L'hiver touchait à sa fin.
Avant la fonte des neiges, il y avait encore une chose que je voulais faire d'un point de vue commercial, alors je décidai de m'y mettre.
La fabrication du thé.
Je lançais enfin ce que je gardais en tête depuis longtemps !
Auparavant, quand je m'étais dit qu'il serait bien d'avoir une bonne boisson à la ferme, c'était l'une des idées qui m'était venue.
Mais il fallait cultiver des théiers pour produire les feuilles de thé, donc j'avais mis le projet de côté.
Cette fois, je le relançais !
Je ferais pousser massivement les théiers, à l'origine des feuilles, pour en faire une plantation à part entière.
Et je produirais une grande quantité de feuilles de thé !
Comme c'était la première fois depuis longtemps que je faisais quelque chose de vraiment agricole, mon cœur battait encore plus fort.
J'avais le cœur qui palpitait d'excitation !
C'est ainsi que le lieu choisi pour la culture fut le verger du donjon.
Le verger du donjon.
Cette installation, établie dans le donjon de montagne sous le contrôle de Veil, vise à exploiter l'environnement du donjon pour une culture fruitière efficace.
Le donjon étant un monde parallèle aux dimensions tordues, son maître peut y contrôler température, humidité, ensoleillement et autres conditions à sa guise.
De plus, le donjon de montagne offrant un bon drainage, il est parfaitement adapté aux arbres fruitiers qui prospèrent originellement en terrain montagneux.
C'est en remarquant ces atouts qu'est né le verger du donjon.
Les théiers étant également réputés adaptés à la culture en montagne, je choisis cet endroit pour les faire pousser.
D'autant qu'étant un espace parallèle, il reste encore beaucoup de terrains vierges. Je n'avais qu'à les aménager et y planter les théiers !
…… Cela dit, je me contentais encore une fois d'utiliser « le Porteur suprême » pour faire pousser les théiers à partir de rien.
Une fois les bourgeons sortis, j'épandrais de l'engrais hyper poisson pour accélérer la croissance.
Cet engrais ultra-performant, confectionné par Platy, fait pousser les cultures à plusieurs fois la vitesse normale.
Même les cultures ordinaires deviennent récoltables en quelques jours après l'épandage, mais là, il s'agissait de faire pousser des arbres entiers.
Ça prendrait quand même pas mal de temps, c'est pour ça que j'avais attendu l'hiver pour commencer les travaux.
Entre-temps, il y eut l'affaire du château d'Orkubo et le tumulte de Pandora, et c'est après tout ça que la plantation de thé fut enfin achevée.
Un paysage s'étendait, rappelant les contreforts du Mont Fuji.
« Allons-y, récolte ! »
Pour la cueillette, je fis travailler les anciennes automates qui vivaient à la ferme.
Parce que la récolte du thé, c'est censé être fait par de jeunes filles.
Des cueilleuses vives et alertes.
Voilà la première récolte, la « première cueillette » !
…… Est-ce qu'on peut vraiment l'appeler « première cueillette » ?
Quoi qu'il en soit, il fallait maintenant la transformer pour obtenir le style de thé que je connaissais bien.
Thé vert, matcha, thé noir, thé oolong, thé au riz grillé, thé grillé, etc.
Tous ont pour matière première les mêmes feuilles de thé, issues du théier.
J'avais entendu dire qu'elles devenaient des produits différents selon les traitements appliqués après la récolte.
Mais je ne connaissais pas les méthodes précises.
C'est foutu.
Si je ne connais pas la transformation, le thé ne sera jamais fini !
C'est foutu !
Non, attendez, attendez.
Je ne pouvais pas abandonner la fabrication du thé après être venu jusqu'ici.
Il devait bien y avoir un moyen.
J'avais « le Porteur suprême », et avec ça, je trouverais bien le moyen de faire un bon thé…
Pour essayer, je pris des feuilles fraîchement cueillies et les roulai dans ma main.
Ce qui resta dans ma paume…
« C'est devenu de vraies feuilles de thé !? »
Ces fines aiguilles noirâtres, typiques du thé vert !
Il suffisait d'y verser de l'eau chaude pour obtenir sans problème un excellent thé vert des plus délicieux !
« Encore « le Porteur suprême » qui résout tout tout seul !? »
Et quand j'essayai, en changeant légèrement mon intention pendant le roulage…
« Thé noir, thé noir, thé noir, thé noir, thé noir… »
Ça devint des feuilles de thé noir.
« Matcha, matcha, matcha, matcha, matcha… »
Une poudre verte sortit entre mes doigts.
« Le Porteur suprême » produisait diverses sortes de feuilles de thé sans aucune des étapes minutieuses !?
Je réalisai à nouveau avec effroi la puissance de « l'Artisan suprême ».
« Mais c'est pas bien ! Se reposer tout le temps sur « le Porteur suprême » !! »
Il y avait la leçon de Pandora l'autre fois, après tout.
J'allais approfondir mes recherches pour pouvoir produire correctement thé vert, thé noir et matcha suivant les vrais procédés.
C'est bon, je connais les grandes lignes.
Le thé noir se fait en fermentant les feuilles, le thé vert en les cuisant à la vapeur sans fermentation.
Et le matcha, c'est des feuilles broyées en poudre au moulin en pierre.
… Enfin, je crois ?
Je m'en servirais comme base pour avancer mes recherches !
Un jour, je finirais bien par créer un thé d'un autre monde dont je n'aurais pas à rougir où qu'on le serve !!
…… Mais bon, pour aujourd'hui, profitons du thé obtenu grâce à « le Porteur suprême ».
Voyons un peu à quel point c'est bon.
« D'abord, faire bouillir l'eau… »
Je savais ça.
Pour le thé vert, l'eau à gros bouillons, c'est pas bon.
Une eau autour de 80 degrés, infusée lentement… c'était quoi, déjà ? Les composants de l'astringence ne sortent pas et ça donne un goût doux et rond… c'était ça, normalement !
Mais le problème, c'est que je n'avais absolument pas prévu ce qu'il adviendrait après l'obtention des feuilles, et je n'avais préparé aucun ustensile pour faire du thé.
Pas de théière, pas de bols à thé.
Ce serait un défi pour plus tard.
Pour l'instant, je me débrouillais avec ce que j'avais.
Je mis les feuilles directement dans une casserole pour l'infusion, je les retirai avec une passoire en les versant dans un verre ordinaire.
Je bus.
« Haaaaa… quel goût apaisant. »
C'était exactement ce qu'on appelle « une pause bien méritée », mon cœur s'apaisa.
Oui, c'était ça, la saveur du thé.
L'alcool et les jus, c'est bien, mais au fond, les gens cherchent toujours cette boisson qui les rassure.
Un goût qui accompagne les humains.
« Essayons les autres thés ! »
Puisque « le Porteur suprême » m'avait produit tout un tas de feuilles différentes !
Ensuite, le thé noir !
« Golden syrup ! »
Je ne comprenais pas bien.
En ajoutant du sucre et du lait, et en portant la tasse à mes lèvres, j'avais l'impression d'être soudain dans un salon de thé britannique l'après-midi, c'était mystérieux.
Je goûtai aussi le matcha.
En fait, dans mon monde d'avant, je n'avais jamais bu du matcha pur.
« C'est comme ça… on le fouette avec un truc spécial, *chaka-chaka*, non ? »
Je ne savais même pas comment s'appelait l'ustensile, donc impossible d'en avoir un.
Pour l'instant, je mis la poudre dans un bol au hasard, j'y versai l'eau chaude à la va-vite, et je mélangai avec des baguettes.
« Ça mousse pas du tout !? »
Un mauvais pressentiment m'envahit à ce moment-là.
Je bus d'une gorgée le matcha qui me semblait dissous… mais…
« … C'est pas du tout dissous ! La poudre de matcha restante ! Elle m'est restée coincée dans la gorge, glouglouglou !? »
Il semblait que la recherche était nécessaire pour réussir un bon matcha.
Mais si on pouvait trop facilement boire un bon thé, ce serait irrespectueux envers Sen no Rikyū.
Moi qui n'avais jamais effleuré la voie du thé dans mon monde précédent, je m'engagerais ici, dans ce monde fantastique, dans la voie du *cha-no-yu*, et je ferais connaître la splendeur du thé !
« Au fait, Maître, c'est quoi ça ? »
Alors que j'étais seul, plongé dans mes pensées, quelqu'un apparut.
C'était Veil !
Chaque fois que j'essaie de créer un nouveau plat, elle débarque immanquablement, donc je n'étais même plus surpris.
« D'ailleurs, t'es en retard aujourd'hui ? C'est parce que c'est pas de la bouffe que tu fabriques ? »
J'avais remarqué récemment que les capteurs alimentaires de Veil avaient manifestement des sensibilités variables.
Pour les trucs sucrés ou juteux, elle arrive en un éclair.
Par contre, pour ce qui est amer, sans intérêt gustatif, ou qui ne semble pas bien caler, sa réaction est lente.
« Au fait, c'est quoi ça ? Tu refais du jus vert, Maître ? »
« C'est pas du jus vert !! »
Certes, sous forme de poudre, c'est difficile à distinguer…
Mais le jus vert et le matcha, c'est deux choses différentes !