« Ça a marché, bordel ! »
« À en faire tomber de surprise ! »
Le prince Arowana et le Roi Démon rient aux éclats, côte à côte.
C'est moi.
Quand ces deux souverains se tiennent ensemble, l'effet est d'une grandeur absolue.
« Comme prévu, nous avons pu arrêter sur le fait cinquante individus suspects. Si on leur fait cracher le morceau, ce sera un coup fatal pour bien d'autres malfrats. »
« Le Peuple Sirène se stabilise, c'est une bonne chose. Cette nouvelle ère scellée par notre amitié deviendra un règne sain. »
Le Roi Démon, pour cela, a réalisé une visite éclair au Peuple Sirène en synchronisant son arrivée avec la mienne.
Au début, quand cette connaissance est débarquée, j'ai été surpris : « Qu'est-ce qu'il fait là ? » — mais l'effet a été immédiat.
L'inquiétude diffuse, « Les démons ne vont-ils pas envahir le Peuple Sirène ? », s'est envolée d'un coup.
Voici l'explication.
Il paraît que des factions hostiles à la famille royale couvaient dans le Peuple Sirène.
L'anxiété d'une guerre possible entre le Royaume Démon et le Peuple Sirène était aussi attisée par ces groupes.
Le prince Arowana et les siens ont laissé délibérément une ouverture pour les faire gonfler d'orgueil.
Ils sont sortis de leur trou, et on les a tous cueillis d'un coup.
Le voyage d'entraînement du prince Arowana avait aussi ce sens-là.
« Ainsi, dès demain, si nous organisons la cérémonie de signature du traité de paix avec Sa Majesté le Roi Démon, la stabilité du Peuple Sirène sera inébranlable. Les vauriens ne pouront plus bouger. »
Flippant, les royaux qui calculent chaque geste.
Un monde que je ne peux même pas imaginer.
Ma femme est aussi une royale, mais là elle est à côté de moi, changeant tranquillement la couche de Junior.
Puisse cette vie modeste durer toujours.
Nous avions déjà atteint le château où la famille du Roi Sirène vit au quotidien.
L'intérieur a une structure étrange : une rivière coule jusqu'à l'intérieur, et les sirènes s'y déplacent en nageant.
Des zones « rivage » sont aménagées ; quand elles sont fatiguées de nager, elles remontent pour se reposer et se détendre.
La capitale du Peuple Sirène est globalement de cette facture, des canaux sillonnent toute la ville.
Ça a des allures de Venise.
Les canaux pénètrent jusqu'à l'intérieur des bâtiments, servant de voies de circulation aux sirènes.
Qu'un tel équipement complexe et complet existe à l'intérieur d'un seul poisson géant, c'est de quoi s'étonner à nouveau.
D'après ce qu'on m'a dit, le corps de ce poisson géant est divisé en plusieurs sections : il y a des zones mi-eau mi-terre comme ici, mais aussi des zones entièrement immergées.
Les sirènes y vivent selon leurs préférences.
C'est de plus en plus le grand luxe.
Même pour l'espèce la plus forte, les dragons, ce lieu secret — la capitale des sirènes — est rare.
« Hoo ! C'est spacieux ! Difficile à croire qu'on est dans le ventre d'un poisson énorme ! »
« C'est exact, sœur aînée Vielle. »
« Puisque c'est si grand, on pourrait peut-être reprendre notre forme originale sans souci ? »
« Tout à fait, sœur aînée Vielle. »
« On essaie pour de vrai ? »
« Faisons-le, sœur aînée Vielle ! »
Arrêtez.
Je me dépêche d'empêcher Vielle et Ardhegg de reprendre leur forme de dragon.
Même si le volume le permet, deux dragons qui apparaissent soudainement, c'est la panique assurée.
Surtout Ardhegg, qui avait l'air d'un gentleman sensé — au fond, c'est juste un dragon.
Ensuite, au palais, c'était la joie des retrouvailles avec les autres frères et sœurs de Platty.
Je croyais que la fratrie de Platty se limitait à trois : le prince Arowana, Platty et Ange. J'avais tort.
Il y en a encore bien plus.
Deux frères cadets, quatre sœurs cadettes.
Et le plus terrifiant, c'est qu'ils prévoient d'en avoir encore.
L'harmonie du couple royal sirène ne connaît pas de limites !
C'est le genre d'impression.
« Je ne vais pas me laisser faire, chéri ! Nous aussi, on va encore agrandir la famille ! ! »
Platty, qui a hérité de ces gènes, brûle d'esprit de contradiction.
« Mouais ! Nous aussi, avec Astarès et Grashara, on vise une famille royale nombreuse ! ! »
Même le Roi Démon se laisse contaminer ! ?
Bon, plus d'enfants pour porter la génération suivante, c'est une bonne chose, alors je ne m'y oppose pas.
Richesse et puissance militaire, richesse et puissance militaire.
On aurait dit que le séjour au Peuple Sirène allait s'écouler paisiblement… mais.
…………
« Père, Mère, j'ai quelque chose à vous dire. »
C'est ici que le prince Arowana agit.
Oui, cette visite avait d'autres enjeux que le retour de Platty, mes salutations de mariage, la présentation du petit-fils au couple royal.
Il y a aussi le sens du retour du prince Arowana après son entraînement.
Puisqu'il est l'héritier légitime du Roi Sirène, ce n'est pas celui-là le plus lourd ?
Mais le prince, par égard pour nous sans doute, a attendu que tous nos dossiers soient bouclés sans accrocs.
Vraiment, un homme bien élevé.
« Arowana-chan, pardon d'avoir tardé à t'accueillir. Maman est si heureuse de te revoir. »
« Mouss ! »
Les deux parents se réjouissent du retour de leur fils.
« On voit d'un coup d'œil que tu as gagné en force grâce à ton entraînement. Ce voyage a dû être très fructueux. »
« C'est exactement ce que dit Mère. Les épreuves de la terre m'ont enseigné bien des choses. Des leçons indispensables pour gouverner le pays à l'avenir… »
« Viens par ici… »
« Hein ? »
Sans attendre sa réponse, la Reine Sirène attire son fils, le prince Arowana, contre sa poitrine.
Le visage du prince s'enfonce dans la poitrine encore ferme et jeune de sa mère.
« Mère, arrêtez donc avec ces enfantillages… ! ? »
« Pourquoi pas ? Tu as bien le droit de revenir te blottir, ne serait-ce qu'une fois, contre ce sein où tu t'accrochais bébé. »
Une attaque rudement dure pour un homme de plus de vingt ans.
Quelle que soit sa croissance, devant sa mère, il n'est qu'un enfant, fait qu'on lui claque au visage !
« Comme ça, on dirait que c'était hier que tu t'accrochais à mon sein de toutes tes forces. Vraiment, mon adorable petit garçon… »
« Attends un peu. »
Une voix qui s'adresse à la reine, comblée de bonheur maternel.
C'est…
« Puffa ? »
Puffa, qui accompagnait le prince Arowana, était là.
Jusqu'ici étrangement silencieuse, voilà que son tranchant habituel refait surface ?
« Ce traitement, en tant que prochain Roi Sirène, n'est-il pas trop léger ? Le roi est aussi appelé père de la nation. Si le père est traité comme un enfant, cela peut devenir source de mépris de la part du peuple. »
« …… »
Hii ! ?
L'expression de la reine devient glaciale à en mourir ! ?
Mais cette glace fond en un sourire enjoué l'instant d'après.
C'était si rapide que j'ai cru l'avoir imaginé, moi seul.
« Tu as raison. Arowana-chan aussi, puisqu'il doit succéder à Papa et assumer une responsabilité, il faut le traiter en conséquence. »
« …… Ha. »
« Merci de me l'avoir dit. Tu es une bonne fille, comment t'appelles-tu ? »
« Je m'appelle Puffa. J'ai commis une indiscrétion. »
Puffa qui parle en keigo… ! !
Face à cette atmosphère unique, tout le monde se tend.
Même Junior a avalé sa salive, *gloups*.
« …… Alors, Père, Mère, pour reprendre… »
« Ah, c'est vrai. Tu avais quelque chose à dire, et je t'ai coupé l'herbe sous le pied. Qu'est-ce que tu voulais dire ? »
« Je pense qu'il est temps pour moi aussi de me caser… »
À cette déclaration, l'expression de la reine s'assombrit à nouveau.
« …… En effet. Puisque tu monteras sur le trône, il te faut une épouse digne de ce rang. »
« Mouss ! »
« En fait, les demandes en mariage affluent. Toutes de demoiselles de grandes familles du Peuple Sirène. Il faudra choisir parmi elles la plus apte à devenir la future reine… »
Elle s'apprête à sortir une montagne de photos de mariage arrangé… mais.
« Non, Mère. Celle qui doit devenir ma compagne, je l'ai déjà choisie moi-même. »
Le prince Arowana tranche.
« C'est Puffa ici présente, celle qui est digne d'être ma compagne pour la vie. Je vous prie, Père, Mère, de nous accorder votre permission ! ! »
En disant cela, le prince Arowana attire Puffa contre son épaule.
À cet instant, tout le monde le sent.
Une aura maléfique, à faire pâlir le Roi Démon lui-même, émane de la Reine Sirène.
…… La guerre commence.