Cela faisait déjà pas mal de temps que j'avais emménagé sur cette terre de pionnier.
La maison était bâtie, et la variété d'ingrédients utilisables avait augmenté.
Ma vie était devenue satisfaisante.
Mais les désirs humains n'ont pas de limite : sitôt comblés, on en veut déjà de nouveaux.
Des vêtements.
Des habits à porter sur soi.
C'est la marque de l'homme civilisé. Dire que c'est la différence la plus nette entre l'homme et le singe n'aurait rien d'exagéré.
Or, j'avais négligé cet aspect vestimentaire pendant longtemps.
Les chemises et pantalons en nylon qui m'avaient accompagné depuis mon monde d'origine étaient depuis longtemps usés jusqu'à la corde, réduits à l'état de haillons.
J'avais beaucoup travaillé en extérieur, après tout.
En prévision, j'avais acheté une grande quantité de vêtements dans la capitale, mais eux aussi commençaient à être usés par le temps et approchaient de leur limite.
Surtout, il manquait cruellement de vêtements pour le bas du corps à faire porter à mon épouse Platy.
On pourrait même dire qu'il n'y en avait pas du tout.
Car elle est à l'origine une sirène.
À l'origine, son bas du corps est une queue de poisson qui nage librement dans les mers.
Dans cet état, les vêtements sont naturellement inutiles. Pire, ils gênent.
Aussi, pour les sirènes, culottes, pantalons, jupes et compagnie sont des concepts inexistants.
Mais une fois sur terre, ça ne va plus.
Sur terre, la sirène adapte son bas du corps, le faisant passer d'une queue de poisson à quelque chose de parfaitement humain.
Le bas du corps qui ne portait rien dans l'eau ne porte rien non plus sur terre.
Résultat : un nu intégral.
Pour l'éviter, je n'avais d'autre choix que de lui refiler mes propres pantalons que je portais en rotation.
Au début, Platy râlait que c'était serré, moche, mais à présent elle s'est complètement habituée à vivre en pantalon.
Pourtant, c'est moi qui ressens au fond de moi un malaise face à son adaptation.
Le fait d'imposer cette contrainte à mon épouse bien-aimée.
Elle dit que ça va, mais c'est une fille en âge de se soucier de son apparence.
Elle voudrait sûrement se parer de jolies culottes ou de jupes éclatantes.
Or ce sont de vulgaires vêtements d'homme. Qui plus est, partagés avec moi, son mari.
Je veux que Platy porte ses propres belles jupes ou pantalons, rien qu'à elle, et s'habille avec élégance !
C'est ainsi que mon prochain objectif fut fixé.
Maison bâtie, provisions stockées, la prochaine chose à obtenir, ce sont les vêtements !!
…………
C'est pourquoi je me suis mis à fabriquer des vêtements.
Avec le don « Porteur Suprême » que m'a accordé le dieu Héphaïstos, ça devrait être fini en un clin d'œil, comme pour les plats, les objets en métal ou la maison que j'ai faits jusqu'ici.
Les outils nécessaires comme ciseaux et aiguilles sont aussi prêts, fabriqués en métal mana reçu du Maître.
Quant au tissu principal, j'en ai en abondance : coton que j'ai cultivé et récolté, puis fait tisser par les gobelins pour confectionner la literie lors de la construction de la maison.
J'ai décidé d'essayer de faire le plus de vêtements possible avec tout ça.
…………
« C'est fait !! »
Quelques pièces pour commencer.
De simples pantalons et chemises.
Pas seulement pour Platy, j'en ai fait pour moi et pour les Orubo aussi.
« Oh ! Ça me va parfaitement !! »
« Merci, mon seigneur ! Grâce à ça, le travail aux champs ira plus vite !! »
Les Orubo, quand ils ont émigré depuis le donjon, ne portaient qu'un pagne misérable.
D'ailleurs, d'où ils l'avaient sorti, mystère. Mais maintenant, ils ont de beaux ensembles haut et bas bien nets, on dirait de vrais villageois ordinaires.
Moi aussi, avec mes vêtements neufs, je me sens tout propre.
Si au moins l'intéressée, Platy, était contente…
« Le design fait pitié. »
Hein !?
Tenant la jupe en coton que je lui tendais, Platy affichait une expression indéfinissable.
« Ah !? Ne te méprends pas !! Je suis contente ! Vraiment, que mon maître me fasse des vêtements à la main, ça me rend heureuse ! … Mais pour dire si c'est stylé une fois porté… »
Un fait majeur venait de se révéler.
Le don « Porteur Suprême », qu'on croyait parfait, ne couvre pas le sens artistique de l'œuvre créée.
Je n'ai aucun sens de la mode !!
Impossible de préparer des vêtements qui feraient plaisir à Platy, qui est une jeune fille branchée !!
« Au fait, comment Vile s'arrange-t-elle pour ses vêtements ? »
demanda Platy à Vile, qui se tenait à côté.
Effectivement, quand elle passe de sa forme de dragon à sa forme humaine, elle est normalement habillée.
« C'est évident, je les crée par magie. Ne sous-estime pas la puissance magique d'un dragon. »
« Ah, ouais… les dragons, c'est vraiment une autre dimension… »
J'ai compris que, même avec le « Porteur Suprême », je ne peux pas faire de vêtements branchés sans sens de la mode.
Alors, quoi faire ?
Ne reste plus qu'à sous-traiter à quelqu'un, non ?