Quelques jours s'étaient encore écoulés depuis lors.
Les cultures des champs poussaient à vue d'œil, et j'étais occupé à m'en occuper.
La récolte était encore loin, mais les plantes avaient assez grandi pour que je puisse deviner quels légumes elles allaient donner.
Probablement, ce que je pourrais bientôt récolter dans mes champs, c'étaient…
Tomates, pommes de terre, concombres, aubergines, oignons, concombres, ciboules, carottes, courges, choux.
Quelque chose comme ça, non ?
C'était sans doute l'effet de [Porteur Suprême] : même pour un novice en agriculture comme moi, il suffisait de toucher les tiges et les feuilles en cours de croissance pour savoir de quel légume il s'agissait, et ça m'aidait bien.
Mais même avec ça, la récolte allait encore prendre pas mal de temps.
D'ici là, je n'avais d'autre choix que de subsister en ramassant de la nourriture en mer.
La montagne, c'est flippant, j'n'y remets plus les pieds.
Et ainsi, je continuais cette vie : me lever le matin, m'occuper des champs, puis partir en mer chercher de quoi manger.
Aujourd'hui, je vais pêcher un peu élégamment.
Plonger directement dans la mer pour « attraper ça de mes mains » c'est bien aussi, mais pour les poissons qui nagent vite sous l'eau, il est plus efficace de les appâter et de les pêcher à la ligne.
Parmi les outils que j'avais achetés en gros à la capitale, il y avait une canne à pêche, alors je m'en servais pour lancer ma ligne depuis les rochers.
J'utilisais les insectes attrapés pendant le travail aux champs comme appâts, faisant d'une pierre deux coups.
J'espérais bien ferrer un gros morceau.
Tout en pensant ça, je profitais tranquillement de la brise marine quand…
« …Oh ? »
Ça mord, ça mord.
La ligne se tendit violemment et la canne plia sous la traction.
Cette force, c'était indubitablement un gros poisson.
Au lieu de le remonter dans la panique, je le laissai d'abord se débattre à sa guise pour user son endurance.
Puisque j'ai la capacité [Porteur Suprême], dès que je tiens une canne à pêche, je deviens un pêcheur de premier ordre.
Même avec la canne bon marché achetée une bouchée de pain à la capitale, j'ai la certitude de pouvoir sortir un thon à la ligne.
Après un moment de lutte…
« …La traction faiblit. »
Il commence à fatiguer, ça ?
Bah, qu'il remonte et montre sa gueule. Mon dîner du soir !
Avec un grand « splash », il jaillit de la surface, un beau spécimen comme espéré.
Sa nageoire caudale battaient l'eau, plein d'énergie.
Il a la pêche.
Seulement…
« Iyaaan ! Qu'est-ce que c'est que ça, encore !! »
Ce n'était pas le gros poisson auquel je m'attendais.
Certes, c'était gros pour un poisson. À peu près la taille d'un humain.
En fait, c'était mi-humain.
L'autre moitié était poisson.
« Que moi, une sirène, je me fasse pêcher par un terrien ! Impossible ! Môô !! »
En battant la queue frénétiquement, elle gémissait de frustration, celle que j'avais ferrée.
Une sirène.
Ce que j'avais pêché n'était pas un poisson, mais une sirène.
« Uwaaaaaaaaaaa………!? »
Pas de doute, c'est un autre monde.
Les sirènes existent vraiment !?
Le bas du corps est un poisson. Le haut, une fille.
En plus, elle est plus que belle, sur le point de m'envoûter.
C'est en se débattant qu'elle en est arrivée là, ma ligne s'était enroulée tout autour d'elle, la rendant incapable de bouger.
Une fille ligotée. C'est quand même érotique.
« Hé, toi ! »
Sur un ton agacé, la sirène hurla.
« C'est toi qui pêchais, hein !? Dépêche-toi de défaire cette ligne ! Je suis ligotée comme un saucisson, je peux pas bouger !! »
« Eeeeh !? »
Je ne faisais que trembler, mais puisque l'interlocutrice était un être intelligent avec qui on peut parler, je ne pouvais plus la considérer comme une proie.
Je décidai de la traiter comme une partenaire de communication, avec les égards dus.
Cela dit, ma ligne est précieuse, je ne pouvais pas la couper. Je la défis soigneusement, et pour finir, je retirai l'hameçon de sa bouche.
« T'as bien bouffé l'appât, hein !? »
Mais au cours de cette manœuvre, je fis l'expérience involontaire et précieuse d'introduire mes doigts dans la bouche d'une fille, et mon cœur battait la chamade.
Bref, une sirène.
Je pêche du poisson et je remonte une sirène.
Moi-même, je ne comprends plus très bien ce que je raconte.
« Euh… bonjour… »
Je ne savais pas du tout quoi faire, mais j'essayai d'engager la conversation pour l'instant.
L'important, c'est la compréhension mutuelle.
La salutation est le premier pas de la conversation.
« Tu as osé me pêcher, terrien !! »
Mais l'autre montrait une hostilité à nue.
La compréhension mutuelle s'éloigna d'un coup.
« Puisque je me suis fait pêcher, je deviendrai ta femme !! »
Je crus qu'on passait à distance zéro en un instant.
Les gens qui se comprennent, c'est drôlement facile.
« Femme !? Pourquoi !? »
Non non, c'est pas ça.
Il y a encore entre elle et moi un fossé de compréhension plus profond que la fosse des Mariannes.
Bon, dans cet autre monde, la fosse des Mariannes n'existe probablement pas, ceci dit.
« Parce que ! Se faire pêcher par un terrien, pour une sirène, il n'y a pas plus grande humiliation !… Je suis une sirène vaincue. Le vaincu a pour destin d'offrir tout au vainqueur !… Corps et cœur, tout offrir… »
« Non non non… »
Bref, j'ai choppé une femme.
Une femme sirène.
C'est bon, comme ça !?