Je m'appelle Orba.
Je suis un officier supérieur de la glorieuse Armée du Roi des Démons.
Mon poste exact est adjoint des Quatre Rois Démoniaques.
Je reçois mes ordres directement des Quatre Rois Démoniaques qui se tiennent au sommet de l'Armée du Roi des Démons, et plus spécifiquement de Belphegamilia-sama, Commandant de l'Armée Démoniaque, qui s'est hissé au sommet d'entre eux.
On peut dire que c'est la promotion ultime.
Au sein de l'armée, il n'existe pas de poste supérieur, hormis celui de Quatre Rois Démoniaques lui-même.
Selon l'âge et la carrière, on pourrait considérer cette position comme un aboutissement honorable, mais pour ma part, je suis encore jeune et issu d'une famille noble assez renommée, si bien qu'on dit que je peux viser le poste de Quatre Rois Démoniaques.
Pourtant, malgré cet environnement privilégié, je prévois de quitter l'Armée du Roi des Démons sous peu.
La raison de mon départ : mon mariage.
D'ordinaire, quand on parle de démission pour mariage, on pense aux femmes, mais dans mon cas, les circonstances sont particulières.
D'abord, comme mentionné plus haut, mes origines nobles.
De surcroît, ma famille est une lignée prestigieuse dans le Royaume Démoniaque, et je dois la gérer correctement pour la transmettre à la génération suivante.
Moi-même, j'ai accumulé une expérience suffisante dans les affaires pratiques de l'Armée du Roi des Démons, si bien que j'en suis venu au stade où je dois assumer sérieusement mes devoirs de chef de famille pour protéger notre maison.
Le déclencheur a été mon mariage.
Oui, je vais me marier.
Ma promise est un cas plutôt particulier, et c'est en partie pour cela que je dois me consacrer à mon travail de chef de famille.
Ma chère fiancée, Bati, est une ancienne collègue.
Avant son départ, elle occupait aussi le poste d'adjointe des Quatre Rois Démoniaques, et servait actuellement d'adjointe à la Reine des Démons, Dame Astarès-sama.
Issue d'un milieu roturier, elle a gravi les échelons par ses propres moyens — un parcours atypique qui contrastait avec moi, souvent décrit comme ayant réussi grâce au « népotisme familial », au point de me donner un complexe.
Toutefois, grâce à son jugement vif et son attitude affable, elle a brillé comme adjointe, et nous sommes devenus proches immédiatement, elle servant de lien entre les deux Quatre Rois Démoniaques.
Lorsque son supérieur a quitté son poste de Quatre Rois Démoniaques, elle a démissionné non seulement de son poste d'adjointe, mais de l'armée elle-même.
Elle a réalisé son rêve d'enfance en devenant couturière.
En tant que partenaire de mariage, elle est, en réalité, une partie des plus avantageuses.
Même roturière, son parcours jusqu'au poste d'adjointe des Quatre Rois Démoniaques dans l'Armée du Roi des Démons est solide, et qui plus est, la Quatre Rois Démoniaques qu'elle servait directement est devenue Reine des Démons par son mariage.
Elle a un accès direct à la Cour du Roi des Démons. Dans la haute société démoniaque, il n'y a pas de statut supérieur ; si elle fréquentait le monde, les demandes en mariage afflueraient sans fin.
Pourtant, je peux affirmer qu'elle refuse tout cela.
Parce qu'elle n'a d'yeux que pour moi ?
Allons… aussi confiant soit-on, ce n'est pas ça.
Je sais qu'elle a une raison — un rêve — qui l'empêche de se contenter du rôle d'épouse noble.
Son rêve d'enfance : créer des vêtements.
Un rêve réalisé enfin grâce à son départ. Son activité marche bien, et ses créations sont devenues une marque célèbre qui dicte la mode du Royaume Démoniaque.
Pourtant, même en pleine réussite, si elle épouse un noble, elle doit quitter son travail.
Une dame de la haute société qui exerce un métier manuel, c'est indigne.
Ce préjugé persistant fait qu'elle ne pourrait jamais s'insérer dans un cadre aussi étriqué.
C'est pour cela que, même après lui avoir demandé de sortir avec moi et avoir entretenu une relation d'amants pendant longtemps, je n'ai pas réussi à franchir le pas du mariage.
Tandis que je tergiversais, un événement majeur s'est produit : un Dragon a attaqué, et Sa Majesté le Roi des Démons a donné son aval, scellant notre mariage.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Qu'est-il arrivé ?
J'aurais voulu le demander, mais quoi qu'il en soit, mon mariage avec Bati est devenu officiel grâce à cela.
Surtout, le travail de Bati après le mariage — ma plus grande inquiétude — peut continuer, ce qui me soulage grandement.
Selon Sa Majesté, maintenant que la guerre contre la Race Humaine est terminée et que la politique de réconciliation progresse, l'énergie consacrée au combat diminue, et il faut un réceptacle pour l'excédent.
Désormais, même les épouses nobles doivent avoir un métier pour aider à soutenir le foyer, dit-il.
J'approuve entièrement cet avis, qui correspond parfaitement à mon souhait que Bati continue son travail de couturière après notre mariage.
De plus, le thème de la réduction des armements adaptée à l'ère de paix m'arrange, moi qui veux me consacrer à mon rôle de chef de famille après mon départ.
La réduction des armements a commencé il y a quelques années déjà, mais le mouvement se poursuit.
C'est pourquoi mon départ a été accepté sans accroc, mais on ne peut nier l'influence marquée de mon supérieur, cette personne.
Après tout, ce fainéant invétéré n'aurait jamais fait des pieds et des mains pour retenir un seul subordonné…
………………
Et un certain jour.
Au café « Lounge Ares »…
« Alors, pour célébrer l'avenir d'Orba-kun… »
« Kampaï ! »
Le toast retomba.
La fête d'adieu organisée par mon supérieur, Belphegamilia, se tenait.
Mais une fête d'adieu dans un café, qu'est-ce que c'est que ça ?
« Eh ? Mais si on le fait sérieusement, ça deviendrait un bal ou un dîner de gala, non ? Il faudrait inviter des invités, et les sélectionner en fonction des factions, c'est chiant. »
« Un vrai casse-pieds ! »
Notre Belphegamilia-sama, qui est vraiment un casse-pieds, n'aurait jamais voulu organiser ça.
Mais quand même, un café, c'est trop décontracté, non ?
Ils ne servent même pas d'alcool.
« Quoi, colorer les adieux du goût du café, c'est pas mal non ? Cette amertume, c'est le goût de la vie. »
« Tu dis n'importe quoi… »
Mais en quittant l'armée, je ne serai plus ballotté par la fainéantise de Belphegamilia-sama.
C'est un soulagement sincère, mais…
« Félicitations pour ta libération de Belphegamilia-dono. »
« Euh, merci !? »
« Ça veut dire qu'une chaîne qui retenait cet esprit libre a disparu. Mon rôle de Quatre Rois Démoniaques devient d'autant plus important !! »
« Je compte sur vous pour la suite. »
Celui qui dégage une aura pas du tout festive tout en disant « félicitations », c'est un autre des Quatre Rois Démoniaques, Mamoru-sama, l' « Avarice ».
Comme moi, c'est l'un des pauvres types ballottés par la fainéantise de Belphegamilia-sama.
Jusqu'ici, Mamoru-sama et moi coopérions pour forcer Belphegamilia-sama à travailler, ou pour la retrouver quand elle fuyait…
Désormais, la charge de Mamoru-sama ne fera qu'augmenter.
C'est quelqu'un qui a beaucoup de malheurs…
« Enfin, pour toi, c'est un départ qui s'apparente à une promotion. Je te dis « félicitations » du fond du cœur. Mais quand je pense à mon propre avenir… »
« Je vous en prie, continuez à veiller sur Belphegamilia-sama… »
« Ça sonne comme si moi et Belphegamilia-sama allions nous marier !? »
Accessoirement, Mamoru-sama, au sommet de l'Armée du Roi des Démons, comme Belphegamilia-sama, sont tous deux mariés.
Tous deux ont été choisis pour leur talent et sont devenus gendres adoptifs des lignées héritières de l'[Épée Sainte de l'Avarice Zwai Brau] et de l'[Épée Sainte Déchue Fiagerupu] — des Quatre Rois Démoniaques entrés dans la famille par mariage.
Ils connaissent donc les joies et les peines de la vie conjugale bien mieux que jeunot comme moi.
Mes aînés dans la vie.
J'aimerais qu'ils me transmettent un peu le secret de l'harmonie conjugale, mais…
« Chiant. »
« Y a beaucoup de galères. »
Il semblait difficile d'en tirer quelque chose de potable.
« Mais bon, toi aussi t'as chopé une épouse qui a l'air chiant. L'ancienne adjointe du Général de Sang-Froid Astarès, non ? On ne sait pas combien de sa froideur elle a héritée. »
« Le Général Astarès n'était de sang-froid que sur le champ de bataille. Maintenant, c'est une mère de la nation irréprochable sous tous les aspects. Et notre Bati, loin d'être de sang-froid, est passionnée, surtout pour son travail. »
« C'est pour ça qu'elle a quitté l'Armée du Roi des Démons exprès ? Avec ton talent, tu aurais pu cumuler chef de famille et service. Si tu avais continué sérieusement, tu aurais pu viser le poste de Quatre Rois Démoniaques. »
« Pour ça, j'aurais besoin du soutien de ma femme. Moi, c'est l'inverse : je veux soutenir ma femme. »
Devenir chef de l'armée dans l'ère de paix qui vient, ce n'est au fond qu'un poste honorifique.
Au contraire, diffuser les vêtements que Bati crée dans le monde entier me semble plus en phase avec l'époque et plus contributif.
« Ma mère aussi est d'accord. Je la croyais vieille école après des années dans la noblesse, mais elle a accepté bien plus facilement que prévu. »
« Elle a cédé par amour maternel. Par contre, on ne sait pas comment le vent tournera pour la belle-fille, alors fais gaffe. Enfin, nous qui sommes gendres adoptifs, ça ne nous concerne pas. »
Il dit des choses désagréables…
Certes, on entend parler de problèmes post-mariage à en avoir marre.
Le conflit belle-fille/belle-mère, bien sûr, mais aussi incompatibilité de caractère, problèmes d'argent…
Un temps.
Me voilà inquiet, avec deux mariés devant moi.
Ne pourrais-je pas obtenir un conseil de ces aînés ?
« … Qu'est-ce que le mariage pour vous deux ? »
« Hum ? »
Belphegamilia-sama et Mamoru-sama.
Tous deux arboraient une expression réfléchie…
« Le mariage, faut pas le faire ! »
« Le mariage, c'est bien… »
Ils m'ont asséné des conclusions diamétralement opposées.
Lequel croire ?
Pour info, c'est Belphegamilia-sama qui est contre, et Mamoru-sama pour.
« Le mariage, hein… Comment dire… La vie se remplit ! Le but de la vie devient clair ! On a envie de travailler encore plus pour protéger sa femme et ses enfants ! Jeune homme, sois tranquille, le mariage enrichira ta vie ! »
« Mamoru-kun, même si c'est un mariage politique, sa femme est sa amie d'enfance. Un mariage qui combine romantisme et intérêt, c'est rare. Orba-kun, ne te laisse pas avoir par ses boniments. C'est un veinard de niveau mondial déguisé en homme qui a du mal. »
En les écoutant, je comprends de moins en moins.
Bon, peu importe. Chaque couple a sa forme, et moi, je construirai avec elle notre forme à nous, unique.