Je suis un marin démon, le capitaine Ratcha Leones.
Un explorateur en quête des mystères de la mer.
L'océan recèle d'innombrables romantiques pour lesquels il vaut la peine de risquer sa vie.
Une île où des démons naufragés de l'Antiquité se seraient installés et auraient bâti leur propre civilisation.
Plusieurs îles paradisiaques gérées par le peuple des sirènes.
Et le château de l'Empereur Dragon, où résiderait le roi des dragons Gaizardragon, se trouverait lui aussi au bout du monde, au-delà des mers.
Aucune de leurs positions n'est connue.
Leur existence même n'est pas confirmée.
Découvrir ces îles que nul n'a jamais vues, y poser le premier pas.
N'est-ce pas là l'essence même de l'explorateur océanographique ?
On dit que sur terre la guerre est finie et que tout le monde est désormais connecté, mais ce ne sont que les billevesées de gens qui ne connaissent qu'un monde étroit.
Ce monde est bien plus vaste et immense du côté des territoires que nous n'avons pas encore découverts.
Continuer à percer chacun de ces mystères, voilà la vie d'un homme de la mer.
Tant que j'aurai la vie, je continuerai à glisser sur les océans sans routes.
Mon bien-aimé, le Sanimeruda, gonfle tes voiles généreuses du vent !
…………
Et pourtant, en cours de route, les voiles du Sanimeruda ont cessé d'embrasser le vent.
Le calme plat.
La chose la plus terrifiante pour nous, marins.
Ni vent, ni vagues.
Une mer silencieuse où tout s'est tu.
Un voilier ne peut avancer sans recevoir le vent dans ses voiles ; une fois pris dans le calme plat, il n'y a d'autre choix que d'attendre indéfiniment le bon vouloir du soleil.
Seule une infime minorité, les hauts gradés de l'armée du Roi des Démons, peut monter sur des navires à propulsion magique qui avancent librement sans vent.
Quand le vent soufflera-t-il ?
Il se lèvera peut-être après une courte attente, ou peut-être pas avant demain.
Après trois jours, dix jours, un mois, six mois, on ne sait toujours pas s'il soufflera.
Il se peut qu'il ne souffle toujours pas alors que nous, sur le pont, mourrons de faim et de soif.
C'est quand on est pris dans le calme plat qu'on réalise le plus fortement que nous sommes de petites existences laissées en vie au caprice de la nature.
Treize jours s'étaient déjà écoulés depuis l'arrêt du navire.
Face à une stagnation bien au-delà des prévisions, les réserves de nourriture commençaient à s'épuiser.
Même en supposant qu'un miracle fasse souffler le vent immédiatement et qu'on parvienne à se jeter dans le port le plus proche, il ne resterait que le strict minimum.
J'ai annoncé à l'équipage qu'on passait de deux repas par jour à un seul, et j'ai mis en place une structure de résistance, mais si le vent ne se lève pas, cela ne sert à rien.
Le désespoir a commencé à flotter sur le pont.
Allions-nous mourir de soif comme ça ?
Depuis le moment où j'ai décidé de devenir marin, j'étais prêt à ne pas mourir tranquillement sur terre.
Mais je n'aurais jamais cru que ma mort en mer serait si calme et si terne.
Pour la fin d'un aventurier des océans, c'est un peu léger côté dramaturgie.
Si je dois mourir ici, qu'au moins la foudre me tombe dessus et me consume tout entier !
Et que les camarades survivants racontent ma mort rare à travers le monde !
« Capitaine…… ! Capitaine ! »
Alors que je m'adonnais à ces stupides fantasmes, un matelot m'a interpellé.
Ma conscience vacillait à cause de la faim. C'était dangereux.
« …… Quoi ? Vous avez trouvé un navire fantôme qui vient nous chercher aux enfers ? »
« On ne sait pas si c'est un navire fantôme, mais la vigie a repéré un navire. Il vient droit sur nous. »
C'était censé être une blague, mais face à ce rapport inattendu, la brume de ma conscience s'est dissipée d'un coup.
« Quelles bêtises dites-vous ? Un navire qui vient vers nous ? »
Avez-vous oublié dans quelle situation critique nous sommes ?
En plein calme plat, sans la moindre brise, quel navire peut fendre les vagues pour avancer !?
« C'est pour ça que l'équipage est troublé et fait du bruit. C'est peut-être vraiment un navire fantôme…… »
Face à la mauvaise blague du matelot, un claquement de langue m'a échappé.
Bon, peu importe, il suffit que je vérifie de mes propres yeux.
Je suis sorti de la chambre du capitaine et suis monté sur le pont.
« De quel côté ? »
« Sur tribord. »
Guidé par le matelot, je me suis porté au bord du pont, et effectivement, au loin, de l'autre côté de la mer, quelque chose qui ressemblait à un navire flottait.
Pas de voiles.
Une apparence étrange.
Et il s'approchait manifestement vers nous.
« …… Il n'y a pas de vent, hein ? »
Une question dont je pouvais connaître la réponse rien qu'en la posant à ma propre peau, mais je n'ai pas pu m'empêcher de la poser à mon entourage.
Pourquoi ce navire sans voiles avance-t-il sans se soucier du calme plat sans vent !?
« S'il peut avancer sans vent, c'est sûr qu'il n'a pas besoin de voiles !? »
« Serait-ce ces navires à propulsion magique dont on entend parler, ceux de l'armée du Roi des Démons ? Si c'est ça, c'est compréhensible qu'il puisse avancer sans vent…… »
« Non…… »
J'ai déjà vu un navire à propulsion magique en vrai, mais son design est manifestement différent de celui qu'on distingue vaguement au loin.
Ce navire mystérieux qui flotte sur le grand océan devant mes yeux, c'est plus comme s'il brillait de mille feux……
…… Plus il s'approche, plus il devient net.
Qu'est-ce que c'est que ça !?
La coque brille comme du métal !?
« Non, pas *comme* du métal…… ! C'est du métal lui-même ! Un navire de fer ! »
« Pourquoi du fer !? Normalement ça coule ! Et ça rouille avec les embruns ! »
« C'est vraiment un navire fantasmaaaaa !? »
Les matelots sont aussi dans la confusion.
Leur réflexion est émoussée par la faim, et pourtant ils font tout ce vacarme, preuve que le choc est immense.
« Qu…, que fait-on !? »
« On n'a pas le choix, on ne peut pas bouger, donc s'ils viennent, on n'a qu'à les accueillir…… Juste, par précaution, faites porter les armes à l'équipage. »
Peu de temps après, ce navire inexplicable s'est mis le long de notre Sanimeruda.
Une planche a été passée, formant un pont improvisé entre les deux navires.
Et celui qui a traversé était……
« Un orque !? »
« Gyaaaaaaah !? Pourquoi un monstreeeeeee !? »
Un navire monté par des monstres !?
De plus en plus incompréhensible, c'est quoi ce navire !?
Une seule chose est certaine : les orques qui ont abordé sont complètement différents des spécimens habituels.
Si ces types se déchaînent, notre navire sera sans aucun doute anéanti.
…… À en juger par leur seule présence, on le comprend au premier coup d'œil.
Moi qui avais prié pour ne pas avoir une mort banale, me voir accueillir une mort aussi bizarre.
Voilà qui convient parfaitement à un aventurier des océans !!
« Euh, excusez-moi…… »
« !? »
Alors que je m'apprêtais à tout affronter, l'orque m'a adressé la parole.
Qu'est-ce que c'est que ça !?
« Vous avez l'air dans le pétrin, alors on s'est permis d'accoster sans permission, ça va ? Vous êtes en détresse ? Vu vos mines pâles, vous avez l'air d'avoir faim ? »
On s'est fait soucier par un orque.
Comme on m'avait posé la question, j'ai expliqué notre situation désespérée…… et alors……
« Je vois…… Notre seigneur ! C'est bien des naufragés ! Ils disent que leur nourriture est presque épuisée…… »
L'orque s'est retourné vers son propre navire en hurlant, et là, sur le bastingage, une silhouette filiforme…… un humain ?
…… Enfin, peut-être ? Avec cette apparence ?
« Compris ! J'y vais sans compter, je fais tout apporter ! Demandez s'il y a des malades parmi les marins ! »
« Reçu ! »
Un monstre qui obéit aux ordres d'un humain !?
Cet humain en question nous crie encore quelque chose.
« Ah ! C'est vous le capitaine de ce navire, hein ! Désolé d'arriver de si loin ! Je suis le chef de ce navire ! On va vous apporter la nourriture, on se saluera proprement à ce moment-là ! »
« H, ha !? »
« Le scorbut, ça va ? Je sais, c'est une maladie de mer, le scorbut ! On a embarqué plein de jus d'orange ! »
Qu'est-ce que c'est que tout ça !?
En tout cas, une chose est certaine : grâce à ces étranges rencontreurs, nous, qui devions mourir, avons obtenu un lendemain.
…………
« …… Voila pourquoi »
Cinq jours plus tard.
Après avoir réussi à entrer dans le port le plus proche, je sirotais de l'alcool dans une taverne, savourant la réalité d'être en vie.
Pas un seul membre d'équipage n'a péri. Nous sommes tous rentrés.
C'est une bonne chose !
« Nous, pris dans le calme plat, avons été remorqués par ce navire mystérieux jusqu'à atteindre une route maritime où souffle le vent d'est. Jusqu'alors, on était vraiment prêt à mourir. Je pensais ne plus jamais revoir ta sale tronche ! »
« Tais-toi, au lieu de ça raconte un mensonge un peu plus crédible. »
« Ah !? »
Je suis tombé par hasard sur un camarade explorateur dans cette ville portuaire, on a trinqué ensemble, et je lui ai fièrement raconté mon expérience mystérieuse, mais il m'a traité de menteur dès le début !?
« C'est forcément un mensonge ! Un navire qui avance tout seul sans voiles ? En plus avec une coque en métal ? Un tel navire n'existe pas au monde ! Du métal, ça coule ! Et ça rouille avec les embruns !! »
« C'est vrai que…… mais je l'ai vu de mes propres yeux, alors je n'y peux rien…… »
Je n'ai d'autre choix que de croire que c'est vraiment arrivé.
Les centaines de romantiques qui existent assurément dans l'océan immense.
Ce navire est sans aucun doute l'un de ces romantiques.
Pourtant, mon camarade de mer refuse d'y croire.
« Laisse tomber ce genre d'histoires à dormir debout. Y a une rumeur intéressante qui court en ce moment dans le coin, tu veux l'entendre ? »
« Hein ? »
« Pareil, quelque part dans ce monde, il existerait un paradis où tous les trésors secrets sont réunis en un seul endroit……. Son nom : la Ferme du Saint. »
La Ferme du Saint ?
« La rumeur se répand parmi les aventuriers humains. Si on va à la Ferme du Saint, n'importe quel outil, arme, trésor ou festin dont on rêve s'y trouverait. Et du coup, je te propose un truc ? »
« On irait chercher cette Ferme du Saint ensemble ? »
« T'as l'esprit vif. Sur terre, des aventuriers sans nombre la cherchent déjà partout, mais peu tentent l'approche par la mer. Si on s'y prend bien, on pourrait leur passer devant ! »
Mon camarade explorateur affiche un visage avide, plein d'ambition, mais mon cœur, lui, ne bat pas plus vite.
« Je passe. »
J'ai autre chose à poursuivre maintenant.
« Je retrouverai ce navire mystérieux ! »
Finalement, nous nous sommes séparés de ce navire au moment d'entrer dans la route maritime normale.
Par maladresse, je n'ai pas demandé son nom ni son identité au moment du départ.
Vu la situation totalement folle qui m'a laissé perplexe du début à la fin, et mon esprit ralenti par la faim, c'est un échec majeur.
C'est pourquoi je ne sais rien.
Où et comment ce navire a été construit, quel genre de navire c'est. Qui est cet homme qui semblait le commander. Son nom non plus.
Je ne sais même pas où aller pour le revoir.
« Plutôt que la Ferme du Saint qu'on n'a jamais vue, c'est ce navire mystérieux. Parce que lui, je l'ai *vraiment* vu ! »
« C'était peut-être une hallucination due à la faim extrême ? »
« Ferme-la. Un navire aussi incroyable, il n'y en a même pas à la Ferme du Saint. Je retrouverai ce navire et j'en percerai le mystère ! ! »
Le romantique qui fait vibrer le cœur d'un explorateur océanographique.
Ce navire mystérieux est sans aucun doute un romantique de première classe.