vive la vie en autre monde !
Bon, alors, j'y glisse mes propres jambes illico !
Elles coulissent dedans tout en douceur.
« Wahouhouhou, c'est trooop chaud ! »
Je suis de retour.
Dans ce paradis printanier éternel.
Une fois les pieds dans le kotatsu chaud, impossible d'en ressortir !
Même si j'ai envie de faire pipi et que je ne peux plus me retenir, je finirai par le faire ici, je ne bougerai pas !
J'ai la conviction profonde d'avoir achevé quelque chose d'incroyablement terrible.
« Ça sent la nouvelle stimulation, nanoda. »
Viel arrive.
Vraiment, ce type débarque en premier à chaque fois que j'essaie quelque chose de nouveau.
On dirait qu'il a mis des caméras de surveillance.
Mais c'est raté pour lui. Ce que j'ai fait aujourd'hui, ce n'est pas de la bouffe.
C'est ce que je pense, emmitouflé dans mon kotatsu.
« Honu ? Qu'est-ce qui te prend, Maître ? Pourquoi tu sors juste la figure de là ? »
Je ne m'en étais pas rendu compte, mais du cou vers le bas, tout mon corps était enfoui bien profond dans le kotatsu.
Le classique du kotatsu.
Mais une fois qu'on a grandi jusqu'à l'âge adulte, la taille ne correspond plus au kotatsu. Si on essaie de rentrer jusqu'aux épaules, les pieds dépassent ; si on rentre les pieds, les épaules sortent.
Une scène qui fait sentir la mélancolie d'avoir grandi…
« Nan da ? C'est quoi cette table avec une couette par-dessus ? Un kotatsu ? Houhou, ça chauffe l'intérieur de la couette ? Les humains font encore des trucs pathétiques. Sans ça, ils ne peuvent même pas survivre au froid de l'hiver, c'est ça ?! »
Viel balance une de ses tirades arrogantes de dragon, ça faisait longtemps.
« Nous les dragons, avec nos écailles brûlantes, on s'en fout du froid polaire comme de la chaleur torride ! Même en pleine tempête de neige, on n'a pas froid du tout ! Donc ce genre d'équipement contre le froid, c'est inutile dès le départ ! Gahahahahaha ! »
C'est ça.
Du coup, t'as rien à faire ici. Moi, je vais continuer à profiter du kotatsu… enfin, à faire des tests de performance avant de le présenter à la famille. Toi, va faire un tour au pôle Sud ou au pôle Nord avec tes ailes de dragon dont tu es si fier.
C'est dit. Je reste planqué dans le kotatsu une bonne petite heure.
……
« Fuwaa, c'est douillet, nanoda. »
Comme prévu, Viel s'est fait happer par le kotatsu !?
Je m'en doutais bien qu'il finirait comme ça !
Même un dragon qui ignore la chaleur torride et le froid polaire ne peut pas résister à la douce tentation du kotatsu !
« Fuwaa, pourquoi je peux pas résister, nanoda ? J'veux plus sortir d'ici, nozda ! »
Viel, dont l'intelligence baisse à force de se faire avoir par le kotatsu.
« J'veux manger des mandarines dans le kotatsu, nanoda. Maître, va m'en chercher, nozda. »
« Pas question, va les chercher toi-même. »
Viel qui perçoit instinctivement le mariage parfait entre kotatsu et mandarines.
Mais aller chercher des mandarines, ça veut dire sortir du kotatsu.
C'est絶対(ぜったい) avec non ! — absolument hors de question !
Plutôt que de sortir du kotatsu, je crève de faim !
Bon, pour l'autre classique du kotatsu, « zapper les chaînes de télé », comme il n'y a pas de télé dans cet autre monde fantasy, on a échappé au pire.
« Voilà l'autre grand classique qui débarque, nyan ! »
Ah !?
Un chat apparaît !?
« Je cherche sans cesse l'endroit le plus confortable pour dormir depuis trois mille ans ! Mon instinct de chat me l'a dit, nyan ! Ici se trouve l'Eldorado ! C'est pour ça que je suis venu, nyan ! »
L'instinct du chat qui cherche le confort absolu.
Il n'y avait aucune chance qu'il rate le kotatsu.
Pourquoi le chat parle-t-il couramment la langue humaine, me direz-vous ? En résumé rapide : un No Life King, être non-humain, est en possession de ce chat.
Ceci dit, il est pas mal tiré par l'instinct félin.
« Mya réclame d'entrer dans ce paradis, nyan ! Ouvre la porte tout de suite, nyan !! »
« Ouais, ouais. »
Le classique du chat.
Il veut entrer dans le kotatsu, mais comme il n'y a pas d'ouverture, il miaule « ouvrez-moi » en geignant.
L'humain ne peut pas résister à cet ordre et finit par soulever la couette.
« Yoshaa ! J'entre, nyan ! »
Le chat entre en trombe, tout content.
Et puis, au bout d'un moment…
« Chaud, nyan. J'en ai marre du kotatsu, nyan. »
La température du kotatsu est trop élevée pour un chat, il ressort illico. En renversant la couette.
Par le trou ainsi créé, l'air froid rentre et la précieuse chaleur s'en va ! Et en plus, ce salaud de chat sort toujours du côté des pieds vu de nous, donc remettre la couette en place, c'est une corvée de plus !
« Hé, chat !! Si tu sors, au moins remets la couette proprement avant de partir ! Par le trou que t'as fait, l'air froid rentre, bordel !! »
« Une fois dehors, il fait froid, nyan. J'veux rentrer à nouveau dans le kotatsu, alors ouvrez, nyan. »
« Rentre par le trou par lequel t'es sorti, bon sang !! »
Encore un classique du chat.
Un chat n'utilise jamais deux fois la même entrée.
« Le chat va de pair avec le kotatsu, alors traitez le chat avec plus de reconnaissance, nyan ! Le chat dans le kotatsu forme un rectangle d'or, nyan !! »
Le chat qui tente d'imposer sa loi en brandissant la tradition.
C'est effronté.
Tandis que les ambitions du chat allaient être brisées, un nouvel intrus débarque…
« Pochi ? »
C'est le monstre loup qui vit à la ferme.
Son nom d'espèce serait « Hypercaon », mais tout le monde l'appelle affectueusement Pochi.
Pochi fourre son museau entre la couette et le sol, et s'enfonce dedans direct.
« Nnyaaaa !! Qu'est-ce que tu fous dans le kotatsu, toi qui es un chien, nyaaa !! »
Le chien aussi, dans le kotatsu, il se roule en boule, de nos jours.
Chien, chat, Viel, le kotatsu bondé à craquer finit par ne plus permettre de se retourner.
Le kotatsu est vraiment maléfique.
Il avale tout, à l'intérieur de lui-même.